Christiaan Barnard

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Christaan Barnard (1968)

Christiaan Neethling Barnard (8 novembre 1922 - 2 septembre 2001) était un chirurgien cardiaque sud-africain, qui devint célèbre pour avoir réussi la première transplantation cardiaque en 1967.

Historique[modifier | modifier le code]

Barnard, d'origine modeste, fils d'Adam Hendrik Barnard pasteur de l'Église réformée hollandaise et d'une mère Maria Elizabeth de Swart, femme ambitieuse pour ses enfants et organiste à l'église, est né et a grandi à Beaufort West, en Afrique du Sud[1].

Alors qu'il n'était encore qu'un très jeune enfant, un de ses quatre frères, Abraham, mourut des suites d'une pathologie cardiaque[2]. Cet événement affecta profondément la famille Barnard et influença le choix de carrière du jeune Christiaan.

Il étudia à la Faculté de Médecine de l'Université du Cap et fit son internat puis son résidanat au Groote Schuur Hospital (en) du Cap. Il commença ensuite une carrière de médecin généraliste à Ceres, une petite ville de l'ouest de la province du Cap. C'est pendant son exercice là-bas qu'il épousa en 1948 une infirmière, Aletta Louw[3].

En 1951, il retourna travailler dans deux hôpitaux du Cap pour obtenir sa maîtrise en 1953 de l'Université du Cap. Il obtint plus tard le titre de Docteur en médecine de la même université après une thèse intitulée Le traitement de la méningite tuberculeuse. De 1956 à 1958, il étudia la chirurgie à l'Université du Minnesota[4]. C'est en participant à des opérations de chirurgie cardio-thoracique auprès de C. Walton Lillehei (en) à Minneapolis qu'il décida d'en faire sa spécialité. Il devint l'élève de Norman Shumway, pionnier de la chirurgie cardiaque. Les pionniers américains de la transplantation cardiaque (Norman Shumway et son élève Richard Lower à San Francisco, Adrian Kantrowitz (en) à New York), après une dizaine d'années d'expérimentations de transplantations de cœur sur les animaux, ne pouvaient les réaliser sur l'homme car la législation américaine définissait la mort par l'arrêt du cœur sans reconnaître la mort cérébrale (une définition de la mort cérébrale, identifiée au syndrome de coma dépassé, n'y sera donnée qu'en 1968 par une commission de la Harvard Medical School)[5]. Christiaan Barnard profitera de ces travaux et de la législation sud-africaine plus souple pour le faire, les pionniers américains n'imaginant pas qu'il puisse les devancer car il avait juste fait des stages chez eux mais aucune recherche[6].

Il fut nommé chirurgien cardiothoracique au Groote Schuur Hospital en 1958, créant ainsi le premier service cardiologique de l'hôpital. Après le succès de la première greffe de rein en 1954 (d'abord sur des jumeaux puis sur un donneur et un receveur de parenté différente grâce à des traitements anti-rejet : irradiation au cobalt en 1966 du Dr David Hume ou premiers médicaments immunosuppresseurs[7]), il se lança dans l'expérimentation sur modèles animaux de la transplantation cardiaque. Barnard effectua la première greffe de rein en Afrique du Sud en 1959 et fit un stage en Virginie auprès du Dr David Hume pour y apprendre la technique du traitement immunosuppresseur. Il devint alors professeur à l'Université du Cap et en 1961 responsable du département de chirurgie cardiothoracique de l'université. En décembre 1967, il avait réalisé des greffes cardiaques sur 48 chiens, soit 250 de moins que Norman Shumway et 210 de moins que Kantrowitz qui de plus avaient obtenu de meilleures survies, leurs chiens vivant plus d'une année après l'opération contre 10 jours pour Barnard[8].

Transplantation cardiaque[modifier | modifier le code]

La première transplantation cardiaque orthotopique eut lieu le 3 décembre 1967 pour une opération d'une durée totale de neuf heures et demie (durée qui ne gêna pas Barnard même s'il souffrait déjà de rhumatisme articulaire), nécessitant une équipe d'une trentaine de personnes[9]. Le patient âgé de 55 ans, Louis Washkansky (en), souffrait de diabète et d'insuffisance cardiaque, un tiers de son cœur fonctionnait encore mais s'affaiblissait sans cesse, ne lui laissant aucune chance de survie : pour Barnard, il était le candidat indiqué pour la tranplantation. Le greffon provenait d'une jeune femme, Denise Darvall (en), décédée lors d'un accident de la route. Washkansky survécut à l'opération et vécut encore 18 jours avant de succomber à une pneumonie massive bilatérale induite par le traitement immuno-suppresseur. En plein apartheid, l'opération permit également de sauver Jonathan van Wyk, garçon noir de 10 ans, grâce au rein droit de Denise Darvall transplanté sur cet enfant souffrant d'insuffisance rénale[10]. Pour ne pas rester sur cet échec, l'équipe du Groote Schuur réalisa le 2 janvier 1968 une deuxième transplantation sur Philip Blaiberg, dentiste blanc de 58 ans, grâce au cœur d'un Noir anonyme victime d'un accident de la route. Philip Blaiberg survivra neuf mois, deux autres transplantés vivront 12 et 23 mois[11].

Il existe une controverse autour de l'opération sur Washkansky. Ainsi certains considérèrent Barnard comme un opportuniste ayant injustement volé la gloire et les honneurs à Norman Shumway, chirurgien cardiaque à Stanford. Sans les recherches effectuées par ce dernier, la transplantation n'aurait pas été possible. Barnard effectua son opération historique peu après avoir observé les travaux de recherches de Schumway à Stanford. Une autre polémique existe sur le rôle exact d'Hamilton Naki lors de cette transplantation : jardinier noir de l'hôpital présenté comme simple laborantin doué pour la vivisection, Naki est, selon le professeur Jean-Noël Fabiani, premier assistant de Barnard en plein apartheid[6].

Barnard, homme photogénique et arrogant[12], prit rapidement goût à l'attention que lui portèrent les médias dans les suites de l'opération, ce qui contribua à en faire un personnage mondialement connu. Très sollicité, il rencontre Grace Kelly, Sophia Loren, le pape Paul VI. Il continua à effectuer des greffes de cœur[8]. Dorothy Fisher, transplantée en 1969 survécut 24 ans et devint à cette époque la greffée la plus âgée de l'histoire[13].

En 1969, Barnard divorça pour épouser un an plus tard la jeune et glamour Barbara Zoellner[14].

Barnard fut aussi un pionnier dans de nouvelles techniques à risques avec par exemple, les doubles transplantations (1974), les valves mécaniques et l'utilisation de greffons cardiaques animaux pour les traitements en urgence (1971). Il effectua 10 transplantations orthotopiques (19671973), et avec son équipe 48 transplantations hétérotopiques (19751983). L'introduction de la ciclosporine comme traitement immunosuppresseur entraîna une reprise dans les greffes orthotopiques.

Retraite[modifier | modifier le code]

Christiaan Barnard écrivit plusieurs romans : Les Saisons de la nuit, Les hommes ne meurent jamais, Un bateau nommé espoir (1984).

Il divorça de nouveau en 1982, et prit sa retraite en 1983 : les mains enraidies par la polyarthrite rhumatoïde, il n'était plus capable d'opérer[14].

Il porta alors son intérêt sur la recherche contre le vieillissement et sa réputation fut entachée en 1986 alors qu'il faisait la promotion d'une crème anti-âge le Glycel vantée comme le nouvel élixir de jouvence, un produit très vite retiré du marché par la Food and Drug Administration américaine[15].

Il se maria une troisième fois en 1988 à la jeune Karin Setzkorn, pour redivorcer encore une fois en 2000. Il mourut le 2 septembre 2001 alors qu'il était en vacances à Paphos à Chypre après une crise d'asthme atypique, des médias ayant annoncé à tort comme cause une crise cardiaque[1]. Il avait six enfants[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en)Christiaan Neethling Barnard
  2. (en)First Human Heart Transplant
  3. (en) David Cooper, Chris Barnard : by those who know him, Vlaeberg Pub,‎ 1992, p. 31
  4. (en) Allen B. Weisse, Heart to Heart : The Twentieth Century Battle Against Cardiac Disease : an Oral History, Rutgers University Press,‎ 2002, p. 356
  5. Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa, Nouvelle encyclopédie de bioéthique : médecine, environnement, biotechnologie, De Boeck Supérieur,‎ 2001 (lire en ligne), p. 606
  6. a et b Jean-Noël Fabiani, Ces histoires insolites qui ont fait la médecine. Tome 2 : Les transplantations, Plon,‎ 2012, 229 p. (ISBN 225921701X)
  7. Régis Bertet, Petite Histoire de la Médecine, Editions L'Harmattan,‎ 2005, 262 p. (lire en ligne)
  8. a et b (en)Donald McRae, « A new heart, a new era », sur The Guardian,‎ 26 juin 2006
  9. (en) Kathleen Babbitt, How to Be Healthier, Wealthier, Happy and Wise, iUniverse,‎ 2000, p. 46
  10. (en) Peter Hawthorne, The Transplanted Heart : The Incredible Story of the Epic Heart Transplant Operations by Professor Christiaan Barnard and His Team, Rand McNally,‎ 1968, p. 171
  11. (en) David W. Meyers, The Human Body and the Law : A Medico-legal Study, Transaction Publishers,‎ 1970, p. 98
  12. Paul Rabinow, Le déchiffrage du génome : l'aventure française, Odile Jacob,‎ 2000 (lire en ligne), p. 148
  13. (en) Helen Bethune, Why Does My Heart Pump ? All about the Human Body, The Rosen Publishing Group,‎ 2010, p. 19
  14. a, b et c (en) Christiaan Barnard Biography
  15. (en) Peter Elsner, Howard I. Maibach, Cosmeceuticals : Drugs Vs. Cosmetics, CRC Press,‎ 2000 (lire en ligne), p. 231

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]