Charlemagne de Maupas

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Charlemagne de Maupas
Image illustrative de l'article Charlemagne de Maupas
Fonctions
Sénateur du Second Empire
21 juin 1853septembre 1870
Ministre de la Police
22 janvier 185221 juin 1853
Monarque Napoléon III
Préfet de police de Paris
27 octobre 185122 janvier 1852
Prédécesseur Pierre Carlier
Successeur Pierre Marie Pietri
Biographie
Date de naissance 8 décembre 1818
Lieu de naissance Bar-sur-Aube
Date de décès 19 juin 1888
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Bonapartiste

Charlemagne-Émile de Maupas, né le 8 décembre 1818 à Troyes (Aube), mort le 18 juin 1888 à Paris (Hôtel de Ségur, 97 rue du Bac) est un homme politique français de l’Aube (Région Champagne-Ardenne). Avec le duc de Morny, le duc de Persigny et le général de Saint-Arnaud, Louis-Napoléon Bonaparte (plus connu sous le titre impérial de « Napoléon III »[1]), Maupas est l’organisateur des forces de polices et militaires parisiennes lors du coup d’état du 2 décembre 1851.

Origine et famille[modifier | modifier le code]

Son père, Memmie Rose Maupas est maire de Bar-sur-Aube, membre du Conseil général de l'Aube, puis est élu député au Corps Législatif de la deuxième circonscription de l'Aube (Sud-Est, Troyes, Chaource, Bouilly et Bar-sur-Seine) de 1852 à 1861. Maupas père entretient avec son fils une correspondance épistolaire de la Monarchie de Juillet à la seconde république. Par son mariage, en secondes noces, à Adeline Louis, Memmie Rose accroit son réseau à la Côte-d’Or, puisque sa nouvelle épouse est la fille du député Jean-Baptiste-Charlemagne Louis-Bazile[2].

En 1848, Maupas épouse ainsi Irène Guillemot, fille unique de Pierre Guillemot, président de la cour d’Appel de Dijon, et Célestine, née Locquin. Le parcours des ascendants d’Irène de Maupas est le reflet typique des unions traditionnelles entre une bourgeoisie de robe, les Guillemot, avec une carrière judiciaire sur plusieurs générations, et d’officiers militaires, les Locquin, également exploitants fonciers. Les ancêtres de Célestine sont des officiers du génie de Napoléon Ier lors des batailles d’Italie.

Deux filles naîtront de cette union, Marguerite et Gabrielle. L’aînée, Marguerite, se marie en 1871 à Henri Vyau de Baudreuil de Fontenay. La cadette, Gabrielle, se marie en 1880 avec le vicomte Antoine Bellet de Tavernost.

Carrière[modifier | modifier le code]

Le préfet de la police de Paris éphémère et le Coup d'Etat[modifier | modifier le code]

Nommé à la Préfecture de Police de Paris, située rue de Jérusalem (auj. disparue avec l'extension du Palais de Justice), le 27 octobre 1851, il surveille les légitimistes et les contestataires, tout en organisant l'ensemble du déploiement des forces de police postées dans les rues stratégiques et aux portes de la capitale. Contrairement à ce qu’on pensait jusqu'à lors, les papiers de Maupas nous informent de son rôle décisif d'informateur et d'organisateur du coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte. 

Les rapports et les dépêches montrent clairement que l'évolution des esprits donne au prince-président l'opportunité d'agir le 2 décembre 1851. Il imprime aussi le décret de nomination du nouveau gouvernement qu’il intègre ensuite lors d’un remaniement le 22 janvier 1852. Il aura passé 88 jours rue de Varenne.

Le ministre de la Police générale[modifier | modifier le code]

Maupas est finalement nommé ministre de la Police générale, reconstitution du ministère de Fouché, situé alors au 78 rue de Varenne. Il réorganise les diverses polices judiciaires, administratives, municipales et secrètes, plaçant les hauts fonctionnaires sous surveillance, créant un climat de suspicion.

L'instruction des affaires, la correspondance et les rapports des départements remontent au ministère par les trois directeurs, dont le préfet de Police du département de la Seine. Les deux autres directeurs se répartissent les départements en deux arrondissements, l'un au nord du Massif Central, l'autre au sud. Enfin, les inspecteurs généraux, qui seront remplacés par les commissaires départementaux en 1853, sont une branche du ministère de la Police.

Maupas constitue de nombreux dossiers sur les hauts-fonctionnaires départementaux, parisiens, sur les députés ou les hommes du spectacle. Ses espions, dont une partie sont originaires de son Aube natale ou d’anciens commissaires reconvertis, tel le fameux Vidoq appelé aussi « agent 31 ».

C’est pourquoi, son zèle excessif empiète sur les attributions des ministres de la Justice, de l'Intérieur et des Affaires étrangères et finit par lasser l'Empereur. Maupas est contraint à la démission le 21 juin 1853. Son ministère devient ainsi la direction de la Police du ministère de l'Intérieur, dirigé par Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny, lui-même démissionnaire en avril 1854 pour des raisons de santé.

Sénateur, diplomate et préfet des Bouches-du-Rhône[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1853, Maupas est nommé sénateur. Les grands travaux (le chemin de fer par exemple) de sa région natale seront largement favorisés par cette élévation sociale comme le montre les lettres échangées avec sa famille et ses relations politiques dans l’Aube. Maupas s'installe en 1854 au château de Vaux, sur la commune de Fouchère (Aube). Au Palais du Luxembourg, il suit désormais de près de nombreux projets de loi sur les réunions publiques, le développement du chemin de fer, la transformation urbanistique de la ville de Paris, la presse et la révision constitutionnelle. Il obtient sa pension le 8 juin 1867.

Fin juin 1853, Maupas est nommé consul plénipotentiaire à Naples jusqu'en septembre 1854 auprès de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. D'après les propos de son propre père, Maupas souhaite rapidement rentrer à Paris pour retrouver une poste en France auprès de l’Empereur, mais il se promène et visite les sites archéologiques, Naples et Rome.

Nommé préfet par décret le 2 octobre 1860, chargé de l'administration des Bouches-du-Rhône d'octobre 1861 à décembre 1866, il accentue la transformation de Marseille. La construction de la préfecture, rue Saint-Ferréol (angle : boulevard Paul Peytral) est réalisée par l'architecte Auguste Martin. Imitant son ancien préfet de Gironde, Eugène Haussmann, il élargit les artères (rue Impériale, auj. rue de la République, inaugurée en 1864) et poursuit la construction du nouveau port de la ville. À sa demande - mais sous le coup d'une cabale -, il est relevé de ses fonctions à Marseille en décembre 1866.

Maupas reste un sénateur, très caricaturé, dont les discours engagés sont reconnus au Sénat.

De la chute de l'Empereur à la troisième République[modifier | modifier le code]

Après la chute de Louis Napoléon Bonaparte en septembre 1870, Maupas s'exile momentanément en Angleterre. De retour en France en mai 1871, il se présente aux élections législatives. En 1871, un décret interdit cependant les candidatures aux élections pour les anciens préfets et tout le personnel bonapartiste (députés et sénateurs). Le retour de quelques dignitaires de l'Empire, partisans de Louis Napoléon Bonaparte, prépare en vain son retour d'exil à Chislehurst dans le Kent (Royaume-Uni).

Ainsi, dans le cadre des élections législatives partielles de 1872, la remontée du groupe parlementaire bonapartiste se confirme avec, à sa direction, Eugène Rouher, surnommé « le Vice-Empereur », en mai 1872. Maupas fait partie des candidats bonapartistes malheureux aux élections législatives partielles en 1872, puis ne parviendra pas à être élu en 1875 et en 1879.

Maupas consacre ses dernières années à pousser désormais son gendre, Henry Vyau de Fontenay de Bautreuil (1848-1925), sur la scène politique champenoise, mais sans référence bonapartiste désormais et sous l'étiquette monarchiste et conservatrice.

De 1875 à 1884, Maupas entreprend ses Mémoires, une forme de contre-attaque pour justifier ses engagements sous l'Empire. L'ancien ministre se penche à nouveau sur ses papiers personnels qui documentent ses propos.

Peu avant sa mort le 18 juin 1888, à l’hôtel de Ségur, 97 rue du Bac à Paris, l'ancien ministre adhère au mouvement boulangiste[3]. Malgré ses tentatives de réhabilitation, l’histoire ne lui pardonne sans doute pas sa participation au coup d’Etat de Napoléon III.

Archives[modifier | modifier le code]

Ses archives sont conservées aux Archives nationales sous la cote 607 AP[4].

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Ordre royal de Charles III d'Espagne (1851).
  • Ordre royal d'Isabelle la Catholique d'Espagne (1852).
  • Grand croix de l'ordre de Pie IX (1852). 
  • Grand-Croix  de l’ordre de la Légion d'honneur (1867). 
  • Grand croix de l'ordre constantinien de Saint-Georges du royaume des Deux-Siciles (1853).
  • Ordre de Saint-Janvier des Deux-Siciles (1861).
  • Chevalier royal de Saint-Janvier du Royaume des Deux-Siciles (1861).
  • Grand officier de l'ordre royal et militaire de Saint-Maurice et Lazare du royaume d'Italie (1862).
  • Ordre de Saint-Stanislas de Russie (1864).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amécourt (Roger d'), Le Mariage de Mademoiselle de La Verne, Paris, Perrin, 2001.
  • Choisel (Francis), notice « Maupas (Charlemagne Émile) », dans Dictionnaire des ministres, sous la direction de Benoît Yvert, 1990, p. 282-283.
  • Ébel (Édouard), Les préfets et le maintien de l'ordre public en France au XIXe siècle, Paris, La documentation Française, 1999, p. 30, 61, 63, 65, 76, 78, 80, 114, 152.
  • Pins (Jean de), notice « Maupas (Charlemagne Émile) », dans Dictionnaire du Second Empire, sous la direction de Jean Tulard, p. 793-795.
  • Robert (Adolphe) et Cougny (Gaston), Dictionnaire des parlementaires français (1789-1889), Paris, Ed.  Bourloton, 1890, 5 volumes, t. IV, p. 318-319.
  • Rougeron (Georges), notice « De Maupas Charlemagne Émile », dans Les administrateurs du département de l'Allier (An VIII-1950), Montluçon, 1956, p. 51-53.
  • Vigoureux (Claude), Maupas et le coup d'État de Louis-Napoléon, le policier du Deux-Décembre 1851, Paris, 2002.
  • —  article « Le Coup d’État (Deux-Décembre 1851) », dans Napoléon III. Le Magazine du Second Empire, n° 11, juin-août 2010.
  • Landgraf (Éric), « Charlemagne Émile Maupas, répertoire numérique détaillé », Archives nationales, Bialec, 2013. [Contient des articles de différents auteurs : Claude Vigoureux, Eric Anceau, Roger d'Amécourt, Cyprien Henry et l'auteur, Éric Landgraf. Transcription des lettres de son père Memmie-Rose Maupas, député de l'Aube]

Publications de Maupas[modifier | modifier le code]

  • 1841. Considérations sur le système des impôts, par Maupas, 1841.
  • 1884. Mémoires sur le Second Empire, par M. de Maupas, E. Dentu, 1884

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par senatus consulte du 7 novembre 1852, puis par le plébiscite du 22 novembre.
  2. M. Louis-Bazile fut député de la Côte-d’Or (1827-1834, puis 1852-1863), conseiller général de la Côte-d’Or (1830-1863).
  3. Selon l'article "Mort d'un bandit", dans Le Parti ouvrier du 20 juin 1888.
  4. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle Landgraf (Eric), « Charlemagne-Émile de Maupas ». Répertoire numérique détaillé, Archives nationales, 2013. 607AP/1-607AP/111. Journée d'études en partenariat avec Paris-Sorbonne le 3 décembre 2013 aux Archives nationales.