Fulgence Bienvenüe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fulgence et Bienvenue.

Fulgence Bienvenüe

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Fulgence Bienvenüe, devant l'entrée de la station Monceau

Naissance 27 janvier 1852
Uzel (Côtes-du-Nord)
Décès 3 août 1936 (à 84 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
inspecteur général des Ponts et Chaussées
Autres activités
père du métro de Paris avec Edmond Huet, Grande Médaille d’or de Paris en 1924
Formation
Distinctions
Une station de métro porte son nom : Montparnasse - Bienvenüe (métro de Paris), Place Bienvenüe à Paris, Légion d'honneur dès 1879, chevalier de la Légion d'honneur le 2 mars 1881, officier de la Légion d'honneur en 1900, en 1909 grand prix Berger de l’Académie des sciences, Grand-Croix de la Légion d'honneur en 26 janvier 1929, timbre postal en 1987

Fulgence Marie Auguste Bienvenüe, né le 27 janvier 1852 à Uzel (Côtes-du-Nord) et mort le 3 août 1936 à Paris, est un inspecteur général des Ponts et Chaussées. Il est, avec Edmond Huet, le père du métro de Paris.

Origine[modifier | modifier le code]

Il est le treizième et dernier enfant d'une famille bretonne (Côtes-du-Nord).

Son père notaire très cultivé consacrait son temps libre à l'histoire et l'archéologie, se passionnant en particulier pour les monuments antiques de la région. Il a transmis son goût pour les auteurs grecs et latins à son dernier fils, et eu sans doute une influence importante sur ses brillantes études. Son grand-père, magistrat, juriste, écrivain, polémiste est l'auteur d'une œuvre considérable, et fut député à la Chambre des représentants en 1815. Son cousin Édouard Bienvenüe (1901-1980) était notaire à Mayenne de 1934 à 1965, et conseiller municipal de cette ville de 1940 à 1958.

Sa famille est apparentée notamment au maréchal Foch, ce dernier ayant épousé le 5 novembre 1883 en l'église Saint-Michel de Saint-Brieuc Julie Bienvenüe, petite-cousine de Fulgence, et aux Mazurié de Keroualin de Segré.

Parcours[modifier | modifier le code]

Fulgence Bienvenüe entre à l’âge de dix ans au collège des Eudistes de Valognes et obtient à quinze ans un baccalauréat de philosophie. L’influence de Pascal et Descartes devait le marquer durablement. Son désir d’action le conduit à entreprendre des études en vue de devenir ingénieur, au lycée Sainte-Geneviève tenu par les jésuites, rue Lhomond à Paris, où il prépare le baccalauréat scientifique, puis le concours d’entrée de l’École polytechnique. Il perd sa mère en 1868. Après un échec en 1869, il est reçu au rang 55 sur 151 en 1870.

La rentrée a lieu en janvier à Bordeaux, en raison de la guerre puis de la Commune. Le général Riffault, qui commande l’École, renvoie les élèves chez eux sauf une trentaine, mis à la disposition de Thiers, notamment pour la diffusion de messages. Parmi eux, se trouve Bienvenüe, qui est pris à partie, le 24 mai 1871, par des fédérés et associé à un groupe d’otages, sauvé in extremis par Clemenceau.

De retour à l’École, Bienvenüe devient l’ami de Foch, qui épousera par la suite sa nièce, et de Joffre. Classé neuvième à la sortie de l’École, il est admis 5e sur 18 au Corps des Ponts le 1er novembre 1872 et entre à l'École nationale des ponts et chaussées. Il a l’occasion de donner des cours de mathématiques à Charles de Foucauld, avant d’être nommé Ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées de 3e classe le 26 octobre 1875. Cette même année voit le décès de son père.

Il souhaite retourner en Bretagne, mais comme celle-ci est inaccessible aux débutants, il est affecté à l’arrondissement du centre du service ordinaire des Ponts et Chaussées du département de l’Orne à Alençon. Chargé de l’exploitation de 197 kilomètres de routes nationales et d’un système hydraulique de 1 400 kilomètres, ainsi que de l’administration de la pêche et des prévisions météorologiques, il s’attache à améliorer la desserte du territoire par les lignes de chemin de fer. Il s’attelle tout d’abord à la construction du chemin de fer de Fougères à Vire, dont le passage à Mortain est particulièrement difficile à réaliser. Pour son succès, ainsi que la réalisation de la ligne entre Alençon et Domfront, il est proposé pour la Légion d'honneur dès 1879.

Il travaille ensuite sur le tracé de la ligne de Pré-en-Pail à Mayenne, rendu délicat par les contreforts tourmentés qui bordent la région. Trois inventions aident à atteindre l’objectif de desservir tous les villages : la dynamite, le détonateur et le perforateur à percussion.

Le 25 février 1881, alors qu’il s’assure de la sécurité des ouvriers lors d'une « visite d'expropriation » assez mouvementée, un démarrage intempestif le projette sur la voie. Il est amputé de son bras gauche[1], faisant preuve d’un stoïcisme impressionnant. Il disait avoir été « exproprié de son bras ». Le 2 mars 1881, il est fait chevalier de la Légion d'honneur. La ligne ouest est établie en mai et la transversale en octobre.

Paris[modifier | modifier le code]

Pris d’amour pour la capitale, il se rapproche de Paris. Affecté en février 1884 au 1er arrondissement de la 1re section du contrôle de l’exploitation des chemins de fer de l’Est (900 kilomètres de voies), il fait construire la ligne Paris - Strasbourg jusqu’à Épernay, et contrôle également les 247 kilomètres des chemins de fer du Nord. Il préfère agir plutôt que surveiller l’action des autres.

Souhaitant être affecté au service municipal, il devient en février 1886 responsable de la 8e section du service municipal de la voie publique dans les 19e et 20e arrondissements, des quartiers populaires. Il poursuit l’équipement en égouts des différents quartiers, fait percer l’avenue de la République jusqu'à la limite du 20e arrondissement (boulevard de Ménilmontant) et aménage le parc des Buttes-Chaumont.

Il s’intéresse également au problème des transports pour les quartiers en hauteur, comme Belleville, les ouvriers devant y remonter après leurs journées de travail. C’est ainsi qu’il conçoit le tramway funiculaire, pris en charge par le conseil municipal et inauguré en septembre 1890.

En 1891, il est promu Ingénieur en Chef, en service spécial sous l’autorité de l’Inspecteur Général Humblot pour résoudre un certain nombre de problèmes d’alimentation en eau potable. Il dirige notamment la construction de l'aqueduc de l'Avre de 1891 à 1893, et réalise l’étude de la dérivation des sources du Loing et du Lunain.

Après des apports à la dérivation de la Dhuis et de la Vanne, il devient responsable du service de la dérivation, puis Ingénieur en chef de 2e classe. En 1894 apparaît la loi qui exige le raccordement de tous les bâtiments aux égouts.

Le métro[modifier | modifier le code]

En 1895, il réalise avec Edmond Huet l’avant-projet d’un réseau de chemin de fer métropolitain pour la Ville de Paris, à voie étroite et à traction électrique, en s'inspirant des études de Jean-Baptiste Berlier.

Le premier projet de métro remontait à 1851, avait été repris en 1871, puis rediscuté en 1877 et 1883. Le conseil municipal, qui souhaite un service local, adapté aux attentes de la population de la ville, se heurte jusqu’en 1894 à l’opposition des grandes compagnies de chemin de fer soutenues par l’État, qui souhaitent le simple prolongement de leurs lignes. Cependant, l’exposition universelle de 1900 nécessite la concrétisation rapide de ce projet.

Fin 1895, une dépêche ministérielle reconnaît enfin à la ville de Paris le droit de réaliser une desserte orientée par les intérêts urbains. Bienvenüe présente un projet définitif que le conseil municipal adopte le 9 juillet 1897, et le 30 mars 1898, une loi déclare d’utilité publique l’établissement dans Paris du Chemin de Fer Métropolitain.

Les travaux sont lancés le 4 octobre suivant afin d'être prêts avant l'exposition universelle de 1900. En 1899, Bienvenüe est déchargé de ses autres fonctions pour se consacrer exclusivement à cette tâche. Cette première ligne (Porte de Vincennes - Porte Maillot) est inaugurée le 19 juillet 1900 par M. Bienvenüe. La même année, il est nommé officier de la Légion d'honneur.

En cinq ans, les 42 kilomètres des lignes 2 et 3 sont établis. Adopté en 1903, le tracé de la ligne 4 nécessite la traversée sous-fluviale de la Seine, ce qui représente un important défi technique[2], même si le passage sous la Tamise avait été couronné de succès à Londres. Commencés en 1904, les travaux sont rendus possibles par la méthode inédite de Résal mise en œuvre par Chagnaud, dite de fonçage, qui consiste au forage vertical de caissons préfabriqués en béton armé, formant les tronçons du futur souterrain, ainsi que par une méthode de construction d’un souterrain en zone inondable par congélation du sol. La mise en œuvre de la ligne intervient finalement le 9 janvier 1910.

Le 28 avril 1909, Bienvenüe épouse Jeanne Loret. Cette même année, le grand prix Berger de l’Académie des sciences lui est décerné. À partir de 1911 et pendant une durée de dix ans, Bienvenüe assume, en plus de ses autres fonctions, celle de directeur du Service de la Voie publique, de l’Éclairage et du Nettoiement.

Bien qu’ayant soixante-deux ans lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il obtient sa mobilisation le 3 août 1914, en tant que colonel du Génie, pour participer à la mise en état de défense du camp retranché de Paris. Une fois la menace allemande éloignée, le préfet de la Seine négocie le maintien des chantiers du métropolitain, toujours sous la direction de Bienvenüe, démobilisé le 26 août 1914, qui assume également celle du service du port de Paris à partir de 1917. S’en suivent la création du port de Gennevilliers, l’aménagement du canal Saint-Denis et l’élargissement du canal de l'Ourcq.

En 1924, la ville de Paris lui décerne sa Grande Médaille d’or. Le décret du 26 janvier 1929 l'élève à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur. Il choisit, comme l'usage le veut, un parrain pour être promu et ce fut le maréchal Foch qui mourut quelques semaines plus tard[3],[4]. Cette distinction lui est décernée en récompense des services rendus auprès de la ville de Paris.

Bienvenüe demeure Ingénieur Conseiller de la Ville jusqu’à sa retraite, le 6 décembre 1932, à l'âge de 80 ans. L'année suivante, le Conseil municipal de Paris décide de donner son nom à la station de métro et à la place du Maine.

Un jour après Louis Blériot, Fulgence Bienvenüe meurt dans la capitale le 3 août 1936 (à 84 ans), et est inhumé le 7 août au cimetière du Père-Lachaise (division 82) dans l'indifférence générale. En janvier 1987, un timbre a été édité en sa mémoire[5].

Pensée[modifier | modifier le code]

Agissant dans une tradition de sérieux et de travail, il n’accorde aucune importance au confort domestique. À propos du métro de Paris, il déclare : « L’artiste imprime à son œuvre un sceau de personnalité alors que l’ingénieur est amené à se considérer comme l’artisan d’une œuvre impersonnelle. Car si, dans l’ordre technique, toute œuvre précise et concrète est bien le fruit de la méditation individuelle, la forme qu’elle revêt résulte de la synthèse d’un grand nombre d’efforts différents. »

Son goût pour le latin et le grec nous vaut cet hexamètre symbolisant sa réalisation majeure :

Jovis erepto fulmine, per inferna vehitur Promethei genus.
« Par la foudre ravie à Jupiter, la race de Prométhée est transportée dans les profondeurs ».

Objet commémoratif[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexis Blanc, Dominique Blanc, Les personnages célèbres des Côtes-d'Armor, éditions L'Harmattan, 2008 (ISBN 978-2296068216), p. 10 lire en ligne (consulté le 21 novembre 2010).
  2. RATP, « Fulgence Bienvenüe, le Père du métro » (consulté le 16 avril 2012)
  3. Procès-verbal de réception
  4. Bulletin de situation
  5. Les Timbres de France et les oblitérations de l'Ouest, « Fulgence Bienvenüe "le Père du Métro" » (consulté le 15 avril 2012)
  6. Description de la médaille sur Numisrail

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]