Abdullah ibn Abbas

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Abd Allâh ibn Abbas (v. 618/619 - 687) (arabe : عبد الله ابن عباس) est un cousin paternel du prophète de l'islam Mahomet. Il était respecté par les musulmans pour ses connaissances et était un expert dans le Tafsir du Coran, ainsi que dans la Sunna.

Biographie[modifier | modifier le code]

Abdullah ibn Abbas était le cousin du Prophète(Al Abbas étant l'oncle du Prophète).

Famille[modifier | modifier le code]

Il était le fils d'un riche marchand, Abbas ibn Abd al-Muttalib, et fut pour cette raison appelé Ibn Abbas (fils d'Abbas). Sa mère Umm al-Fadl Lubaba était fière d'être la seconde femme à s'être convertie à l'islam, le même jour que son amie Khadija bint Khuwaylid, première femme de Mahomet[1].

Abbas ibn Abd al-Muttalib et le père de Mahomet étaient demi-frères : ils avaient le même père, Chayba ibn Hashim, plus connu sous le nom d'Abd al-Muttalib (fils d'Hachim ibn Abd Manaf, progniteur du clan des Banu Hashim, une tribu Quraysh de la Mecque).

610 - 632 : L'ère du prophète Mahomet[modifier | modifier le code]

Ibn Abbas est né entre 618-619 (trois ans avant l'Hégire) et sa mère l'emmena devant Mahomet alors qu'il n'était encore qu'un bébé. Il lui mit un peu de salive sur la langue et ce fut le début de la relation étroite entre eux[2].

Tout en grandissant, il reste aux côtés de Mahomet, lui rendant différent services comme aller chercher de l'eau pour ses ablutions. Il fait la prière avec lui et le suit dans ses assemblées, voyages et expéditions. Mahomet le garde souvent près de lui, le plaçant sur ses épaules et priant : « Ô Allah ! Donnes-lui la compréhension du Coran »[3]. Ibn Abbas a consacré sa vie à la poursuite de l'apprentissage et des connaissances. Il resta sur les traces de Mahomet en apprenant et en mémorisant le Coran et la Sunna[2].

La déclaration du prophète Mahomet[modifier | modifier le code]

Entre 631 et 632, Mahomet tombe dans la dernière phase de sa maladie. C'est au cours de cette période que le hadith Raziya Yawm al-Khamis (Le jeudi de la calamité)[4] est rapporté, avec Ibn Abbas comme premier narrateur, il avait à ce moment-là entre dix et quinze ans[5]. Ibn Abbas dira plus tard: « Sans aucun doute, le plus grand malheur fut que cette dispute empêcha l'apôtre d'Allah de leur écrire ce texte. »[6] Quelques jours plus tard, Ibn Abbas et Ali ibn abi Talib portent Mahomet sur leurs épaules, car il est trop faible pour marcher tout seul[7].

632 - 634: L'ère de Abu Bakr as-Siddiq[modifier | modifier le code]

La succession du prophète[modifier | modifier le code]

La suite de son apprentissage[modifier | modifier le code]

Du vivant de Mahomet, Abd Allâh était assidu à toutes ses assemblées et mémorisait tout, quoi qu’il dise.

Après sa mort, il prend soin de se rendre chez le plus de compagnons possibles et particulièrement ceux qui connaissaient Mahomet depuis longtemps et il apprenait de ces gens-là ce qu'il leur avait enseigné.

Chaque fois qu’il entend parler d’une personne connaissant un hadith qu'il ne connaissait pas, il va rapidement voir cette personne pour l’apprendre d’elle.

Il soumet ensuite ce hadith quel qu’en soit son contenu à un examen minutieux et le compare avec d’autres sources. Il va ainsi chez pas moins de trente compagnons afin de vérifier un seul hadith[2].

Abd Allâh a rapporté ce qu’il faisait lorsqu'il apprenait qu’un compagnon de Mahomet possédait un hadith qui lui était inconnu :

« J’allais chez lui au moment de la sieste de l’après-midi et déployais ma cape au pas de sa porte. Ce mouvement déplaça une masse de poussière sur moi (alors que je m’assis pour l’attendre). Si je l’avais voulu j’aurais pu lui demander sa permission d’entrer et il me l’aurait certainement autorisé. Mais je préférai l’attendre et le laisser ainsi bien se reposer. Sortant de chez lui et me voyant dans cet état (poussiéreux) il dit : Ô cousin du Prophète ! Que t’arrive-t-il ? Si tu m’avais fait demander, je serais venu te voir. C’était à moi de venir à toi, tout comme on doit aller à la connaissance et non le contraire ! dis-je. Je lui demandai alors le hadith et l’appris[2]. »

Abd Allâh ibn Abbas ne se contente pas d’accumuler le savoir. Il sent qu’il a un devoir envers la oumma; d’éduquer les croyants dans la recherche du savoir. Il devient professeur et sa maison devient une université, une université au sens large du terme avec un enseignement spécifique à la seule différence qu’il n’y avait qu’un seul professeur[2].

Un de ses compagnons a dépeint une scène typique se passant devant sa maison :

« ...Je voyais les gens converger sur les routes principales menant à la maison d’Ibn Abbas jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place devant sa maison. J’allai chez lui pour l’en informer et il me dit : apporte-moi de l’eau pour mes ablutions. Il fit ses ablutions et, en s’asseyant, il dit : sors et dis-leur : quiconque a des questions à propos du Coran ou sa récitation qu’il entre. De nouveau sa maison était pleine et Abd Allâh répondit et fournit plus d’informations que ce qu’il lui était demandé[2]. »

Et ainsi de suite avec des groupes d’autres personnes venant pour discuter de fiqh (jurisprudence islamique) du halal (licite) et du haram (illicite), des jugements légaux régissant l’héritage, de la langue arabe, de la poésie et d’étymologie.

634 - 644: L'ère de Umar ibn al-Khattab[modifier | modifier le code]

Le conseil de Omar[modifier | modifier le code]

Le calife Umar ibn al-Khattab, lui demande souvent conseil pour d’importants problèmes étatiques et le décrit comme « le jeune homme de maturité »[2].

Ibn Abbas rapporte que :

« Omar avait l’habitude de m’inviter à son assemblée aux côtés de compagnons importants plus âgés qui avaient combattu à Badr. Cela ne plaisait pas à certains d’entre eux[8]. Ils se plaignirent disant à Omar: «Pourquoi invites-tu ce garçon à s'assoir avec nous, alors que nous aussi avons des fils comme lui ?»

Omar répliqua : «En raison de que vous savez de sa position» (c-à-d en raison de son savoir)

Un jour, il invita les Compagnons de Badr et m’appela également pour que je m’asseye avec eux. J’ai compris qu’il m’avait invité à l’assemblée pour prouver son affirmation. Pendant la conversation, Omar demanda aux compagnons de Badr : «Qu’est-ce que vous dites (de la sourate)» :

Coran 110:1 (An-Nasr;verset 1) "idhâ jâ'a nasruLLAHi wal-fath" (Lorsque viens le secours d'Allah ainsi que la victoire) ?.

Certains répondirent : «Elle nous incite à louer Allah et à demander Son pardon quand Il nous secourt et que nous atteignons la victoire.» Certains dirent qu’elle parlait de la conquête des villes et des forteresses. D’autres restèrent silencieux.

Alors Omar demanda : «Ibn Abbas, penses-tu la même chose ?» Je répondis que Non. Alors, il demanda : «Quelle est ton opinion alors ?»

J’expliquai que cela faisait référence à la dernière heure du messager d'Allah. Cette sourate l’informait que l’arrivée du secours d’Allah et l’obtention de la victoire seraient les signes de son heure prochaine. Par conséquent, il se devait de prier Allah et de demander Son Pardon. À cela Omar dit : «Je ne connais que ce que tu as dit.» Dans une autre tradition, on rajoute que Omar dit aux compagnons : Comment pouvez-vous me blâmer quand vous avez vu vous-même pourquoi j’invite ce garçon à se joindre à nous[9]. »

Sad ibn Abi Waqqas le décrivait en ces termes:

« Je n’ai jamais vu quelqu’un qui comprenait aussi rapidement, qui était plus érudit, et plus sage qu’Ibn Abbas. J’ai vu Umar le convoquer afin de discuter de problèmes difficiles en présence de vétérans de Badr parmi les Muhajirin (ceux qui avaient quitté La Mecque pour Médine) et des Ansars (Auxiliaires Médinois ayant accueilli les Muhajirines chez eux). Ibn Abbas, parlait, et Umar prenait en considération ce qu’il disait[2]. »

644 - 656: L'ère de Uthman ibn Affan[modifier | modifier le code]

656 - 661: L'ère de Ali ibn Abi Talib[modifier | modifier le code]

Ibn Abbas reste un partisan loyal du quatrième calife Ali ibn Abi Talib, durant la conflit entre Ali et Muawiya et y compris dans la bataille de Siffin.

Un grand nombre de soldats de l'armée d'Ali sont mécontents de la conclusion d'un arbitrage, et quittent les rangs pour former un groupe à part. Ibn Abbas joue un rôle clé et réussi à convaincre un grand nombre d'entre eux à rejoindre les rangs d'Ali (vingt mille sur vingt-quatre mille hommes selon certaines sources). Ceci ne put être réalisé que grâce à la parfaite connaissance du Coran et de la Sira (biographie du prophète), en particulier les évènements du traité d'al-Houdaybiyya. Cependant, environ quatre mille hommes restèrent obstinés. Ces derniers seront bientôt connus sous le nom de kharijites (ou encore khawaridj)[2].

661 - 680: L'ère de Muawiya Ier[modifier | modifier le code]

680 - 683: L'ère de Yazid Ier[modifier | modifier le code]

Selon les chiites, il est contraint et forcé de prêter serment d'allégeance à Yazid, le fils de Muawiya. Les chiites disent qu'il a utilisé la Taqiya. Cependant les sunnites restent neutres vis-à-vis de Yazid, ils pensent qu'Ibn Abbas préféra préserver l'unité des musulmans plutôt que de se révolter contre les dirigeants de l'époque.

683 - 684: L'ère de Muawiya II[modifier | modifier le code]

684 - 685: L'ère de Marwan Ier[modifier | modifier le code]

685 - 688: L'ère de Abd al-Malik (Omeyyade)[modifier | modifier le code]

Abd Allâh ibn az-Zubayr et le mariage temporaire[modifier | modifier le code]

Ibn Abbas devenu aveugle durant les années qui précédent sa mort, et Abd Allâh ibn az-Zubayr cherche à le rallier à sa cause en lui disant « Le cœur de la plupart des gens est aussi aveugle que leurs yeux depuis qu'ils pensent que le zawaj al-muta (mariage temporaire) est licite »[réf. nécessaire].

Ses dernières années[modifier | modifier le code]

À l'âge de 70 ans, alors qu'il parle à son élève, le tabi'un Sa'id ibn Jubayr (en)[10] , Ibn Abbas se mit à pleurer car il se rappela la parole de la personne ayant empêché le prophète de faire sa déclaration en disant qu'il délirait à cause de sa maladie[11].

Il meurt dans la ville montagneuse de Taif[2] en 687 (67 AH) à l'âge de 71 ans[12] (en partant du principe qu'il est bien né trois ans avant l'hégire). D'autres sources disent qu'il serait mort en 689 (70 AH)[13].

Héritage[modifier | modifier le code]

Lorsque le savoir de Abd Allâh s’accrut, sa réputation s’agrandit par là même. Masruq ibn al-Ajda' (en) dit à propos de lui:

« Chaque fois que je voyais Ibn Abbas, je disais : Il est le plus beau des hommes. Lorsqu'il parlait, il était le plus éloquent des hommes. Et lorsqu'il tenait une conversation, je disais : Il est le plus savant des hommes[2]. »

Il a un fils Ali ibn Abdillah qui meurt en 735 (118 après l'Hégire). La dynastie des Abbassides vient de la descendance d'Ibn Abbas et remplacera la dynastie des Omeyyades. Ibn Abbas est très respecté par les chiites et les sunnites. Cependant, les chiites subirent de graves persécutions durant la dynastie des Abbassides.

On attribue à Ibn Abbas le plus ancien livre de tafsir encore disponible de nos jours[14].

Points de vue[modifier | modifier le code]

Pour Ibn Abbas, le Tafsir du Coran peut être de quatre aspects[15]:

  • L'aspect que les arabes connaissent grâce à la langue utilisée dans le Tafsir,
  • Le Tafsir par ignorance dont personne ne peut être excusé,
  • Le Tafsir que les savants connaissent,
  • Le Tafsir que seul Allah connaît.

Travaux[modifier | modifier le code]

Les étudiants et les héritiers intellectuels[modifier | modifier le code]

On trouve parmi ses élèves:

Sunnisme[modifier | modifier le code]

Les sunnites le considèrent comme le plus savants des compagnons dans le Tafsir[réf. nécessaire]. Un livre intitulé Tanwir al-Miqbas min Tafsir Ibn `Abbas sur le Tafsir, contient toutes les explications nécessaires pour comprendre qu'il faut revenir à Ibn Abbas[19]. Parmi tous les récits transmis par Ibn Abbas, 1660 ont été considérés comme authentiques par Boukhari et Muslim, auteurs de deux célèbres recueils de hadiths considérés comme authentiques (Sahîh)[2],[20].

En ce qui concerne le verdict de Ibn Abbas en faveur du zawaj al-mut`a (mariage temporaire), la plupart des sunnites disent que Ali ibn Abi Talib l'a corrigé sur la question, il est prouvé qu'Ibn Abbas a gardé sa position sur la licéité du mariage mut`a jusqu'à son dernier jour dans le hadith de Ibn al-Zubayr et le mut`a[21].

Les sunnites le décrivent ainsi:

« ...le courage de Abdullah a montré qu'il a préférait la paix à la guerre, et la logique plutôt que la force et la violence. Cependant, il n'est pas seulement connu pour son courage, sa perspicacité ou son savoir gigantesque mais aussi pour sa grande générosité ainsi que de son hospitalité. Certains de ses contemporains ont dit de lui: "Nous n’avons jamais vu une maison plus fournie en nourriture, ou en boisson, ou en fruits ou même en savoir que celle de Ibn Abbas !"

Il ressentait un intérêt sincère et durable pour les gens. Il était attentionné et prévenant. Une fois, il dit : " Lorsque j’ai réalisé l’importance d’un verset du Livre d'Allah 'azza wa djal, je prie pour que tout le monde sache ce que je sais !"

"Lorsque j’entends parler d’un dirigeant musulman qui distribue et partage équitablement et qui règne justement, je suis heureux à son égard et prie pour lui..."

"Lorsque j’entends dire que des pluies s’abattent sur la terre des musulmans, cela me remplit de joie..."

Abdullah ibn Abbas était constant dans ses dévotions. Il multipliait le jeûne surérogatoire dans l’année et passait souvent ses nuits en prières. Il pleurait lors de ses prières et lorsqu'il récitait le Coran. Et quand il récitait des versets parlant de la mort, de la résurrection et de la vie dans l’au delà, sa gorge se resserrait et de profonds sanglots lui rendaient la récitation difficile[2]. »

Chiisme[modifier | modifier le code]

Les chiites considèrent Ibn Abbas comme l'un des meilleurs compagnons, mais sans atteindre le meilleur rang comme Ammar ibn Yasir.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Marriage to a 'past'
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (en) Biographie d'Abdullah ibn Abbas
  3. Bukhari, 9|92|375
  4. Muslim 22|1637
  5. Voir "Hadith of the pen and paper".
  6. Bukhari 1|3|114
  7. Bukhari 1|4|197, 1|11|634, 3|47|761 et 5|59|727
  8. Bukhari 4|56|821
  9. Rapporté par Al-Bukhari, Musnad Ahmad, At-Tirmidhî, Ibn Jarîr, Ibn Mardaweih, Al-Baghawî, Al-Bayhaqî, Ibn Al-Mundhir
  10. Un tabi'un est une personne ayant connu les compagnons de Mahomet mais pas Mahomet lui-même
  11. Sahih al-Bukhari (en) 53.393
  12. (en) The companions of the Prophet Ibn 'Abbas
  13. (en) Regarding Omar's Refusal to Give the Prophet a Pen to Write his Will!!!
  14. Asmaa Godin, "Les sciences du Coran", éd. Al Qalam, 1999,p. 203
  15. (en) Interpreting The Text
  16. Mashahir, 99-Too; Ghaya, 1. 283; Abu Nu`aym, II. 105-19; Kashif, I. 235; Ibn Marthad 41-3
  17. (en) Media Monitors Network, A Few Comments on Tafsir of the Quran, Habib Siddiqui October 2004
  18. (en) Biographie of Wahb ibn Munabbih
  19. Abu Tahir Muhammad ibn Yaqub al-Fayruz Aabadi (d. 817H).
  20. Reliance of the Traveller (en) de Ahmad al-Misr, (A Classic Manual of Islamic Sacred Law), traduit par Nuh Ha Mim Keller, publié par Amana publications, Beltsville, Maryland, États-Unis 1991
  21. Fatih al-Qadir de Muhammad ash-Shawkani, Sharh Hidaya Volume 3 p. 51

Liens externes[modifier | modifier le code]