Hanged, drawn and quartered

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Supplice de Hugues le Despenser (manuscrit de Froissart).

Hanged, drawn and quartered (pendu, traîné par une claie jusqu'à la potence et mis en quart ou équarri[1]) est un supplice pratiqué en Grande-Bretagne pendant cinq siècles pour punir le crime de haute trahison, considéré comme plus vil que le meurtre et réclamant une peine plus exemplaire.

Elle correspondait à la peine d'écartèlement qui était prévue pour la haute trahison en Italie, et qui a été adoptée en France pour les auteurs de régicides (comme Ravaillac). Elle était réservée aux hommes (les femmes subissaient le bûcher). Le dernier châtiment exécuté sur une personne vivante eut lieu en 1810, mais était encore pratiqué sur les cadavres jusqu'en 1870.

Détail du châtiment[modifier | modifier le code]

Après avoir été roué, ce supplicié est décapité puis découpé.
Gravure représentant le démembrement d'un condamné après avoir été pendu. La potence se trouve en arrière-plan.

Jusqu'en 1870, le détail complet de la peine infligée au condamné était le suivant :

  • être traîné par une claie (un treillage de bois) jusque sur les lieux de l'exécution ;
  • être pendu par le cou, sans que mort s'ensuive, mais des accidents pouvaient toutefois se produire ;
  • être éventré, éviscéré et émasculé. Les intestins, les viscères et les organes génitaux sont ensuite brûlés devant les yeux de la victime. Le cœur n'est retiré qu'en dernier ;
  • être décapité et équarri, le corps étant divisé en quatre morceaux, cinq en comptant la tête.

Les morceaux équarris étaient traditionnellement exhibés sur des gibets dans différents endroits de la ville pour dissuader d'éventuels traîtres. L'exposition sur gibet fut abolie en Grande-Bretagne en 1843.

Il y a une discussion parmi les historiens actuels pour déterminer si le terme drawing s'emploie pour l'action de transporter le supplicié jusque sur les lieux de l'exécution ou s'il s'agit en fait de l'action d'éventrer. Deux différents mots ont été employés dans le rapport officiel de la parodie de procès que subit William Wallace (detrahatur pour l'action de traîner et devaletur pour l'éventrement).

Les juges qui devaient délivrer la sentence dans les murs d'enceinte semblaient aussi avoir des difficultés avec le terme drawn et la résumaient par l'expression Drawn, Hanged and Quartered. Le rapport officiel se montrait néanmoins beaucoup plus explicite. Celui du procès de Thomas Wallcot, John Rouse, William Hone et William Blake pour outrage au roi du 12 juillet 1683 se conclut par :

« La Sentence fut exécutée telle que suit, c.-à-d. qu'ils devront revenir à l'endroit d'où ils sont issus, et de là ils devront être traînés jusqu'à la place Commune d'Exécution par une Claie. Ils y seront Pendus par leurs Cous, puis découpés vivant et leurs Membres-Privés seront tranchés, leurs Boyaux extraits et brûlés devant leurs Visages, leurs Têtes tranchées de leurs Corps, et leurs Corps divisés en quatre morceaux dont le Roi disposera comme bon lui semble. »

Suppliciés célèbres[modifier | modifier le code]

Le roi Édouard Ier d'Angleterre fut le premier à appliquer ce châtiment sur les chefs des résistances galloise et écossaise afin de faire des exemples et de tuer dans l'œuf toute future révolte. Comme ce châtiment est considéré comme suprême et n'est appliqué que dans d'assez rares cas, la plupart des suppliciés sont célèbres :

  • Le premier à subir le châtiment fut un des derniers princes gallois indépendants, Dafydd ap Gruffydd le 3 octobre 1283.
  • William Wallace, le chef de la résistance écossaise subira le même sort le 23 août 1305.
  • Hugues le Despenser, favori et amant supposé du roi Édouard II d'Angleterre, fut supplicié après le renversement d'Édouard par sa femme Isabelle de France et son amant Roger Mortimer.
  • Davy de Londres dut subir le supplice avec huit de ses confrères pour avoir refusé de reconnaître Henri VIII comme chef spirituel de l'église d'Angleterre. Selon la tradition, son exécution fut l'une des plus longues.
  • Francis Dereham est accusé en 1541 d'avoir eu des relations sexuelles avec la reine Catherine Howard avant son mariage avec Henri VIII. Reconnu coupable, il est exécuté (avec Thomas Culpeper) à Tyburn, le .
  • Au moins un des membres de la conspiration de Babington de 1586 qui visait à tuer la reine Élisabeth Ire, Chidiock Tichborne, a été exécuté de cette façon. Élisabeth interdit toute mention ultérieure en sa présence.
  • Guy Fawkes et ses compagnons qui avaient tenté d'assassiner Jacques Ier subirent le châtiment. L'un des conspirateurs, Robert Keyes, tenta de se suicider pendant le supplice en sautant brusquement au moment où on lui passait la corde au cou (dans le but de se fracturer les vertèbres cervicales). Malheureusement pour lui la corde cassa et il subit le reste du supplice parfaitement conscient. Fawkes en revanche, affaibli par la torture mourut très vite pendant la pendaison.
  • Sur plus de six jours en 1660, lors de la restauration de Charles II d'Angleterre, neuf personnes jugées pour le meurtre de Charles Ier (1649) furent exécutées à Londres de cette façon. Dans les deux années qui suivirent, au moins trois autres furent exécutés. En outre, les corps d'Oliver Cromwell, de John Bradshaw et de Henry Ireton furent exhumés afin de subir le supplice à titre posthume pour leur complicité dans le régicide.
  • Olivier Plunket, l'archevêque d'Armagh et primat catholique d'Irlande fut arrêté en 1681 et transféré à la prison de Newgate à Londres où il fut jugé coupable de trahison. Il fut pendu, traîné et équarri à Tyburn, faisant de lui un martyr de l'Église catholique. Il fut béatifié en 1920 et canonisé en 1975 par le pape Paul VI. Sa tête fut gardée comme relique à l'église Saint Pierre de Drogheda.
  • François Henri de la Motte fut le dernier personnage connu à avoir subi ce supplice en Angleterre, le 27 juillet 1781, pour avoir espionné la flotte britannique pour le compte de la France.

Cas où le châtiment ne fut pas poursuivi jusqu'au bout[modifier | modifier le code]

  • Thomas More fut condamné à être pendu, traîné et éviscéré, mais le roi Henri VIII commua cette sentence en décapitation. L'exécution eut lieu le 6 juillet 1535.
  • Thomas Culpeper est jugé pour trahison, en décembre 1541 (ainsi que Francis Dereham). Condamné à mort, Culpeper, probablement grâce à son ancienne intimité avec le roi, a sa sentence commuée en simple décapitation. Il est exécuté avec Dereham à Tyburn, le .
  • Pendant la guerre civile anglaise (16391651), le premier parlementaire célèbre capturé par les royalistes fut John Lilburne. Ceux-ci pensèrent l'exécuter pour trahison, mais le parlement menaça de faire de même avec leurs prisonniers. Lilburne échappa donc au supplice et fut échangé contre des prisonniers.
  • Édouard Marcus Despard et ses six complices furent également condamnés pour avoir comploté l'assassinat de George III (17381820). Ils échappèrent néanmoins à l'éviscération et à l'équarrissage à la dernière minute et furent « seulement » pendus et décapités.
  • En 1817, les trois meneurs de l'insurrection de Pentrich furent reconnus coupables de haute trahison, mais n'eurent qu'à subir la pendaison et la décapitation.
  • En 1820, Arthur Thistlewood et quelques autres subirent ce châtiment, mais l'équarrissage ne figurait pas sur le rapport de leur supplice.

Lors des rébellions contre la Couronne, on réservait ce châtiment à quelques-uns des meneurs rebelles, les autres étant plutôt simplement pendus ou envoyés aux colonies pénitentiaires, voire graciés. On considère les « Assises sanglantes » du juge Jeffreys qui punit la rébellion de Monmouth comme un exemple extrême, mais les insurrections qui eurent lieu en Irlande ou en Écosse furent matées avec tout autant de fermeté.

Pendant la guerre d'indépendance américaine (1775-1783), les colonialistes capturés étaient traités comme des prisonniers de guerre plutôt que comme des traîtres et échappèrent à ce supplice.

Ceux qui étaient punis du crime de petite trahison étaient traînés jusqu'au lieu de l'exécution et pendus jusqu'à ce que mort s'ensuive, mais pas obligatoirement équarris. Par contre, les femmes jugées coupables de petite ou de haute trahison allaient au bûcher afin d'éviter de devoir présenter leur nudité.

Témoignage[modifier | modifier le code]

Samuel Pepys décrit l'exécution du major général Thomas Harrison.

« Chez milord le matin ; j’y rencontrai le capitaine Cuttance. Mais, comme milord n’était pas levé, je me rendis à Charing Cross pour y voir le major général Harrison pendu, écartelé et taillé en quartiers : il semblait aussi joyeux qu’on pouvait l’être dans sa situation. On coupa la corde sur-le-champ et sa tête et son cœur furent montrés au peuple, ce qui provoqua de grandes clameurs de joie. À ce qu’on dit, il déclara qu’il était sûr d’être appelé bientôt à la droite du Christ pour juger ceux qui venaient de le juger. Et que sa femme s’attend à ce qu’il revienne sur terre. Ainsi le hasard voulut que je visse le roi[2] décapité à Whitehall et le premier sang versé pour venger le sang du roi à Charing Cross. »

— Samuel Pepys, Journal. Tome I 1660-1664, Robert Laffont, « Bouquins », 1994, p. 218

Mise en œuvre de la peine[modifier | modifier le code]

Interprétations des circonstances[modifier | modifier le code]

Le crime de trahison ou d'outrage au roi (ou à la reine) est souvent assimilé à la tentative de régicide. Un ensemble de lois a été voté au fur à mesure de l'histoire de l'Angleterre afin d'interpréter comme trahison ou outrage certaines actions qui pouvaient être considérées comme nuisant à l'autorité de la monarchie constitutionnelle.

Ce fut, par exemple, ce qui arriva à William Burnet quand il fut condamné le 12 décembre 1674 pour outrage au roi pour avoir « souvent pris à cœur la réconciliation de divers sujets Protestants de sa Majesté avec l'Église Romaine, et en avait perverti plusieurs pour qu'ils embrassent la Religion Catholique Romaine, et avait soutenu la suprématie des Papes. » En d'autres termes, il était arrivé en Angleterre pour convertir des protestants au catholicisme. Dans la même lignée, John Morgan fut ainsi châtié le 30 avril 1679 pour avoir reçu des ordres de l'évêché de Rome et s'être ensuite rendu en Angleterre, « prouvant ainsi solidement qu'il était un Prêtre et avait fait la Messe. » Ce même jour, deux autres personnes furent déclarées coupable d'outrager le roi pour « frappe de monnaie et contrefaçon » et reçurent le châtiment[réf. nécessaire]. De même, en octobre 1690, Thomas et Anne Rogers furent jugés pour avoir « Rogné 40 pièces d'argent ». Thomas Rogers fut traîné, pendu et équarri et Anne fut brûlée vive.

Application selon le rang social[modifier | modifier le code]

En Grande-Bretagne, on réservait en général ce supplice pour les roturiers et les chevaliers (avec l'exception de Dafydd ap Gruffydd qui était un prince gallois). Les nobles étaient « seulement » décapités, d'abord par l'épée, puis à la hache. Cette différence de traitement devint clairement établie après la rébellion des Cornouaillais de 1497. Tandis que Michael An Gof et Thomas Flamank, de basse extraction, durent subir le supplice dans leur entier, leur chef, Lord Audley ne fut « que » décapité à Tower Hill.

Cette distinction de classe sociale fut amenée devant un débat de la chambre des communes de 1680 afin de décider du mode d'exécution de Lord Stafford. Lorsque celui-ci apprit qu'il devait être traîné, pendu et équarri, il aurait dit :

« La mort n'est que la substance du Jugement, la méthode n'est que circonstance. Nul homme ne peut me montrer l'exemple d'un Noble qui a jamais été équarri pour Haute Trahison. Ils n'ont jamais été que décapités. »

La chambre décréta donc que « l'exécution de Lord Stafford aura lieu en tranchant sa Tête de son Corps. »

Considérations religieuses[modifier | modifier le code]

Le démembrement des corps après la mort était vu par beaucoup de contemporains comme une façon de punir le traître par delà la mort. Jusqu'à récemment, dans les pays de l’Occident chrétien, on croyait que le jour du jugement dernier, le corps se devait d'être entier, et de préférence enterré avec les pieds tournés vers l'est si l'on voulait pouvoir se lever en faisant face à Dieu. Une loi du parlement lors du règne de Henri VIII stipulait que seuls les corps des meurtriers exécutés pouvaient être utilisés pour la dissection. Il y a eu des cas où des meurtriers plaidaient coupable pour un autre crime que le meurtre, bien que toujours passible de pendaison, afin qu'ils puissent être néanmoins enterrés entiers et ne pas être disséqués. Ainsi, punir le traître par un équarrissage rendait son sort encore moins enviable que celui des meurtriers.

L'attitude envers ceci changea très lentement en Grande-Bretagne et ce changement ne se manifesta pas avant la loi sur l'anatomie de 1832. Mais pour une grande partie de la population ce ne fut pas avant le XXe siècle que le lien entre le corps et la résurrection fut brisé. Néanmoins, le respect de l'intégrité des morts reste encore un sujet particulièrement sensible comme ce fut démontré par le scandale des organes d'Alder Hey[3] où des organes d'enfants avaient été pris sans le consentement des parents.

Mentions dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Dans Henry V de Shakespeare, la cabale française pour tuer le roi Henri V avant son départ pour la France est éventée. Deux des conspirateurs (Henri, Seigneur Scroop de Masham et Richard, Baron de Cambridge) qui sont nobles sont décapités tandis que Thomas Grey, Chevalier de Northumberland est traîné et équarri.
  • Dans les séries de romans de fantasy de Robin Hobb The Farseer Trilogy et The Tawny Man Trilogy (parus en français sous les titres Cycle de l'Assassin Royal et Les Aventuriers de la Mer), ceux qui sont suspectés d'avoir le « Vif » (d'être capable de parler aux animaux) sont traînés et équarris.

Équivalent français[modifier | modifier le code]

En France, le régicide ou la tentative de régicide sous l'Ancien Régime était souvent puni par l'écartèlement ou l'équarrissage, mais le procédé différait sensiblement de la version anglaise : le supplicié était d'abord questionné à l'aide de tenailles chauffées au fer rouge, puis la main qui avait frappé était brûlée au soufre tandis que l'on déversait du plomb fondu, de la cire et de l'huile bouillante sur les blessures. L'écartèlement se faisait ensuite en attachant les membres de la victime à des chevaux qui les arrachaient en tirant dessus. Souvent les membres étaient entaillés afin de faciliter le processus. Enfin, on brûlait le tronc, qui était bien souvent encore vivant.

Les écartelés célèbres furent :

Toutes ces exécutions avaient lieu sur la place de Grève.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire démembré, puis décapité.
  2. Charles Ier.
  3. (en) Alder Hey organs scandal, sur la wikipedia anglophone.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]