Orbiting Carbon Observatory

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Orbiting Carbon Observatory
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Vue d'artiste
Données générales
Organisation NASA
Programme EOS
Domaine Cartographie du dioxyde de carbone terrestre
Statut opérationnel
Autres noms OCO, OCO-2
Lancement 2 juillet 2014
Lanceur Delta II 7320
Durée 2 ans
Identifiant COSPAR 2014-035A
Caractéristiques techniques
Masse au lancement 450 kg
Orbite polaire
Altitude 700 km
Inclinaison 98,22°
Site oco.jpl.nasa.gov
Principaux instruments
x spectromètres

L'Orbiting Carbon Observatory (OCO) est un satellite de télédétection de la NASA qui mesure la quantité de dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère terrestre. Cette mission spatiale fait partie du programme Earth Observing System qui regroupe un ensemble de satellites de la NASA chargés de collecter, sur de longues périodes, des données sur la surface de la Terre, la biosphère, l'atmosphère terrestre et les océans de la Terre. Le premier exemplaire du satellite est perdu au cours de son lancement le . Le , un second exemplaire du satellite, baptisé OCO-2, est placé en orbite avec succès.

Description de la mission[modifier | modifier le code]

Le satellite OCO relève la distribution géographique des sources de dioxyde de carbone et des puits de carbone naturels à une échelle régionale[1]. Les données recueillies améliorent la compréhension du cycle du carbone, des processus naturels et les activités humaines qui contribuent à modifier l'abondance et la distribution géographique des gaz à effet de serre. Cette modélisation améliorée permet en retour de réaliser des prévisions plus fiables de l'évolution de la quantité et de la distribution géographique du dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre et l'incidence de ces modifications sur le climat de la Terre.

Durant la mission d'une durée de 2 ans, le satellite est placé sur une orbite polaire de 700 km d'altitude de manière à pouvoir observer pratiquement l'ensemble de la surface de la Terre tous les 16 jours. Il vole en formation avec le A-train, une série de satellites dédiés à l'observation de l'atmosphère terrestre. Cette configuration permet aux scientifiques de corréler les mesures effectués par les différents satellites. Les scientifiques exploitant les données d'OCO doivent notamment utiliser les mesures effectuées par l'instrument Atmospheric Infrared Sounder (en) (AIRS) placé sur le satellite Aqua du A-train.

Caractéristiques du satellite[modifier | modifier le code]

Le satellite utilise une plateforme LeoStar-2 d'Orbital qui a déjà été mise en œuvre pour les missions SORCE et GALEX. La structure du satellite est en aluminium; il a la forme d'un hexagone de 1 mètre de large et de 2 mètres de long. Deux panneaux solaires orientables d'une envergure de 3 mètres sont attachés de part et d'autre du corps du satellite. La masse totale est d'environ 450 kg[2].

Instruments[modifier | modifier le code]

Le satellite comporte un seul instrument qui doit permettre d'effectuer la mesure la plus précise jamais faite du dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère terrestre. Cet instrument est composé de trois spectromètres à haute résolution placés en parallèle alimentés par un télescope commun. Les spectromètres effectuent des mesures simultanées de l'absorption de la lumière solaire par le dioxyde de carbone et l'oxygène moléculaire dans le proche infrarouge : lorsque la lumière du soleil après avoir traversé l'atmosphère terrestre est réfléchie par la Terre, les molécules des gaz présents dans l'atmosphère absorbent certaines des longueurs d'onde. Le spectre lumineux qui en résulte est incomplet et la position de ces trous reflète la nature des gaz traversés. Chacun des spectromètres effectue sa mesure sur une gamme de longueurs d'ondes donnée. En mesurant de manière fine la quantité de lumière absorbée pour les longueurs d'ondes caractérisant le dioxyde de carbone, OCO permet de calculer avec une très grande précision le nombre de molécules présentes le long du chemin parcouru par le rayon lumineux depuis la limite supérieure de l'atmosphère jusqu'au sol. Pour prendre en compte la grande vitesse de déplacement du satellite, combiné au fait que les concentrations de CO2 varient d'un lieu à l'autre, les mesures sont effectuées 3 fois par seconde[3].

Le A-Train en 2013.

Déroulement du projet et de la mission[modifier | modifier le code]

La mission, qui a couté initialement 280 millions de dollars[4], fait partie du programme Pathfinder de la NASA dédié aux sciences du système terrestre[5]et est gérée par le Jet Propulsion Laboratory à Pasadena en Californie.

Un premier exemplaire du satellite est perdu au cours de son lancement, le 24 février 2009, à la suite de l'échec de la séparation de la coiffe du lanceur Taurus [6] chargé de la placer sur orbite. En décembre 2009, le Congrès américain alloue 50 millions de dollars pour faire construire une copie du satellite perdu. La construction du nouveau satellite, baptisé OCO-2, débute en octobre 2010. En juillet, la NASA décide d'utiliser les trois derniers lanceurs Delta II en stock dont la construction a été arrêtée. Le satellite OCO-2 soit placé en orbite le 2 juillet 2014 par une fusée Delta II 7320-10C tirée depuis la base de lancement de Vandenberg[7].

Le satellite OCO-2 et ses enjeux[modifier | modifier le code]

Comme son nom l'indique, ce satellite est un Observatoire du carbone en orbite, or le carbone est devenu un enjeu majeur pour le climat, l'énergie et la biodiversité, et donc pour l'humanité.

OCO-2 dispose d'une couverture mondiale et survole le même point tous les 16 jours [8] depuis 2014, apportant une quantité croissante de données à haute résolution spectrale sur le CO2 atmosphérique. Leur précision, résolution géographique (échelle régionale) et couverture n'avait jamais été atteintes jusqu'alors. Cette précision est suffisante pour affiner de nombreuses modélisations, en caractérisant plus fidèlement les sources et les cycles saisonniers du carbone.
Il doit ainsi permettre éclairer l'étude des grands flux de dioxyde de carbone (CO2) entre océans, atmosphère et biosphère grâce à de premières séries exploitables de données publiées (après contrôle de qualité) à partir de l'automne 2017.

Le lidar permettait depuis la fin du XXe siècle, et permet encore de mieux comprendre les variations chimiques et thermohygrométriques dans la colonne atmosphérique, mais très ponctuellement et souvent seulement dans le temps d'une campagne d'étude.
Pour le carbone, la courbe de Keeling (série temporelle détaillée du taux de CO2 dans l’air depuis 1958) a beaucoup aidé à comprendre et tenter de maitriser le dérèglement climatique, mais elle nécessite un travail fastidieux de collecte d’échantillons et d’analyses de précisions dans quelques laboratoires spécialisés, et elle ne dit rien des variations régionales (ou sur de courtes périodes de temps (jours, semaines) à ces échelles.
Les parties prenantes intéressées par les études du climat espéraient depuis plusieurs décennies une visualisation par satellite, si possible en temps réel, des émissions et puits de carbone, ainsi que des variations locales et saisonnières de teneurs (au moins pour le CO2 et le méthane), y compris pour l'océan qui joue une importance majeur pour le climat, afin notamment de détecter en temps réel des anomalies.

En 2017, la mission Orbiting Carbon Observatory-2 (OCO-2) est un premier pas vers une mesure spectrale du CO2 atmosphérique à échelles régionales (par grands biomes pour les biomes de taille suffisantes). Du 06 septembre 2014 à l'automne 2017 OCO-2 a produit environ 2 millions d'estimations par mois de la fraction molaire de l'air sec en colonne (image embarquée), chaque image faisant l'objet d'un contrôle qualité, avec une résolution spatiale inférieure à 3 km2 par "coup de sonde" [9]. Les variations intrasaisonnières du CO2 dans l'hémisphère Nord (augmentation en hiver et diminution rapide en saison de végétation sont beaucoup plus précises[9], de même que l'évaluation des différentes entre régions à dominantes désertiques, humides, sèches, forestières, de grandes cultures, urbaine et régions industrielles[9] (les zones urbaines/industrielles correspondant géographiquement à plus de 70% des émissions anthropiques[10]). Ceci ouvre la possibilité d'études beaucoup plus pointues des causes et localisations de variations des taux de CO2 atmosphérique à diverses échelles spatiotemporelles[11].

En outre les capteurs du satellite renseignent sur la croissance de la biomasse végétale (via une mesure de fluorescence induite par le soleil ou SIF pour Solar-induced chlorophyll fluorescence qui est un indice de photosynthèse)[12]. C'est un indicateur précieux pour suivre les processus biologiques de puits de carbone et productivité des écosystèmes, agrosystèmes et de la forêt cultivée[9], ces données présentant aussi un grand intérêt pour l'agriculture, la sylviculture, les pêcheries, l'écologie du paysage, etc. et il est ici fourni avec une précision inégalée en termes de résolution spatiale, d'acquisition des données et de précision de la récupération[12].

Avec une résolution spatiale d'environ 2,25 km pour les émissions de CO2, le satellite OCO-2 est très loin d'approcher la précision de mesures faites in situ, mais il a une couverture mondiale et une résolution suffisante pour détecter les effets d'un volcan (ex : ce satellite a détecté des panaches cosntants de CO2 isolés émis par les volcans Yasur, Ambrym et Aoba (Vanuatu) corrélés aux panaches de dioxyde de soufre avec des effets sur le taux d'Ozone Mapping déjà suivis par la NASA)[10]; Selon une modélisation des émissoins de O2 du volcan Yasur, compatible avec les données captées par OCO-2, son panache emporterait 41,6 ± 19,7 kilotonnes de CO2 émis par jour (soit 15,2 ± 7,2 mégatonnes/an!, l'équivalent du cumul des émissions d'environ 70 centrales thermiques alimentées par des combustibles fossiles et émettant chacune plus de 15 mégatonnes de CO2/an[10].
OCO-2 peut aussi mettre en évidence les grandes variations d'émissions au sein d'une mégalopole selon sa géographie socioéconomique et le vent (testé sur Los Angeles où le satellite confirme que le dôme de pollution par le CO2 ne s'atténue au niveau rural qu'à plus de 100 km du centre ville, avec des variations saisonnières et nocturnes/diurnes significatives[10]), et même pour contribuer à la vérification des données publiées par les États ou certaines grandes industries ou par les centrales électriques au charbon, fuel ou gaz et/ou valorisant la biomasse-énergie quand à leurs émissions de CO2. Il ainsi rapidement montré que les grande émission de carbone ont encore significativement augmenté en 2015 (par rapport à 2011) en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est (où les pays riches ont transféré une grande partie de leur production industrielle)[9], tout en mettant déjà en évidence des variations contrastées des réponses du cycle du carbone en région tropicale (face à El nino, aux sécheresses, grands incendies de forêt, etc.)[13]. Les groupes de sources ponctuelles de CO2 urbain fusionnent et ne peuvent être différentiées par l'imagerie satellitale, mais d'importantes sources ponctuelles isolées (p. Ex. Centrales électriques, usines métallurgiques, papeteries ou cimenteries isolées) ou des phénomènes tels que grands incendies de forêt ou dégazage continu d'un volcan en activité sont des sources qui créent de grands panaches de pollution pouvant être localisés (puis corrélés à d'éventuels effets climatiques ou écologiques)[10].

Premières publications[modifier | modifier le code]

En octobre 2017, un numéro de la revue Science a commencé à présenter (en plusieurs articles) les résultats de l'OCO-2 (sur terre et en mer) ; détection d’émissions ponctuelles de CO2 ; variations de CO2 liées à El Niño ; évaluation de la production végétale primaire brute…[11].

Ces travaux montrent notamment que dans les années 2010, près d'un quart du CO2 anthropique est absorbé par l'océan (en l'acidifiant) et un autre quart est absorbé par les sols et écosystèmes terrestres, mais les lieux et processus de puits terrestres de carbones restent mal cernés en particulier concernant les parts respectives des forêts tempérées, tropicales et équatoriales, eurasiennes notamment (certains auteurs comme baccini & al. (2017) estiment même (à partir des données MODIS qu'une partie importante de ces régions est actuellement source nette et importante de CO2 en raison de la déforestation, des incendies[14], et que cela pourrait empirer avec un risque croissant de sécheresses, dégradation des sols et incendies de forêt). Il y a au moins consensus sur le fait que ces puits varient quantitativement beaucoup selon les années[9]. OCO-2 va permettre de préciser le rôle et la part et l'efficacité des différents puits planétaires et donc d'améliorer la prospective climatique et les possibilités de correction et d'adaptation.

En combinant les données d'OCO2 avec d'autres données satellitales et au sol, on a aussi déjà pu préciser les liens entre cycle régional du carbone et climat et réponse des taux de CO2 dans l'atmosphère tropicale lors de l'événement El Niño 2015-2016[9], le second plus "fort" depuis 1950[13],[8] (alors que presque tous les modèles d'émission prévoient qu'El Niño devraient être plus fréquents dans le futur)[13]
OCO-2 a permis de montrer que l'anomalie climatique de 2015 (année plus chaude et plus sèche) a induit une réponse de biosphère pantropicale hétérogène selon les zones géographique, mais similaire pour chaque continent tropicale et correspondant à un bilan global de 2,5 ± 0,34 gigatonnes de plus (de CO2 émis dans l'atmosphère) qu'en 2011[13]. Ce travail a aussi confirmé que la majeure partie des émission de carbone en excès en 2015 était dues (ou associées) « à des précipitations extrêmement faibles ou à des températures élevées, ou les deux »[13], ce qui laisse supposer que le rôle tampon des écosystème tropicaux vis à vis du climat mondial risque d'encore se réduire voire de disparaître[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The NASA Orbiting Carbon Observatory (OCO) Mission: Objectives, Approach, and Status »
  2. (en) « Orbiting Carbon Observatory > Spacecraft »
  3. (en) « Orbiting Carbon Observatory Science Writers' Guide », sur NASA/JPL/OCO (consulté le 29 juin 2014)
  4. (en) « Failure hits Nasa's 'CO2 hunter' », BBC News,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « NASA Earth System Science Pathfinder Program »
  6. (en) « OCO Blog »
  7. (en) « Orbiting Carbon Observatory > History », sur NASA/JPL/OCO (consulté le 29 juin 2014)
  8. a et b Chatterjee A. & al. (2017) Influence of El Niño on atmospheric CO2 over the tropical Pacific Ocean: Findings from NASA’s OCO-2 mission|Science: 358 (6360) | Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 October 2017|[ http://science.sciencemag.org/content/358/6360/eaam5776 résumé]
  9. a, b, c, d, e, f et g Eldering A & al. (2017) “The Orbiting Carbon Observatory-2 early science investigations of regional carbon dioxide fluxes” |Science: 358 (6360) – Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 October 2017|résumé
  10. a, b, c, d et e Schwandner Florian M. & al. (2017) “Spaceborne detection of localized carbon dioxide sources”|Science: 358 (6360) – Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 October 2017 | résumé
  11. a et b Smith Jesse (2017) Measuring Earth's carbon cycle | Science | 13 octobre 2017 | Vol. 358, n°6360, pp. 186-187 | DOI:10.1126/science.358.6360.186
  12. a et b Y. Sun & al (2017) OCO-2 advances photosynthesis observation from space via solar-induced chlorophyll fluorescence|Science: 358 (6360) – Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 octobre 2017 résumé
  13. a, b, c, d, e et f Junjie Liu (2017) | Contrasting carbon cycle responses of the tropical continents to the 2015–2016 El Niño|Science: 358 (6360) – Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 October 2017|[ http://science.sciencemag.org/content/358/6360/eaam5690 résumé]
  14. Baccini A & al. (2017) Tropical forests are a net carbon source based on aboveground measurements of gain and loss|Science: 358 (6360) – Research Article |Science - Vol 358, Issue 6360 - 13 octobre 2017| DOI: 10.1126/science.aam5962 |résumé