Festival d'Avignon

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Festival d'Avignon
Image illustrative de l'article Festival d'Avignon
Le palais des Papes à Avignon

Genre Théâtre et spectacle vivant
Lieu Avignon Drapeau de la France France
Période juillet
Scènes La cour d'honneur du palais des papes
+ une vingtaine d'autres lieux
Date de création 1947
Fondateurs Jean Vilar
Statut juridique Association loi 1901
Direction Olivier Py
Site web www.festival-avignon.com
Les saluts après une représentation d'Asobu de Josef Nadj dans la cour d'honneur du palais des papes d'Avignon en 2006.

Le Festival d'Avignon est la plus importante manifestation de l'art théâtral et du spectacle vivant en France, et l'une des plus importantes au monde par le nombre de créations et de spectateurs réunis.

Le festival a lieu chaque été en juillet dans la cour d'honneur du palais des papes d'Avignon, dans de multiples théâtres et lieux du centre historique d'Avignon (Vaucluse), ainsi que dans quelques lieux à l'extérieur de la « cité des papes ».

Historique[modifier | modifier le code]

Naissance et direction sous Jean Vilar[modifier | modifier le code]

1947, la semaine d'art dramatique[modifier | modifier le code]

Dans le cadre d'une exposition d'art moderne qu'ils organisent dans la grande chapelle du palais des papes d'Avignon, le critique d'art Christian Zervos et le poète René Char suggèrent en 1947 à Jean Vilar, comédien, metteur en scène et directeur de troupe, de proposer à la ville de créer une « semaine d'art dramatique ».

Jean Vilar refuse tout d'abord de mettre en œuvre ce projet, il doute de sa faisabilité technique, et le Maire d'Avignon Georges Pons[1] ne lui apporte pas le soutien escompté.

La municipalité, qui veut faire renaître la ville par les reconstructions mais aussi la culture suite aux bombardements d'avril 1944, donne enfin son accord au projet et la Cour d'honneur du Palais des Papes est aménagée. Jean Vilar peut créer « Une semaine d'Art en Avignon » du 4 au 10 septembre 1947. Ce sont 4 800 spectateurs, dont 2 900 payant (le grand nombre d'invités a d'ailleurs été reproché[2]), qui assistent dans trois lieux (la Cour d'Honneur du Palais des Papes, le Théâtre municipal et le Verger d'Urbain V), à sept représentations des « trois créations » :

Festival d'Avignon 1952 : Jeanne Moreau, Jean Deschamps, Gérard Philipe, Monique Chaumette, Jean Vilar, Jean Negroni, Charles Denner...

Fort du succès d'estime initial, Jean Vilar revient l'année suivante pour une Semaine d'art dramatique, avec la reprise de La Tragédie du roi Richard II, et les créations de La Mort de Danton de Georg Buchner, et Shéhérazade de Jules Supervielle, qu'il met en scène toute trois[5].

Il s'attache une troupe d'acteurs qui vient désormais chaque année réunir un public de plus en plus nombreux et de plus en plus fidèle.

Ces jeunes talents, ce sont notamment : Jean Négroni, Germaine Montero, Alain Cuny, Michel Bouquet, Jean-Pierre Jorris, Silvia Montfort, Jeanne Moreau, Daniel Sorano, Maria Casarès, Philippe Noiret, Monique Chaumette, Jean Le Poulain, Charles Denner, Jean Deschamps, Georges WilsonGérard Philipe, déjà célèbre à l'écran, rejoint la troupe à la reprise du TNP en 1951, et en devient l'icône, avec ses rôles du Cid et du Prince de Hombourg[6].

Le succès est croissant, malgré des critiques parfois très virulentes ; Vilar est ainsi traité de « stalinien », « fasciste », « populiste » et « cosmopolite »[2]. La sous-directrice des spectacles et de la musique Jeanne Laurent apporte son soutien à Vilar, et le nomme en 1951 à la tête du TNP, dont les spectacles alimentent dès lors le festival jusqu'à ce que Georges Wilson le remplace à Chaillot en 1963.

Les rares metteurs en scène invités, sont issus du TNP : Jean-Pierre Darras en 1953, Gérard Philipe en 1958, Georges Wilson en 1953 puis à partir de 1964, où Vilar ne monte plus de pièces. Sous le nom de Festival d'Avignon à partir de 1954, l'œuvre de Jean Vilar grandit, donnant corps à l'idée de théâtre populaire de son créateur, et mettant en lumière la vitalité de la décentralisation théâtrale à travers les créations du TNP.

Dans le courant de l'éducation populaire, mouvements de jeunesse et réseaux laïques participent au renouveau militant du théâtre et de son public, invité à participer à des lectures et des débats sur l'art dramatique, les nouvelles formes de mise en scène, les politiques culturelles…

En 1965, la troupe de Jean-Louis Barrault de l'Odéon-Théâtre de France présente Numance, ce qui marque le début d'une importante ouverture qui se marquera, à partir de 1966, par l'extension de la durée à un mois et par l'accueil, outre les productions du TNP, de deux créations du Théâtre de la Cité de Roger Planchon et Jacques Rosner, labellisé troupe permanente, et neuf spectacles de danse de Maurice Béjart avec son Ballet du XXe siècle.

Maurice Béjart, Festival d'Avignon 1967.

Mais le festival est le reflet de la transformation du théâtre. Ainsi, en parallèle de la production des institutions dramatiques, théâtres et centres dramatiques nationaux, émerge à partir de 1966 et à l'initiative du Théâtre des Carmes, cofondé par André Benedetto et Bertrand Hurault, un festival « Off », non officiel et indépendant. Seule et sans intention de créer un mouvement, la compagnie d'André Benedetto est rejointe l'année suivante par d'autres troupes.

En réponse, Jean Vilar fait sortir le festival de la Cour d'honneur du Palais des papes en 1967, et installe au Cloître des Carmes, à côté du théâtre d'André Benedetto, une deuxième scène confiée au CDN du Sud-Est d'Antoine Bourseiller.

Les autres centres dramatiques et théâtres nationaux présentent à leur tour leurs productions (Jorge Lavelli pour le Théâtre de l'Odéon, la Maison de la culture de Bourges), tandis que quatre nouveaux lieux sont investis dans la ville entre 1967 et 1971 (cloître des Célestins, Théâtre municipal et chapelle des Pénitents blancs complètent le cloître des Carmes), et le festival s'internationalise, à l'image des treize nations présentes lors des premières Rencontres internationales de jeunes organisées par les CEMEA, ou de la présence du Living Theatre en 1968[6],[4].

Cet élargissement des champs artistiques du « Festival d'Avignon » se poursuit les années suivantes, via les spectacles jeunesse de Catherine Dasté du Théâtre du Soleil, le cinéma avec les avant-premières de La Chinoise de Jean-Luc Godard dans la Cour d'honneur en 1967 et de Baisers volés de François Truffaut en 1968, le théâtre musical avec Orden par Jorge Lavelli en 1969, et la musique à partir de cette même année, sortant pour l'occasion des remparts de la ville pour investir l'église Saint-Théodorit d'Uzès.

Vilar dirige le festival jusqu'à sa mort en 1971. Cette année-là, trente-huit spectacles sont proposés en marge du festival.

La crise de 68[modifier | modifier le code]

Après les mouvements de mai 68 et les grèves des comédiens qui en résultaient, il n'y a aucun spectacle français dans cette 22e édition du Festival d'Avignon ce qui supprime près de la moitié des 83 spectacles programmés. Sont maintenus les spectacles du Living Theatre, ainsi que le travail de Béjart dans la Cours d'honneur, ainsi qu'une large programmation cinématographique qui profite de l'annulation du Festival de Cannes de la même année[7].

Le 21 juin, dans une conférence de presse, la direction du Festival annonce de donner place aux contestations de mai, notamment en transformant les « Rencontres » en « Assises ».

La présence du Living Theatre, présent depuis le 13 mai à Avignon, dont leur comportement choque certains Avignonais peut être considéré responsable de la victoire de Jean-Pierre Roux aux élections législatives.

Quand La Paillasse aux seins nus de Gérard Gelas à Villeneuve-lès-Avignon fut censuré par le préfet du Gard le 18 juillet 1968, qui y voit une potentielle présence de terroristes anarchistes, l'ambiance déjà tendue éclate. Après deux tracts questionnant les Assises comme une récupération et institutionnalisation de la contestation, ainsi qu'une critique virulente de la politique culturelle gaullienne et ses institutions (« La culture industrielle, de même que l'université bourgeoise, ne constitue-t-elle pas un écran de fumée destiné à rendre impossible, à interdire toute prise de conscience et toute activité politique libératrice ? »), une troisième tract est distribuée pour informer de la censure et annoncer que le Living Theatre et Béjart ne joueront pas en solidarité. Béjart n'en était pas au courant puisqu'il répétait. Julian Beck refuse la proposition de Vilar de faire une déclaration en solidarité avec le Théâtre du Chêne Noir de Gérard Gelas et propose de faire jouer La Paillasse aux seins nus aux Carmes à la place d'Antigone du Living Theatre. Le maire et Vilar refusent.

Des manifestations ont lieu sur la place de l'Horloge et des CRS interviennent. Tous les soirs, cette place prend forme d'un forum où les hommes politiques ne manque pas de présence.

La présentation du 19 juillet de Béjart dans la Cour d'honneur est perturbée par un spectateur, Saul Gottlieb, qui monte sur scène et appelle Béjart à ne pas jouer. Vers la fin de la présentation, les comédiens du Théâtre du Chêne Noir monte en protestation sur scène, les danseurs de Béjart improvisent autour d'eux. C'est une entrée du festival « off » dans le Festival d'Avignon.

Les conflits montent à leurs extrêmes quand les « sportifs » avec des paroles antisémites (« étrangers à la ville, sales comme Job sur son fumier, pauvres comme le Juif errant, audacieux et pervers » en parlant des hippies entourant le Living Theatre), proche de Jean-Pierre Roux, veulent nettoyer la ville des contestataires (« la horde crasseuse ») qui seront protégés par la gendarmerie.

Après l'interdiction de la proposition du Living Theatre de jouer une représentation de Paradise Now dans un quartier populaire d'Avignon, Julian Beck et Judith Malina annoncent leur retrait d'Avignon dans une « Déclaration en 11 points ». Le septième point dit : « Nous quittons le festival parce que le temps est venu pour nous de commencer enfin à refuser de servir ceux qui veulent que la connaissance et le pouvoir de l'art appartiennent seulement à ceux qui peuvent payer, ceux-là mêmes qui souhaitent maintenir le peuple dans l'obscurité, qui travaille pour que le pouvoir reste aux élites, qui souhaitent contrôler la vie de l'artiste, et celle des autres hommes. POUR NOUS AUSSI LA LUTTE CONTINUE. »

En 1969, l'apparition du premier théâtre musical au Festival d'Avignon avec la présentation de l'opéra de Arrigo "Orden" dans une mise en scène de Jorge Lavelli sur un livret de Pierre Bourgeade.

1971 – 1979 direction Paul Puaux[modifier | modifier le code]

De 1971 à 1979, Paul Puaux, héritier désigné, poursuit l’œuvre engagée, malgré les critiques qui le qualifient « d'instit communiste sans talent artistique »[2]. Il refuse le titre de directeur et préfère celui, plus modeste, d'« administrateur »[2]. Ses principales contributions sont la naissance du Théâtre ouvert et l'élargissement du festival à des artistes venus de loin : Merce Cunningham, Mnouchkine, Besson. Cette période est aussi celle de la naissance du « Off », avec la tétralogie des Molière d'Antoine Vitez et Einstein on the beach de Bob Wilson[2].

Il quitte la direction du festival en 1979 afin de se consacrer à la maison Jean-Vilar, mémoire du festival[2]. Béjart, Mnouchkine et Planchon refusent sa succession, avant que Bernard Faivre d'Arcier soit nommé[2].

1980 – 1984 direction Bernard Faivre d'Arcier ou la refonte administrative, juridique et financière[modifier | modifier le code]

Affiches du festival Off en 2010

En 1980, Paulo Portas s'installe à la Maison Jean Vilar, et Bernard Faivre d’Arcier prend la direction du festival, devenu cette même année une association régie par la loi de 1901. Chacune des collectivités publiques qui subventionnent le festival (État, ville d'Avignon, conseil général de Vaucluse, conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur), est représentée au conseil d'administration qui compte aussi sept personnalités qualifiées.

Sous l’impulsion du nouveau directeur Bernard Faivre d'Arcier (1980-1984 et 1993-2003), et d’Alain Crombecque (1985-1992), le festival professionnalise sa gestion et accroît sa notoriété internationale. On[Qui ?] lui reproche d'être un « énarque socialiste casseur de traditions »[2]. Crombecque développe également la production théâtrale et multiplie les grands évènements, à l'image du Mahâbhârata de Peter Brook en 1985 ou du Soulier de satin par Antoine Vitez en 1987. Les dépenses liées au Mahabharata lui ont été reprochées, avant que ceux qui le critiquaient se ravivent devant le résultat[2]. Le fait qu'il limite aussi le nombre de places disponibles pour les spectacles ayant lieu dans la cour d'honneur à 2300 lui a aussi été reproché[2].

Le Off s'institutionnalise également et se dote en 1982 sous l'impulsion d'Alain Léonard, d'une association, « Avignon Public Off », pour la coordination et l'édition d'un programme exhaustif des spectacles du Off.

Depuis la création de La semaine d’art dramatique de 1947, tout ou presque a changé :

  • La durée : d'une semaine à l'origine, avec quelques spectacles, le festival se déroule désormais chaque été pendant 3 à 4 semaines.
  • Les lieux : le festival a essaimé ses représentations dans d'autres lieux que la mythique Cour d’honneur du Palais des Papes, dans une vingtaine de sites aménagés pour la circonstance (écoles, chapelles, gymnases, etc.). Ces lieux se situent en partie dans Avignon intra-muros (à l'intérieur des remparts), comme le grenier à sel, d'autres extra-muros comme le gymnase Paul Giera, mais sont disséminés dans l'agglomération du Grand Avignon. D'autres communes accueillent le festival, Villeneuve-lès-Avignon dans sa Chartreuse, Boulbon dans sa carrière, Vedène et Montfavet dans leurs salles de spectacles, Le Pontet dans son auditorium, Cavaillon, etc.. En 2013, le festival ouvre la FabricA, lieu permanent de répétitions (salle à la dimension de la scène de la Cour d'honneur) et de résidence. Chaque année, de nouveaux lieux sont ouverts pour abriter les spectacles du off[8].
  • La nature du festival : dès l’origine, Avignon est un festival de création théâtrale contemporaine. Il s'ouvre par la suite à d’autres arts, notamment à la danse contemporaine, (Maurice Béjart dès 1966), au mime, aux marionnettes, au théâtre musical, au spectacle équestre (Zingaro), aux arts de la rue, etc..
  • L'ambition initiale du festival de réunir en un lieu le meilleur du théâtre français s’est élargie au fil des années pour atteindre une audience internationale, un nombre croissant de compagnies non-françaises venant chaque année se produire à Avignon.

Si depuis « La semaine d’art dramatique » de 1947 tout ou presque a changé, si le Festival a perdu de sa force emblématique, selon Robert Abirached, il demeure un rendez-vous incontournable pour toute une profession, tandis que le off est devenu un « supermarché de la production théâtrale », dans lequel neuf cents compagnies cherchent à trouver public et programmateurs[4].

1985 – 1992 direction Alain Crombecque[modifier | modifier le code]

1993 – 2002 retour de Bernard Faivre d'Arcier[modifier | modifier le code]

2003 : l'année de l'annulation[modifier | modifier le code]

Sept cent cinquante spectacles étaient prévus en 2003. La grève des intermittents du spectacle, acteurs, techniciens… qui visait à protester contre la réforme des régimes d'indemnisation Assedic a conduit à l’annulation du Festival d'Avignon 2003 et d'une centaine de spectacles du Off. Cette lutte débute en février 2003 et vise à protéger le régime spécifique de l'intermittence du spectacle. En 2003, le public défile dans les rues avec les métiers du spectacle vivant[9]. De nombreux collectifs régionaux se créèrent et une coordination nationale se réunit depuis régulièrement.

2004-2013 : Le duo Archambault et Baudriller[modifier | modifier le code]

Nommés en janvier, les adjoints de Faivre d'Arcier, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, prennent la direction du festival en septembre 2003 après son annulation en juillet. Ils sont reconduits pour 4 ans en 2008. En 2010, ils parviennent à convaincre le conseil d'administration de modifier les statuts de l'association pour obtenir un demi-mandat supplémentaire. Ceci étant justifié par la conduite des travaux de la FabricA, dont ils avaient fait l'un des objectifs de leur second mandat. S'ils réussissent l'exploit de mener le chantier à son terme en une année, ils omettent de prévoir un budget de fonctionnement.

Ils déménagent les bureaux parisiens à Avignon et organisent la programmation autour d'un ou deux artistes associés, différents chaque année. Ainsi, ils invitent Thomas Ostermeier en 2004, Jan Fabre en 2005, Josef Nadj en 2006, Frédéric Fisbach en 2007, Valérie Dréville et Romeo Castellucci en 2008[10], Wajdi Mouawad en 2009, Olivier Cadiot et Christoph Marthaler en 2010, Boris Charmatz en 2011, Simon McBurney en 2012, Dieudonné Niangouna et Stanislas Nordey en 2013[11].

S'ils parviennent à fégèrementaire croître et rajeunir le public[12], ils n'échappent pas aux critiques qui culminent lors de l'édition 2005[13]. Certains spectacles du festival voient un grand nombre de spectateurs quitter leur place durant la représentation, et Le Figaro juge dans plusieurs articles l'édition 2005 comme un « catastrophique désastre artistique et moral », tandis que France Inter parle de « catastrophe avignonnaise » et La Provence de « grogne du public ». Libération reprend la critique en des termes plus mesurés, défendant le festival. De même nature que la fameuse polémique entre les « anciens » et les « modernes », celle-ci opposa les tenants d'un théâtre traditionnel tout dédié au texte et à la présence de l'acteur (dont Jacques Julliard ou Régis Debray qui y consacra un ouvrage[14]), en majorité critiques de la génération du baby-boom, et les critiques et spectateurs plus jeunes habitués au théâtre postdramatique d'après 1968, plus proche de la performance et utilisant l'image sur scène (ces points de vue ayant été rassemblés dans un ouvrage coordonné par Georges Banu et Bruno Tackels, Le Cas Avignon 2005[15]).

Éric Lacascade à la Cour d'honneur (2006)

Pour l'édition 2006, 133 760 billets ont été délivrés lors de cette 60e édition d'Avignon, sur une jauge de 152 000 places. Le taux de fréquentation est donc de 88 %, ce qui place cette édition au niveau des années « historiques » (il était en 2005 de 85 %). 15 000 entrées ont aussi été enregistrées aux manifestations gratuites telles qu'expositions, lectures, rencontres, films, etc. Les billets délivrés aux jeunes de moins de 25 ans ou étudiants ont représenté une part en progression, qui a atteint 12 %.[réf. nécessaire] Un spectacle a dopé la fréquentation du festival : Battuta, de Bartabas et son Théâtre équestre Zingaro, qui a enregistré un taux de fréquentation de 98 % : 28 000 spectateurs en 22 représentations, soit plus de 20 % du total[16].

Les deux artistes associés de la 64e édition du festival, du 7 au 27 juillet 2010, sont le metteur en scène Christoph Marthaler et l'écrivain Olivier Cadiot.

En 2011, le choix du danseur et chorégraphe Boris Charmatz comme artiste associé souligne la place grandissante de la danse contemporaine[17]. La création africaine fait son entrée dans le « in » lors de la 67e édition[18].

2005 « La querelle d'Avignon »[modifier | modifier le code]

2014 : Un nouveau directeur, Olivier Py[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Festival d'Avignon 2014.

Après le non-renouvellement de sa direction à l'Odéon-Théâtre de l'Europe en avril 2011 et une large pétition en soutien, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, prévoit Olivier Py à la direction du Festival d'Avignon[19], alors premier artiste depuis Jean Vilar à cette place. Le 2 décembre 2011, le conseil d'administration du festival vote la nomination de Olivier Py, qui prendra son poste de directeur au 1er septembre 2013, à la fin du mandat de ses prédécesseurs.

Le 20 mars 2014, lors d'une conférence de presse donnée à la FabricA, il présente le programme de la 68e édition du Festival d'Avignon, qui s'est tenu du 4 au 27 juillet 2014. Il y énonce les axes forts de son projet pour le Festival d'Avignon:

  1. La jeunesse: spectatrice et créatrice de contenus
  2. L'international et la Méditerranée : cinq continents présents dans la programmation; un focus sur la Syrie
  3. L'itinérance et la décentralisation des 3 kms : le spectacle Othello, variation pour trois acteurs, de la cie du Zieu, a été jouée en itinérance dans le Vaucluse
  4. La poésie et la littérature contemporaine : Lydie Dattas et son oeuvre seront mises à l'honneur
  5. Le numérique, vecteur d'intégration sociale et culturelle, est un axe de développement important. A partir de la FabricA numérique, idée lancée en octobre 2013 avec le think tank Terra Nova, le Festival d'Avignon et Pascal Keiser (Technocité) travaillent à une candidature au label French Tech.

2014 est toutefois une année très difficile pour le nouveau directeur:

- La FabricA: un lieu sans budget de fonctionnement.

- Elections municipales de mars 2014: le Front national arrive en tête du premier tour. Olivier Py appelle publiquement les abstentionnistes à voter. Un flot de haine et de reproches fleurit de tous bords politiques, FN, UMP et PS.

- Mouvement social de juillet 2014

- Orages de juillet 2014

Tableau synoptique[modifier | modifier le code]

Année Date Direction Artiste(s) associé(s) Spectacle(s) d'ouverture dans la Cour d'Honneur du Palais des papes
2014 Du 4 au 27 juillet Olivier Py Le Prince de Hombourg de Heinrich von Kleist, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti
2013 Du 5 au 26 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Dieudonné Niangouna, Stanislas Nordey Par les villages de Peter Handke, mise en scène Stanislas Nordey
2012 Du 7 au 28 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Simon McBurney Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov, mise en scène Simon McBurney
2011 Du 6 au 26 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Boris Charmatz Enfant de Boris Charmatz, mise en scène Boris Charmatz
2010 Du 7 au 27 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Christoph Marthaler, Olivier Cadiot Papperlapapp de Christoph Marthaler, mise en scène Christoph Marthaler
2009 Du 7 au 29 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Wajdi Mouawad Le Sang des promesses de Wajdi Mouawad, mise en scène Wajdi Mouawad
2008 Du 4 au 26 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Romeo Castellucci, Valérie Dréville Inferno librement inspiré de La Divine Comédie de Dante, mise en scène Romeo Castellucci
2007 Du 6 au 27 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Frédéric Fisbach L'acte inconnu de Valère Novarina, mise en scène Valère Novarina
2006 Du 6 au 27 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Josef Nadj Asobu en hommage à Henri Michaux, mise en scène Josef Nadj
2005 Du 8 au 27 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Jan Fabre L'Histoire des larmes de Jan Fabre, mise en scène Jan Fabre
2004 Du 3 au 27 juillet Hortense Archambault et Vincent Baudriller Thomas Ostermeier Woyzeck de Georg Büchner, mise en scène Thomas Ostermeier
2003 Du 8 au 28 juillet Bernard Faivre d'Arcier Festival annulé
2002 Du 5 au 27 juillet Bernard Faivre d'Arcier Platonov d'Anton Tchekhov, mise en scène Eric Lacascade
2001 Du 6 au 28 juillet Bernard Faivre d'Arcier L'École des femmes de Molière, mise en scène Didier Bezace
2000 Du 6 au 30 juillet Bernard Faivre d'Arcier Le laveur de vitres de Pina Bausch, mise en scène Pina Bausch
1999 Du 9 au 31 juillet Bernard Faivre d'Arcier Henry V de William Shakespeare, mise en scène Jean-Louis Benoît
1998 Du 10 juillet au 2 aout Bernard Faivre d'Arcier Œdipe le tyran de Sophocle, version de Hölderlin, mise en scène et adaptation de Jean-Louis Martinelli et Philippe Lacoue-Labarthe
1997 Du 10 juillet au 2 aout Bernard Faivre d'Arcier Nathan Le Sage de G.E. Lessing, mise en scène Denis Marleau
1996 Du 9 juillet au 3 aout Bernard Faivre d'Arcier Édouard II de Christopher Marlowe, mise en scène et adaptation de Alain Françon
1995 Du 7 au 30 juillet Bernard Faivre d'Arcier Café Müller musique de Purcell et Le Sacre du Printemps musique de Stravinski, chorégraphies Pina Bausch

Lieux de représentation[modifier | modifier le code]

Lieux de spectacles[modifier | modifier le code]

La Fabrica[modifier | modifier le code]

Hortense Archambault et de Vincent Baudriller, co-directeurs du Festival d'Avignon en 2004, expriment le besoin d´un lieu de répétitions et de résidences destiné aux artistes invités à créer des spectacles au Festival d'Avignon. La FabricA, bâtiment dessiné par l'architecte Maria Godlewska, est ouverte en juillet 2013. Ce projet, estimé à 10 millions d'euros, a été financé par l'État (ministère de la Culture et de la Communication) et les collectivités territoriales (Ville d'Avignon, Conseil Général du Vaucluse, Région Provence-Alpes-Côte d'Azur).

Sa situation géographique, au croisement des quartiers de Champfleury et de Monclar, faisant l'objet de requalification urbaine et sociale, fait rêver à un projet ambitieux de travail avec les publics exclus. Vincent Baudriller dit : "il y a des milliards de choses à inventer avec ces publics". Toutefois, c'est bien à Olivier Py que revient la responsabilité de trouver les moyens de faire fonctionner à l'année le bâtiment et financer les projets de médiation culturelle.

Des projets artistiques sont mis en place pour la population de ces quartiers et, en particulier, orientés vers les jeunes (travail auprès des écoliers, des collégiens et des lycéens), avec l'objectif de toucher toutes les catégories sociales. Toutefois, le lieu semble encore chercher sa vocation et sa place dans la ville et dans le Festival.

La FabricA est constituée de :

  • une salle de répétition : elle permet de travailler les spectacles donnés à la Cour d'Honneur, d'une jauge de 600 places;
  • un espace privatif : il permet aux équipes artistiques de vivre, de travailler dans de bonnes conditions;
  • un petit espace technique : c'est un espace de stockage de matériel.

En 2014,le Festival d'Avignon propose deux spectacles à la FabricA : Orlando d'Olivier Py et Henri VI de Thomas Jolly.

Public[modifier | modifier le code]

Profil sociologique[modifier | modifier le code]

En 1995, sur les 58 000 spectateurs du Festival, près de la moitié vient du Grand Avignon et des départements limitrophes, un peu moins de 8% de l'étanger et le reste de l'ensemble de la France[20]. Le nombre de spectacles vus et la durée moyenne du séjour augmente avec la distance géographique : un spectacle et une journée en moyenne pour les locaux, trois jours et deux spectacles pour les français, quatre jours et deux spectacles pour les parisiens et les étrangers[20]. Selon une étude de l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse portant sur la fin des années 90 et le début des années 2000, le public festivalier est composé d'un tiers d'habitants de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de 23 % de Franciliens et de 36 % venant des autres régions françaises. La première fréquentation du festival se fait en moyenne à 29 ans, mais la tendance est au vieillissement du public[21].

Malgré la volonté de faire d'Avignon un festival populaire, seul 1% du public est ouvrier en 1968[22]. La proportion d'ouvriers et employés passe à 6% au début des années 2000[23]. Si beaucoup s'inquiètent du peu de participation des classes populaires au festival, Ethis, Fabiani et Malinas soulignent que les patrons ne représentent eux-aussi que 1% du public : « Il faut se demander [...] ce à quoi conduit exactement une projection de notre société dans laquelle les « classes dirigeantes » ont de moins en moins de pratiques culturelles. »

Spectateurs du In et du Off se rejoignent sur leurs pratiques culturelles très fortes : 90% d'entre eux sont déjà allé au cinéma dans les 12 mois et 50% à un spectacle de danse, contre 58% et 8% respectivement de la population française[24]. Nicole Lang montre en 1981 que le public d'Avignon correspond aux « notables culturels », enseignants, professions du service public qui sont aussi les consommateurs majoritaires du cinéma d'art et d'essai et des concerts de musique contemporaine[25]. Frédéric Gimello-Mesplomb relie la surreprésentation des enseignants à deux choses : d'une part, l'importance donné à la valeur patrimoniale du festival, faisant écho au savoir académique transmis par les enseignants ; d'autre part, la notion de « réappropriation », qui correspond à l'aspect pédagogique du métier[26].

Type de séjour[modifier | modifier le code]

En 1995, les festivaliers restent en moyenne 3 jours à Avignon et assistent à 2 spectacles du Festival[20].

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Flux entrants[modifier | modifier le code]

En 1968 est réalisée une étude de grande envergure sur l'impact économique du festival[27]. Celui-ci évalue les recettes de l'édition de 1967 du Festival à 923 800 francs, en prenant en compte les billets, ventes des programmes et confiseries, soient 32 francs par spectateur[28]. Cette dépense est plus élevée pour les spectateurs venant de loin : 18 francs en moyenne pour les originaires de la ville-même, 26 francs pour ceux venant du Vaucluse et des départements limitrophes, et 42 francs pour les autres[28]. Les ménages non-avignonnais représentent ainsi les deux tiers des "flux entrants"[29]. À cela s'ajoute 487 600 francs de subventions du département du Vaucluse (320 000 francs) et de la Commune d'Avignon (167 600 francs) permettant d'équilibrer les dépenses du Festival, qui correspondent essentiellement aux frais de personnel (près d'1.1 millions de francs) et d'achats (environ 300 000 francs)[30].

Équilibre et évolution du budget[modifier | modifier le code]

En 2002 parait un mémoire de recherche de l'Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux analysant le festival d'Avignon sous l'angle d'une entreprise culturelle et se focalisant particulièrement sur la gestion budgétaire du festival et la complémentarité des financements publics et privés[31].

D'un million et demi de francs à la fin des années 60, le budget du festival (qui correspond à partir des années 80 au budget de l'association) est de 20 millions de francs en 1985, 40 millions en 1990, 46 millions en 1995 et 53 millions en 2000[32].

En 1967, les salaires représentaient 66% des dépenses du festival, les achats 20% et les impôts 3%[27]. Cette répartition passe en 1995 à 22% pour les salaires et défraiements, 26% pour les achats et 21% pour les impôts, taxes et cotisations[32]. Le reste du budget correspond à la venue des artistes et aux frais de tournées de spectacles créés par le festival[33].

L'augmentation des coûts vient en partie d'une évolution artistique, où le théâtre nouveau, caractérisé par des décors et costumes sobres, fait place à des mises en scène utilisant les technologies audiovisuelles[33]. Une seconde hypothèse avancée est celle de la fatalité des coûts, théorisée par W. J. Baumol et W. G. Bowen, les pères de l'économie de la culture[34]. Enfin, le progrès technique et les 35 heures sont aussi avancés comme hypothèses d'explication d'augmentation des coûts[34].

Billetterie, une politique de prix choisie ou subie ?[modifier | modifier le code]

La billetterie est la recette propre du Festival la plus importante et facile à évaluer ; celle-ci augmente de 120% en valeur entre 1985 et 1995 et représente alors 39% du budget, puis retombe à 29% de celui-ci au début des années 2000[35].

Le prix du billet est calculé par l'Association comme « 2.5 fois le prix d'un ticket de cinéma »[35]. Des billets de tarifs réduits (jeunes, étudiants et demandeurs d'emplois) permettent aussi d'assurer l'accessibilité du festival à tous ; ils représentent 5% des billets vendus en 2000[35].

En 2014, Olivier Py décide de baisser tous les tarifs pleins pour montrer qu'en temps de crise, le prix des places de spectacle doit baisser et non augmenter. Pour la première fois dans l'histoire du Festival d'Avignon, un abonnement jeune est créé: 4 places à 40 €, une moyenne inégalée de 10€ par place de spectacle.

Subventions publiques[modifier | modifier le code]

L'augmentation des coûts, liée à la volonté de maintenir un théâtre populaire et de service public ne permettant pas une augmentation des prix des billets, a abouti à l'augmentation des subventions[36]. La politique de création et de prise de risque, c'est-à-dire le choix de ne pas se contenter de grands classiques et spectacles en tournée, fait aussi que la rentabilité est plus difficile à obtenir[37]. Si l'évaluation des transferts financiers directs est la partie des subventions qui est la plus facile à évaluer, il ne faut pas non plus négliger les soutiens techniques et logistiques dont bénéficient le festival et sans lesquels il ne pourrait pas exister.

Le festival est une opération déficitaire pour la commune d'Avignon en 1967, qui lui coûte 16.800 francs, à savoir 167.600 francs de dépenses compensées 150.800 francs de rentrées d'impôts supplémentaires[38], dont la grande majorité sont des impôts indirects et moins de 5% des impôts sur les spectacles. Généralement, les municipalités sont les plus grands financeurs des festivals, puisque ce sont elles qui en retirent le plus de retombées médiatiques et économiques[39]. Avignon finance le festival à hauteur de six millions de francs en 1985 (6% du budget), 9.5 millions en 1995, 12 millions en 1997 et près de 8 millions en 2001 (17% du budget), auquel s'ajoute 1.7 millions de soutien matériel et prestations en nature[39].

Le département du Vaucluse verse 320 000 francs en 1967 et n'obtient pas de retombées financières. Cette subvention était de 7000 francs en 1958, puis de 6300 francs les années suivantes. Elles passent, après les élections cantonales françaises de 1961 à 12 600 francs en 1962 et 1963, puis, après les élections cantonales françaises de 1964, à 60 000 francs en 1964 et 1965, à 282 000 francs en 1966 et à 320 000 en 1967[27]. Les départements sont des financeurs classiques des festivals, à hauteur de 12% en moyenne dans le début des années 2000, et subventionnent généralement les associations qui participent au développement culturel de leurs communes[40]. Toutefois, l'implication du Vaucluse dans le financement du festival d'Avignon ne cesse de décroitre, passant à 11% en 1985, 6.4% en 1995 et 6% en 2001[41].

Le montant global des subventions passe de 500 000 francs en 1967 à près de 17 millions en 1985 (62% du total), puis augmentent de 50% dans les dix années suivantes (52% du total), puis l'augmentation diminue, passant à 20% entre 1995 et 2001[42].

En 2001, les subventions publiques correspondent à 63% du budget du festival, et proviennent à la fois de la municipalité, d'Avignon, du Vaucluse mais aussi de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, de l'État français et de l'Union européenne[41].

Les régions financent peu les festivals, n'ayant pas d'obligation légale de soutenir la culture. Toutefois, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur intègre le festival d'Avignon dans sa politique globale d'aide à la création[41].

L'Etat français finance tardivement mais massivement le festival d'Avignon ; en 1995, son soutien correspond la moitié des subventions reçues par le festival, soi tun peu plus de 12 millions de francs[20]. Cette proportion est à la hausse depuis 1986, où l'état ne représentait même pas le tiers des subventions publiques (4 millions sur près de 14)[20]. Deux grosses augmentations ont lieu entre 1991 et 1992 (de 6 à 7.5 millions) et entre 1992 et 1993 (de 7.5 à 10 millions)[20]. Ces subventions sont prises à la fois sur le budget du ministère de la Culture et de celui des Affaires Étrangères[43].

De nombreuses autres institutions publiques financent le festival : les organisations culturelles de l'Espagne, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Japon, France Culture, l'Association française d'action artistique, l'ADAMI, la Fondation Beauxmarchais, la Sacem, la Fondation EDF, l'ANPE du spectacle[43].

Mécénat[modifier | modifier le code]

Si le mécénat atteint 8 millions de francs[Quand ?], il est réduit à 3.6 millions en 1992[43]. Les entreprises mécènes sont le Crédit Local de France, la Caisse des dépôts, la Fnac, American Express, Orcofi, l'UAP, Air France, la Fondation Vuitton et la Fondation GAN[43]. Celui repart par la suite, et Perrier-Vittel, AT&T, Redalnd Granulats, Côtes-du-Rhône rejoignent le groupe des financeurs[2].

Ce mécénat prend la forme de financement, mais aussi de soutien logistique comme l'aide à la vente de billets[43]. Pour Alain Crombecque, si peu de marques et de biens de consommations financent le festival, c'est que le spectacle vivant laisse moins facilement des traces matérielles exploitables, et qu'il « est le lieu de la parole, donc du danger »[43]. Le Festival étant régi par la loi 1901, les mécènes ne siègent pas à son conseil d'administration[43].

2014 marque un essort du mécénat comme ressource financière pour le Festival d'Avignon. Au premier rang, se trouve banque Crédit coopératif, puis un conglomérat d'entreprises locales, à hauteur de 150 000 € (pour des dons entre 3 000 et 10 000€). BMW, EDF, la SNCF, Total, Vivendi viennent soutenir des projets artistiques, soicaux, environnementaux du Festival.

Coproductions[modifier | modifier le code]

Sur le modèle de ce qui se fait dans le cinéma, de nombreuses productions théâtrales sont co-produites par différents acteurs qui se partagent ainsi les risques. Parmi ceux-ci, on peut citer la Société civile pour l'Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes (ADAMI), qui a soutenu une trentaine de spectacles en 2001[44]. Certains spectacles regroupent ainsi de nombreux acteurs : Les hommes dégringolés de Christophe Huysman, a été financé par le Théâtre de Dijon Bourgogne, le théâtre Jean Lurçat, la Compagnie de l'Anneau, le festival d'Avignon, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le Ministère de la Culture et de la Communication et l'ADAMI[44].

Flux sortants et impacts indirects[modifier | modifier le code]

Emplois et revenus induits[modifier | modifier le code]

Cette étude évalue le revenu supplémentaire de la Commune d'Avignon lors du Festival à 2.500.000 francs, avec un multiplicateur de revenu de 2[45]. Cela correspond par exemple à 78 emplois annuels dans l'hôtellerie-restauration[46] (en réalité 936 créations pendant la durée du festival[47]) et à 6.3% du chiffre d'affaires du secteur[29]; celui-ci absorbe la moitié des retombées économiques du festival[48].

En 1995, l'Association de Gestion du Festival d'Avignon emploie 479 salariés dont 16 permanents ; la moitié d'entre eux sont issu de l'agglomération avignonnaise. A ceci, il faut ajouter 92 emplois induits chez les fournisseurs directs du festival[20] et plus de 1000 emplois saisonniers dans les boutiques, restaurants et imprimeurs[49],[20].

A la fin des années 90, les 75% des 4 millions de francs d'achat du festival sont réinjectés dans la région, dont 64% dans l’agglomération avignonnaise, et 25% dans le reste de la France[49].

Communication et image d'Avignon[modifier | modifier le code]

Une étude du Bureau d'information et de prévisions économiques de 1986, les articles des 400 journalistes présents au Festival correspondent à une exposition équivalente à une campagne de communication de 10 millions de francs[49]. Cet impact est évalué à 125 MF en 1998[49].


Conditions de venue des artistes[modifier | modifier le code]

En 2006, Jean Guerrin, comédien, metteur en scène, fondateur et directeur du théâtre-école de Montreuil, « pratiquant » assidu du Off et invité du In en 1980 avec Henri VI de Shakespeare et La Noce chez les petits bourgeois de Brecht, dénonce dans un entretien avec Vincent Cambier pour l'association Les Trois Coups, le « scandale permanent » des conditions d'accueil des comédiens, des compagnies, des metteurs en scènes et des auteurs dans les structures du Off, conditions dévoyées par l'appât du gain des loueurs malgré les efforts de l'administration du festival pour assainir la situation. Le rythme effréné des représentations dans un même lieu conduit à des cadences infernales d'installation et de démontage ou à la mutilation des textes. L'importance des frais engagés pour disposer d'un lieu de spectacle est telle qu'elle ne permet que rarement aux compagnies de payer leurs comédiens. Ces conditions sont soigneusement dissimulées au public dont il faut préserver la manne. Les solutions passent, pour Jean Guerrin, par une « reconnaissance du cas spécifique de l'acteur » permettant un traitement équivalent à celui des techniciens et des régisseurs systématiquement payés contrairement aux comédiens et par la constitution d'un « organe de réglementation et de contrôle sur les conditions de gestion des lieux », quitte à refuser la labellisation des plus indécents, pour que « le festival ne meure pas de sa boursouflure incontrôlée, comme ces belles étoiles effondrées sous leur propre poids, la situation [commandant] le sursaut pour éviter l’emphase du mot révolution »[50].

L'hébergement des artistes et des spectateurs[modifier | modifier le code]

Avec la multiplication du nombre d'artistes et de spectateurs, évalués aujourd'hui à 600 000 personnes, l'hébergement est également un problème. Dès l'origine du festival, il a fallu trouver des solutions pour accueillir le public des jeunes à Avignon. Les années 1950 ont vu se développer des Rencontres internationales dont l'organisation et l'encadrement ont été confiés aux CEMEA). Ainsi est née, en 1959, l'association Centres de jeunes et de séjour du Festival d'Avignon. Elle rassemble trois partenaires fondateurs : le Festival d'Avignon, la ville d'Avignon et les CEMEA. L'association a pour objet de donner à des jeunes et des adultes la possibilité d'être accueillis à Avignon dans les conditions telles qu'ils puissent tirer tout le profit possible des spectacles du festival, de l'intérêt culturel présenté par Avignon et ses environs, des échanges de vues entre participants de tous pays.

Marketing autour du festival[modifier | modifier le code]

AOC Vacqueyras, 2003, Cuvée spéciale du 59e festival.

Les vignerons de Vacqueyras ont été sélectionnés depuis 1997 pour réaliser chaque année la « cuvée spéciale du festival »[51].

Les vins issus de ce terroir viticole et devant constituer la cuvée du Festival d'Avignon sont proposés à une dégustation préalable qui se déroule chaque année au restaurant Christian Étienne. Le jury est composé de sommeliers, de vignerons et de négociants de l’AOC, ainsi que de journalistes spécialisés dans la vigne et le vin et de l’équipe du festival[51].

Ces vins, revêtus de l'étiquette reproduisant l'affiche du festival, sont proposés, lors des soirs de premières, dans les grands restaurants d'Avignon, et à la boutique du festival installée place de l’Horloge[51].

Le « Festival off » possède aussi sa cuvée spéciale depuis 1997. Le plus célèbre rosé de France est présenté dans la bouteille qu'avaient parrainé en 1987, Jean Le Poulain et Claude Winter, administrateurs de la Comédie-Française. Cette cuvée est revêtue du logo « Avignon festival Off »[52].

Fonds[modifier | modifier le code]

Fonds documentaire de la Maison Jean-Vilar[modifier | modifier le code]

Des archives sur le travail de Jean Vilar et la totalité des 3 000 manifestations programmées au Festival d'Avignon depuis ses débuts en 1947 sont conservees à la Maison Jean-Vilar, située à Avignon au 8, rue de Mons, Montée Paul-Puaux (bibliothèque, vidéothèque, expositions, base de données, etc.)[53].

L'Association Jean Vilar publie la revue les Cahiers Jean Vilar qui inscrit la pensée du créateur du Festival d’Avignon dans une perspective résolument contemporaine en analysant la place du théâtre dans la société, et l'enjeu des politiques culturelles.

Fonds Fernand Michaud[modifier | modifier le code]

En 1988, la Bibliothèque nationale de France fait l'acquisition plus de 50 000 négatifs et diapositives que le photographe Fernand Michaud a réalisés au cours des Festivals d'Avignon de 1970 à 1986[54].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Lamotte, Le Rhône, fleuve fertile, Editions Publibook,‎ 2011, p. 190
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Caroline Alexander, « Avignon tient bon : Cinquant ans de contestations et le spectacle continue », La Tribune,‎ 5 juillet 1996
  3. Histoire - Site officiel du festival
  4. a, b et c Robert Abirached, « Festival d'Avignon », in Emmanuel de Waresquiel (dir.), Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959. Paris : Larousse / CNRS éditions, 2001
  5. Festival 1948 - Site officiel du festival
  6. a et b « Les grandes étapes : 1947-1963 », Site du festival d'Avignon
  7. Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d'Avignon, Gallimard,‎ 2007 (ISBN 978-2-07-078385-4)
  8. Parenthèse de juillet : quand la ville entière devient théâtre - Éric Collier, Le Monde, 7 juillet 2009
  9. La grève des intermittents du spectacle en France - Françoise Thull, World Socialist Web Site, 29 juillet 2003
  10. Laurence Liban, « Les patrons », L'Express du 5 juillet 2007
  11. Le Festival d’Avignon 2013 est fini, le mouvement continue - Siegfried Forster, RFI, 27 juillet 2013]
  12. « Renaud Donnedieu de Vabres donnera son agrément à la proposition de renouveler pour quatre ans le mandat de Vincent Baudriller et d’Hortense Archambault à la tête du Festival d’Avignon », Ministère de la culture et de la communication,‎ 21 novembre 2006 (consulté le 31 juillet 2008)
  13. 2005, l'année de toutes les polémiques, l'année de tous les paradoxes - Fabienne Darge et Brigitte Salino, Le Monde, 27 juillet 2005
  14. L'obscénité démocratique, coll. « Café voltaire », éd. Flammarion, 2007 (ISBN 978-2-0812-1002-8). Dans cet ouvrage Régis Debray regrette les « grandes heures » du théâtre de la parole d'après-guerre tout en déplorant une « obscénité démocratique » dans le nouveau théâtre utilisant l'image: « Le délirant impérialisme, en politique, du communicant et au théâtre du metteur en scène ne favorise pas d'évidence la belle langue, moins rentable et moins facilement exportable que la belle image. » (p. 74, Op. cité)
  15. Le Cas Avignon 2005, coordonné par Georges Banu et Bruno Tackels, éd. L'entretemps, 2006 (ISBN 2-912877-57-1)
  16. Source : Le Monde du 29 juillet 2006
  17. Un Avignon qui s'annonce dansant dans Le Monde du 25 mars 2011.
  18. Vincent Baudriller: Les artistes africains ont pris une place, RFI, 24 juillet 2013
  19. « "Avec Py, nous n'avons pas pu partager une vision commune" », Libération,‎ 2011
  20. a, b, c, d, e, f, g et h Étude sur les retombées économiques du festival d'Avignon. Étude portant sur le Festival d'Avignon 1995 et réalisée par l'Association de Gestion du Festival d'Avignon
  21. Les nantis intra-muros, les pauvres à l'écart - Éric Collier, Le Monde, 7 juillet 2009
  22. Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani et Damien Malinas, Avignon ou le public participant : Une sociologie du spectateur réinventé, Montpellier, L'Entretemps éditions,‎ 2008 (ISBN 978-2-912877-94-9)
  23. Ethis, Fabiani et Malinas 2008, p. 21
  24. Ethis, Fabiani et Malinas 2008, p. 22
  25. Nicole Lang, Les publics du Festival d'Avignon, Paris, Ministère de la culture, service des études et de la recherche,‎ 1982
  26. Frédéric Gimello-Mesplomb, « Mytho-logiques : Lorsqu'il a fallu faire le choix d'Avignon pour implanter le Festival », dans Avignon, le public réinventé,‎ 2002 (ISBN 2-11-005203-1)
  27. a, b et c Société Générale de Recherche et Programmation, Observatoire économique Méditerranéen et Ministère des Affaires Culturelles, Impact du Festival d'Avignon sur l'économie de la ville, Marseille,‎ 1968
  28. a et b SOCREP 1968, p. 4
  29. a et b SOCREP 1968, p. 8
  30. SOCREP 1968, p. 5
  31. Anne-Sophie de Brier, Le Festival d'Avignon comme entreprise culturelle,‎ 2002
  32. a et b de Brier 2002, p. 61
  33. a et b de Brier 2002, p. 62
  34. a et b de Brier 2002, p. 63
  35. a, b et c de Brier 2002, p. 66
  36. de Brier 2002, p. 64
  37. de Brier 2002, p. 67
  38. SOCREP 1968, p. 15
  39. a et b de Brier 2002, p. 74
  40. de Brier 2002, p. 73
  41. a, b et c de Brier 2002, p. 71
  42. de Brier 2002, p. 72
  43. a, b, c, d, e, f et g C.A., « Le puzzle du partenariat », La Tribune de l'Expansion,‎ 10 juillet 1992
  44. a et b de Brier 2002, p. 68
  45. SOCREP 1968, p. 6
  46. SOCREP 1968, p. 7
  47. SOCREP 1968, p. 10
  48. SOCREP 1968, p. 12
  49. a, b, c et d « "Etonne-moi !" : L'impact économique des festivals », Lettre d'Information du Ministère de la culture et de la communication,‎ juillet 1998
  50. « Les marchands du temple », Jean Guerrin, Avignon : in, off, out. Et après ? (Off 2006), propos recueillis par Vincent Cambier pour Les Trois Coups, 27 juillet 2006 (Lire en ligne)
  51. a, b et c Vacqueyras, cru officiel du Festival d'Avignon
  52. Tavel, cuvée spéciale du festival off
  53. Site de la Maison Jean-Vilar
  54. Répertoire des arts du spectacle, Gallica

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cahiers Jean Vilar, analyses, études, inédits (plusieurs numéros consacrés à la mémoire de Jean Vilar et à l’actualité de sa pensée), Association Jean Vilar, Avignon, depuis 1982 (ISSN 0294-3417)
  • Frédéric Eldin, Avignon 68, à la croisée des contestations, ou Le mouvement de mai-juin 1968 dans l'agglomération d'Avignon et son prolongement durant le XXIIe Festival, Mémoire de maîtrise d'Histoire contemporaine sous la direction de Robert Mencherini, année universitaire 1996-1997, Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse.
  • Emmanuel Ethis, Avignon, le public réinventé. Le Festival sous le regard des sciences sociales, La Documentation française, 2002
  • Le cas Avignon 2005, coordonné par Georges Banu et Bruno Tackels, éd. L'entretemps, 2006 (ISBN 2-912877-57-1)
  • Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, Histoire du festival d’Avignon, Gallimard, 2007 (ISBN 978-2-07-078385-4)
  • Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani et Damien Malinas, Avignon ou le public participant. Une sociologie du spectateur réinventé, L'Entretemps, 2008
  • Jean-Louis Fabiani, L'Éducation populaire et le théâtre - Le public d'Avignon en action, Presses universitaires de Grenoble, 2008
  • Damien Malinas, Portrait des festivaliers d'Avignon : transmettre une fois ? pour toujours, Presses universitaires de Grenoble, 2008
  • Philippe Poirrier, Festivals et sociétés en Europe, XIXe-XXIe siècle, Dijon, Territoires contemporains, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]