Spartacus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Spartacus (homonymie).
Spartacus
La Mort de Spartacus par Hermann Vogel (en), 1888
La Mort de Spartacus par Hermann Vogel (en), 1888

Naissance environ 100 av. J.-C.
Décès 71 av. J.-C.
Senerchia, Italie du Sud
Mort au combat
Origine Thrace
Conflits Troisième guerre servile

Spartacus est un esclave et gladiateur d'origine thrace (peuple antique qui vivait dans les Balkans). Il dirige la Troisième Guerre servile en Italie entre 73 et 71 av. J.-C.

On sait peu de chose sur Spartacus au-delà des événements de la guerre, et les récits historiques conservés sont parfois contradictoires et ne sont pas toujours fiables. Toutes les sources s'accordent pour dire qu'il était un ancien gladiateur et un chef militaire accompli.

Cette rébellion, interprétée par certains comme un exemple pour les peuples opprimés qui luttent pour leur liberté contre une oligarchie esclavagiste, a été une source d'inspiration pour beaucoup de penseurs politiques (communistes notamment), et a été présente dans la littérature, la télévision et le cinéma (dont la célèbre adaptation filmique du roman de l'écrivain communiste Howard Fast, scénarisée par Dalton Trumbo commencée par Anthony Mann et terminée par Stanley Kubrick réalisé en 1960, qui l'a rendue célèbre pour le grand public). Bien que cette interprétation ne soit pas contredite par les historiens classiques, aucun récit historique ne mentionne que l'objectif des rebelles était de mettre fin à l'esclavage dans la République romaine, et aucune des actions des chefs rebelles n'y semble spécifiquement destinée.

Sources[modifier | modifier le code]

Les détails de cette révolte d'esclaves sont connus grâce à plusieurs auteurs antiques : un chapitre de l'historien romain Florus dans son Abrégé d'Histoire romaine, repris dans les Guerres civiles de l'historien grec Appien[1], quelques mentions dans la Vie de Crassus de Plutarque[2], des fragments des Histoires de Salluste avec de nombreux détails[3].

Un autre historien romain, Eutrope, en a fait un bref résumé au IVe siècle dans son Abrégé d'histoire romaine[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie avant la révolte[modifier | modifier le code]

On ignore la date et le lieu précis de naissance de Spartacus, et même si c'était son nom d'origine (car il a pu être rebaptisé par Lentulus Batiatus). Selon Plutarque, c'était un Thrace né libre aux environs de 100 av. J.-C., de la tribu des Maedi (en)[5],[6] vivant au nord-est de la Macédoine, le long du fleuve Strymon. Selon Catherine Salles[7] le nom de Spartacus peut correspondre à un patronyme thrace : « Spartokos » ou « Spardokos », et au nom d'une ville de Thrace, Spartakos. On ignore aussi son statut social initial, de simple berger à prince (le fait qu'il combatte à cheval penche pour l'origine aristocratique[8]), mais d'après Plutarque, sa femme, « originaire de la même tribu que lui » était une « devineresse sujette aux transports dionysiaques », « prêtresse de Dionysos » qui, restée libre, l'accompagna à Rome quand il fut vendu[9], suggérant aussi l'origine aristocratique de Spartacus[10].

Appien, lui, indique sans grande précision qu'après avoir servi comme auxiliaire dans une légion, Spartacus a été fait prisonnier de guerre (sans que l'on sache par qui ni à quelle occasion) puis vendu à Rome à un laniste (marchand et entraîneur de gladiateurs), Lentulus Batiatus, qui l'emmena dans son école à Capoue : si c'est exact, on peut penser que la légion mentionnée par Appien a combattu durant les guerres civiles romaines, vers 80-75 av. J.-C., peut-être pour Sertorius, ce qui aurait donné à Spartacus l'expérience militaire dont il fit preuve par la suite. Selon Florus, il aurait, pour une raison ou une autre, déserté, aurait été repris et vendu à Lentulus Batiatus[7].

La rébellion des esclaves[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième Guerre servile.

À l'été 73 av. J.-C., 300 esclaves gladiateurs (le sort de ces « esclaves combattants » étant souvent moins enviable que celui de la domesticité, mais plus enviable que celui de finir dans une mine de sel ou une carrière de pierre, puisqu'ils pouvaient être affranchis[4]) de l'école de Lentulus Batiatus complotent pour retrouver leur liberté, mais sont dénoncés. Prenant les devants, entre 70[11] et 78 gladiateurs[12] réussissent à s'évader sans armes ni vivres. Après s'être emparés de chariots transportant un stock d'armes destinées à une autre école de Capoue et avoir défait la milice de Capoue, ils ne se dispersent pas, mais traversent la Campanie en direction de la baie de Naples, où ils sont rejoints par de nombreux travailleurs agricoles — esclaves fugitifs et hommes libres — des latifundia et se réfugient sur les pentes du Vésuve. Trois hommes sont élus chefs, Spartacus, Crixus et Œnomaüs[13]. Spartacus, un parmatus de l'armatura thrace - ou un mirmillon selon Florus, ce qui est peu vraisemblable[14]-, et ses compagnons parviennent à vaincre les quelques gardes régionaux envoyés par la ville de Capoue et complètent ainsi leur armement. Pour subvenir à ses besoins, la petite armée commence à organiser des razzias sur les exploitations agricoles de la Campanie. Spartacus ne cesse alors d'attirer non seulement des esclaves, mais aussi des petits paysans et des bergers, organisant ainsi une armée et révélant les faiblesses de Rome.

L'armée servile bat alors les cohortes de 3 000 auxiliaires romains commandés par le préteur Gaius Claudius Glaber, grâce à une ruse de Spartacus. En effet, selon l'historien Florus, ce dernier fuit le volcan où il était assiégé par un versant raide, et avec l'aide d'échelles faites avec des sarments de vignes, ses hommes surprirent les auxiliaires de Glaber par derrière[15]. Spartacus rassemble de plus en plus de combattants, mais Rome ne le considère pas encore comme une menace sérieuse et le sous-estime largement. Les autorités romaines n'envoient d'abord que deux nouvelles légions, dirigées par deux autres préteurs pour stopper la rébellion. Les autres légions étaient accaparées par la révolte de Sertorius, en Hispanie, et par le conflit avec Mithridate VI, en Orient. Les esclaves rebelles passent l’hiver de 73 av. J.-C. à armer, équiper et instruire leurs nouvelles recrues, et étendent leur territoire de pillages pour atteindre les villes de Nola, Nuceria, Thurii et Metapontum[16]. L'historien Salluste mentionne que les esclaves «...au mépris des ordres de leur chef, violèrent des femmes et des filles, puis d’autres [...] ne songèrent qu'au meurtre et au pillage .» Spartacus est impuissant à empêcher ces excès, malgré ses insistances[17]. Par la suite, il est conscient de la nécessité d'organiser une armée régulière disciplinée qui pourrait réussir à affronter les puissantes légions romaines.

À ce moment, l'armée des esclaves se sépare, ce qui cause la perte de nombreux hommes. Environ 30 000 hommes (Gaulois et assimilés : Ibères, Celtibères) suivent le gladiateur Crixus en Apulie tandis que le gros des troupes (Thraces et assimilés : Grecs et orientaux) monte vers le nord par les Apennins. Crixus est tué et ses troupes massacrées lors d'un premier engagement près du Mont Garganus. Spartacus, en revanche, vient à bout des légions que dirigent contre lui les consuls Cnaeus Cornelius Lentulus Clodianus et Lucius Gellius Publicola, mettant 16 000 Romains en déroute dans le Picenum. Pour venger la mort de Crixus, Spartacus organise des jeux funèbres dans la vallée des Abruzzes durant lesquels des Romains faits prisonniers sont contraints de s'entretuer dans un combat de gladiateurs dans un grand cirque de bois construit à cet effet[15].

Spartacus se dirige ensuite en direction de Modène dans la plaine du Pô, bat les 90 000 hommes de l'armée du proconsul de Gaule cisalpine devant la ville, puis fait demi-tour vers le sud de l'Italie. Il vainc à nouveau les armées consulaires et s'installe dans le petit port de Thurii où selon plusieurs mythes il aurait créé une république idéale[4]. De là, il commerce avec les peuples de la Mer Méditerranée, faisant des réserves d'armes, de bronze et de vivres. Il part ensuite pour le Rhegium.

Pendant ce temps, le Sénat romain confère à Crassus, riche et ambitieux, le commandement d'une armée de quatre légions. Crassus, réclamant et obtenant l’imperium engage les opérations, et finance une armée supplémentaire composée de six nouvelles légions de vétérans sur ses deniers personnels. Il ne cherche pas à engager le combat avec l'armée de Spartacus, dont il se contente de contrecarrer les raids pour l'empêcher de se ravitailler.

Mummius, un de ses légats, désobéissant à ses ordres, attaque une partie des troupes de Spartacus avec deux légions, et subit un désastre. Pour faire un exemple et impressionner les esprits, Crassus n'hésite pas à remettre en usage un châtiment qui n'était plus pratiqué : celui de la décimation. Un dixième des soldats du premier rang, principalement responsables de la déroute, sont ainsi fouettés puis mis à mort.

L'objectif de Spartacus est de passer en Sicile pour lui permettre, de là, de rentrer dans son pays d'origine. Il espère que les esclaves de cette île déjà ravagée par la Deuxième Guerre servile de 100 av. J.-C. lui fourniront un appui. Mais les pirates ciliciens, avec qui Spartacus avait passé un accord, se laissent acheter par le propréteur de Sicile, Caius Licinus Verres. Trahi, Spartacus se trouve pris au piège à la pointe de l'Italie[15]. Crassus entreprend de bloquer Spartacus dans le Rhegium par une ligne de retranchements de 55 km de long, 4,5 m de large et de profondeur, doublé d'un remblai palissadé pour barrer l'isthme devant Spartacus. Spartacus réussit à forcer le blocus par une nuit de neige en profitant du manque de visibilité. Mais il est poursuivi par l’armée de Crassus et subit quelques petites défaites. Installé dans le Bruttium, il vainc trois légions romaines. Contre son avis, ses hommes, échauffés par ces dernières victoires, veulent battre définitivement l'armée de Crassus. L'affrontement final a lieu sur le territoire actuel de Senerchia sur la rive droite du Sélé dans la haute vallée, dans la région à la limite des communes d'Oliveto Citra et de Calabritto, près du village de Quaglietta (it), territoire qui à l'époque faisait partie de la Lucanie. Là, Crassus bat définitivement les révoltés, tuant 60 000 insurgés et ne perdant que mille légionnaires. Avant la bataille, selon Plutarque, comme on lui amenait son cheval, Spartacus égorgea l'animal, disant : « Vainqueur, j'aurai beaucoup de beaux chevaux, ceux des ennemis ; vaincu, je n'en aurai pas besoin ». Puis il tente de se porter contre Crassus, mais ne peut l'atteindre et tue deux centurions qui l'attaquent. Tandis que ses compagnons prennent la fuite, Spartacus est encerclé par de nombreux adversaires et est diminué après avoir été atteint par une flèche à la cuisse[Note 1]. Il meurt les armes à la main en 71 av. J.-C. Son corps ne sera jamais formellement identifié.

La répression est sanglante : 6 000 esclaves sont crucifiés sur la Via Appia, entre Rome et Capoue. De plus, Pompée, entre-temps rappelé d'Espagne par le Sénat, massacre 5 000 esclaves en fuite dans le nord de l'Italie. Cette victoire vaut à Pompée des honneurs dont Crassus est privé. Néanmoins, l'année suivante, les deux hommes sont promus consuls, alors même qu'ils n'avaient pas formellement parcouru le cursus honorum.

Outre les qualités d'organisateur, de stratège et de meneur qu’Appien prête à Spartacus, plusieurs raisons matérielles peuvent expliquer le succès initial et la durée de sa révolte :

  • l'insuffisance des premières forces romaines engagées contre lui, qui ne tinrent pas le choc contre ses troupes : au plus fort de ses batailles, l'armée de Spartacus aurait compté près de 120 000 combattants ;
  • la situation politique (Rome intervenant sur d'autres fronts) qui freinait une mobilisation plus rapide des légions ;
  • la situation sociale en Italie du Sud, où Rome était peu populaire : dans ces régions soumises depuis environ 230 ans s'étaient établies de grandes latifundia (exploitations agricoles) très dures pour les masses d'esclaves et même pour les populations locales d'origine osque, samnite ou lucane qui n'avaient pas oublié les combats de leurs ancêtres ; tous ces travailleurs agricoles pauvres purent se joindre à la révolte ;
  • en revanche, Appien note l'isolement politique de Spartacus : aucune cité ne le soutient, par crainte que la rébellion ne s'étende à ses propres esclaves.

Postérité[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'à partir du XVIIIe siècle que Spartacus acquiert le statut de héros dans la littérature française. Bernard-Joseph Saurin est le premier en 1760 à donner une tragédie intitulée Spartacus[Note 2]. Le personnage de Spartacus y est un héros cornélien déchiré entre son rôle de libérateur et son amour pour la fille de Crassus. Si la pièce est appréciée du public, elle est en revanche vertement critiquée par Diderot pour ses invraisemblances et son manque de pathétique[Note 3],[18]. Le fondateur des Illuminati, Adam Weishaupt, s'est souvent désigné lui-même comme « Spartacus » dans des correspondances écrites[19].

Spartacus, figure de l'anti-esclavagisme[modifier | modifier le code]

Spartacus, statue de Denis Foyatier, 1830
Spartacus, statue de Denis Foyatier, 1830.

Dès avant la Révolution, les partisans de l'abolition de l'esclavage produisent des œuvres dans lesquelles est mise en scène la figure d'un chef capable de conduire les esclaves à la liberté. L'abbé Raynal, dans l'Histoire des deux Indes, est le premier à établir une comparaison explicite entre ce chef noir potentiel et le Spartacus de l'Antiquité[20].

« Il ne manque aux Nègres qu'un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au carnage. Où est-il ce grand homme que la nature doit à ses enfants vexés, opprimés, tourmentés, où est-il ce Spartacus nouveau, qui ne trouvera point de Crassus ? N'en doutons pas, il se montrera, il lèvera l'étendard sacré de la liberté. »

— Abbé Raynal, Histoire des deux Indes[Note 4].

Avec la Révolution française et la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1790-1791, menés par Toussaint Louverture, les anti-esclavagistes, dans la lignée de l'abbé de Raynal, donnent à Spartacus une nouvelle actualité. Mais son évocation se fait de manière ambiguë. Apparaissant comme un chef de bande chez Eschassériaux aîné par exemple, il peut apparaître à l'occasion comme la figure d'une menace potentielle pour la République. Ce sont toutefois les qualités de Spartacus qui sont mises en avant par Sonthonax lorsqu'il le compare en 1791, dans les Révolutions de Paris, à Vincent Ogé, mulâtre anti-esclavagiste, ou encore par William Wilberforce lorsqu'il oppose Toussaint Louverture au « général Buonaparté »[Note 5]. Si Spartacus sert de référence aux anti-esclavagistes en tant que chef des esclaves révoltés, en revanche il est quasi ignoré des révolutionnaires en tant que chef des opprimés, contrairement à d'autres personnages de l'Antiquité tels que Caton, Brutus ou Scævola. La libération par la violence qu'il symbolise en fait un personnage trop extrême à leurs yeux[21].

Après la Révolution française, la littérature anti-esclavagiste livre des œuvres dans lesquelles les chefs des esclaves noirs révoltés ont tous pour modèle implicite le héros de l'Antiquité. Cette mode pour les guerres d'esclaves est peut-être à l'origine de l'érection, sur la demande du roi Louis-Philippe, d'un Spartacus dans les jardins des Tuileries, statue due au sculpteur Denis Foyatier. Il faut toutefois attendre Lamartine et son Histoire des Girondins pour que Spartacus soit de nouveau explicitement évoqué dans la littérature : le député Ogé lui est là encore comparé[Note 6]. Lamartine évoque aussi Spartacus dans un discours du 25 mai 1836, et surtout dans sa pièce Toussaint-Louverture, dont la première a lieu au théâtre de la Porte Saint-Martin le 6 avril 1850. La pièce se déroule en 1802 et Spartacus y est le modèle qui pousse Toussaint Louverture à l'action[22].

L'argumentation selon laquelle les esclaves sont inéluctablement amenés à recourir à la lutte armée, sous la direction d'un « Spartacus » (et Victor Schœlcher lui-même y a recours) parcourt tous les textes anti-esclavagistes jusqu'à la révolution de 1848. Cette image d'un Spartacus effrayant va contribuer à l'abolition de l'esclavage lors de cette révolution[22].

Spartacus prolétaire[modifier | modifier le code]

Scène finale du ballet Spartacus, lors d'une reprise au Bolchoï en 1968
Scène finale du ballet Spartacus, lors d'une reprise au Bolchoï en 1968.

L'insistance sur la violence du personnage de Spartacus par les anti-esclavagistes dans leur combat pour l'abolition a sans doute conduit à sa récupération par la gauche révolutionnaire au cours de la seconde moitié du xixe siècle. Les prolétaires modernes sont donc assimilés aux esclaves de l'Antiquité. Ainsi le nom de Spartacus est cité dans les congrès de l'Association internationale des travailleurs[23]. Karl Marx lista Spartacus comme l'un de ses héros, et l'a décrit comme « le plus splendide camarade dans l'ensemble de l'histoire ancienne » et « [un] grand général [bien que] différent de Garibaldi, de noble caractère, véritable représentant de l'ancien prolétariat[24] ».

Durant la Première Guerre mondiale, l'aile gauche du Parti social-démocrate d'Allemagne, menée par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, fait paraître ses tracts clandestins, à partir de 1916 sous le nom de Spartakus, qui sert ensuite à désigner leur mouvement, la Ligue spartakiste. Rosa Luxemburg elle-même évoque un Spartacus mort sur la croix[23] :

« Parce qu'il [Spartacus] est celui qui exhorte les révolutionnaires à agir, parce qu'il est la conscience sociale de la révolution, il est haï, calomnié, persécuté par tous les ennemis secrets et avérés de la révolution et du prolétariat. Clouez-le sur la croix, vous les capitalistes, les petits-bourgeois… »

— Rosa Luxemburg, Que veut la ligue spartakiste[Note 7].

À la suite de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, un culte a été rendu à Spartacus dans tous les pays socialistes. Les recherches historiques sur l'esclavage y ont connu un fort développement, contribuant à faire de Spartacus un mythe fondateur. De nombreuses œuvres lui ont rendu hommage, en particulier le ballet Spartacus de Khatchaturian, créé au théâtre Kirov de Léningrad en 1956. En appelant Spartakiades, à partir des années 1920, des manifestations sportives destinées à concurrencer les Jeux olympiques, ou Spartak une équipe de football de Moscou créée en 1926, ces mêmes pays leur donnent une dimension politique[23]. De nombreux monuments, noms de rues ou de clubs sportifs lui ont été consacrés.

Entre Héraclès et Jésus[modifier | modifier le code]

Les mouvements de gauche dans les pays de l'Ouest se sont aussi référés à Spartacus. Des revues ou des maisons d'édition ont porté son nom. Mais c'est surtout à la littérature et au cinéma que le gladiateur doit sa célébrité. Plusieurs romans lui ont été consacrés : le Spartacus d'Arthur Koestler, celui de Howard Fast ou encore celui de Joël Schmidt. Au cinéma, le péplum s'est emparé du personnage. Le Spartacus de Riccardo Freda, réalisateur de films à grand spectacle, dénonce le fascisme, représenté par l'armée romaine. Celui de Stanley Kubrick est une fresque hollywoodienne au message politique sur les méfaits de la dictature. Un fils imaginaire permet à Sergio Corbucci de tourner en 1962 une suite, sous le titre Le Fils de Spartacus. La bande dessinée lui a aussi donné un fils, en 1975, avec un album de la série Alix[25].

Les adaptations cinématographiques ont particulièrement mis en avant les qualités physiques des gladiateurs, donnant ainsi occasion à de multiples scènes de combat et de courage. Spartacus y apparaît semblable à d'autres héros de cinéma, tels Héraclès, Samson, ou Maciste. Par ailleurs la plupart de ces œuvres, qu'elles soient littéraires ou artistiques, font mourir Spartacus sur la croix, contrairement à la vérité historique, donnant ainsi au mythe une nouvelle dimension, celle d'une figure christique[25].

Le personnage de Spartacus[modifier | modifier le code]

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • 1873 : Benoît Malon, Spartacus ou la guerre des esclaves, 1873, inspiré par le parallèle entre la révolte des esclaves et la Commune de Paris. (rééd. par Jacques André éditeur 2008)
  • 1939 : Spartacus (The Gladiators), Arthur Koestler (Traduction française en 1945 chez Aimery Somogy. Réédité depuis chez Calman-Levy).
  • 1951 : Spartacus, roman de Howard Fast sur lequel est basé le film de Stanley Kubrick.
  • 1988 : Spartacus et la révolte des gladiateurs, Joël Schmidt, Mercure de France
  • 2005 : Les Romains, tome 1 Spartacus, révolte des esclaves, roman de Max Gallo, éd. Fayard.

Théâtre et ballet[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vie de Crassus, XI, p. 1018-1019.
  2. Spartacus, dans Répertoire général du théâtre français…. Théâtre du second ordre. Tragédies, tome V, H. Nicolle, Paris, 1818, sur Gallica.
  3. Diderot, lettre à Sophie Volland du 23 ou 25 février 1760 et Correspondance littéraire du 15 avril 1760.
  4. livre XI, chap. XXXI
  5. Lettre à Monsieur le Prince de Talleyrand, 1814.
  6. livre X, chap. VIII à XI.
  7. Publié dans Die Rote Fahne du 14 décembre 1918.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Appien, Guerres civiles livre I, 116 à 120
  2. Plutarque, Vie de Crassus, 8
  3. Salluste, Fragments des Histoires, CCXCVI à CCCLXXIX
  4. a, b et c Éric Teyssier, Spartacus. Entre le mythe et l'histoire, 2012, 346 p. (ISBN 978-2-262-03951-6)
  5. Annuaire de l'Université de Sofia, Faculté d'histoire, Volume 77, Issue 2, 1985, p. 122.
  6. The Spartacus war, Barry S. Strauss, Simon and Schuster, 2009, ISBN 1-4165-3205-6, p. 31.
  7. a et b Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 8-9.
  8. Teyssier 2009, p. 32
  9. Elle disparaît des sources après la rébellion des esclaves.
  10. Plutarque, « Vie de Crassus », VIII, Vies parallèles, Gallimard, coll. Quarto, 2001, p. 1014.
  11. Appien, Guerres civiles, I, 116.
  12. Plutarque, « Vie de Crassus », VIII, p. 1014.
  13. Catherine Salles, op. cit., p. 13-16.
  14. Catherine Salles, op. cit., p. 10.
  15. a, b et c Florus, Histoire romaine, III, XXI
  16. Florus, Epitome, 2.8.
  17. Salluste, Histoires, CCCI.
  18. Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 164.
  19. Douglas Reed (1er janvier 1978). The controversy of Zion. Dolphin Press. p. 139.
  20. Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 164-166.
  21. Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 167-170.
  22. a et b Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 170-173.
  23. a, b et c Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 173-175.
  24. Croix, G.E.M. de Ste. (1989). The Class Struggle in the Ancient Greek World. Ithaca, New York: Cornell University Press. p. 25. ISBN 9780801495977.
  25. a et b Catherine Salles, -73. Spartacus et la révolte des gladiateurs, p. 175-178.
  26. Spartacus (2004) sur IMDb

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Auteurs antiques
Historiens modernes
  • Jean-Paul Brisson, Spartacus, Club Français du Livre, 1959 ; réédité, CNRS Éditions, 2011
  • Maurice Dommanget, Spartacus, Spartacus, 1948
  • Claude Marle, Spartacus, Bayard, 2009
  • Marcel Ollivier, Spartacus: la liberté ou la mort!, Les Amis de Spartacus, 2001
  • Catherine Salles, -73. Spartacus et la Révolte des gladiateurs, Éditions Complexe, 1990
  • Plamen Pavlov, Stanimir Dimitrov, Spartak - sinyt na drenva Trakija/Spartacus - the Son of ancient Thrace. Sofia, 2009
  • Éric Teyssier, La mort en face. Le dossier gladiateurs, Actes Sud,‎ 2009