Croix

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croix

La croix est un symbole en forme d'intersection, formée de deux lignes ou plus. La « région » est une zone définie par l'intersection (il y a ainsi en général quatre régions).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les termes croix viennent du mot latin crux qui a le sens de « poteau », « gibet », voire « potence ».

Selon le Robert historique de la langue française « Dès Plaute (254-184 av. J.-C.), crux est courant en latin et entre dans des locutions proverbiales ; il prend le sens de « torture morale » et, par métonymie, désigne le tourmenteur. »

Symbolique générale[modifier | modifier le code]

La croix est à la base de tous les symboles d'orientation[1]. La croix réalise l'union des contraires : verticalement elle relie les pôles au plan de l'équateur; horizontalement elle met en rapport équinoxes et solstices [1].

Pour les alchimistes, la branche verticale, dressée, symbolise le principe masculin, et la branche horizontale, couchée, le principe féminin; leur conjonction est signe de vie [1].

Symbolique religieuse[modifier | modifier le code]

Son usage en tant que symbole religieux remonte plusieurs siècles avant l’époque du Christ et a une valeur universelle. On en a un exemple dans la très ancienne religion indienne. Dans les grottes d'Elephanta, on peut voir une croix au-dessus de la tête d’un personnage. Dans une autre peinture ancienne, le dieu Krishna est représenté avec six bras dont trois tiennent une croix.

Dans d’autres pays, la croix était également révérée dans l’Antiquité et on lui attribuait des pouvoirs mystiques. Une encyclopédie (Cyclopædia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature) fait l’observation suivante : « On trouve le signe de la croix comme symbole sacré chez plusieurs nations de l’Antiquité que l’on peut en conséquence qualifier (…) d’adeptes de la croix. (…) Le symbole de la croix semble avoir eu les significations les plus variées. Parfois, il renvoie au phallus [utilisé dans le culte de l'amour], d’autres fois, à Vénus, déesse de l'amour. »

Religions amérindiennes[modifier | modifier le code]

Quand les conquistadores espagnols envahirent les Amériques, ils furent surpris de découvrir des croix à usage religieux dans de nombreux endroits. Dans l’ouvrage Curious Myths of the Middle Ages, l’auteur Baring-Gould écrit : « Dans l’État d’Oaxaca [Mexique], les Espagnols s’aperçurent que l’on avait érigé des croix de bois comme symboles sacrés. (…) En Amérique du Sud, ce même signe était considéré comme symbolique et sacré. Il était révéré au Paraguay. Au Pérou, les Incas honoraient une croix sculptée d’une seule pièce dans le jaspe. (…) Les Muyscas de Cumana croyaient que la croix (…) était dotée du pouvoir de chasser les esprits mauvais ; en conséquence, on plaçait les enfants nouveau-nés sous sa protection. » C'est cette sacralité du symbole de la croix qui explique que les Amérindiens ne se défendirent pas lorsqu'ils virent arriver les Espagnols qui brandissaient des croix pour prendre possession de ces nouveaux territoires au nom du Christ.

Symbole chrétien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Croix (christianisme).

La croix n’était pas un symbole utilisé par les premiers chrétiens, car ils craignaient que ce signe ne les livre aux persécutions romaines. Le livre Records of Christianity précise : « La croix n’était pas franchement employée dans la décoration des églises. (…) Le premier symbole du Christ a été le poisson (IIe siècle) car en grec "poisson" s'écrit : IXΘYΣ, ou ichthus, acronyme dont les lettres constituent les premières lettres de Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr, c’est-à-dire Jésus Christ, de Dieu le Fils (Fils de Dieu), Sauveur. » J. Hall (dans son Dictionary of Subjects & Symbols in Art) écrit également : « Après la reconnaissance de la chrétienté par Constantin le Grand, les chrétiens, ne craignant plus les persécutions et encore plus à partir du Ve siècle, la croix commença à être représentée sur des sarcophages [cercueils de pierre], des lampes, des coffrets et d’autres objets. » Sir Wallis Budge ajoute (dans Amulets and Talismans) : « La croix ne devint pas le principal emblème et symbole de la chrétienté avant le IVe siècle. » Toutefois, selon l'historien Thierry Murcia, l'adoration de la Croix par les chrétiens - ou staurolâtrie - est attestée dans les sources à partir de la fin du IIe siècle mais « elle ne concerne alors que des croix de bois »[2].

Croix d'Anjou surmontant le clocheton central de la cathédrale Saint-Maurice à Angers
Croix arménienne sur trois khatchkars à Etchmiadzin en Arménie

La croix chrétienne est représentée sous diverses variantes :

  • croix latine
  • croix en tau ou croix de Saint-Antoine
  • croix de saint André
  • croix de saint Georges (croix rouge sur fond blanc)
  • croix de saint Pierre (croix latine renversée utilisée pour le martyre de saint Pierre qui, selon la légende, par humilité envers Jésus le Christ ne s'est pas estimé assez digne pour mourir dans la même position que son Dieu)
  • croix serbe
  • croix papale
  • croix grecque (les branches sont de même longueur et se croisent en leur milieu) +
  • croix fleur-de-lysée
  • croix fourchée (« Y », croix en tau dont la branche supérieure est brisée vers le haut)
  • croix pointue (trois pattes plaine et une pointe/pique vers le bas)
  • croix potencée ou croix scoute, (croix grecque avec des tau aux extrémités de chaque branche)
  • croix ancrée (croix grecque avec des ancres aux extrémités de chaque branche)
  • croix russe (croix latine avec une barre sur la branche inférieure)
  • croix orthodoxe (croix patriarcale avec une barre sur la branche inférieure)
  • croix tréflée ou croix de saint Maurice (croix grecque avec des trèfles aux extrémités de chaque branche)
  • croix recroisetée (croix grecque avec des petites croix grecques aux extrémités de chaque branche)
  • croix d'Anjou ou croix de Lorraine ou patriarcale
  • croix de Malte
  • croix de Jérusalem (croix potencée dont chaque région contient une croix grecque)
  • croix occitane
  • croix huguenote
  • croix scandinave
  • croix dominicaine
  • croix pattée (croix dont les branches s'élargissent à leur extrémité en forme de patte (on dit aussi formé))
  • croix arménienne (croix latine dont les branches ont deux branches à leur extrémité en forme de trèfles)
  • croix celtique

Croix ansée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ânkh.
Miroir en forme d'ânkh issu de la tombe de Toutânkhamon

L'ânkh ou croix ansée est utilisé fréquemment dans l'art égyptien, en particulier dans les peintures des tombes ; il apparaît souvent au bout des doigts d'une divinité, dans des images montrant les divinités de l'au-delà faisant le don de vie à la momie de la personne défunte.

Dans l'art amarnien, la croix ansée est portée par les rayons solaires (terminés par des mains), symbolique du soleil dispensant la vie sur Terre.

Ce symbole était souvent porté comme amulette par les Égyptiens, soit seul, soit en association avec deux autres hiéroglyphes, le sceptre ouas signifiant « force » et le hiéroglyphe symbolisant la « santé »,

l'ensemble
S34 U28 S29

ˁnḫ(=w), wḏȝ(=w), snb(=w) étant une formule d'eulogie dans l'Égypte antique.

Svastika[modifier | modifier le code]

Article détaillé : svastika.
Poterie minoenne.

Le svastika est un symbole que l'on retrouve en Eurasie, en Afrique, en Océanie, aux Amériques (Amérique précolombienne chez les Mayas et amérindiens Navajos et kunas) et en Extrême-Orient. Son apparition se fait à l'époque néolithique, dans la préécriture de la culture de Vinča. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale (Γ). Le svastika est orienté tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche.

C'est l'un des plus anciens symboles de l'humanité que l'on retrouve sous plusieurs formes dans la majorité des civilisations du monde, bien qu'il n’ait pas toujours la même signification.

Ce symbole est notamment utilisé en Asie dans la symbolique jaïne, hindoue et bouddhique, en Chine pour symboliser l'éternité et dans l'Asie bouddhiste. Les différentes graphies inspirées de la forme du svastika ont pu naître indépendamment les unes des autres, bien que certaines soient liés historiquement (svastikas indien et bouddhique, svastikas indien et svastika du XXe siècle européen).

En Asie, et tout particulièrement en Inde, c'est un symbole omniprésent. Il représente, entre autres, le très populaire dieu Ganesh et est le symbole premier du jaïnisme, considéré par ses adeptes comme le plus favorable de tous les symboles.

Autres symboliques[modifier | modifier le code]

Croix basque[modifier | modifier le code]

Article détaillé : croix basque.
Stèle discoïdale, cimetière d'Ainhoa

La croix basque, ou lauburu en basque, est une croix formée par quatre virgules, chaque virgule étant constituée de trois demi-cercles (un premier haut de demi-cercle suivi d'un bas de demi-cercle, plus un deuxième bas de demi-cercle, deux fois plus grand, au bas des deux autres et les reliant).

Les origines et la symbolique de cette représentation ont suscité de nombreuses recherches et hypothèses, parfois contradictoires, qui ne débouchent, encore aujourd'hui, sur aucune certitude. On ne connait pas les raisons qui amenèrent les Basques à utiliser ce symbole, et à l'exposer sur leurs maisons et leurs stèles funéraires. On ne peut émettre que des hypothèses, biaisées par notre environnement, notre savoir et notre sensibilité d'aujourd'hui[3].

La recherche sur la symbolique originelle laisse entrevoir quelques hypothèses, qui amènent parfois à une période précédant la christianisation de la contrée, qui fut longue et chaotique, étant donnée la configuration encaissée du relief pyrénéen et conservatrice des populations rurales. Camille Jullian[4] désigne les XVe et XVIe siècles comme le début de la période à laquelle le catholicisme s'est imposé au Pays basque. La nouvelle religion aurait alors amplifié l'utilisation d'un symbole plus ancien.

Suivant les auteurs, le symbole fait initialement référence au cycle de la vie, à la rotation du soleil, du ciel et de la terre, qui sont des hypothèses d'une création préalable à la christianisation. La croix finale, à quatre virgules, reconnue aujourd'hui, milite pour une symbolique soutenue par l'Église[3].

Croix gammée nazie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : croix gammée nazie.
Décoration du parti nazi avec une croix gammée au centre ; la croix gammée était très utilisée sous le Troisième Reich

La croix gammée a été utilisée comme symbole par Adolf Hitler et le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) en raison de son association avec les peuples « aryens » dont ils se réclamaient.

La croix gammée nazie est une représentation dextrogyre (qui pointe à droite) du svastika. En Occident, pour des raisons historiques, la croix gammée est généralement associée au nazisme, ce qui n'est pas le cas en Asie.

Le svastika dextrogyre noir, emblème du nazisme, a été transformé en l'inclinant à 45° sur un disque blanc, position moins fréquente pour les svastikas indiens. En terme héraldique, il ne s'agit donc pas à proprement parler d'une « croix », comme le svastika d'origine, mais d'un « sautoir gammé ».

La croix gammée fut adoptée par le NSDAP alors qu'il n'était encore que le Parti des travailleurs allemands (DAP), et devint dès 1920 son emblème officiel.

Symbole typographique[modifier | modifier le code]

En typographie moderne, on appelle aussi obèle un symbole typographique en forme de croix, (simple, un obèle) ou (double, un double obèle).


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le dictionnaire des symboles, Marabout, 1989. Pages 94-96
  2. Thierry Murcia, Jésus dans le Talmud et la littérature rabbinique ancienne, Turnhout, Brepols, 2014, p. 416-417.
  3. a et b Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Atlantica 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1), pages 154 à 161.
  4. Cité par Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Éditions Atlantica - avril 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1), pages 155 et 156

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David W. Chapman, Ancient Jewish and Christian perceptions of crucifixion, éd. Mohr Siebeck, 2008, extraits en ligne
  • Jean-Marc Prieur, La Croix : représentations théologiques et symboliques, Labor et Fides, 2004
  • élément Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature
  • élément Strong’s Exhaustive Concordance of the Bible
  • élément Dictionary of Subjects & Symbols in Art
  • Bibliographie de cette partie :
    • Le livre des Signes et des Symboles, pages 96-106
      • I. Schwarz-Winklhofer et H. Biedermann
      • éditions Grancher, traduit de l'allemand, mars 2005
      • ISBN 978-2-7339-0921-8
    • DEMURGER Alain, Chevaliers du Christ, les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, Le Seuil, 2002, page 203 ISBN 2-02-049888-X

Articles connexes[modifier | modifier le code]