Huile de palme

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Huile de palme
Huile de palme au Ghana.
Huile de palme au Ghana.
Identification
No CAS 8002-75-3
No EINECS 232-316-1
Propriétés chimiques
Indice d’iode 44 – 58[1]
Indice d’acide 10[2]
Indice de saponification 195 – 205[1]
Matières non saponifiables 0,5 %[1]
Acides gras libres 3 % à 5 %[1]
Propriétés physiques
fusion 36 à 40 °C[1]
Propriétés optiques
Indice de réfraction n_{D}^{40} 1,453 – 1,456[1]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.


L’huile de palme est une huile végétale extraite par pression à chaud de la pulpe des fruits du palmier à huile. Elle ne doit pas être confondue avec l’huile de palmiste, tirée du noyau des fruits.

C'est l'huile végétale la plus consommée au monde (25 %)[3]. Cet ingrédient traditionnel des cuisines d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie se retrouve, dans les pays non producteurs, dans les aliments transformés en remplacement des habituelles graisses animales (saindoux, beurre…) et des huiles végétales hydrogénées (dite trans).

Même si elle ne représente en moyenne que 5 % des apports des Français[4], certains critiquent sa haute teneur en acides gras saturés. Par ailleurs, les ONG dénoncent le développement des plantations de palmiers à huile, phénomène qui constitue une menace importante pour les forêts en Malaisie, Indonésie et Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Palmier à huile (Elaeis guineensis).

L'usage alimentaire et médicinal d'huile de palme remonte au moins à 5 000 ans, comme l'attestent des fouilles archéologique en Égypte[5]. Les palmiers à huile sont probablement originaires des forêts tropicales humides de l'Afrique de l'Ouest où ils sont exploités localement avant d'être introduits en Égypte par des commerçants arabes[6] et au Brésil par les colons portugais au XVe siècle[7].

Les noix de palme (en) servaient à nourrir les esclaves objets du commerce triangulaire[8].

Les marchands européens commercent avec l'Afrique mais l'huile de palme n'est qu'occasionnellement importée en Europe où elle sert d'huile de cuisson, pour la fabrication de savon, de chandelles[9]. Son commerce s'y développe surtout à la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle en faisant usage comme lubrifiant mécanique, notamment dans les chemins de fer. Son utilisation en Europe augmente encore lorsque les résidus de noix de palme sont donnés comme nourriture au bétail et l'huile de palme servant dans la fabrication de produits pharmaceutiques[10].

Vers 1870, l'huile de palme constitue la principale exportation de certains pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Ghana et le Nigeria[10]. En 1885, William Lever fabrique à Liverpool à échelle industrielle du savon à base d'huile de palme qu'il importe d'Afrique de l'Ouest[11]. Sa fabrique de savon Lever Brothers est devenue Unilever. Jusqu'au XIXe siècle, l'éclairage est assuré par des bougies en suif dangereuses et à la combustion âcre. Les travaux scientifiques de Michel-Eugène Chevreul conduisent au remplacement de ces chandelles par des bougies stéariques, notamment à base d'huile de palme comme en fabrique toujours l'entreprise londonienne Price's Candles (en)[12].

En 1854, Price's Candles brevette un procédé de distillation de l'huile de palme qui permet de produire la glycérine utilisée dans de nombreuses compositions pharmaceutiques, cosmétiques, dans les pellicules de photos, la nitroglycérine. Néanmoins l'huile de palme est progressivement supplantée par les huiles minérales et les dérivés du pétrole. Elle refait une percée au début du XXe siècle dans le domaine de l'industrie alimentaire qui est aujourd'hui son principal débouché en raison de son faible coût de production, de ses propriétés physiques et chimiques (bonne conservation, stable à haute température, richesse en β-carotène)[13].

Composition[modifier | modifier le code]

Principaux acides gras (proportions moyennes)[14]  :

Composé Famille d'acide gras Teneur pour 100 g
Acide laurique (saturé)
0,1 g
Acide myristique (saturé)
1 g
Acide palmitique (saturé)
43,5 g
Acide stéarique (saturé)
4,3 g
Acide érucastique (mono-insaturé)
ω-9
0,1 g
Acide oléique (mono-insaturé)
ω-9
36,6 g
Acide palmitoléique (mono-insaturé)
ω-7
0,3 g
Acide linoléique (poly-insaturé)
ω-6
9,3 g
Acide alpha-linolénique (poly-insaturé)
ω-3
0,2 g
Acides gras trans
-
Total acides gras saturés
49,3 g
Total acides gras mono-insaturés
37 g
Total acides gras poly-insaturés
9,3 g
Vitamine E
15,94 mg
Vitamine K
8 µg

Sa richesse en acides gras saturés la rend semi-solide à température ambiante, son point de fusion se situe entre 35 °C et 42 °C. De ce fait, c’est une graisse végétale (comme le beurre de cacao) et non une huile[15].

L'huile de palme rouge (non raffinée ni traitée) est considérée comme l'aliment naturel le plus riche en β-carotène : elle en contient environ 15 fois plus que la carotte. Cette particularité a été utilisée au Burkina Faso pour lutter contre les carences en Vitamine des populations (la β-carotène pouvant se transformer dans le corps en Vitamine A)[16]. C'est également la deuxième huile la plus riche en vitamine E (tocophérols), après l'huile de germe de blé. Ces taux de vitamines diminuent très fortement après raffinage, chauffage et cuisson.

Usages[modifier | modifier le code]

L’huile de palme est principalement utilisée dans l’alimentaire (80 %) et l’oléochimie (savon, cosmétique…) (19 %) et en tant qu’agrocarburant (1 %)[3] au niveau mondial.

Usage alimentaire (80 %)[modifier | modifier le code]

Motte d'huile de palme biologique.

L'usage alimentaire de l'huile de palme est de 80 % dans le monde. En Europe, l'huile de palme à des fins alimentaires est de 50 % environ, principalement dans les produits agroalimentaires.

Usages traditionnels[modifier | modifier le code]

Les traces les plus anciennes d'huile de palme remontent à cinq mille ans. Elles ont été retrouvées sur une jarre en terre dans une tombe d'Abydos, en Égypte.

L’huile de palme rouge (ou orangé) est utilisée traditionnellement dans les pays producteurs d’Asie d’Afrique et du Brésil[17].

Quelques exemples de plats traditionnels :

Usages industriels[modifier | modifier le code]

Afin de remplacer les graisses animales plus chères et difficiles à travailler (comme le beurre), l'agro-industrie a utilisé les huiles végétales hydrogénées (comme celles présentes dans certaines margarines). Or, le processus d'hydrogénation induit la formation d'acide gras trans, reconnus comme contribuant aux maladies cardio vasculaires[18],[19]. Les industriels se sont alors tournés vers l’huile de palme[20], qui possède, une fois raffinée, des qualités physiques et organoleptiques satisfaisantes pour la fabrication de nombreux aliments :

  • avec sa forte concentration d'acides gras saturés (50 %), l'huile de palme reste solide à température ambiante ce qui permet de limiter l'emploi de graisses hydrogénées ;
  • elle est généralement plus stable à la cuisson que d'autres huiles ;
  • elle a un goût neutre une fois raffinée ;
  • elle permet une bonne conservation du produit fini.

Ces différentes qualités font que l’huile de palme est très appréciée, mais elle n'est jamais indispensable et difficilement substituable d'un point de vue technique. L'huile de coco, le beurre de cacao et de karité sont aussi des graisses végétales utilisées en alimentation. Les huiles de tournesol et d'olive sont tout aussi bien utilisées dans les fritures.

Notons qu'à partir de 27 °C cette huile a tendance à s'évaporer notamment lorsqu'elle est en contact avec du sucre ou du lactose, ce qui peut provoquer une perte plus ou moins importante du produit la contenant. Cette perte est visible dans certains produits comme les pâtes à tartiner l'utilisant.

Bien que ce produit ne soit pas mis en avant dans l'information au consommateur, on trouve de l'huile de palme dans un grand nombre de produits élaborés par l'industrie agro-alimentaire, en général uniquement désignée comme « huile végétale » : chips, croûtons, soupes lyophilisées, pâtes à tartiner, biscuits, lait pour bébé, sardines en boîte, bouillon de poulet instantané, mayonnaise, sauce tomate, céréales, chocolat, glaces, fromage râpé, fromages analogues, sauces, crèmes fraiches, pâtes à tartes, plats préparés, sauces pré-faites, biscottes, brioches, biscuits salés et sucrés, etc.[21]

La France consomme 126 000 tonnes d'huile de palme à usage alimentaire par an, soit 2 kg par habitant et par an en moyenne[22].

Oléochimie (19 %)[modifier | modifier le code]

L'huile de palme est également utilisée dans la synthèse de nombreux produits chimiques en cosmétique. C'est le cas par exemple de certains savons en les saponifiant avec de la soude caustique. Le composé est appelé 'sodium palmate' et 'sodium palm kerenelate' dans le cas de l'huile de palmiste. Elle peut aussi être utilisé pour la parfumerie comme la civettone[23] L'huile de palme est aussi utilisée comme agent hydratant dans les crèmes notamment.

Elle est aussi utilisée dans l'industrie comme lubrifiant par exemple.

Agro-carburants (1 %)[modifier | modifier le code]

Par rapport aux autres huiles, le rendement de l'huile de palme en fait un choix privilégié pour la production d'agrocarburant. Mais sa composition en fait un carburant que l'on ne peut insérer qu'en quantité limitée car elle fige dans les réservoirs, ce genre de cas a déjà été observé à de nombreuses reprises[24].

L'huile de palme peut également être hydrogénée afin de produire un agrodiesel composé d'alcanes qui ne présente pas les inconvénients de l'huile brute ou de trans-estérification de triglycérides d'acides gras : encrassement du moteur, point de figeage élevé. Ce procédé sera mis en œuvre à partir de 2010 dans une usine actuellement en construction à Singapour, qui transformera de l'huile de palme provenant de Malaisie. Il s'agira alors de la plus grande usine d'agrodiesel au monde[25].

Économie[modifier | modifier le code]

En plein essor[modifier | modifier le code]

Une plantation d'huile de palme en Malaisie.
Une plantation d'huile de palme en Indonésie.

La demande en huile de palme a augmenté de 8,7 % par an depuis 1995[26]. On observe une forte croissance de la consommation mondiale qui pourrait atteindre 40 millions de tonnes en 2020, contre 22,5 millions de tonnes en 2010[3]. Ainsi, l'huile de palme est aujourd'hui, et depuis 2010, la plus consommée dans le monde (25 % de la consommation mondiale en 2010), dépassant de peu l'huile de soja (24 %) et de loin celles de colza (12 %) et de tournesol (7 %)[3].

Cette performance s'explique par son faible coût de production. Le rendement à l'hectare du palmier à huile est en effet dix fois plus élevé que celui du soja (deuxième huile mondiale)[3]. 100 kg de fruits donnent environ 22 kg d'huile[27]

Outre ces avantages, la transformation des fruits en huile nécessite une huilerie avoisinante aux plantations, ce qui concentre les opérations de valorisations dans les pays producteurs. Malgré cela, une étude comparative à Sambas (Indonésie) a été menée entre les cultures traditionnelles et une culture de palmier à huile. Il a été montré qu'à surface égale, la même année, les cultures traditionnelles fournissent plus de travail. En effet la culture de palmier à huile demande très peu de main d'œuvre[28]. Côté revenus 66 % des travailleurs touchent moins que les salaires minimums en Indonésie quand ils sont employés dans des plantations de type 'industriel'[29].

Dans les pays comme l'Indonésie et la Malaisie, les plantations de palmiers ont été la conséquence d'une politique gouvernementale, ainsi les grandes plantations sont subdivisées en parcelles pour les petits planteurs (small holder). Ces derniers sont des transmigrants ou issus de populations locales. Ils doivent alors acheter, ou racheter les terres à crédit auprès de la compagnie mère (nucélus). Avec les petits exploitants qui convertissent leurs rizières en palmeraies, on compte 3 millions de ces exploitations, représentant la moitié des cultures[30]. La comparaison de revenu du travail est de 36 €/pers. pour l'huile de palme contre 17 €/pers. pour l'hévéa et 1,7 €/pers. pour le riz à Bongo (Malaisie) et ces valeurs varient suivant le prix d’achat des matières premières[31].

Techniques de culture[modifier | modifier le code]

Après avoir été placées en fermentation pendant un an dans des conteneurs, les graines sont semées en pépinière où elles sont arrosées goutte à goutte. Après 2 ans, on peut les planter dans la plantation pour récolter la noix de palme.

Un palmier donne des fruits deux fois par mois, durant toute l'année, et produit pendant 25 à 35 ans. Cependant, vers 20 à 25 ans, les palmiers deviennent trop hauts et il devient difficile de cueillir les noix de palme ; ils sont alors coupés, et leur stipe est exploité notamment dans la construction d'habitations et la fabrication de planchers exotiques. Dans d'autres cas, les plantations sont brûlées pour pouvoir être replantées, malgré tout cette pratique tend à être interdite.

Par rapport à d’autres cultures, il n’y a pas besoin de retourner la terre chaque année, de sorte que l’érosion et le tassement du sol sont moindres[32].

Chiffres[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Carte de la production mondiale d'huile de palme en 2006.

Originaire d'Afrique de l'Ouest, le palmier à huile est maintenant cultivé dans toutes les régions tropicales. Alors que l'Indonésie et la Malaisie ne produisaient ensemble que 5 millions de tonnes en 1976[33], ces pays représentent aujourd'hui plus de 85 % de la production mondiale. Ces deux pays continuent d'accroître leur production dans un marché en expansion.

Class. Pays Production (tonnes) en 2012[34]
1 Indonésie 28 500 000
2 Malaisie 19 000 000
3 Thaïlande 1 700 000
4 Colombie 960 000
5 Nigéria 3 312 000
6 Autres 350 000
T TOTAL 54 322 000

Consommation[modifier | modifier le code]

Plus de la moitié de la consommation de l'huile de palme s'effectue dans les pays asiatiques.

Class. Pays Consommation (tonnes) en 2012[34]
1 Inde 8 425 000
2 Indonésie 7 565 000
3 Chine 6 300 000
4 UE 28 5 475 000
5 Malaisie 3 323 000
6 Autres 21 327 000
T TOTAL 52 415 000

Cours[modifier | modifier le code]

L'huile de palme est cotée à la bourse de Kuala Lumpur.

Part de marché[modifier | modifier le code]

Class. Type de huile Production (tonnes) en 2012[35]
1 Huile de palme 54 320 000
2 Huile de soja 43 090 000
3 Huile de colza 23 910 000
4 Huile de tournesol 13 840 000
5 Huile de palmiste 6 250 000
6 Huile de noix 5 320 000
7 Huile de coton 5 260 000
7 Huile de coco 3 590 000
8 Huile d’olive 2 870 000
T TOTAL 158 430 000

Controverses[modifier | modifier le code]

Impact sur la santé des acides gras saturés[modifier | modifier le code]

Avec sa forte concentration en acides gras saturés, l’huile de palme a remplacé dans certains cas des huiles végétales hydrogénées, reconnues comme contribuant aux maladies cardio-vasculaires en augmentant le taux de mauvais cholestérol (LDL-cholestérol) tout en diminuant le taux de bon cholestérol (HDL-cholestérol)[19].

Les dangers de l'huile de palme pour la santé sont de plus en plus évoqués[18]. Un lien statistique existe entre le taux d'acides gras saturés dans l'alimentation, l'hypercholestérolémie et la surmortalité des Occidentaux par maladie cardio-vasculaire si les proportions idéales entre les différents types d'acides gras ne sont pas respectées dans l'alimentation[18],[19]. Les acides gras saturés (dont l’huile de palme est à moitié composée) augmentent le taux de mauvais cholestérol (LDL-cholestérol) dans le sang et peut entraîner des risques cardio-vasculaires.

Cependant, contrairement aux acides gras trans, les acides gras saturés augmentent aussi le bon cholestérol (HDL-cholestérol)[19]. Par ailleurs, l’huile de palme ne représenterait en moyenne que 5 % de la consommation d’acides gras saturés des français (la majorité venant d'autres aliments : viande, beurre, fromage ou encore chocolat)[4]. Ce danger est d'autant plus insidieux que d'une part, les instances de santé ont surtout mis en garde la population contre les acides gras d'origine animale dans la prévention cardiovasculaire, et que d'autre part, il n'y a pas à ce stade d'obligation d'affichage (l'huile de palme figurant le plus souvent dans les compositions des aliments sous la discrète mention d'« huile végétale »)[36],[37],[18].

La présence de l’huile de palme dans le lait artificiel en poudre pour bébé inquiète particulièrement. Toutefois, les nourrissons ont un besoin particulier d’acides gras saturés. La composition de l’huile de palme avec 50 % d’acides gras saturés est proche de celle du lait maternel[38]. Malgré cette composition, l'adsorption des acides gras n'est pas identique entre l'huile de palme et le lait[39][réf. insuffisante] et l'huile de palme réduit l’absorption de calcium [40][réf. insuffisante].

Conséquences de la production sur la biodiversité[modifier | modifier le code]

Une image satellite montrant la déforestation en Malaisie pour permettre la plantation de palmier à huile.
La déforestation dans la province de Riau, à Sumatra, pour faire place à une plantation de palmiers à huile (2007).

Déjà au cours des XIXe et XXe siècles, les forêts des principales régions productrices (Malaisie, Indonésie, Bornéo et Sumatra) ont été réduites de 90 %. Les responsables sont toujours l’urbanisation[41], le bois exotique et le papier[42] (préalable fréquent aux palmeraies[43]), la riziculture[41] et plus récemment les palmeraies. Selon un rapport du FAO, cela représenterait globalement 17 % à 27 % des déforestations en Indonésie et 80 % en Malaisie[44].

Cette destruction de forêts tropicales et de tourbières (ces dernières étant des puits à carbone)[45] aurait ainsi pour conséquences une augmentation des rejets de gaz à effet de serre et la réduction de leur consommation, et serait même responsable de 70 % des gaz à effet de serre produits par l'Indonésie, troisième émetteur de CO2 au monde, selon l'ONU[42]. Ainsi, l'huile de palme comme agrocarburant est plus productrice de gaz à effets de serre que le gazole.

Le corollaire de la déforestation est l'affectation de la biodiversité, par la réduction du milieu de vie de nombreuses espèces endémiques éventuellement protégées comme l'orang-outan. Chaque année, environ 5 000 de ces grands singes seraient victimes de l'exploitation des palmeraies[46]. En 2007 on estimait que 98 % des forêts humides indonésiennes, habitat naturel des orangs-outans, auraient disparu en 2022[47].

Débat sur le boycott de l’huile de palme[modifier | modifier le code]

Face aux problématiques liées à l'huile de palme, certaines marques ont engagé des recherches pour changer les formulations de leurs produits. Dans certains cas, des opérations de communications ont été mises en place pour annoncer l’arrêt de l’usage de l’huile de palme ou encore ajouter des étiquettes « Sans huile de palme ».

En 2010, la marque Casino annonce qu'elle cesse d'inclure cette huile dans ses produits alimentaires, en raison de ses risques pour la santé et de son impact sur l'environnement[48]. La marque de biscuits et de pâtisseries St-Michel s'est également engagée sur le « zéro huile de palme » dans ses recettes à l'horizon fin 2010[49].

Ces pratiques ont été dénoncées par les pays producteurs, notamment la Malaisie qui souligne qu’elle « s’est engagée à conserver une couverture forestière sur 50 % de son territoire, en dédiant 24 % à l’agriculture. Par contraste, la forêt ne couvre que 24 % du territoire en France mais les terres agricoles en occupent plus de 50 % »[50]. Cet argument est à mettre en perspective, la Malaisie et l'Indonésie font face à une déforestation rapide et récente de forêts à haute biodiversité, comparativement à la France qui voit les surfaces de ses forêts augmenter.

Engagé sur cette même voie, Système U a été condamné en décembre 2012 à retirer une publicité contre l'huile de palme au motif qu'elle constituait « un dénigrement caractérisé au préjudice » du produit[51]. À l'origine de la plainte, l'Association Interprofessionnelle de la filière Palmier à Huile de Côte d'Ivoire (AIPH) estimait que la campagne avait été lancée « sans conviction écologique aucune, ni analyse scientifique sérieuse[52] ».

Le boycott simple de l'huile de palme n’est pas encouragé par Greenpeace, qui indique « nous n'avons jamais demandé que l'on boycotte l'huile de palme en général, mais seulement celle produite en ayant recours à la déforestation » et ajoute « l'angle nutritionnel n'a émergé vraiment qu'à partir de 2009, et seulement en France, quand certaines entreprises, notamment des distributeurs, ont compris qu'il y avait un intérêt commercial et en termes d'image à ne plus utiliser d'huile de palme dans leurs produits[53] ». À ce titre, l'ONG a mis en avant des exploitations durables, mais il reste compliqué pour le consommateur de pouvoir choisir des produits avec de l'huile de palme durable.

Huile de palme durable[modifier | modifier le code]

Table-ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) et certification (CSPO)[modifier | modifier le code]

Idée initiée par le WWF en 2001, soutenu par des professionnels du secteur, la première table-ronde sur l’huile de palme durable (Roundtable on Sustainable Palm Oil ou RSPO) est organisée en 2003 à Kuala Lumpur (Malaisie) et regroupe 200 participants de 16 pays. L’année suivante RSPO devient une organisation internationale sans but lucratif basée à Zurich (Suisse)[54].

En 2012, RSPO réunit plus de 1 000 acteurs volontaires issus de 50 pays différents. On compte des revendeurs, des industriels, des transformateurs, des ONG, des investisseurs[55]

La certification CSPO (Certified Sustainable Palm Oil) est complexe :

  • il existe quatre niveaux de certification de l’huile ;
  • la certification s’effectue au niveau de l’huilerie de la palmeraie et non au niveau de l’entreprise. Un producteur participant à RSPO ne produit donc pas forcément d’huile CSPO.

Depuis 2011, un logo CSPO peut être apposé sur les produits contenant de l’huile certifiée.

Controverses[modifier | modifier le code]

Malgré cela, de nombreuses voix[56],[57],[58] se sont élevées sur les violations de ces règles pour des plantations certifiées, notamment des déforestations illégales et des zones dites protégées. Les ONG écologistes dénoncent aussi l'utilisation autorisée d'un pesticide neurotoxique dans les cultures RSPO : le paraquat[59], interdit en Europe.

Autres initiatives[modifier | modifier le code]

Certification ISPO[modifier | modifier le code]

En 2014, l’État Indonésien devrait lancer sa propre certification : ISPO (Indonesian Substainable Palm Oil). Elle a l’avantage d’être obligatoire (contrairement à RSPO) et d’être plus accessible pour les petits producteurs que RSPO.

Huile de palme biologique[modifier | modifier le code]

L’huile de palme durable peut aussi être biologique (sans utilisation de pesticides de synthèse). Venant principalement de Colombie, sa production ne cause pas de destruction de forêt primaire. Toutefois, selon certaines ONG, elle n’est pas exempte de conflits sociaux, notamment avec des expropriations de petits producteurs[60].

Programme REDD+[modifier | modifier le code]

Le programme REDD+ est un complément du programme REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) qui vise à rémunérer les stocks de carbones. Dans le cas des deux principaux producteurs d’huile de palme Indonésie et Malaisie, ce nouveau programme pourrait les inciter à limiter la transformation de leurs forêts primaires en palmeraies.

Engagement des marques occidentales[modifier | modifier le code]

Depuis plusieurs années, les ONG comme GreenPeace (en particulier avec Nestlé[61]) ou WWF (avec un classement des « bons élèves » RSPO[62]) attaquent directement les marques occidentales sur la question de la déforestation.

Dès lors, plusieurs industriels ou distributeurs, comme Carrefour, Nestlé ou encore Unilever se sont engagés à utiliser exclusivement de l'huile de palme certifiée durable d'ici 2012 à 2015, pour fabriquer leurs produits[63],[64].

Le syndicat professionnel, la Collective des Biscuits et Gâteaux s’est engagé quant à lui à diminuer d'ici fin 2013 la quantité d'huile de palme non durable utilisée, d'au moins 50 % par rapport à 2008 via deux solutions[65] :

  • la substitution d'une autre matière grasse ;
  • l'utilisation d'une huile de palme dite durable (type RSPO).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Alfred Thomas, Ullmann's Encyclopedia of Industrial Chemistry, Release 2002, 6th Edition, Fats and Fatty Oils, Wiley-VCH Verlag GmbH & Co.
  2. (en) J. G. Speight, Norbert Adolph Lange, Lange's handbook of chemistry, New York, McGraw-Hill,‎ 2005, 16e éd., 1623 p. (ISBN 978-0-07-143220-7, LCCN 84643191), p. 2.808.
  3. a, b, c, d et e Mattea Battaglia, « Noyé dans l'huile de palme. L'explosion de la demande mondiale », Le Monde Magazine, no 39, supplément au Monde no 20336, 12 juin 2010, p. 14.
  4. a et b Le Figaro Santé « Faire de l'huile de palme un poison n'est pas justifié ».
  5. (en) Kenneth F. Kiple, A Movable Feast: Ten Millennia of Food Globalization, Cambridge University Press,‎ 2007 (lire en ligne), p. 57.
  6. (en) B.A. Ndon, The Oil Palm, Concept Publications,‎ 2006, p. 248-250.
  7. (en) F.I. Obahiagbon, « A Review: Aspects of the African Oil Palm (Elaeis guineesis Jacq.) », American Journal of Biochemistry and Molecular Biology,‎ 2012, p. 1–14.
  8. Pierre Joseph André Roubaud, Histoire générale de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, Des Ventes de la Doué,‎ 1772, p. 584.
  9. Thomas Fowell Buxton, De la Traite des esclaves en Afrique et des moyens d'y remédier, A. Bertrand,‎ 1840, p. 366-367.
  10. a et b (en) S.O. Aghalino, « BRITISH COLONIAL POLICIES AND THE OIL PALM INDUSTRY IN THE NIGER DELTA REGION OF NIGERIA, 1900-1960 », African Study Monographs, vol. 21, no 1,‎ janvier 2000, p. 19-33 (lire en ligne [PDF]).
  11. Raymond Vacquier, Au temps des factoreries, 1900-1950, Karthala Éditions,‎ 1986, p. 94.
  12. Elie Volf, Michel-Eugène Chevreul 1786-1889 : Un savant, doyen des étudiants de France - Des corps gras et de la chandelle à la perception des couleurs, Éditions L'Harmattan,‎ 2013, p. 108.
  13. Emmanuelle Grundmann, Un fléau si rentable : Vérités et mensonges sur l'huile de palme, Calmann-Lévy,‎ 2013, 264 p..
  14. (en) USDA National Nutrient Database for Standard Reference.
  15. LeFigaro - GRAISSES VÉGÉTALES Qu’est-ce que c’est ?
  16. Institut de Recherche pour le Développement - De l'huile de palme rouge pour lutter contre les carences en vitamine A.
  17. Supertoinette - Huile de palme et de palmiste.
  18. a, b, c et d Huile de palme : la Palme de la malbouffe, sur TSR (Télévision Suisse Romande) du 8 octobre 2008.
  19. a, b, c et d Les gras trans sur le site du Ministère de la Santé du Canada.
  20. Notre Planète - Faut-il bannir l'huile de palme de l'alimentation ?
  21. http://vivresanshuiledepalme.blogspot.fr/p/le-petit-guide-vert.html
  22. « Un « amendement Nutella » adopté au Sénat », sur nouvelobs.com,‎ 7 novembre 2012.
  23. (en) « Synthesis of civetone from palm oil products », Journal of the American Oil Chemists' Society, Springer Berlin / Heidelberg, vol. 71, no 8,‎ Août 1994, p. 911–913 (ISSN 0003-021X (Print) 1558-9331 (Online)).
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