Edith Cavell

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Edith Cavell

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Edith Cavell en 1890.

Nom de naissance Edith, Louisa Cavell
Naissance
Swardeston, Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Décès (à 49 ans)
Schaerbeek, Drapeau de la Belgique Belgique
Nationalité Drapeau : Royaume-Uni anglaise
Pays de résidence Drapeau : Royaume-Uni et Drapeau : Belgique
Diplôme
Profession infirmière
Activité principale infirmière en chef
Autres activités
espionne et membre d'un réseau d'évasion pendant la Première Guerre mondiale
Ascendants
Frederick et Louisa, Sophia
Famille
2 sœurs cadettes : Florence et Liliane
1 frère ainé : Jack
1 frère cadet : John

Edith Cavell, née le à Swardeston en Angleterre et morte le à Schaerbeek en Belgique, fut une infirmière britannique fusillée par les Allemands pour avoir permis l'évasion de centaines de soldats alliés de la Belgique alors sous occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale. Malgré la pression internationale et la publicité donnée par la presse mondiale à l'époque sur son procès en cour martiale, elle fut exécutée pour haute trahison. Sa mémoire est aujourd'hui honorée par l'Église anglicane.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études et carrière[modifier | modifier le code]

Edith Cavell (assise à gauche), Antoine Depage (assis au centre) et une partie des infirmières de l'institut médicochirurgical d'Uccle.

Elle naît en 1865 à Swardeston, dans le Norfolk, où son père, le révérend Frederick Cavell, est vicaire pendant 45 ans.

En 1884, la jeune Edith rentre à la Laurel Court de Peterborough et obtient son diplôme d'institutrice.
En 1890, elle part à Bruxelles où elle œuvre, pendant cinq ans comme nourrice dans la famille François.
En 1895, elle retourne un an à Swardeston pour soigner son père malade et, en , elle rentre au Royal London Hospital (en) comme aide infirmière. Entre 1903 et 1907, elle travaille comme infirmière libre.

En 1907, elle revient à Bruxelles et est nommée, par Antoine Depage, infirmière en chef à l'institut Berkendael à Ixelles. Le , Antoine Depage fonde, dans quatre maisons contiguës -no 143 à 149- de la rue Franz Merjay à Ixelles, une école d'infirmières. Il en confie la direction générale à Edith Cavell et l'administration des finances à son épouse Marie. L'école déménage, en 1914, à l'endroit de l'actuelle clinique Edith Cavell[1]. L'école comprend cinquante chambres d'internat pour les élèves et est annexée à un institut médicochirurgical, avec deux salles d'opération, capable d’hospitaliser une vingtaine de malades.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, l'école et l'institut sont pris en main par la Croix-Rouge de Belgique (dont Antoine Depage était le président). Edith Cavell qui visitait sa maman à Norwich, entendant la nouvelle de l'invasion de la Belgique par l'Empire allemand, revient à Bruxelles le [note 1]. Avec ses élèves, et Miss Wilkins (une autre infirmière anglaise), elle soigne les blessés des armées alliées et allemandes.

Résistance[modifier | modifier le code]

Cavell est agent du Secret Intelligence Service britannique (également connu sous la dénomination de MI6)[2]. Cependant, elle abandonne ses devoirs d'espionne afin d'aider des centaines de soldats alliés à passer de la Belgique occupée vers les Pays-Bas neutres grâce à un réseau d’évasion organisé par des Belges de la région de Mons et des Français de la région de Lille, en violation de la loi militaire imposée par les occupants politiques. Le mot de passe du réseau était « Yorc » soit, l'anagramme de « Croy » (du nom de famille de la princesse Marie de Croÿ qui participait au réseau).

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

En , deux hommes se présentent à l'institut comme soldats français en fuite. L'un deux est Georges Gaston Quien[note 2], l'autre est un agent allemand infiltré se prétendant aviateur.
Les arrestations des membres du réseau débutent le par celles de Philippe Baucq et Louise Thuliez puis le 5 août par celles d'Edith Cavell, de la comtesse Jeanne de Belleville et de la princesse Marie de Croÿ. Louise de Bettignies sera, elle, arrêtée le .
Parmi les coïnculpés figurent également de nombreux autres patriotes comme le pharmacien Louis Severin, l'avocat Albert Libiez, les cafetiers Pansaers et Rasquin, ou l'aubergiste, cabaretier et maçon François Vandievoet.

Tous sont incarcérés à la prison de Saint-Gilles et jugés les 7 et . Edith Cavell ne se défend pas, admettant les actes qui lui sont reprochés. Six des accusés sont condamnés à mort le à 17 h.
Pour faire cesser les protestations internationales conduites par Brand Whitlock et le marquis de Villalobar, les juges : Werthmann, lieutenant-colonel, Stoeber, conseiller du conseil de guerre, et Duwe, assesseur du conseil de guerre, font exécuter Philippe Baucq et Edith Cavell le lendemain à 2 heures au Tir national, un site militaire (aujourd'hui un mémorial), où elle est enterrée.
Louise Thuliez, Jeanne de Belleville, Louis Severin et Albert Libiez voient leur condamnation à mort muée en peine de prison à perpétuité. Les autres inculpés sont condamnés à des peines de prison.

La nuit précédant son exécution, par l'entremise du nommé Le Seur, le pasteur luthérien de la prison, elle parle au révérend anglican Stirling Gahan qui lui donne la communion et recueille les mots « Le patriotisme n'est pas assez, je ne dois avoir ni haine ni amertume envers quiconque », qui sont gravés sur le mémorial de St. Martin's Place, près de Trafalgar Square, à Londres.
Le pasteur luthérien, ci avant cité, qui l'assiste jusqu'à l'exécution et procède à son inhumation chrétienne rapporte au révérend Gahan « Elle a professé sa foi chrétienne et, en cela, elle était heureuse de mourir pour son pays... Elle est morte comme une héroïne. »
Le médecin militaire allemand qui assiste au procès et à l'exécution est le poète expressionniste Gottfried Benn (1886-1956), il a laissé un récit des faits. Brand Whitlock a, également, écrit un récit des événements dans ses Mémoires.

Après la guerre, son corps est exhumé et ramené au Royaume-Uni. Après un service mémorial à l'abbaye de Westminster conduit par le roi George V, elle est conduite par train spécial à Thorpe Station, à Norwich. Elle est ré-inhumée à Life's Green, à l'extrémité est de la cathédrale de Norwich. Chaque année, un service est rendu devant sa tombe.

L'affaire Edith Cavell[modifier | modifier le code]

Propagande et conséquences internationales[modifier | modifier le code]

Elle devient un martyr populaire et entre dans l'histoire britannique comme une héroïne. L'affaire Edith Cavell et le torpillage du RMS Lusitania où, parmi des centaines de passagers meurt Marie Depage, sont devenus des éléments importants de la propagande britannique anti-allemande et de l'hostilité internationale grandissante à l'égard de l'empire allemand qui finira par la décision américaine d'entrer en guerre[note 3].

Mythe et légende sur son exécution[modifier | modifier le code]

Plusieurs rumeurs circulent sur les circonstances de son exécution :

  • Edith Cavell refuse de se laisser bander les yeux et s'évanouit à la vue des fusils du peloton d'exécution pointés sur elle. Elle tombe par terre et l'officier commandant le peloton l'abat d'une balle de révolver dans la tête ;
  • dans le scénario du film Edith Cavell, Reginald Berkeley écrit qu'un soldat du peloton, qu'il nomme Rammler, refuse de tirer, il est abattu sur place par l'officier dès l'exécution d'Edith Cavell terminée[3] ;
  • selon la version donnée au révérend Gaham par le pasteur luthérien, Edith Cavell et Philippe Baucq sont côte à côte, les yeux bandés, chacun face à huit soldats. Dès l'ordre de tirer, tous font feu et l'officier les achève d'une balle de revolver dans la tête. C'est aussi la version officielle donnée par le général Moritz von Bissing, gouverneur militaire de la Belgique occupée.

Conséquence[modifier | modifier le code]

Le départ d'Antoine Depage sur le front de l'Yser, les décès d'Edith Cavell et de Marie Depage ont failli causer la disparition de l'école d'infirmières. C'est l'oncle de Marie Depage, le professeur Paul Héger qui sauve la jeune institution. Il a la bonne fortune en trouvant « sur place » une directrice qui se révèle exceptionnelle : Jeanne De Meyer. Celle-ci développe l'institution au point que cette dernière est prise en modèle par la Fondation Rockefeller.

Mémoire[modifier | modifier le code]

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Monuments[modifier | modifier le code]

  • À Swardeston, depuis 1917, un vitrail de l'église la représente en prière. La partie verticale de la croix en bois qui marquait, au départ, sa tombe au Tir national y est aussi conservée depuis 1919 ;
  • à Norwich, le 1er mémorial a été érigé en au pied de la cathédrale ;
  • à Paris, dans le jardin des Tuileries, un monument à la mémoire d'Édith Cavell, offert à la Ville de Paris par le journal Le Matin, fut inauguré le 12 juin 1920. Dû au ciseau de Gabriel Pech, il était adossé au mur oriental du Jeu de Paume. Il fut détruit le 14 juin 1940 par les troupes allemandes dès leur entrée dans Paris ;
  • à Belfort, une statue se trouve devant l'une des entrées de l'hôpital ;
  • à Londres, un mémorial a été érigé ;
  • à Uccle, un monument, également dédié à Marie Depage, a été érigé en 1920. Dans la cour de la clinique Edith Cavell, la stèle qui marqua sa tombe au Tir national en remplacement de la croix en bois initiale. Il s'agit d'une stèle en béton marquée d'un plaque en bronze portant l'inscription « EDITH CAVELL »[4] ;
  • à Peterborough, existe un mémorial à l'intérieur de la cathédrale.

Rues et bâtiments[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À cette date, appelé par le roi Albert Ier, le docteur Depage dirige déjà l’hôpital de l’Océan à La Panne, derrière le front de l’Yser.
  2. Georges Gaston Quien est un soldat français fait prisonnier en 1914 par les Allemands qui s'est mis au service de ceux-ci comme indicateur.
  3. « L'exécution de l'infirmière Cavell, le torpillage du « Lusitania  » furent plus fatals à l'Allemagne qu'une bataille perdue, grâce à l'explosion d'universelle indignation qu'ils provoquèrent ». Stefan Zweig, Le Monde d'hier : souvenirs d'un Européen

Références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de la clinique Edith Cavell [(fr) lire en ligne]
  2. Nicholas Rankin, A genius for deception: how cunning helped the British win two world wars., Oxford University Press, (2009) p. 36-37
  3. La photo du soldat qui aurait refusé de tirer [lire en ligne]
  4. Philippe Golard, « Edith Cavell, l’héroïne sous-estimée : Mobilisation internationale », Wolvendael, Uccle, Association culturelle et artistique d'Uccle, no 597,‎ mars 2014, p. 124
  5. A la recherche d'un hôpital-école rue Desnouettes". Résumé d'un article de François de Béruin Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 40"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ambroise Got, Edith Cavell, Miss Cavell: from the unpublished documents of the trial: the property of a former commissary of the German government, édité par Hodder and Stoughton, 1920
  • Jean Bernard Passerieu, Histoire générale et anecdotique de la guerre de 1914, publié par Berger-Levrault, 1920
  • Ambroise Got, Docteur en Philosophie, L'affaire Miss Cavell. D'après les documents inédits de la justice allemande, Paris, Plon, 1921
  • Philippe Baucq, Journal de ma captivité, dans, Revue des deux Mondes, Paris, 15 juin 1923, 1er juillet 1923
  • Ambroise Got, Face à la mort. Journal de Philippe Baucq, fusillé par les Allemands avec Miss *Cavell, Paris, 1924
  • Jean-Marc Binot, Héroïnes de la Grande Guerre, Librairie Arthème Fayard, 2008
  • (en) Diana Souhami, Edith Cavell, Londres, Quercus Publishing Plc,‎ 2010 (réimpr. 2011, 2014) (1re éd. 2010), 417 p. (ISBN 978-1-8491-6359-0, OCLC 649804521, notice BnF no FRBNF42358344)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]