Michel-Eugène Chevreul

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Michel-Eugène Chevreul

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Michel-Eugène Chevreul

Naissance
Angers, France
Décès (à 102 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Distinctions

Michel-Eugène Chevreul () est un chimiste français connu pour son travail sur les acides gras, la saponification, la découverte de la créatine et sa contribution à la théorie des couleurs. Ces travaux lui valurent la médaille Copley en 1857.

Biographie[modifier | modifier le code]

Michel-Eugène Chevreul est né le 31 août 1786 à Angers. Son certificat de naissance, conservé dans le registre d'état civil de la ville montre que son père Michel Chevreul (1754 - 1845), un grand-père et l'un de ses oncles étaient tous trois chirurgiens.

À 17 ans, en 1803, il entre au laboratoire du chimiste Nicolas Louis Vauquelin, dont il devient ensuite l'assistant au Muséum national d'histoire naturelle, au Jardin des Plantes. En 1813 il est nommé professeur de chimie au Lycée Charlemagne, puis directeur de la Manufacture des Gobelins où il mène ses recherches sur les contrastes des couleurs et s'intéresse aux teintures comme l'indigo. En 1826 il devient membre de l'Académie des sciences ; la même année, il est élu membre étranger de la Royal Society de Londres, dont il reçoit la médaille Copley en 1857. Il succède à son maître Vauquelin comme professeur de chimie organique au Muséum en 1830, et dirigera cet établissement sept fois entre 1836 et 1863 puis, sans interruption entre 1864 et 1879. Il en abandonne la direction en 1879 tout en conservant sa chaire.

Son centenaire en 1886 est célébré comme événement national, et une médaille d'or est frappée à cette occasion. Nadar et son fils Paul Tournachon réalisent une série de photos et un interview de Chevreul. Publié le 5 septembre 1886 dans Le Journal illustré, cela constituera le premier reportage photographique de l'histoire[1]. Chevreul reçoit alors des messages de félicitations de nombreux monarques et chefs d'État, dont la reine Victoria. Il entame l'étude des effets du vieillissement sur le corps humain peu avant sa mort survenue à l'âge de 102 ans, le 9 avril 1889 à Paris. Il reçoit des funérailles nationales. En 1901 une statue lui est érigée dans l'enceinte du Muséum, qu'il a servi tant d'années. Derrière la statue, une allée du Jardin des Plantes porte son nom : elle dessert l'immeuble dans lequel il vivait, 61 rue Cuvier (la « maison de Chevreul »), qui abrite aujourd'hui divers laboratoires du Muséum.

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Ses travaux scientifiques couvrent un large domaine. Il est surtout connu pour ses recherches sur les matières grasses animales.

Chimie[modifier | modifier le code]

En 1813 il isole l'acide margarique, qu'il nomme ainsi d'après les dépôts en perles (du grec : margarites) qu'il forme. On pense alors que l'acide margarique est l'un des trois acides gras qui entrent dans la composition de la plupart des matières grasses animales, les deux autres étant l'acide oléique et l'acide stéarique. En 1853, Heintz découvrira que l'acide margarique n'est, en fait, qu'une composition d'acide stéarique et de l'acide palmitique inconnu jusqu'alors.

Chevreul publie en 1823 Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale, dans lequel il explique la réaction de saponification et la composition de la stéarine. Il démontre que les corps gras sont formés d'une combinaison entre le glycérol et des acides gras. Il isole les acides stéariques et oléiques, auxquels il donne leur nom. Ces travaux conduisent au remplacement des chandelles par des bougies stéariques se consumant mieux et de fait produisant plus de lumière, moins de fumée et pratiquement plus d'odeurs incommodantes.

Couleurs[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des couleurs, Chevreul s'est fait connaître des peintres pour sa loi du contraste simultané des couleurs : directeur de la Manufacture des Gobelins, il est saisi des plaintes de teinturiers qui observent que certaines teintures ne donnent pas les couleurs qu'on en attend. Il découvre d'abord que certaines teintures ne sont pas chimiquement stables. Mais surtout, il conclut de ses expérimentations que les problèmes les plus délicats ne sont de nature ni chimique, ni physique, mais physiologique : ce ne sont pas les pigments qui sont en cause, ni la combinaison des lumières colorées, mais la vision des couleurs quand des surfaces distinctes colorées différemment se trouvent à proximité. Chevreul décide alors de traiter scientifiquement la chose à fond ; dès 1828, il publie un mémoire, développé en 750 pages en 1839 : De la loi du contraste simultané des couleurs. Il y montre qu'une couleur donne à une couleur avoisinante une nuance complémentaire dans le ton : les complémentaires s'éclairent mutuellement et les couleurs non complémentaires paraissent « salies », comme lorsqu'un jaune placé près d'un vert prend une nuance violette. Le très long et touffu ouvrage de Chevreul sera peu lu, mais les leçons qu'il donne aux professionnels chaque semaine sont bien fréquentées et Édouard Charton en donne un compte rendu synthétique dans le Magasin Pittoresque. On suppose que sa loi était connue d'Eugène Delacroix ; elle marqua à travers l'interprétation qu'en fit Charles Blanc les écoles artistiques comme l'impressionnisme, le néo-impressionnisme de Georges Seurat et le cubisme orphique, ou plus directement les simultanéismes[2].

Chevreul développe, au cours de ces recherches, un système de classification rationnelle des couleurs fondé sur un cercle chromatique, visant à un écart de couleur régulier, la notion de clarté, et une préfiguration de celle de la saturation des couleurs. Tributaire de l'état des sciences et des techniques de son époque, le système bénéficie de l'œil expert des professionnels de l'atelier de teinture des Gobelins, de l'assistance d'Antoine Becquerel.

Méthode[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de la méthodologie scientifique, Chevreul se place à contre-courant du positivisme, qui dominera la fin de son siècle. Il remarque que les observations dépendent de l'idée ou de l'hypothèse préconçues et défend la méthode expérimentale a posteriori, à laquelle il consacre non seulement des parties importantes de chacun de ses ouvrages, mais aussi quatre livres, les Lettres à Villemain sur la définition du mot « fait » en 1856, De l'abstraction en 1864, De la méthode a posteriori expérimentale en 1870 et D'une erreur très fréquente en 1871.

Chevreul était un sceptique et un opposant du spiritualisme moderne, populaire à l'époque, et qu'il considérait comme du charlatanisme (De la baguette divinatoire, du pendule dit explorateur et des tables tournantes, au point de vue de l'histoire de la critique et de la méthode expérimentale, 1854).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale, 1823 ;
  • Mémoire sur l'influence que deux couleurs peuvent avoir l'une sur l'autre quand on les voit simultanément : lu à l'Académie des sciences, le 7 avril 1828, Paris,‎ (lire en ligne) ;
  • De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés considérés d'après cette loi dans ses rapports avec la peinture, les tapisseries des Gobelins, les tapisseries de Beauvais pour meubles, les tapis, la mosaïque, les vitraux colorés, l'impression des étoffes, l'imprimerie, l'enluminure, la décoration des édifices, l'habillement et l'horticulture, Paris, Pitois-Levrault,‎ (lire en ligne) ;
  • De la baguette divinatoire, du pendule dit explorateur et des tables tournantes, au point de vue de l'histoire de la critique et de la méthode expérimentale, 1854 (lire en ligne) ;
  • « Recherches expérimentales sur la peinture à l'huile », dans Mémoires de l'Académie des Sciences de l'Institut de France, t. XXII, Paris, Gauthier-Villars, 1850 ;
  • Cercles chromatiques de M. E. Chevreul : reproduits au moyen de la chromocalcographie, gravure et impression en taille douce combinées, Paris, Digeon,‎ (lire en ligne) ;
  • Lettres adressées à M. Villemain sur la méthode en général et sur la définition du mot fait, Paris, Garnier Frères Libraires Éditeurs, 1856 ;
  • « Exposé d'un moyen de définir et de nommer les couleurs d'après une méthode précise et expérimentale, avec l'application de ce moyen à la définition des couleurs d'un grand nombre de corps naturels et de produits artificiels », Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, t. 33,‎ (lire en ligne) ;
  • De l'abstraction considérée relativement aux beaux-arts et à la littérature : quatrième partie d'un ouvrage intitulé "De l'abstraction considérée comme élément des connaissances humaines dans la recherche de la vérité absolue, Dijon, J.-E. Rabutot,‎ (lire en ligne) ;
  • Histoire des connaissance chimiques, Paris, Guérin, 1866 ;
  • Distractions d'un membre de l'Académie des sciences de l'Institut de France, directeur du Muséum d'histoire naturelle, lorsque le roi de Prusse assiégeait Paris, Paris, F. Didot frères,‎ (lire en ligne) ;
  • De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applications, 1870 ;
  • D'une erreur de raisonnement très fréquente dans les sciences du ressort de la philosophie naturelle, 1871 ;
  • « Complément des études sur la vision des couleurs », dans Mémoires de l'Académie des Sciences de l'Institut de France, t. XLI, deuxième série, Paris, Firmin Didot, 1879 ;
  • Mémoire sur la vision des couleurs matérielles en mouvement de rotation et des vitesses numériques de cercles dont une moitié diamétrale est colorée et l'autre blanche, vitesses correspondant à trois périodes de leur mouvement à partir de l'extrême vitesse jusqu'au repos, 1882.
  • Michel-Eugène Chevreul et Eugène Chevreul (fils) (Introduction), De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés, considérés d'après cette loi dans ses rapports avec la peinture, les tapisseries, Paris, Gauthier-Villars et fils,‎ (lire en ligne).

Hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Éponymie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Bouchard, Chevreul, éditions de la Madeleine, 1932, 209 p.
  • Hélène Metzger, « Eugène Chevreul historien de la chimie », dans Archeion, vol. 14 (1932), p.  6–11
  • Georges Roque, Art et science de la couleur : Chevreul et les peintres, de Delacroix à l'abstraction, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 363),‎
  • Élie Volf, Michel-Eugène Chevreul : Un savant doyen des étudiants de France — Des corps gras et de la chandelle à la perception des couleurs, L'Harmattan,‎ , 336 p. (ISBN 978-2-336-00331-3).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Médiathèque du patrimoine : archives photo
  2. Roque 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]