Peine de mort au Japon

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La peine de mort au Japon constitue le châtiment suprême dans ce pays qui l'exécute régulièrement par pendaison. La peine capitale est dans la pratique utilisée essentiellement contre les auteurs de multiples meurtres commis avec circonstances aggravantes[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Japon a une longue tradition de la peine de mort, principalement en temps de guerre. Dans certains cas, se donner la mort est vu comme une façon noble de mourir dans la société japonaise. Depuis que le code pénal japonais s'est occidentalisé sous l'ère Meiji, il autorise la peine de mort pour les crimes "les plus odieux". Les États-Unis d'Amérique ont très peu réformé le code pénal en 1945, lorsqu'ils ont occupé le pays et la peine de mort a été maintenue.

La Cour suprême a déclaré la peine de mort constitutionnelle en 1948, et la méthode d'exécution par pendaison en 1955.

En 1968, Nagisa Ōshima réalise le film Koshikei, qui reproduit exactement la procédure d'une exécution capitale et se base sur une affaire ayant réellement eu lieu.

Le pays n'a connu aucune exécution de 1989 à 1993, cela est dû aux ministres de la justice de l'époque, qui ne signaient pas les ordres d'exécution des condamnés. Mais elles reprennent avec l'arrivée de Masaharu Gotoda, qui en tant que légaliste considère que pour la crédibilité du système juridique japonais, il faut appliquer les sentences prononcées par les tribunaux. De 1990 à 1995, l'opinion publique fut sensibilisée, principalement par les médias, sur la question de l'abolition de la peine de mort. Un débat public commença même à émerger. L'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, qui fit 12 morts et plus de 50 blessés graves, fit basculer l'opinion.

Actualité récente[modifier | modifier le code]

En avril 2005, en visite au Japon, le Dalai Lama lance un appel pour l'abolition de la peine de mort. Il y déclare que « les criminels devraient être traités avec compassion et non pas avec colère » conformément à l'éthique bouddhiste[2] L'ONU a voté fin 2007 une résolution appelant à un moratoire sur la peine de mort, le Japon a rejeté l'argument de la pression internationale et européenne déclarant dans une note verbale qu'« il n'y a pas de consensus international selon lequel la peine de mort devrait être abolie » et que « aucun camp n'a le droit d'imposer son point de vue à l'autre[3] ». Le pays a confirmé cette position en novembre 2010[4].

Durant son passage au ministère, d'août 2007 à juin 2008 le ministre de la justice Kunio Hatoyama avait semblé vouloir réformer la peine de mort, mais dans un sens tout à fait opposé à l'abolition. Il avait proposé que la méthode d'exécution par pendaison soit remplacée par une « méthode plus paisible », et que l'exécution se déroule dans les six mois suivant l'épuisement des recours sans que le ministre de la justice n'ait à intervenir. Il a également été le premier ministre de la justice à avoir autorisé que l'on dévoile les noms des exécutés. Il a visité la salle d'exécution de Tokyo, mais n'a jamais directement assisté à une exécution[5].

En décembre 2010, deux ans après avoir quitté le ministère de la justice et étant alors député de l'opposition, Kunio Hatoyama a déclaré regretter ne pas avoir fait procéder à plus d'exécutions[6]. Les 13 exécutions qu'il a déjà permises durant son passage au ministère lui avait valu le surnom de « Shinigami » (死神), traduit alors par « dieu de la mort » ou « faucheur », de la part du grand quotidien progressiste Asahi Shinbun[7].

2009[modifier | modifier le code]

Le Parti démocrate du Japon (PDJ) avait promis d'« encourager un débat national » sur cette question en cas de victoire aux législatives du 30 août 2009.

Après leur victoire historique à ces élections, Keiko Chiba, une femme politique ancienne secrétaire générale des parlementaires d'Amnesty International a été nommée ministre de la justice, cinq autres membres du gouvernement étant connus à l'époque comme opposés à la peine de mort. Beaucoup pensaient qu'aucune exécution n'aurait lieu durant sa mandature[8]. Dans une interview, elle a déclaré, qu'en tant que ministre, elle allait se détacher de la ligue des parlementaires pour l'abolition et qu'elle souhaitait un débat public[9].

2010[modifier | modifier le code]

En février 2010, 85,6 % des Japonais déclaraient « la peine de mort est indispensable et ne peut être évitée dans certains cas[10] ». Il s'agissait en l'occurrence d'un sondage du gouvernement à l'occasion duquel 1944 personnes ont été interrogées[11]. Les opposants à la peine de mort estiment que ce fort soutien à la peine de mort serait sûrement entamé si le gouvernement japonais faisait preuve de plus de transparence ; ils estiment que la question du sondage est spécialement conçue pour grossir le soutien dont jouit la peine de mort. Un sondage privé organisé par Kyodo New en août 2010 place, lui, le soutien pour la peine de mort à 75,9 %[12].

En mars 2010, la classe politique n'a émis que de timides protestations à la suite de l'exécution de quatre ressortissants japonais par la Chine pour trafic de drogue. Cela s'explique par la volonté de ne pas créer de tensions avec la Chine, mais aussi peut-être de ne pas attiser le débat sur la peine de mort[13].

En juillet 2010, la ministre Keiko Chiba a fait procéder à deux nouvelles exécutions et y a assisté personnellement, à la suite de la défaite de son parti aux élections sénatoriales (et de elle-même dans sa circonscription, même si les ordres d'exécution avaient été signés la veille du scrutin). Elle a tout de même annoncé une étude ministérielle sur le sujet[14]. Le mois suivant, les médias nationaux ont pu diffuser des images de la salle d'exécution de Tokyo.

2011[modifier | modifier le code]

Après madame Chiba, quatre ministres de la justice se sont succédé sans avoir fait procéder à la moindre exécution. 2011 a été la première année sans exécutions depuis 1992.

2012[modifier | modifier le code]

Le cinquième ministre qui l'a suivi, Toshio Ogawa est entré en poste en janvier 2012 et a fait procéder à trois exécutions le 29 mars 2012[15]. Trois semaines auparavant, il avait mis fin à l'étude ministérielle qui n'a finalement abouti à aucune proposition[16]. Son successeur Makoto Taki a ordonné 2 exécutions supplémentaires le 3 août 2012, puis encore 2 exécutions le 27 septembre 2012 [17]. Parmi les deux derniers exécutés se trouvaient Sachiko Eto, la première femme exécutée depuis 1997, condamnée à mort pour avoir tué six personnes dans des rituels d'exorcisme.

L'année 2012 a donc vu le retour d'un niveau soutenu d'exécutions, similaire à celui de la droite.

2013[modifier | modifier le code]

Une fois la droite revenue au pouvoir suite aux législatives de décembre 2012, les exécutions se sont poursuivies avec huit pendaisons en 2013.

2014[modifier | modifier le code]

Au mois de mars 2014 a eu lieu la spectaculaire libération d'Iwao Hakamada, âgé de 78 ans et condamné à mort pour quadruple meurtre, en raison d'éléments nouveaux mettant en cause sa culpabilité. Sans doute le plus ancien condamné à mort du monde, il avait été acquitté en 1964 avant d'être condamné à mort en appel en 1969.

La première exécution de l'année n'eut lieu que le 26 juin. Un autre condamné qui devait exécuté le même jour est décédé la veille d'un arrêt respiratoire[18].

La loi et la jurisprudence[modifier | modifier le code]

Les critères d'application de la peine de mort[modifier | modifier le code]

En 1983 dans l'affaire Norio Nagayama la Cour suprême du Japon estime que la peine de mort ne peut s'appliquer que « lorsque la responsabilité de l'auteur du crime est extrêmement grave et que la peine maximale est inévitable du point de vue de l'équilibre entre le crime et le châtiment ainsi que du point de vue général de la prévention ». Elle définit, dans cette décision, les fameux « critères de Nagayama » selon lesquels les juges doivent prendre leur décision ; soit :

  1. La nature du crime ;
  2. Le motif du crime ;
  3. Les modalités du crime, en particulier la persistance et la cruauté du moyen de mise à mort ;
  4. La gravité des conséquences du crime, en particulier le nombre de victimes tuées ;
  5. Les sentiments des proches en deuil ;
  6. Les effets sociaux du crime ;
  7. L'âge du criminel ;
  8. Les antécédents de l'auteur du crime ;
  9. Les circonstances qui suivent l'accomplissement du crime[1].

Les décisions des juges sont l'objet d'une motivation écrite détaillée, ceci même depuis que le jury populaire a été instauré. Chaque fois que la peine de mort a été requise, les juges ont justifié leur décision par rapport à ces critères. S'ils prononcent la peine de mort, la conclusion sera que « la peine capitale ne peut être évitée » ; « qu'il n'y a pas de place pour la clémence » ou encore que « l'accusé a peu/pas de chances d'être réhabilité[19] ».

En pratique le nombre de victimes est de loin le critère le plus important dans la détermination de la peine.

Selon des statistiques entre 1980 et 2009, lorsque les procureurs demandent la peine de mort, elle est obtenue dans 32 % des cas s'il n'y a qu'une victime. Sachant qu'il est très rare que les procureurs requièrent la peine de mort dans un cas pareil, alors que c'est quasi-systématique en cas de meurtres multiples. Sur les 50 meurtriers exécutés de 2006 à 2013, 5 seulement avaient tué une seule personne, en tenant compte des condamnations précédentes. Comme exemple de ces cas exceptionnels l'on peut citer l'affaire Junya Hattori, exécuté en août 2012. Il avait été condamné à mort pour avoir violé puis brûlé vivante une étudiante de 23 ans, et avait déjà été condamné pour agression auparavant. Et malgré ce cumul de circonstances aggravantes il n'a été condamné à mort qu'en appel, en premier ressort la perpétuité avait été prononcée[20].

Le taux de condamnation à mort grimpe à 59 % s'il y a deux victimes, et à 79 % s'il y en trois ou plus. Là encore, comme exemple de ces cas exceptionnels où une personne échappe à la peine de mort pour le meurtre d'au moins trois personnes, l'on citer certaines affaires d'accusés perturbés mentalement par une faillite ou un conflit familial, qui tuent leur famille et échouent ensuite à se suicider[21].

Sur 21 personnes condamnées pour un triple meurtre au cours d'un vol, aucune n'a échappé à la peine de mort. La peine de mort est systématique également, en pratique, en cas de meurtre commis par un ancien condamné à perpétuité [22].

La procédure devant les juridictions[modifier | modifier le code]

Après avoir été condamné par la juridiction de premier ressort l'accusé peut faire d'appel et être jugé de nouveau. Ensuite il peut formuler un recours devant la Cour suprême du Japon, lequel sera entendu par une chambre basse comprenant cinq des quinze juges de la Cour. La Cour suprême peut ordonner que l'affaire soit rejugée devant une autre cour d'appel. Le ministre peut ordonner l'exécution après la confirmation de la condamnation par la Cour suprême. Il arrive régulièrement que des condamnés empreints de remords ou d'un mal de vivre ne fassent pas appel ; c'est le cas d'au moins 18 des 50 condamnés exécutés de 2006 à 2013[23].

Même si après la confirmation par la Cour suprême il est toujours possible d'obtenir la grâce ou la révision du procès, ces recours sont rarement accordés ; mais ils ont pour effet de suspendre le délai de six mois dans lequel le ministre de la justice est censé ordonner l'exécution. Ce délai de six mois est de toute façon considéré comme non-normatif : sa violation n'entraine aucune conséquence juridique[24]. Ce délai est également suspendu lorsqu'un complice du condamné est encore en procès dans une procédure différente.

Au moins 8 des 50 des meurtriers exécutés de 2006 à 2013 avaient été condamnés à perpétuité en premier ressort, le parquet ayant fait appel de leur condamnation. Il est plus rarement possible que la Cour suprême rejette une condamnation à perpétuité prononcée en appel l'estimant trop laxiste, et renvoi l'affaire devant une cour d'appel afin qu'elle prononce la peine de mort[Note 1].

Depuis mai 2009 les tribunaux criminels ne se composent plus seulement de trois magistrats mais aussi de six jurés populaires. Une majorité de 5 voix incluant au moins un magistrat est nécessaire pour voter la mort[25]. Cependant les cours d'appel restent composées uniquement de trois magistrats professionnels[26]. Le barreau japonais, qui est hostile à la peine de mort, a proposé que celle-ci ne puisse être prononcée qu'à l'unanimité[27].

Application générale[modifier | modifier le code]

En septembre 2013 le Japon comptait au total 157 condamnés à mort, dont plus d'une dizaine impliqués dans l'attentat au gaz sarin de 1995. La sentence était définitive, c'est-à-dire confirmée par la Cour suprême ou à la suite du désistement d'appel, pour 133 d'entre eux (dont sept femmes, cinq étrangers et cinq mineurs). 13 avaient été condamnés en appel et étaient donc en attente d'une décision de la Cour suprême. 12 n'étaient condamnés qu'en premier ressort.

Au Japon, le taux de criminalité, y compris en matière d'homicide, est réputé être l'un des plus bas du monde. La loi y permet théoriquement la libération d'un condamné à perpétuité à partir de dix ans de détention. Dans la pratique, les prisonniers ne sont libérés en moyenne qu'après trente et un ans[28]. Appliquant la stratégie abolitionniste issue des États-Unis, des parlementaires ont réclamé l'institution d'une perpétuité réelle dans l'objectif d'obtenir ainsi une réduction des condamnations à mort. Le ministre de la justice et le barreau se sont opposés à cette proposition, rappelant qu'il serait périlleux voire inhumain de conserver des gens en prison jusqu'à leur mort, et qu'il est déjà très difficile d'être libéré pour un condamné à perpétuité.

De nombreuses organisations de défense des droits de l'homme (comme Amnesty International) ont dénoncé le système judiciaire japonais et soutiennent des prisonniers qui affirment avoir été maltraités durant leur garde à vue, dont la durée maximale est de vingt-trois jours au Japon[29].

Affaires marquantes ces dernières années[modifier | modifier le code]

Dans le débat sur la peine de mort[modifier | modifier le code]

En 2009 deux hommes ont été condamnés à mort pour avoir enlevé puis tué Rie Isogai (une jeune femme de trente et un ans) durant un cambriolage. Le père de la victime avait réuni une pétition de 318000 signatures en faveur de leur condamnation à mort. Ce fut la première fois durant toute l'ère Heisei que plusieurs personnes écopent de la peine capitale pour un même meurtre. Un troisième participant, qui s'était rendu volontairement, a lui été condamné à la prison à vie[30],[31]. Mais au final, la condamnation de l'un d'eux a été ramenée à la prison à vie en appel, la cour l'ayant jugé moins coupable que l'autre qui n'avait pas fait appel. Les procureurs se sont pourvus devant la Cour suprême, mais celle-ci a confirmé la perpétuité[32].

Après l'affaire Rie Isogai, de nombreux quotidiens nationaux se sont explicitement exprimés en faveur de la peine de mort, mais ils ont émis de sérieuses réserves quant aux difficultés que devront rencontrer les futurs japonais qui auront été sélectionnés dans ce genre d'affaires[33].

Avec l'introduction du jury populaire[modifier | modifier le code]

Depuis l'introduction du jury populaire ou juge-citoyen, la peine de mort a été requise dans 24 affaires impliquant ce système. 17 ont abouti à la peine de mort, 6 à la prison à vie et une autre à l'acquittement (en septembre 2013)[34].

La première de ces condamnations a été prononcée en novembre 2010. L'accusé Hiroyuki Ikeda a été reconnu coupable d'avoir enlevé et tué deux hommes. L'une des victimes a été complètement décapitée avec un fil électrique[35].

En octobre 2011 un tribunal d'Osaka a décidé de procéder à une audience pour statuer sur la constitutionnalité de la peine de mort et de l'exécution par pendaison. Le tribunal entendu des témoins de la défense, notamment un expert médical australien et un procureur ayant déjà assisté à des exécutions. Même les jurés ont siégé à l'audience alors que la décision incombait aux seuls juges professionnels. Les procureurs n'ont eux pas répondu, se fondant simplement sur la jurisprudence de la Cour suprême. Le 31 octobre 2011 le tribunal a finalement validé la peine de mort par pendaison, peine à laquelle il a condamné l'accusé pour un incendie ayant fait cinq morts [36].

En avril 2012 pour la première fois une femme a été condamnée à mort par un jury. L'accusée Kanae Kijima a été reconnu coupable du meurtre de trois hommes de 41 à 80 ans, pour conserver l'argent qu'elle leur avait soutiré pendant leurs relations[37]. L'accusée niant les faits, ce fut le procès avec jurés le plus long, durant plus 100 jours. Le verdict a été confirmé en appel en mars 2014[38].

Les « mineurs »[modifier | modifier le code]

Bien que l'âge de la majorité civile soit de vingt ans au Japon, la peine de mort est applicable à partir de dix-huit ans au moment du crime (l'âge prévu par le Pacte de New York).

Il est notable que sur les trois seules occasions où la Cour suprême a annulé une condamnation à perpétuité la jugeant trop clémente, deux concernaient des mineurs, y compris le fameux Norio Nagayama dont la décision a fait jurisprudence en 1983. Nagayama a été exécuté en 1997. L'autre, Takayuki Otsuki, avait été condamné à perpétuité lors de ses deux premiers procès pour le meurtre d'une jeune femme et de son bébé. L'affaire avait attiré une grande attention médiatique car le mari de la victime avait fait campagne pour la condamnation à mort[39].

En tous six mineurs sont, en février 2013, sous le coup d'une condamnation à mort définitive. Tous sont impliqués dans le meurtre d'au moins quatre personnes, sauf Takayuki Otsuki. Tant que la condamnation n'est pas définitive, les médias ne peuvent révéler l'identité de ces condamnés qui sont quand même protégés par la loi sur la criminalité juvénile.

Conditions d'incarcération[modifier | modifier le code]

Les condamnés à mort ne sont pas incarcérés dans des maisons centrales normalement réservées aux condamnés à de longues peines mais l'équivalent français des maisons d'arrêt. Les condamnés vivent seuls dans leur cellule et ne sont pas obligés de travailler ; ils sont placés sous surveillance vidéo permanente. Ils effectuent trente minutes d'exercice par jour et plus de deux bains par semaine. Ils se réunissent plusieurs fois par mois pour regarder des vidéos. Seuls les membres de la famille du condamné et les avocats sont autorisés à le rencontrer au parloir[11].

Les organisations de défense des droits de l'homme ont émis de virulentes protestations et publié des rapports détaillés contre les conditions de détention des condamnés à mort, ceux-ci étant complètement isolés jusqu'à leur exécution qu'ils apprennent le matin même. C'est le cas notamment de Amnesty International et de la Fédération internationale des droits de l'homme[40],[41],[42]. On ignore si les conditions de détention des condamnés à mort ont été améliorées durant le passage des divers ministres de la justice opposés à la peine de mort depuis 2009.

En 2011, 56 des 124 prisonniers condamnés à mort souffrent d'insomnie et d'hallucinations dues aux conditions d'isolement prolongé pendant des périodes allant jusqu'à trente ans. Ainsi, près de la moitié des détenus dans le couloir de la mort sont sous traitement pour ce stress psychologique[43].

Déroulement des exécutions[modifier | modifier le code]

L'exécution doit avoir lieu dans un délai de cinq jours suivant la signature de l'ordre d'exécution par le ministre de la justice. Les hauts fonctionnaires du ministère de la justice ont la réputation d'être très favorables à la peine de mort et d'insister auprès du ministre afin qu'il autorise les exécutions, celui-ci ne restant généralement en poste que quelques mois[44],[45].

La seule et unique méthode d'exécution utilisée est la pendaison. Sept prisons sont équipées d'une salle d'exécution, chacune affectée à l'une des cours d'appel du Japon, à Sapporo, Sendai, Tokyo, Nagoya, Osaka, Hiroshima et Fukuoka. Il y a aussi une cour d'appel à Takamatsu, mais les exécutions de cette juridiction sont mises en œuvre à Osaka. Souvent plusieurs exécutions ont lieu la même matinée dans des prisons différentes.

Les condamnés sont avertis de leur exécution le jour même, les exécutions se déroulant généralement entre neuf et onze heures, mais la loi interdit qu'elles aient lieu le week-end. Juste avant son exécution, le condamné rencontre un religieux avec qui il peut parler. Il peut éventuellement prendre un dernier repas, écrire une lettre ou un testament mais le temps est limité. Il est ensuite menotté et ses yeux sont bandés. Un rideau qui cachait l'échafaud est alors ouvert, on l'y lui attache les pieds et passe la corde au cou. L'ouverture de la trappe précipitant le condamné dans le vide est actionnée par trois ou cinq boutons que les surveillants doivent presser en même temps. Un seul de ces boutons fonctionne.

Le procès-verbal d'exécution est dressé par un assistant du procureur, puis signé par le procureur et un agent pénitentiaire. La famille peut ensuite récupérer le corps, mais il n'est pas rare que personne ne le réclame. Le ministre de la justice organise généralement une conférence de presse le matin même juste après les exécutions[46].

Nombre d'exécutions[modifier | modifier le code]

Nombre d'exécutions depuis 1991 - Répartition par année[47]
1991
-92
93 94 95 96 97 98 99 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
0 3 7 2 6 6 4 6 5 2 2 1 2 1 4 9 15 7 2 0 7 8 3

Le temps s'écoulant entre la finalisation de la sentence et l'exécution est très inégal, allant de deux ans à plus d'une vingtaine d'années selon les cas[23]. La plupart des exécutions ont eu lieu à Osaka et à Tokyo.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce n'est arrivé que trois fois, dont Norio Nagayama, Nishiyama Shouzou et Takayuki Otsuki.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cinquième rapport présenté par le Japon au Comité des droits de l'Homme le 25 avril 2007 (lire en ligne ; extraits)
  2. (fr) « En visite au Japon, le Dalai Lama lance un appel pour l'abolition de la peine de mort. », sur www.biovert.com .
  3. Reproduction de la note verbale sur le site peinedemort.org
  4. http://www.peinedemort.org/document.php?choix=4685
  5. http://www.jiadep.org/Inhumae.html
  6. http://www.jiadep.org/Hatoyama_HangMore.html
  7. (en) : M.Hoffman, « The big debate on the death penalty », The Japan Times, 03/08/2008
  8. (en) « Japan's new justice minister opposes executions », sur www.telegraph.co.uk (consulté le 30 mai 2010)
  9. (en) « Site officiel de The Mainichi Daily News », sur mdn.mainichi.jp, The Mainichi Daily News (consulté le 30 mai 2010)
  10. (en) « Record high 85% of Japanese favor death penalty : Survey », sur The times of India,‎ 07/02/2001 (consulté le 30 mai 2010)
  11. a et b http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nn20100828a3.html
  12. http://www.breitbart.com/article.php?id=D9HFU51O4&show_article=1
  13. (fr) « Pas de vagues au Japon après l'exécution de quatre de ses ressortissants par la Chine », sur www.lemonde.fr,‎ 11/04/2010 (consulté le 30 mai 2010)
  14. [1]
  15. http://www.liberation.fr/monde/01012399051-le-japon-ressort-le-gibet
  16. http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20120309p2a00m0na010000c.html
  17. http://ajw.asahi.com/article/behind_news/social_affairs/AJ201209270078
  18. http://www.romandie.com/news/Japon-un-condamne-a-mort-pendu-jeudi-matin/491650.rom
  19. http://www.jiadep.org/DP_Cases.html#link10 http://www.yomiuri.co.jp/dy/national/T101116004817.htm
  20. http://www.jiadep.org/2012-Aug-03.html
  21. http://www.jiadep.org/Hara_Taira.html
  22. http://www.japantimes.co.jp/text/nn20120725a2.html
  23. a et b « Recent executions. »
  24. (en)http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20111122p2a00m0na017000c.html
  25. (en) Natsuko Fukue et Mariko Kato, « Determining sentences seen as lay judges' hardest task », The Japan Times,‎ 14 mai 2009 (lire en ligne)
  26. (en)http://www.yomiuri.co.jp/dy/editorial/T110521002591.htm
  27. http://www.japantimes.co.jp/text/nn20120325a5.html
  28. (en) JDPIC : DP ISSUES: Life Without Parole (LWOP)
  29. (en) « Urgent Action in Focus: August 2005: Japan - a long way to go (31/07/2005) dateformat=mdy » (consulté le 28 mai 2006)
  30. (en) « 2 to hang for gruesome murder », The Straits Times,‎ 18 mars 2009 (lire en ligne)
  31. (en) « List of defendants who are under sentence of death in japan », sur www.jiadep.org (consulté le 30 mai 2010)
  32. (ja)http://sankei.jp.msn.com/affairs/news/110412/trl11041216530015-n1.htm
  33. (ja) M. Morishima, « 社説ウオッチング:闇サイト殺人判決 死刑制度前提に容認 », Mainichi Shimbun,‎ 22 mars 2009 (lire en ligne)
  34. http://www.jiadep.org/
  35. (en) AFP, « Japan jurors hand down first death sentence », dépêche AFP,‎ 15 novembre 2010 (lire en ligne)
  36. (en)http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20111011p2g00m0dm104000c.html http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20111101p2g00m0dm008000c.html
  37. http://www.ibtimes.com/articles/327955/20120413/japan-murder-death-penalty-black-widow.htm
  38. http://www.japantimes.co.jp/news/2014/03/12/national/triple-killers-death-penalty-stands/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=triple-killers-death-penalty-stands#.UyDnQT95MiA
  39. http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20120220p2g00m0dm141000c.html
  40. (en) « Japan Hanging on to Death Penalty », Human Rights Features,‎ 23 avril 2003 (lire en ligne)
  41. (fr) « La peine de mort au Japon sur revoltes.org »
  42. (fr)[PDF]À contre-courant de la tendance internationale : D. Plaintes, Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme,‎ octobre 2008, 60 p. (lire en ligne), p. 38
  43. http://deathpenaltynews.blogspot.com/2012/01/japan-many-death-row-inmates-on-meds.html
  44. http://www.peinedemort.org/document.php?choix=2007
  45. (en) Justice Ministry frustrated by delays in executing Aum Shinrikyo founder
  46. http://www.yomiuri.co.jp/dy/national/T120803005201.htm
  47. (ja) Kaoru Murano, Sengo shikeishū retsuden ((fr) Biographies de condamnés de guerre) [« 戦後死刑囚列伝。 »], Tokyo, Takarajimasha,‎ 2002 (ISBN 4796628169 et 978-4796628167, OCLC 166695432)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Personnes exécutées[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]