Défenestration

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La défenestration est le fait de jeter ou de pousser un individu par une fenêtre, ou de s'y jeter soi-même. Le mot vient de l'ancien français fenestre, du latin fenestra, en italien finestra, en allemand Fenster. La pratique trouve ses origines dans la précipitation (chute d'un lieu élevé ou suicide par précipitation).

La défenestration est souvent fatale. Pierre Bonette différencie la précipitation (projection violente d'une hauteur élevée), de la chute qui concerne un corps tombant sous l'effet de la pesanteur. En médecine légale, la chute concerne le fait qu'une personne tombe de sa hauteur.

Historique[modifier | modifier le code]

Dès l'Antiquité, cette pratique est observée et décrite par Hippocrate. Pour les Spartiates, c'est un moyen de tuer les nouveau-nés atteints de rachitisme ou de malformations congénitales. Les Romains effectuent cet acte du haut de la roche Tarpéienne (115 pieds) pour punir les crimes politiques. Marcus Manlius Capitolinus y est condamné et exécuté.

Au Moyen Âge, cette pratique tombe en désuétude en faveur de châtiments plus cruels. En 1618, des conseillers de l'empereur Matthias Ier en sont victimes au château de Prague, et en réchappent. Cela marque le début de la guerre de Trente Ans (voir : défenestration de Prague).

Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Augustin Robespierre, le frère cadet de Maximilien de Robespierre, survit à une défenestration, la veille de sa mise à mort. Dans les années 1850, en France, les précipitations causent un nombre proche de 2 000 décès par an. La précipitation est assez souvent l'aboutissement d'un meurtre. Elle est plutôt pratiquée en ville, où les bâtiments sont plus hauts, et en pays de montagne, où se trouvent précipices et gouffres. Dans le milieu du banditisme, une menace de précipitation du haut d'un bâtiment peut être un moyen de convaincre une personne de parler. Certains vont jusqu'à précipiter la personne sur quelques mètres en la retenant par une corde.

Une autre défenestration collective s'est produite dans les Yvelines, en France, le 23 octobre 2010 : selon les versions, ce serait, soit une crise de panique d'origine religieuse entre des membres d'un groupe de prière[1], soit un différend familial particulièrement violent, qui les auraient poussés à cet acte.

Effets[modifier | modifier le code]

Sacchias, dans le livre V des questions médico-chirurgicales, publiées entre 1621 et 1658, discute des lésions viscérales. Les ruptures du foie et de la rate ont été étudiées par Jean-Baptiste Morgagni (1682-1771). En 1813, Fodéré estime, dans son Traité de médecine légale et d'hygiène publique, qu'il est difficile d'établir si la chute est la cause d'un suicide ou d'un assassinat.

L'impact peut produire des fractures, des luxations, des arrachements ligamenteux, des ruptures tendineuses, des contusions, des enteroptoses et, surtout, des ruptures viscérales (éclatement du foie, de la rate, etc.)[2].

Du point de vue de la physique, lors de l'impact est libérée l'énergie cinétique accumulée par le corps en mouvement, selon la formule : E = (m × v2)/2, m étant la masse et v la vitesse.

Dans le cas d'une chute dite « libre », l'énergie est : E = m × g × h, g étant la constante de gravité (ou pesanteur) et h la hauteur.

Défenestration notables[modifier | modifier le code]

Personnages historiques[modifier | modifier le code]

Défenestration avérée
  • Calixte Ier en 222.
  • La défenestration de Prague : sept échevins catholiques sont défenestrés en 1419 sur des lances pointées vers le haut ; la foule les achève.
  • Gaspard II de Coligny, plus connu comme « amiral de Coligny », chef des huguenots (protestants), estimé par Charles IX de France pourtant catholique, et ennemi juré des Guise (chef des catholiques), défenestré la nuit du massacre de la Saint-Barthélemy. Coligny était déjà mort (assassiné) lorsque Charles Danowitz le défenestra. On avait déjà tenté de tuer Coligny avant ce meurtre (voir La tentative d'assassinat de Coligny).
  • En 1618, Wilhelm Slavata et Jaroslav Martinic, et leur domestique Fabricius, sont jetés par une fenêtre du palais royal de Prague par une délégation de protestants en colère. Heureusement tombés sur un tas de fumier, ils survivent. Cette défenestration va être l'un des éléments déclencheurs de la guerre de Trente Ans.
  • Arnaud d'Escodéca de Boisse, seigneur de Pardaillan, meurt défenestré en 1621 à Gensac, également durant les guerres de religion. Un spectacle relate ses aventures chaque année dans la ville.
  • En mars 1948, le démocrate Jan Masaryk est défenestré par les communistes à Prague. Longtemps nié par le régime, son assassinat a été reconnu après la chute de la dictature lorsqu'en 2004 l’Institut d’investigation sur les crimes du communisme a clos le dossier Masaryk en concluant à un assassinat[3].
  • En 1963, Julián Grimau, communiste espagnol, est torturé, défenestré, jugé et condamné à mort et, enfin, fusillé par le régime franquiste.
  • En 1980, William Richard Tolbert, président de la République du Liberia, est défenestré par Samuel Doe, son futur successeur.
Possible défenestration

Personnalités[modifier | modifier le code]

Nombreux sont les cas de suicide par défenestration. À titre d'exemples, on peut citer :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Figaro.fr.
  2. Lire, à ce propos, l'article du Dr Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo du 25 août 2010 (n° 949).
  3. http://www.radio.cz/fr/article/101760
  4. Thierry Jean-Pierre, Taïwan Connection, 2003, Robert Laffont, p. 187.