Claude-Nicolas Vaudrey

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Claude-Nicolas Vaudrey
Portrait du général Vaudrey.
Portrait du général Vaudrey.

Naissance 25 novembre 1784
Dijon, France
Décès 11 mars 1857 (à 72 ans)
Jours-lès-Baigneux, France
Arme Armée de terre (Artillerie)
Grade Lieutenant (1806)
Capitaine (1810)
Commandant (1815)
Lieutenant-colonel (1826)
Colonel (1830)
Général de brigade (1851)
Années de service 18061837
Conflits Guerres napoléoniennes
Autres fonctions Député (1849 - 1851)
Sénateur (1852 - 1857)
Conseiller général
de la Côte-d'Or
(1852 - 1857)

Claude-Nicolas Vaudrey, né à Dijon[1] le 25 novembre 1784, mort à Jours-lès-Baigneux[2] le 11 mars 1857, est un général et homme politique français.
Il est connu pour avoir secondé Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, lors de sa première tentative de Coup d'État en 1836.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeune officier pendant les guerres napoléoniennes[modifier | modifier le code]

À l'issue d'études commencées à l'école centrale de Dijon, poursuivies à l'École polytechnique (1802-1804) et achevées à l'école d'application de Metz (1806), Vaudrey fut nommé lieutenant au 1er régiment d'artillerie à cheval.
Le jeune officier participa aux guerres du Premier Empire. Après avoir servi à Naples et en Calabre en 1806, il fut fait prisonnier par les Autrichiens lors de la campagne d'Allemagne et d'Autriche (1809). Libéré en 1810, il fut promu capitaine et décoré, trois ans plus tard, de la Légion d'honneur. Lors de la campagne d'Allemagne, il se distingua à la Bataille de Dresde mais fut gravement blessé à la suite d'une charge à Grossenhagen (Tarnowo). Nommé chef d'escadron, il prit part à la campagne de France. Après la première abdication de l'empereur, la Première Restauration le mit à la demi-solde.
En 1815, au retour de Napoléon, Vaudrey fut réintégré et nommé commandant de l'artillerie des deuxième[3] et troisième divisions du 1er corps et combattit à Waterloo, où il commandait vingt-quatre pièces d'artillerie. Il fut de nouveau licencié et mis en demi-solde en novembre 1815.

Remis en activité auprès de son régiment d'origine en 1817, Vaudrey fut promu lieutenant-colonel en 1826 puis colonel en 1830. Connu pour ses opinions libérales, qu'il avait manifestées à Strasbourg lors des Trois Glorieuses, Vaudrey fut candidat « patriote » aux élections législatives de 1831 à Semur-en-Auxois mais fut battu de peu par Jean Vatout. Envoyé pendant quelques mois à Bastia, affectation qu'il ressentit comme un exil[4], le colonel reçut le commandement du 4e régiment d'artillerie.

Complice de Louis-Napoléon Bonaparte lors de la tentative de Strasbourg[modifier | modifier le code]

Représentation idéalisée de la tentative de soulèvement. Illustration réalisée au début du Second Empire par Philippoteaux.

En mai puis en juillet 1836, alors que son régiment était en garnison à Strasbourg, le colonel Vaudrey rencontra à Offenbourg puis à Baden-Baden le prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon et prétendant bonapartiste. Ce dernier, qui avait contacté Vaudrey en lui envoyant un exemplaire de son Manuel d'artillerie[5], préparait un complot consistant à soulever les troupes présentes à Strasbourg puis à marcher sur Paris pour y renverser la Monarchie de Juillet au profit d'un nouveau régime impérial. Amadoué par l'entremise d'une séduisante cantatrice, Éléonore Gordon[6], Vaudrey accepta d'être complice de ce projet de coup d'État militaire. Sa décision s'était fondée sur sa nostalgie du Premier Empire et sur son sentiment d'être mal traité par le comité supérieur d'artillerie, par les inspecteurs généraux de l'armée[7] et par les autorités, qui n'avaient pas donné suite à ses démarches en vue de devenir aide de camp du duc d'Orléans et lui avaient refusé une bourse pour son fils aîné[4].
L'opération, d'abord prévue au mois d'août puis ajournée, fut exécutée au petit-matin du 30 octobre. Elle échoua après que plusieurs officiers, dont le général Voirol aient refusé de se joindre au mouvement. Vaudrey et Louis-Napoléon, ainsi que plusieurs de leurs complices, furent arrêtés.
Si Louis-Napoléon fut autorisé à s'exiler en Amérique, Vaudrey et douze coaccusés furent jugés en janvier 1837 par la cour d'assises du Bas-Rhin. Défendu par Ferdinand Barrot, le colonel fut acquitté par les jurés en vertu du principe d'égalité face à la loi, car le pouvoir avait permis au principal responsable d'éviter la prison.
Libéré, le colonel Vaudrey fut mis à la retraite le 31 mars 1837.
Il ne fut pas abandonné par les Bonaparte : Louis-Napoléon lui envoya une lettre amicale depuis New York[8] et la mère du prince, Hortense de Beauharnais, qui avait financé la défense du colonel par l'intermédiaire du baron Desportes, légua à Vaudrey un portrait de Napoléon pour le remercier de son dévouement[9].

Quelques années plus tard, il se rendit à Londres pour y retrouver Louis-Napoléon. Selon ce dernier, Vaudrey aurait tenté de le dissuader de préparer un nouveau complot[10]. Le prince n'écouta pas ces conseils et, tout en prévoyant de faire du colonel son premier aide-de-camp en cas de succès[11], tenta un nouveau putsch à Boulogne-sur-Mer le 6 août 1840. Dès le lendemain de cette seconde tentative, à l'issue de laquelle Bonaparte fut arrêté, une perquisition eut lieu au domicile parisien de M. Périer, beau-frère du militaire en retraite, où ce dernier séjournait depuis son retour de Londres[12]. Si le nom de Vaudrey fut cité lors du procès, sa participation à la conspiration ne put être prouvée.

Homme politique bonapartiste sous la Deuxième République et le Second Empire[modifier | modifier le code]

Après le renversement de la monarchie par la révolution de 1848, Vaudrey fut nommé commandant de la garde nationale de Dijon. Louis-Napoléon Bonaparte ayant été élu Président de la République le 20 décembre, Vaudrey revint en grâce. Il reçut en effet, quelques semaines plus tard, les insignes de commandeur de la Légion d'honneur et fut nommé aide de camp de l'ancien conjuré de Strasbourg. Élu en mai 1849 représentant de la Côte-d'Or à l'Assemblée nationale législative, il siégea à droite et soutint la politique du prince-président.

À la suite du Coup d'État du 2 décembre 1851, la fidélité de Vaudrey à la cause bonapartiste fut récompensée par le poste de gouverneur des palais des Tuileries, du Louvre et de l'Élysée et par le grade de général de brigade (31 janvier 1852).
Élu conseiller général du canton de Baigneux-les-Juifs en 1852, il fut nommé sénateur la même année. En 1854, il fut promu grand officier de la Légion d'honneur.
Il mourut trois ans plus tard, à l'âge de 72 ans, à Jours-lès-Baigneux. Un autel a été élevé en sa mémoire dans l'église de ce petit village par sa veuve et ses deux fils[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les registres paroissiaux en ligne de Dijon sur le site des Archives départementales de la Côte-d'Or prouvent le lieu et la date de naissance de Vaudrey, baptisé le lendemain à Notre-Dame. Ses parents habitaient alors à Brognon. Pourtant, durant son interrogatoire lors du procès de Strasbourg, Vaudrey affirma être né à Semur-en-Auxois et non à Dijon. Cf. Albert Fermé, Les Grands procès politiques - Strasbourg, d'après les documents authentiques, Armand Le Chavalier, Paris, 1869, p. 38.
  2. La notice consacrée à Vaudrey sur le site de l'Assemblée nationale (consultée le 14/07/2010) fait erreur en indiquant Cessey-sur-Tille comme lieu du décès du général. Les registres d'État civil en ligne de Jours-lès-Baigneux sur le site des Archives départementales de la Côte-d'Or prouvent qu'il est mort dans un hameau (nommé Cessey, d'où la confusion) de cette petite commune.
  3. Selon Germain Sarrut (op. cit., p. 98, n. 1), il s'agit de la première division et non de la deuxième, contrairement à ce qui est indiqué dans le Dictionnaire des parlementaires français, p. 490.
  4. a et b Albert Fermé (op.cit.), p. 103.
  5. Il s'agit, plus précisément, du Manuel d'artillerie à l'usage des officiers d'artillerie de l'armée helvétique, Zurich, Füssli, 1834.
  6. Albert Fermé (op.cit.), p. 23.
  7. Albert Fermé (op.cit.), p. 19.
  8. Alfred de La Guéronnière, Napoléon III, portrait politique, Paris, 1853, pp. 87-91.
  9. Testament de la reine Hortense, cité par Eugène Fourmestraux dans La Reine Hortense, Paris, 1867, p. 389.
  10. Cour des Pairs - Attentat du 6 août 1840, vol. 2 (interrogatoire des inculpés), p. 26.
  11. Un des principaux complices de Louis-Napoléon Bonaparte, le général Montholon, avait rédigé un ordre du jour dans lequel plusieurs officiers étaient nommés à des postes stratégiques. Le premier nom de cette liste était celui de Vaudrey, « colonel d'artillerie, premier aide-de-camp du prince ». De plus, un projet d'arrêté du prince prévoyait de confier au colonel le commandement des canonniers de la place. Cf. B. Saint-Edme, Procès du prince Napoléon-Louis et de ses co-accusés devant la Cour des Pairs, Levavasseur, Paris, 1840, pp. 47 et 52.
  12. B. Saint-Edme (op.cit.), 257
  13. Notice tirée de la base Palissy.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Germain Sarrut et B. Saint-Edme, Biographie des hommes du jour, t. III - 1re partie, Paris, 1837, pp. 97-103.
  • Albert Fermé, Les Grands procès politiques - Strasbourg, d'après les documents authentiques, Armand Le Chavalier, Paris, 1869.
  • Adolphe Robert et Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, Bourloton, Paris, 1889, vol. V (Pla-Zuy), pp. 490-491.