Huile de palme et déforestation en Indonésie

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L'Indonésie, en tant qu'un des leaders mondiaux de la production d’huile de palme, est l'un des pôles grandissants du marché des agrocarburants. Basé sur l'agroindustrie et l'exportation, les grandes sociétés indonésiennes et malaisiennes s'y développent générant ainsi déforestation, conflits fonciers et sociaux… Premier pays à voter des règlements en faveur de la RSPO (Roundtable for Sustainable Palm Oil) en 2009, l'Indonésie s'inspire des critères de durabilité de l'Union Européenne tout en développant une table ronde pour l'huile de palme durable[1].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Si l’introduction du palmier à huile en Asie a lieu en 1848, la production proprement dite d’huile de palme démarre très vite vers 1858. La mise en place de cette production constitue un élément majeur dans le développement de l’agro-industrie et va permettre à ce pays de devenir le second producteur mondial d’huile de palme.

Cette nouvelle industrie connaît un rapide essor avant la seconde guerre mondiale. Le deuxième conflit mondial constituera un frein considérable à l’épanouissement de cette activité.

En 1958, les plantations sont dans un premier temps nationalisées avant d’être rétrocédées par décret aux sociétés belges, anglaises et américaines en 1967. Le secteur connaîtra alors à nouveau un boom de 1968 à 1996.

Cependant, cette croissance sera mal gérée dans les années 1990. La crise économique, financière et politique de 1998 bouleversera tant la gestion de l’environnement forestier que le développement de la filière elle-même[2].

Superficies plantées en palmier en Indonésie et taux de croissance annuels
Superficies plantées en palmier en Indonésie et taux de croissance annuels [2]

Évolution récente[modifier | modifier le code]

Part relative des différentes huiles végétales [3]

Au cours des 10 dernières années, la hausse du niveau de vie de la population indonésienne a favorisé l’expansion de ce secteur. La consommation en corps gras par habitant a plus que doublé en Indonésie. Le rendement exceptionnel de la technique de production de cette culture et la maîtrise de ses coûts ont généré des revenus élevés[3].

De plus, dans un contexte de « révolution énergétique » et de « nouveau pacte vert mondial », les agrocarburants se sont développés et sont désormais présentés comme solution aux nombreuses crises mondiales: énergie, réchauffement climatique et récession économique. Cet environnement a finalement créé une forte demande qui favorise l’émergence d’un nouveau marché mondial. Ce secteur amène donc actuellement des acteurs avides de lancer de nouvelles stratégies foncières visant même à redéfinir l’utilisation originel des sols[1].

Pour sa part, l’État Indonésien soutient la production d’huile de palme et des agrocarburants. Cependant, experts et ONG doutent toujours de l’efficacité de ce modèle basé uniquement sur l’exportation. Les populations indigènes s’y opposent également. Elles sont souvent criminalisées par le gouvernement et surtout accusées d’« antidéveloppement ».

Ce marché de l’huile de palme et des agrocarburants est en situation d’oligopole. Seules quelques sociétés contrôlent toute l’industrie, avec des entreprises en grande partie indonésiennes dont 40 % Malaisiennes. Certaines lois limitent également la taille maximale des zones d’exploitation à 100,000 ha. Cette ingénierie règlementaire encourage certaines entreprises à créer plusieurs sous-sociétés afin de contourner la législation.

En ce qui concerne les institutions financières, elles n’en jouent pas moins un rôle important sur le marché de l’huile de palme où elles encouragent le libre-échange, l’investissement privé et l’octroi de crédit comme instruments de développement économique[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le développement de l’exportation d’huile de palme et des agrocarburants ainsi que la croissance qui en résulte ont des impacts écologiques et sociaux négatifs.

L’utilisation du feu en guise de préparation des terrains serait l’une des principales causes de la déforestation et donc, de la diminution de la biodiversité en Indonésie[3].

La concurrence pour l’utilisation de la terre occasionne des conflits de propriété qui mettent en évidence l’inégalité du pouvoir de négociation entre les parties impliquées que sont les compagnies d’huile de palme, les autorités étatiques et les villageois[1].

Différentes mesures et solutions pour lutter contre la déforestation[modifier | modifier le code]

Dans le but de maîtriser les émissions de CO2 de la déforestation et donc de réduire les effets du changement climatique que le système REDD de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation de la forêt a été initié au niveau mondial. Celui-ci constitue une opportunité pour les pays riches en forêts tropicales de créer de nouvelles sources de revenus, grâce aux rémunérations offertes, tout en protégeant les forêts existantes et en réhabilitant les forêts dégradées.

L’Indonésie fut le premier pays à voter des règlements en faveur d’un programme de REDD en 2009.

Cependant, ce programme est loin d’avoir réalisé ses objectifs. Une étude sur la gouvernance financière et le Fonds de reboisement de l’Indonésie au cours des 20 dernières années en témoignent. Sa mise en œuvre exige en effet une gestion rigoureuse par les institutions et les gouvernements concernés afin de lutter contre la corruption et la fraude. Harmoniser les mesures incitatives encourageant le développement de nouvelles plantations pour l’industrie du papier et du bois, garantir la responsabilisation du secteur et la distribution équitable des revenus sont autant de points à ne pas négliger dans ce cadre[4].

La RSPO (Roundtable for Sustainable Palm Oil), créée en 2004, a pris corps pour mettre en œuvre une politique de production, d’échanges et de consommation d’huile de palme dans une perspective de développement durable. Elle est à ce jour la meilleure voie pour la durabilité de la filière[3].

L’Indonésie a également suivi la tendance mondiale en éditant des lois pour un mélange obligatoire des carburants fossiles avec des agrocarburants. Elle s’aligne ainsi sur l’Union Européenne qui soutient de son côté l’utilisation des énergies alternatives depuis 2003 par le biais de plusieurs directives[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e M. Pichler, Agrocarburants en Indonésie : logiques, structures, conflits et conséquences, dans Alternative Sud, vol. 18,‎ 2011, p. 57-75
  2. a et b J.C. Jacquemard et C. Jannot, L'évolution de la filière du palmier en Indonésie, vol. 6, n°5, t. I. La croissance du secteur (1848-1996), dans Plantations, recherche, développement’’, Montpellier, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement,‎ 1999, p. 303-312
  3. a, b, c et d H. Omont, Contributions de la production d'huile de palme au développement durable, dans Oléagineux, Corps Gras, Lipides, vol. 17, N° 6-lieu= Montpellier,‎ novembre-décembre 2010, p. 362-367
  4. C. Barr, A. Dermawan, H. Purnomo et H. Komarudin, Préparation à la REDD : Gouvernance financière et enseignements fournis par le Fonds de reboisement de l’Indonésie (FR), dans CIFOR Infobrief, N° 20F, Bogor, Centre de recherche forestière internationale,‎ 2010.