Séquestration du dioxyde de carbone

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La séquestration du dioxyde de carbone (on parle parfois de piégeage ou d'emprisonnement) est le stockage à long terme du dioxyde de carbone hors de l'atmosphère.

Représentation schématique de certains moyens de stocker le dioxyde de carbone.

Étapes et modes de capture - stockage[modifier | modifier le code]

L'opération nécessite plusieurs étapes :

  • capture du dioxyde de carbone CO2, elle peut se faire à plusieurs stades :
    • stade postcombustion (dans les fumées en aval de la combustion),
    • stade précombustion (décarbonatation du combustible en amont, c'est-à-dire avant la combustion. Le CO2 est alors enlevé du carburant et stocké en amont de la combustion qui ne concernera que de l'hydrogène en n'émettant que de la vapeur d'eau et des oxydes d'azote, de soufre, etc.),
    • capture par oxycombustion (l'oxycombustion consiste à remplacer l'air (le comburant de la chaudière ou du moteur) par du dioxygène pur, pour n'émettre qu'un flux de dioxyde de carbone très concentré voire pur) ;
  • entreposage intermédiaire de courte durée directement après le processus de séparation et en attente du transport et/ou de la séquestration du dioxyde de carbone récupéré ;
  • transport : le plus souvent, le CO2 (sous forme gazeuse ou autre) doit être transporté (par gazoduc ou bateau) de manière sécurisée quand le site de stockage est éloigné du site de capture ;
  • séquestration ou stockage géologique : il vise à éviter tout retour rapide vers l’atmosphère ;
    • confinement ou intégration dans un puits de carbone « durable » ou dans un milieu supposé confiné (ancien gisement profond de pétrole ou de gaz, aquifère salin profond, sorption dans des veines de charbon inexploitables et étanches,
    • piégeage par minéralisation : par réaction du CO2 avec un minéral silicaté comme l'olivine ou la serpentine présent dans les roches basaltiques et mafiques et transformation en carbonate de magnésium ou de fer insoluble.

L'opération se fait :

  • de manière naturelle :
    • dans un puits de carbone comme les océans[1] [CO2 dissous et CO2 fixé dans des organismes photosynthétique (algues planctoniques, bactéries photosynthétiques)], et les prairies, forêts et cultures biologiques [dans les sols principalement (humus), mais aussi dans la couverture végétale] ;
  • de manière artificielle par la séquestration par des micro-organismes élevés en réacteur et le stockage ou valorisation de la biomasse produite (sous forme de matériaux biosourcés, combustibles, produits chimiques, bioplastiques, isolants, etc.). L'échelle industrielle n'est pas encore atteinte, mais 29 micro-organismes ont été retenus sur environ 3 000 à Niederaussem (Allemagne) par une start-up de biotechnologies Brain AG[2], pour le compte de l'énergéticien RWE. Ces micro-organismes seraient les plus performants pour absorber de grandes quantités de CO2. Brain AG et RWE envisagent une commercialisation du procédé avant 2025[3] ;
  • de manière artificielle par la séquestration et le stockage du dioxyde de carbone en milieu géologique approprié :
    • par injection dans une structure géologique stable et étanche comme celles des gisements pétroliers et gaziers en voie d'épuisement (avec récupération assistée d'hydrocarbures),
    • par injection dans un aquifère salin, au fond des océans (avec risque d'acidification et de relâchement progressif),
    • par sorption sur du charbon inexploitable dans des séquences de lits de charbon peu épais, difficilement accessibles à grande profondeur et confinés par des formations schisteuses peu perméables,
    • par minéralisation du dioxyde de carbone en carbonates insolubles dans une formation basaltique : inertage par réaction du CO2 avec certains minéraux silicatés très réactifs (cycle carbonate-silicate).

La séquestration dans des solides ou liquides synthétiques sophistiqués est nettement moins prometteuse et peu économique à très grande échelle.

  • Le téréphtalate de chrome (ou « mil-101 ») a été considéré comme un candidat théorique. Il est testé en laboratoire ; le plus performant vers mi-2008 (il peut aussi stocker du méthane). Sous forme d'une poudre (verte) ; un mètre cube de ce produit peut absorber – à haute pression (50 bars) et à 25 °C – environ 400 m3 de dioxyde de carbone (25 % de plus que les matériaux antérieurement disponibles)[4]. Cependant les quantités considérables de chrome ou de métaux lourds à engager à très grande échelle dans de tels procédés, leur relative rareté (et donc leur coût) et leur grande toxicité constituent autant de handicaps techniques et financiers probablement insurmontables, sans parler du bilan énergétique total généralement négatif et des quantités de CO2 prohibitives produites elles aussi par la synthèse de ces matériaux. Toutefois, des matériaux de synthèse à usage réversible peuvent s'avérer des outils industriels indispensables pour les opérations de séparation, de récupération et d'entreposage de courte durée du CO2 dans les usines de capture.

La séquestration naturelle est un enjeu important pour la protection et la stabilité du climat. La séquestration artificielle est une des pistes explorées par divers chercheurs, entreprises[5], Agences et États pour atténuer les effets du réchauffement climatique et notamment dans le cadre du protocole de Kyoto, et on ignore les conséquences en chaines que pourraient avoir ce type de modification de l'océan.

Séquestration par l'arbre urbain et les « forêts urbaines »[modifier | modifier le code]

Selon une étude récente[6], la ville de Hangzhou (Chine) a une forêt urbaine qui absorbe en moyenne 30,25 t de carbone par hectare et par an, soit une séquestration de 1,66 t de carbone par hectare et par an.
Article détaillé : Forêt urbaine.

Les végétaux présents dans le milieu urbain contribuent aussi à piéger du dioxyde de carbone. Différentes études ont été menées pour mesurer la quantité de gaz concernée, notamment en Chine et aux États-Unis.

En 2010, une étude[6] a par exemple cherché à quantifier le stockage du carbone et la séquestration permise par certaines forêts urbaines au regard des émissions de carbone venant de la consommation d'énergies fossiles par les sources industrielles de Hangzhou, en Chine). Les données d'inventaire des forêts urbaines, via des équations basées sur le volume de biomasse, et le calcul de l'accroissement annuel et via une modélisation de la productivité primaire nette (PPN), des estimations de carbone stocké ont été faites.
Le carbone total stocké par les forêts urbaines de Hangzhou a ainsi été estimé à 11,74 TgC/an (soit environ 30,25 t de carbone par hectare en moyenne). La séquestration du carbone par les forêts urbaines était de 1 328 166,55 t/an, soit une séquestration par hectare de de 1,66 t de carbone par hectare et par an. Or, les émissions industrielles de CO2 étaient pour Hangzhou de 7 TgC/an[6].
Dans ce cas, les forêts urbaines semblent donc capables de séquestrer chaque année 18,57 % de la quantité de carbone émise par la combustion d'énergies fossiles par l'industrie locale, en stockant l'équivalent de 1,75 fois le montant de C annuelle d'énergie émise par les utilisations industrielles de la ville[6]. Ce taux de carbone séquestré pourrait encore être amélioré par des pratiques de gestion adaptées[6].

Une étude[7] publiée en 2011, du même type, mais utilisant aussi des images haute définition (Images QuickBird d'août 2006), et intégrant une évaluation de la valeur monétaire et compensatoire du carbone stocké (au regard du marché du carbone) a été fait à Shenyang (Liaoning, Chine), ville très industrialisée du nord de la chine peu boisée. La surface boisée était de 101 km2 (5,76 millions d'arbres et 569 arbres par hectare en moyenne), couvrant 22,28 % de la superficie totale du site d'étude (intérieur du 3e anneau routier périphérique de Shenyang). Le statut de ces boisements était une conservation d'intérêt écologique ou d'intérêt social[8] sur près de 50 % de l'aire d'étude ; 10,9 ha (environ 10 % du total et avec la plus grande densité d'arbres ; 905 ± 133 tiges/ha) étaient destinés à l'exploitation du bois.
Selon les calculs des auteurs, ces forêts urbaines (anciennes ou récemment plantées aux abords du périphérique, abritant 120 espèces d'arbres et 53 espèces de buissons, les espèces les plus communes étant le peuplier du Canada (Populus ×canadensis, Moench), le saule matsudana Salix matsudana (à croissance rapide), et l'orme de Sibérie Ulmus pumila) peuvent réellement jouer un rôle en matière de stockage de carbone, avec environ 337 000 t de carbone environ actuellement stocké par an (pour une valeur estimée de 13,88 millions de dollars), et avec un taux de séquestration du carbone de 29 000 t/an (équivalent à 1,19 million de dollars).
Le Carbone stocké (voir carte[9]) par cette jeune forêt périurbaine correspond à 3,02 % des émissions annuelles de C provenant de la combustion de combustibles fossiles. La séquestration du carbone pourrait ainsi compenser 0,26 % des émissions annuelles de Carbone de Shenyang. L'étude montre aussi que le stockage de C et le taux de séquestration varient fortement selon le type de forêt urbaine (essences, sol, composition en espèces, structure forestière et classes d'âge), et qu'il pourrait être amélioré par une gestion adaptée.

En zone subtropicale de Miami-Dade et de Gainesville aux États-Unis, la forêt urbaine a aussi été étudiée de ce point de vue[10]. À Gainesville, la forêt urbaine était plus dense et stockait et séquestrait plus de carbone qu'à Miami-Dade, en raison des conditions environnementales mais aussi du mode d'urbanisation. Les quartiers plantés de boisement de pins et chênes naturels, ainsi que les mangroves et des peuplements d'arbres envahissant ont été les plus aptes à séquestrer le Carbone du CO2. Les émissions urbaines ne sont toutefois que faiblement compensées (3,4 % à Gainesville et 1,8 % à Miami-Dade). En outre, la conversion des zones urbaines encore disponibles en forêt urbaine ne diminuerait pas sensiblement les émissions de CO2. La séquestration du CO2 par les arbres était pour les années 2010 comparable a mis en œuvre des politiques de réduction de CO2, mais les auteurs considèrent qu'au regard d'objectifs à long terme, des multiples services écosystémiques rendus par les boisements, des coûts, des besoins communautaires, la préservation des forêts existantes doit être reconsidérée en intégrant leur valeur pour l'adaptation au changement climatique et la lutte contre le dérèglement climatique et pour la restauration ou conservation d'autres services écosystémiques[11], dont l'amélioration de la qualité de l'air[12] ou la dépollution de certains sols[13].

Le Département des forêts de l'USDA a collecté[14] des données pour 10 grandes villes des États-Unis et pour le couvert forestier nord américain. Selon ces sources, les arbres urbains USA stockeraient actuellement et provisoirement aux États-Unis environ 700 millions de tonnes de carbone (soit un service équivalent à 14,3 milliards de dollars de valeur au « prix du carbone » de 2010, avec un bilan brut de séquestration du carbone de 22,8 millions tC/an (soit un service écosystémique correspondant à environ 460 millions de dollars/an).
Ce stockage urbain du carbone varie considérablement selon les villes ; de 1,2 million de t/an à New York, à 19 300 tC à Jersey City (New Jersey). En moyenne, ce stockage de carbone a été estimé aux États-Unis (pour le début des années 2000) à 25,1 t de carbone par hectare (comparativement à 53,5 tC/ha dans les peuplements forestiers).

Séquestration artificielle[modifier | modifier le code]

Le dioxyde de carbone pourrait théoriquement être massivement enfoui, par des méthodes qu'il faudra rendre sécurisée sur le très long terme.

Trois lieux et modes de séquestration sont considérés :

  1. le substrat géologique rocheux (pour une capacité estimée d'environ 2 000 Gt de CO2, selon le GIEC qui estime qu'avec des technologies à développer et valider, et une surveillance appropriée, plus de 99 % du CO2 injecté sur 1000 ans pourrait ainsi être emprisonné pour plusieurs millions d'années), par injection via des puits sous forme de fluide supercritique dans des roches perméables (aquifères). Les technologies dérivent de l'industrie pétrolière (caractérisation de réservoirs potentiels, forages, gazoduc, compression) qui se positionne sur ce nouveau marché lui permettant de limiter les émissions en CO2 de son exploitation du carbone fossile. Le risque de remontée de CO2, massive depuis un puits mal étanchéifié, ou plus diffuse, ou de diffusion du CO2 dans les aquifères supérieurs, doit être maîtrisé ;
  2. les grands fonds océaniques (stockage provisoire et incertain, et à haut risque pour la biodiversité des grands fonds) ;
  3. l'inertage sous forme de carbonates minéraux reconstitués (solution copiant la nature, mais coûteuse en énergie).

Séquestration dans le substrat géologique rocheux[modifier | modifier le code]

Si des solutions géotechniques étaient validées et efficaces, selon le GIEC (en 2005), cette solution pourrait potentiellement répondre de 10 % à 55 % de l'effort total de réduction à envisager pour le siècle 2000-2100, mais leur fiabilité à long et très long terme reste discutée, notamment face au risque sismique.

  • Dans des gisements d'hydrocarbures étanches : les gisements de gaz naturel et de pétrole sont les candidats les plus fréquemment cités pour y séquestrer du CO2 en raison de leur étanchéité et de leur stabilité à l'échelle des temps géologiques. L'injection de CO2 dans des gisements pétroliers étant d'ailleurs déjà pratiquée depuis des décennies (surtout au Texas), à des fins de récupération assistée : Puissant solvant, le CO2 supercritique aide à récupérer une partie du pétrole résiduel de gisements difficiles ou en baisse de production. Néanmoins, la grande majorité des projets de récupération assistée à base de CO2 (CO2-EOR, pour (en) enhanced oil recovery) entrepris jusqu'à présent utilisent du CO2 issu de sources naturelles.
  • Dans des veines de charbon : le méthane de veines de charbon non exploitées pourrait être extrait et remplacé par du CO2, la récupération du méthane finançant le stockage du CO2. Réinjecter du gaz dans les pores du charbon est théoriquement possible si les couches ne se sont pas tassées après extraction. Des pilotes expérimentaux testent cette solution, qui pourrait éventuellement être associée à la gazéification du charbon, si des méthodes probantes et sécurisées étaient développées.
  • Les aquifères salins sont géologiquement pour partie comparables aux gisements d'hydrocarbures, mais avec une capacité bien plus grande. Plusieurs mécanismes de piégeage semblent pouvoir y immobiliser le CO2, avec moins de risque de fuite que dans les bassins houillers ou dans certains champs pétrolifères criblés de puits et parfois affectés par des affaissements et donc des fissures dans les terrains surincombants.
  • Autres milieux : le stockage géologique entre des strates de schistes serait aussi considéré. Les solutions aujourd'hui envisagées visent quasi-toujours des bassins sédimentaires. Toutefois, dans des régions volcaniques, les formations de basalte pourraient aussi servir à stocker du CO2 par réaction du CO2 avec des silicates réactifs (piégeage minéral).

Stockage dans les fonds océaniques[modifier | modifier le code]

Trois approches sont proposées pour décrire et favoriser la séquestration du CO2 dans les fonds océaniques.

La première est l'ensemencement des horizons marins superficiels par du fer (employé comme facteur limitant) pour doper la croissance du plancton, dont la masse morte piégerait le carbone. En 1990 l’océanographe John Martin dans la revue scientifique Nature montrait que le fer naturellement présent dans l'eau dopait la croissance du phytoplancton. Le rôle du fer bio-disponible et bio-assimilable a été confirmé par plusieurs études, mais sans que l'on puisse encore savoir si un forçage anthropique par ajout de fer pourrait efficacement et durablement piéger plus de carbone[15]. L'idée a germé qu'on pourrait hors de zones déjà eutrophes ou dystrophes « fertiliser » artificiellement la mer pour accélérer sa fonction de « pompe biologique à carbone » (qui absorbe de 10 à 20 milliards de tonnes de carbone par an dans les sédiments marins). De 2002 à 2005, 12 fertilisations artificielles ont été testées, mais seules trois d'entre elles ont pu faire la preuve qu'il y a réellement eu séquestration de carbone, souligne le biogéochimiste Philip Boyd[16], et on ignore ce qu'il est advenu à long terme du carbone. Une des difficultés semble être que le fer devrait être bioassimilable pour le plancton et très largement réparti. D'autre part, les boucles de rétro-action des écosystèmes marins sont encore mal cernées ;

On étudie aussi la dissolution par injection de CO2 dans le bas de la colonne d'eau de mer (à au moins 1 000 m de profondeur), avec le risque de dispersion de ce carbone sous forme d'acide carbonique, et d'impacts mal maîtrisables liés à l'acidification de l'eau ; c'est pourquoi certains ont proposé une injection profonde de CO2, directement dans des fosses marines (à 3 000 m et plus), où on espère que le CO2 formerait durant un certain temps un lac plus lourd que l’eau de mer, ralentissant sa dissolution du CO2 dans l'environnement. Enfin, la conversion de CO2 en bicarbonates, hydrates ou matière organique évoluant vers une nécromasse riche en carbone sédimentant est une dernière possibilité.

Stockage minéral[modifier | modifier le code]

Le stockage sous forme stable et inertée (par exemple de carbonates) est la solution évaluée la plus sûre et durable, mais pour le moment la plus coûteuse et non techniquement maîtrisée à grande échelle. Elle est en particulier très coûteuse en énergie (selon le GIEC (2005), il faudrait avec les technologies actuelles augmenter de 60 à 180 % de la consommation de carburant des centrales thermiques, augmentation ne pouvant qu'être partiellement compensée par des technologies plus efficaces).

Des tests de minéralisation du CO2 sous forme de carbonates sont effectués sur le site de la centrale géothermique de Hellisheiði (Islande) dans le cadre du projet CarbFix (en). Le CO2 est injecté entre 400 et 800 m de profondeur avec de l'eau (il en faut 25 t par t de CO2 injecté) et réagit avec le calcium, le magnésium et le fer présents dans la roche pour former des carbonates. Plus de 95% du CO2 injecté est minéralisé au bout de deux ans[17].

Impacts environnementaux[modifier | modifier le code]

Ils semblent tous problématiques ou potentiellement négatifs, bien que difficiles à modéliser faute de connaissance suffisante sur l'écologie des grands fonds et sur le fonctionnement écosystèmique de l'océan mondial (en particulier les très nombreux virus marins qui « contrôlent » et limitent la croissance du plancton et les effets de la méthanisation). Le CO2 forme avec l’eau de l'acide carbonique (H2CO3) qui tuerait les formes de vies des zones où il serait massivement injecté. S’il diffusait dans la colonne d’eau, il attaquerait aussi certaines formes de vie planctonique, les coraux et roches calcaires qui sont un puits de carbone. Les effets de l’augmentation du CO2 sur la vie benthique, bathypélagique et abyssalopélagique ou hadopélagique, en particulier de l'acidification sont encore peu étudiés et très mal compris. En particulier le dopage de l'activité planctonique peut se traduire par des zones marines mortes, une méthanisation accrue dans les sédiments et/ou la constitution d'hydrates de méthane dont le comportement en cas de réchauffement est encore inconnu, mais qui s'ils étaient brutalement relargués accéléreraient le réchauffement climatique.

La vie semble clairsemée dans les grands fonds, mais elle est densément présente autour des sources chaudes, et de manière générale elle semble jouer un rôle majeur dans les processus de sédimentation et le cycle du carbone.

Le temps moyen de circulation de l’eau des grands fonds vers la surface est estimée à 1 600 ans environ, mais avec de grandes variations possibles selon les lieux, les courants et l’activité volcanique sous-marine (l’effet d’un tsunami sous-marin sur un stockage en profondeur, ou d'un tremblement de terre sur les hydrates de méthane pourrait être important). Si du méthane gagnait brutalement et massivement la surface et l’atmosphère, il y accélérerait fortement le réchauffement, d’autant plus vite qu’il aurait au passage dégradé les puits biologiques océaniques de carbone (Cf Phénomène de zone morte).

Coûts[modifier | modifier le code]

Les coûts sont évalués à 40 à 80 dollars américains la tonne (à la valeur de 2002 de l'USD) pour une séquestration de CO2 liquide, à partir de la centrale thermique, incluant le transport et la décharge dans les océans. En France, selon les évaluations de Gaz de France, la capture est la partie la plus coûteuse de l'opération (40 à 60 la tonne de CO2), le coût du transport étant de 2 à 20 €/t de CO2, le stockage ne comptant que pour 0,5 et 10 €/t CO2, pour un total compris entre 43 et 90 €/t de CO2. L'Industrie des hydrocarbures estime elle-même que seuls environ 10 % des émissions mondiales pourraient faire l'objet d'un stockage à des coûts raisonnables (à partir des grandes sources d'émissions, situées à une relative proximité de sites potentiels de stockage)[18].

Selon le PDG de Veolia Environnement, la capture et séquestration du carbone représenteraient un surcoût de 30 % à 40 % de l'électricité produite, ce qui n'a rien d'excessif en comparaison des surcoûts de l'éolien et du solaire. Pour financer les investissements nécessaires, une taxation du CO2 d'au moins 40 €/tonne serait nécessaire, alors que le marché actuel (2014) tourne autour de 7 à 8 €/t[19].

Le 12 janvier 2015, quatre grands énergéticiens européens : le français EDF, l'allemand RWE, le suédois Vattenfall et l'espagnol Gas Natural Fenosa se sont retirés du projet européen de développement des techniques de captage et de stockage du carbone (CCS) baptisé « plate-forme zéro émission » (ZEP), qui conseille la Commission européenne sur les techniques de captage et de stockage du carbone ; ils estiment qu'ils ne disposent pas actuellement du cadre économique nécessaire en Europe pour faire des CCS une technologie attractive pour l'investissement[20].

Le rapport du Grantham Institute sur la capture et séquestration du carbone (CCS) dans l'Union européenne, publié en juin 2015, relève que la plupart des scénarios de réduction des émissions de gaz à effet de serre donnent une place majeure à la CCS ; c'est en particulier le cas de l'Energy Roadmap 2050 publiée en 2011 par la Commission européenne ; or les efforts du secteur public et du secteur privé pour la promouvoir ont été très faibles, le principal obstacle étant le coût d'investissement : 18 à 35 milliards d'euros pour les 11 GW prévus par l'Energy Roadmap pour 2030 et 160 à 320 Mds € pour les 100 GW prévus en 2050. Le prix du carbone devrait atteindre 35 à 60 €/tonne de CO2 pour rendre la CCS compétitive dans les centrales à charbon et 90 à 105 €/tCO2 pour les centrales à gaz naturel ; un système de prix garantis semblable à celui en vigueur pour les énergies renouvelables pourrait rendre la CCS compétitive à partir de 140 €/kWh pour le charbon et 190 €/kWh vers 2020, prix qui pourraient descendre à 110 €/kWh vers 2030 ; en comparaison, le gouvernement britannique garantit 190 €/kWh aux éoliennes offshore en 2014/15[21].

Scénarios de l'Agence internationale de l'énergie[modifier | modifier le code]

Dans le scénario « 2DS » de l'Agence internationale de l'énergie publié en 2015 dont l'objectif est de limiter à 2°C le réchauffement climatique d'ici 2050, la capture et séquestration du carbone (CCS) contribue pour 13 % à la réduction cumulée des émissions de CO2 nécessaire pour atteindre cet objectif. Ceci représenterait la capture et le stockage d'environ 6 milliards de tonnes de CO2 par an en 2050, soit près du triple des émissions du secteur énergétique indien en 2015. La moitié de ces captures serait le fait des secteurs industriels, où contrairement au secteur électrique il n'existe pas ou peu de solutions alternatives pour réduire les émissions. Les centrales à charbon équipées de CCS pourraient être compétitives par rapport aux centrales à gaz en Asie vers 2030[22].

Autres solutions de séquestration artificielle[modifier | modifier le code]

  • Il a été proposé d'injecter dans les fonds océaniques une grande quantité de biomasse végétale dans les zones où des courants plongent vers les grands fonds, par exemple face à l'estuaire du Mississippi, au golfe du Mexique ou au Nil, mais on trouve déjà des zones mortes sur ces sites et le risque de conséquences écologiques inattendues est très important.
  • Des méthodes utilisant la catalyse ou inspirées des processus biochimiques naturels sont à l'étude, dont celui dit de la boucle chimique.

Alternatives[modifier | modifier le code]

Développer les puits de séquestration naturelle, que ce soit les forêts, les prairies, les cultures biologiques, la ré-implantation de haies, voire en ville, la re-végétalisation partielle de zones bitumées, comme les grands parkings, les trottoirs (joints verts entre des dalles) ou les toits végétalisés.

Ces aménagements en ville peuvent sembler anecdotiques, mais, en plus de séquestrer du carbone, ils participent aussi à la régulation thermique par l'évapotranspiration des plantes et à la régulation de l'eau de pluie, réduisant les risques et l'importance des inondations.

Développer l'énergie solaire et éolienne, et mieux valoriser le biogaz sont des solutions évoquées par le rapport de Bataille et Birraux[18].

En France[modifier | modifier le code]

Selon le CITEPA 2015 (p. 238), en 2013, 59 millions de tonnes de CO2 ont été séquestrées dans les écosystèmes forestiers (sous forme de lignine et cellulose d'arbre principalement) notamment grâce à l'extension des surfaces forestières inventoriées (soit représentent 95 % des surfaces forestières de métropole)[23]. Ce chiffre ne tient pas compte des variations de carbone des stocks de bois mort et des sols forestiers (qui auraient pu atteindre 27 millions de tonnes de CO2 en 2013). Ainsi la forêt de Métropole aurait pu absorber 86 millions de tonnes de CO2 (environ 17 % des émissions françaises de CO2 de 2013[24]. Ce stockage est toutefois en partie provisoire (puisque du bois sera coupé et brûlé comme bois-énergie) et que de grands incendies de forêt peuvent se produire)[23].

En Guyane, la forêt séquestrerait actuellement peu de carbone (car proche de son équilibre) mais les mangroves et les herbiers des collectivités d'outre-mer pourraient en absorber 2,5 millions de tonnes de CO2 (en Nouvelle-Calédonie surtout)[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Stockage du CO2 dans l'océan : de nouvelles données à prendre en compte dans les modèles de prévision du changement climatique' », Communiqué de presse CNRS, 4 février 2013 Voir).
  2. Présentation de Brain AG (entreprise de biotechnologies).
  3. BE Allemagne n°554 (2012-01-11) ; Ambassade de France en Allemagne / ADIT.
  4. Source de l'article : Langmuir, prépublication en ligne, 2008, reprise par le journal Pour la Science, Juillet 2008.
  5. ex. : la société américaine Planktos espérait fin 2007 avec 5 euros en épandant du fer dans l'océan piéger 1 t de carbone (théoriquement vendable 70 euros sur le marché), mais l'efficacité du processus n'a pas été à la hauteur (30 à 50 fois moins que prévu par l'entreprise selon un reportage de Libération intitulé « Bras de fer avec la mer », du 8 janvier 2008 Voir).
  6. a, b, c, d et e (en) Min Zhao, Zheng-hong Kong, Francisco J. Escobedo et Jun Gao, « Impacts of urban forests on offsetting carbon emissions from industrial energy use in Hangzhou, China », Journal of Environmental Management, vol. 91, no 4,‎ , p. 807-813 (DOI 10.1016/j.jenvman.2009.10.010, lire en ligne).
  7. (en) Changfu Liu et Xiaoma Li, « Carbon storage and sequestration by urban forests in Shenyang, China », Urban Forestry & Urban Greening,‎ (DOI 10.1016/j.ufug.2011.03.002, lire en ligne).
  8. « Public Welfare Forest » dans le texte.
  9. « Carte de séquestration du carbone à Shenyang (à l'intérieur du 3ème "Ring" périphérique) »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  10. (en) Francisco Escobedo, Sebastian Varela, Min Zhao, John E. Wagner et Wayne Zipperer, « Analyzing the efficacy of subtropical urban forests in offsetting carbon emissions from cities », Environmental Science & Policy, vol. 13, no 5,‎ , p. 362-372 (DOI 10.1016/j.envsci.2010.03.009, lire en ligne).
  11. (en) Robert F. Young, « Managing municipal green space for ecosystem services », Urban Forestry & Urban Greening, vol. 9, no 4,‎ , p. 313-321 (DOI 10.1016/j.ufug.2010.06.007, lire en ligne).
  12. (en) David J. Nowak, « Institutionalizing urban forestry as a “biotechnology” to improve environmental quality », Urban Forestry & Urban Greening, vol. 5, no 2,‎ , p. 93-100 (lire en ligne).
  13. (en) Francisco J. Escobedo, Timm Kroeger et John E. Wagner, « Urban forests and pollution mitigation: Analyzing ecosystem services and disservices », Environmental Pollution, vol. 159, no 8-9,‎ , p. 2078-2087 (lire en ligne).
  14. (en) David J. Nowak et Daniel E. Crane, « Carbon storage and sequestration by urban trees in the USA », Environmental Pollution, vol. 116, no 3,‎ , p. 381-389 (DOI 10.1016/S0269-7491(01)00214-7, lire en ligne).
  15. (en) Blain S., Quéguiner, B., Armand, L.K., Belviso, S., Bombled, B., Bopp, L., Bowie, A., Brunet, C., Brussaard, C., Carlotti, F., Christaki, U., Shreeve R.S., Corbière, A., Durand, I., Ebersbach, F., Fuda, J.L., Garcia, N., Gerringa, L., Griffiths, B., Guigue, C., Guillerm, C., Jacquet, S., Jeandel, C., Laan, P., Lefèvre, D., Lomonaco, C., Malits, A., Mosseri, J., Obernosterer, I., Park, H.Y., Picheral, M., Pondaven, P., Remenyi, T., Sandroni, V., Sarthou, G., Savoye, N., Scouarnec, L., SouhautM., Thuiller, D., Timmermans, K., Trull, T., Uitz, J., Van-Beek, P., Veldhuis, M., Vincent, D., Viollier, E., Vong, L. et Wagener, T., « Impact Of Natural Iron Fertilisation On Carbon Sequestration In The Southern Ocean », Nature, vol. 446,‎ , p. 1070-1074 (DOI 10.1038/nature05700).
  16. Institut de recherche sur l’eau et l’atmosphère, et Université d'Otago (Nouvelle-Zélande, Page personnelle, avec biblio).
  17. Sciences et Vie, octobre 2016, N° 1189, Pages 102-103.
  18. a et b SÉNAT ; OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUE. RAPPORT : Les nouvelles technologies de l'Énergie et la Séquestration du dioxyde de carbone : aspects scientifiques et techniques ; Par M. Christian BATAILLE et M. Claude BIRRAUX, séance du 15 mars 2006 ([PDF], 398 p.), voir p. 20/398.
  19. Antoine Frérot : « L'Europe a beaucoup d'atouts pour développer les bonnes solutions », Les Échos, 23 septembre 2014.
  20. Stockage du CO2 : les énergéticiens se retirent d’un projet européen, Les Échos, 20 janvier 2015.
  21. (en) [PDF] Bridging the gap : improving the economic and policy framework for carbon capture and storage in the European Union, Sciences blog, juin 2015.
  22. (en)Carbon Capture and Storage: The solution for deep emissions reductions, Agence internationale de l'énergie, 2015.
  23. a, b et c CGDD (Commissariat général au développement durable) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/EFESE-RI_v20161216.pdf Rapport intermédiaire de l'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques] (Efese), publié mi-décembre 2016
  24. hors secteur UTCF.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • INRA, Stocker du carbone dans les sols agricoles de France ? (Expertise scientifique collective – rapport d’expertise sur demande du ministère de l’écologie et du développement durable), .
  • Alterre Bourgogne, Stockage naturel du carbone : état des lieux des connaissances et estimations régionales, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]