Victor de Persigny

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Le duc de Persigny
Signature du duc

Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny, est un homme d'État du Second Empire, né à Saint-Germain-Lespinasse dans le département de la Loire le 11 janvier 1808 et mort à Nice le 12 janvier 1872 et enterré à Saint-Germain-Lespinasse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Gilbert Victor Fialin est né le 11 janvier 1808 à Saint-Germain-Lespinasse. Il est le fils de Antoine Henri Louis Marie Fialin et de Anne Marie Girard de Charbonnières. Son père, ayant fait de mauvaises affaires, abandonne sa femme et ses deux enfants pour s'engager dans les armées impériales qui envahissent l'Espagne[1]. Devenu Maréchal-des-logis-chef, il est admis à l'hôpital royal de Salamanque où il décède le 12 décembre 1810, par suite de fièvres.

Le jeune Fialin, orphelin de père, est élevé par un oncle maternel, monarchiste convaincu. Il obtient une bourse et entre au collège de Limoges. Il fait le choix d'une carrière militaire, est admis à l’école royale de cavalerie de Saumur, le 25 juillet 1826, et au bout de deux années sort major de promotion. Intégré au second régiment de Hussard avec le grade de maréchal des logis, dans la compagnie du capitaine Kersausie, membre de la Conspiration La Fayette.

Il prit part, avec lui, au mouvement insurrectionnel de juillet 1830 à Vannes où ils arborent le drapeau tricolore. Le rôle joué par son régiment en soutenant la Révolution de juillet fut regardé comme de l'insubordination. Fialin ne peut rester dans l'armée, il est mis en congé de réforme puis en congé définitif le 4 octobre 1831.

Fialin décide de monter à Paris et de se lancer dans le journalisme. Il collabore à plusieurs journaux comme le Courrier français, le Spectateur Militaire. Il décide à cette époque de se présenter sous le nom de vicomte de Persigny.

À cette même époque il se convertit au bonapartisme, notamment après la lecture du Mémorial de Sainte-Hélène. À l’époque, le bonapartisme est cependant loin de constituer une force politique crédible. Apanage des rescapés de la Grande Armée, rêve de quelques jeunes romantiques isolés dans la société bourgeoise de la Monarchie de Juillet, l’Empire appartient davantage à l’histoire qu’à l'avenir.

L'aventure bonapartiste[modifier | modifier le code]

En 1834, alors qu'il voyage pour son journal, il rencontre Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, frère de Napoléon Ier. L’année suivante, en 1835, il fait la rencontre décisive de Louis-Napoléon Bonaparte, alors en exil à Arenenberg en Suisse. Il va dès lors être son compagnon d’exil et son aide de camp. Le futur Napoléon III est une véritable révélation pour lui. Ses sentiments politiques trouvent un cadre, le bonapartisme ; son incroyable énergie, un but : la restauration de l’Empire ; sa soif de fidélité, un homme, Louis-Napoléon.

La tentative de Strasbourg[modifier | modifier le code]

Le 30 octobre 1836, secondé par le colonel Vaudrey, commandant le 4e régiment d'artillerie[2], il tente de gagner la garnison de Strasbourg à la cause bonapartiste. Après avoir soulevé la garnison, le but est de marcher sur Paris. Si les soldats du régiment d’artillerie de Strasbourg se soulèvent, les autres régiments ne se rallient pas et désarment les apprentis comploteurs. Tandis que le roi Louis-Philippe fait preuve de clémence en envoyant Louis-Napoléon en exil en Amérique, Fialin, qui a réussi à s'échapper, ne baisse pas les bras. Il inonde la presse d’articles et de communiqués, recrute de nouveaux partisans, récolte des fonds, jette les bases d’un embryon de parti.

La tentative de Boulogne[modifier | modifier le code]

En 1840, la conjoncture lui semble favorable à une nouvelle tentative de complot, Adolphe Thiers et son cabinet viennent de décider le retour des cendres de l'île Sainte-Hélène. Louis-Napoléon, qui est à Londres, et Fialin affrètent un navire dont ils confient le commandement à un ancien corsaire, compagnon de Surcouf. Avec une cinquantaine de leurs partisans, ils débarquent à Boulogne-sur-Mer dont ils tentent en vain de rallier la garnison. Mais la confrontation tourne mal. Des coups de feu sont échangés, deux personnes sont tuées et la petite bande bonapartiste est arrêtée. Persigny est condamné à vingt ans de détention à la citadelle de Doullens, peine rapidement atténuée, en 1843, pour raison de santé: atteint d’ophtalmie, il est transféré à l’hôpital militaire de Versailles. Il est libéré par la Révolution française de 1848.

Pendant son emprisonnement, il écrit un ouvrage De la destination et de l'utilité permanente des Pyramides, publié en 1845, dans lequel il propose une hypothèse originale sur la fonction des pyramides d'Égypte en sus de leur usage de tombeaux.

« M. Fialin de Persigny utilisa les loisirs forcés que lui fit sa condamnation pour adresser, en 1844, à l'Académie des Sciences un mémoire contenant ses idées particulières sur le but véritable que se proposèrent les Égyptiens en élevant les montagnes de pierre vulgairement appelées pyramides. Selon lui, ce furent là bien moins des monuments de l'orgueil des rois que des monuments d'utilité publique ; et ces gigantesques constructions étaient en réalité distinées à protéger la vallée du Nil contre l'invasion des sables du désert... Nous confesserons humblement notre incompétence sur cette grave question d'archéologie... et de physique[3]. »

L'exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Photographie du duc de Persigny sous l'Empire

En 1848, il dirige la campagne qui amène l’élection à la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte. Infatigable, il reconstitue ses réseaux, finance des journaux et sillonne la France, n’ayant de cesse que la nouvelle de la candidature de celui à qui il a voué sa vie soit connue dans le plus reculé des hameaux. Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon est ainsi élu premier Président de la République française avec près de 75 % des voix.

Fialin, qui se fait déjà appeler comte de Persigny, est membre du comité de la rue de Poitiers. Il est élu député de la Loire le 13 mai 1849. Il commence à organiser, à l’Assemblée législative, un parti bonapartiste, parti du président. Membre du comité de la rue de Poitiers, il est élu dans le Nord et la Loire. Lors du Coup d’État du 2 décembre 1851, il est à la tête du 42e régiment de ligne où il est chargé avec le colonel Espinasse de la prise du Palais Bourbon par la troupe, ce qui ouvre les portes du pouvoir à Louis-Napoléon.

Le nouveau régime dans lequel il s’apprête à jouer un rôle éminent se met en place. Le 22 janvier 1852, il est nommé ministre de l’Intérieur, poste qu'il conserve jusqu’en avril 1854. En cette qualité, le lendemain du coup d'État, il est un des plus ardents partisans politiques du rétablissement de l'Empire. Il paraît que Persigny demande aux préfets de faire crier "Vive l'Empereur" au lieu de "Vive le Président" lors des visites officielles de Louis-Napoléon. Il occupe aussi les fonctions de ministre du commerce de janvier 1852 à février 1853. Puis il sera ambassadeur à Londres de 1855 à 1858 et de 1859 à 1860. Il est rappelé au ministère de l'intérieur de 1860 à 1863. Il y contrôle la presse et décide de la ligne des journaux officieux du régime comme le Constitutionnel ou le Pays. Ses idées, comme celles du prince Napoléon, cousin de l'empereur, sont favorables aux révolutionnaires italiens bien qu'en 1859 il se soit prononcé contre la guerre d'Italie; il presse l'empereur de leur abandonner Rome. C'est Persigny qui trouvera les moyens pour financer les Grands Travaux à Paris.

Il épouse en 1852 Eglé Albine Maria Napoléone Ney[4], petite-fille du Maréchal Ney et du banquier Jacques Laffitte, de vingt-quatre ans sa cadette. À cette occasion, il reçoit 500 000 francs ainsi que le titre de comte.


L’Empereur, voulant le récompenser, fait de Persigny un sénateur, membre du Conseil privé et grand officier de la Légion d’honneur.

Persigny devient Président du Conseil général de la Loire en 1858: il assumera cette charge jusqu'en 1870. Il y déploie une extraordinaire énergie. Le percement du canal du Forez, la création de la société historique et archéologique du Forez, la Diana, la mise en place d’un fonds de secours pour les victimes des débordements de la Loire, la poursuite de l’essor industriel du département, le transfert de la Préfecture de Montbrison à Saint-Étienne sont autant d’actes à mettre à son crédit.

Son caractère autoritaire lui dresse en rival Charles de Morny auquel il a succédé en 1852. L'impératrice Eugénie le déteste car il avait désapprouvé le choix d'Eugénie comme impératrice. On prête à Persigny cette déclaration faite à l'empereur en 1850:

« Ce n’est pas la peine d’avoir risqué le coup d’État avec nous pour épouser une lorette ! »

Il prépare les élections de mai 1863 avec despotisme en s'employant à obtenir une chambre docile. Seuls les candidats qu'il avalise peuvent se déclarer "indépendants"! En même temps, il éloigne les candidats catholiques et ne représente pas plusieurs députés. Il ne prévoit ni ne prévient le succès électoral de l'opposition. Il conseille alors à Napoléon III de gouverner sans chambre mais tenu responsable de la défaite, il est écarté. On médit alors de lui ainsi: "il finira sur la paille car il a déjà sa litière (sali Thiers)".

Il est élevé duc de Persigny par décret impérial du 9 septembre 1863.

Le déclin[modifier | modifier le code]

En 1870, la guerre et la reddition de Bazaine provoquent la chute de l’Empire et viennent mettre un terme à sa carrière. Abandonnant la politique, il se consacre à la rédaction de ses « Mémoires » qui ne seront publiés qu'après sa mort en 1896. Homme courageux, assumant et revendiquant même tout l’héritage de l’Empire, y compris celui du Coup d’État du 2 décembre 1851, après cette vie « politiquement correcte » et malgré sa disgrâce auprès de l’impératrice, il ne renia jamais son prince et il eut l’amertume d'assister à la fin du rêve pour lequel il avait vécu et combattu.

Il décède à Nice, dans un hôtel de la Promenade des Anglais le 12 janvier 1872. Il est inhumé au cimetière de Saint-Germain-L'Espinasse. Son épouse ne vint même pas lui rendre un dernier hommage. Le jour après ses funérailles arrive un télégramme de Napoléon III:

« Mon Cher Persigny, J'apprends avec peine l'état de votre santé. J'espère que vous pourrez triompher de la maladie; mais en attendant votre guérison, je tiens à vous dire que j'oublie ce qui a pu nous diviser pour ne me souvenir que des preuves de dévouement que vous m'avez données pendant de longues années. Croyez à ma sincère amitié[5]. »

Le tombeau du duc, toujours visible au cimetière de Saint-Germain avait été gravement endommagé par la tempête de 1999, il a été reconstruit à l'identique grâce une subvention exceptionnelle émanant du Conseil général de la Loire[6] et du ministre de l'Intérieur[7].

Le duc fut propriétaire du château de Chamarande, dans l'Essonne[réf. nécessaire].

En conclusion[modifier | modifier le code]

Napoléon III aurait dit de lui : « L’Impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, le Prince Napoléon est républicain et je suis moi-même socialiste. Il n’y a qu’un seul bonapartiste, c’est Persigny, et il est fou. ». L'homme est plus complexe que cette boutade, c'était notamment un spécialiste de cette nouveauté du temps, les campagnes électorales.

Les papiers personnels de Victor de Persigny et de la famille Persigny sont conservés aux Archives nationales sous la cote 44AP[8].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille posthume à l'effigie de Persigny a été réalisée par le graveur Louis Charles Bouvet. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0412).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Campagne d’Espagne (1808-1814)
  2. Régiment de Napoléon Bonaparte à Toulon en 1793
  3. Dictionnaire de la conversation et de la lecture,page 397. Volume 14, Michel Lévy, ed.Michel Lévy Frères, Paris, 1857
  4. Albine Maria Napoléone Ney de la Moskowa, (1832-1890), fille de Joseph Napoléon Ney et de Albine Marguerite Lafitte
  5. Cité d'après Pascal Clément, Persigny, L'homme qui a inventé Napoléon III
  6. Présidé alors par P. Clément
  7. Jean-Pierre Chevènement
  8. Archives nationales

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le duc de Persigny et les doctrines de l'empire,Victor Fialin duc de Persigny, Joseph Delaroa, ed. Plon, 1865
  • Persigny (Victor Jean Fialin de), Mémoires, édités par le comte Henri de Laire d'Espagny, P., Plon-Nourrit, 1896.
  • Catalogue des objets d'art, de curiosité et d'ameublement dépendant de la succession de M. le duc de Persigny, provenant du château de Chamarande... P., 1872, 35pp 4°.
  • Wahl (Caroline) e.a., Fonds Persigny, AP44, Centre historique des Archives nationales, 2002, 75pp.
  • Hadol (p, La ménagerie impériale composée des ruminants, amphibes, carnivores et autres budgétivores qui ont dévoré la France pendant vingt ans, S.l.n.d. (1870-1871). Dans ce recueil de caricatures, Persigny est représenté sous la forme d'un singe.
  • Goyau (Georges), Un roman d'amitié entre deux adversaires politiques, Falloux et Persigny, P., Flammarion, 1928, 245pp.
  • Chrétien (Paul), Le duc de Persigny (1808-1872), thèse, Toulouse, impr. Boisseau, 1943, 258pp, portrait.
  • Farat (Honoré), Persigny, un ministre de Napoléon III, P., Hachette, 1957, 320pp, portrait.

Liens externes[modifier | modifier le code]