Valorisation des déchets

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En gestion des déchets, la valorisation des déchets ou revalorisation est un ensemble de procédés par lesquels on transforme un déchet matériel en un nouveau matériau. La valorisation des déchets est généralement considérée comme l'inverse du décyclage ou de la mise en décharge du contenu des poubelles. Dans son acceptation usuelle, la valorisation n'implique cependant pas la production de matériaux de qualité ou d'utilité supérieure, à l'inverse du surcyclage.

Fractions à traiter[modifier | modifier le code]

Traitement léger ou absence de traitement[modifier | modifier le code]

En l'absence de toute sélection ou tri à la source, les collectivités territoriales parlent d'ordures ménagères résiduelles (OMR)[1]. Du point de vue de celui qui analyse le contenu des poubelles ménagères sur le terrain, celles-ci posent un énorme problème de développement durable, la mauvaise habitude ayant été prise de les déverser sans aucun traitement dans des décharges. Au fil des années, ces décharges se sont appelées :

  • Centres de stockage et de déchets ultimes (CSDU) ;
  • ...
  • Installations de stockage de déchets non-dangereux (ISND).

L'ISDND est un simple changement de dénomination pour le CSDU. On trouve aussi la dénomination de « centre de stockage de déchets ménagers ou assimilés » (CSDMA). Ces installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) sont soumises à autorisation. Les décharges font maintenant l'objet d'une sévère réglementation. Les collectivités territoriales essaient de contourner la réglementation et provoquent de violentes réactions des riverains ou futurs riverains de ces dépôts d'ordures.

Traitement après tri à la source[modifier | modifier le code]

On peut distinguer deux fractions :

  • la fraction fermentescible des ordures ménagères (FFOM) ;
  • le reste ou fraction non-fermentescible des ordures ménagères (FNFOM).

Chaque fraction peut se subdiviser en sous-fractions qui reçoivent chacune un traitement différent selon leur nature.

Traitement de la FFOM[modifier | modifier le code]

La fraction fermentescible des ordures ménagères pose un gros problème de collecte. En effet, il est difficile de conserver plus de trois à quatre jours un bioseau de déchets fermentescibles sans qu'il se mette à dégager des odeurs pestilentielles. La FFOM est riche en eau et il convient de la déshydrater en la déversant dans des bacs spéciaux : les compostainers. Ce sont des conteneurs à double paroi, le bas interne se terminant par une paroi horizontale ajourée qui laisse s'écouler les lixiviats au fond du conteneur externe qui est ventilé. Des déchets peuvent se conserver plus de 15 jours dans ces bacs aérés sans dégager d'odeurs méphitiques.

La FFOM peut être traitée par :

La FFOM doit être issue de déchets ménagers organiques triés à la source et être exempte de toutes substances solide. Le compostage domestique est aisé à pratiquer en habitat individuel pourvu d'un jardin. Le compostage industriel est pratiqué dans des installations de grande taille appelées plateformes de compostage[2]. Plateformes de compostage ou usines de méthanisation font passer le FFOM dans des Bio-réacteurs stabilisateurs. Des déchets verts broyés sont mélangés à la FFOM ainsi que des débris de cartons. L'ajout de bois broyés tels que ceux des palettes est formellement déconseillé. Ces bois sont traités avec des biocides. Or, l'objectif final est d'obtenir un compost utilisable en agriculture.

Traitement de la FNFOM[modifier | modifier le code]

La fraction non-fermentescible des ordures ménagères (FNFOM ou RESTE) est considérée par les industriels du recyclage comme la plus intéressante économiquement (ÉCOEMBALLAGES par exemple).

Le tri à la source évite à la FFOM les souillures qui rendraient impropre à tout recyclage les composants de la FFOM.

Chaque composant va faire l'objet d'un traitement approprié. Par exemple, à Montpellier, la filière DEMETER recueille d'importants tonnages de cartons et papiers qui font l'objet d'un acheminement par camions vers le port de Barcelone. Des usines chinoises traitent ces ballots pour en tirer des papiers de qualité revendus dans le monde.

Nous citons les chiffres donnés par la communauté de communes de Montpellier (ODAM : chiffres de l'Agglo) :

« La revue Harmonie n° 240 publie des chiffres sur l'activité de recyclage de l'Agglomération de Montpellier. Chaque matin, ce sont près de 80 tonnes de déchets recyclables qui arrivent par camion au centre de tri Demeter à Montpellier. Les bouteilles et flacons représentent en moyenne 5 % de ces déchets. Ce sont 24 millions de bouteilles en plastique qui sont récupérées dans l'Agglomération chaque année, soit 1200 km de bouteilles alignées.

Mais ce n'est pas tout, en mars dans l'Agglo on a récupéré :

  • 1 668 tonnes de déchets recyclables ;
  • 182 tonnes de papier ;
  • 6 497 tonnes dans les Points propreté dont 400 tonnes de bois ;
  • 25 tonnes de déchets d'équipement électriques et électroniques ;
  • 46 tonnes chez les commerçants de l'Ecusson.

Qu'en pensez-vous, peut-on faire mieux? Ces chiffres vous paraissent-ils importants pour une agglomération de 400 000 habitants ? »

— ODAM

Les impostures écologiques[modifier | modifier le code]

Les unités de traitement des ordures ménagères ou UTOM ont été au centre des débats du Grenelle de l'environnement et des Grenelle régionaux, bien que les associations de défense de l'environnement agréées (CNIID, WWF, France-Nature environnement, etc.) aient dû se battre bec et ongles pour obtenir que le problème et ses solutions vraiment écologiques soient pris en compte et apparaissent dans les conclusions. Le problème vient de ce que les industriels de la branche ont conçu des unités de traitement des ordures ménagères (UTOM) basées sur une législation datant d'avant le Grenelle. Le vieux procédé de l'incinération (combattu par de nombreuses associations), l'utilisation de décharges monstrueuses (décharge du Thôt de Lattes-Montpellier), les projets comme celui de Fabrégues (Hérault, abandonné maintenant) et des réalisations calamiteuses (Amétyst, Montpellier) permettent de classer ces solutions « miracles » comme des impostures écologiques. La preuve en est donnée chaque jour aux riverains de ces ensembles ou de ceux à venir. Il existe pourtant des solutions sérieuses et des constructeurs expérimentés.

La valorisation énergétique[modifier | modifier le code]

L'expression « valorisation énergétique » est utilisée par les industriels pour désigner l'incinération des déchets ménagers. Dans son ouvrage, Dany Dietmann[3] qualifie ce procédé (le feu purificateur) :

« L'incinérateur n'est en fait qu'un gigantesque disperseur atmosphérique, doublé d'un redoutable synthétiseur de substances toxiques comme les dioxines »

— p. 40-41, Dany Dietmann

Une tonne de déchets ménagers incinérée demande la consommation de 6 tonnes d'air nécessaires pour fournir l'oxygène nécessaire à la combustion. Elle produit :

  • 6 640 kg de fumées dont 950 kg de CO2 (dioxyde de carbone) et divers COV, HAP, dioxines ;
  • 545 kg de déchets humides (lavage des fumées) ;
  • 320 kg de mâchefers ;
  • 40 kg de REFIOM (métaux lourds, dioxines, etc.),

soit 7 545 kg très toxiques en sortie à multiplier par le tonnage journalier, mensuel et annuel d'un tel UTOM ! Les filtrats des fumées et les mâchefers toxiques vont aller garnir les décharges de classe 1 ainsi que les décharges hydrauliques. Et la décharge atmosphérique ? Ce qui ne se voit pas n'est pas forcément inexistant.

La chaleur produite est volatile et ne peut être stockée, de même que l'électricité des moteurs de cogénération. Un bilan objectif du point de vue de l'environnement, effectué par les associations membres de commissions locales d'information et de surveillance (CLIS), montre que la pollution aux dioxines est effective[4]. Quel bénéfice exact ? L'intérêt écologique à long terme, face aux intérêts économiques à court-terme.

Le tri mécanobiologique[modifier | modifier le code]

Le tri mécanobiologique ou TMB est présenté par de grands industriels comme une alternative à la mise en place du tri sélectif ou tri citoyen à la source en vue du traitement des ordures ménagères résiduelles (OMR)[5]. Il existe actuellement une très vive controverse sur ce sujet. Les composts issus de FFOM extraite par TMB, malgré la norme NF U 44-051, sont considérés comme nocifs et inutilisables. Sur 15 sites de TMB français, seuls quatre produisent un compost répondant à la norme[6].

« Le défi à relever reviendrait à vouloir séparer le blanc d'oeuf du jaune après avoir battu les oeufs. »

— François Vasquez (2007), représentant l'Association des Riverains à la CLIS d'Amétyst (Montpellier)

Il existe des industriels compétents qui ont des réalisations plus ou moins performantes (Varennes-Jarcy, Barcelone, ...) et d'autres à qui on n'aurait pas dû confier un marché de réalisation (Amétyst, Montpellier). Le tri mécanobiologique est le plus souvent utilisé pour « stabiliser » des OMR en les débarrassant de la FFOM, le reste (la FNFOM) ou « stabilisat » étant destiné à être enfoui dans des ISDND. Les stabilisants sont assimilés à des déchets non-dangereux et ne devraient plus continuer à fermenter. Or, le plus souvent ils continuent leur fermentation, preuve qu'ils ne sont pas des déchets ultimes.

Les installations de stockages de déchets non dangereux (ISDND)[modifier | modifier le code]

Les législateurs du ministère chargé de l'environnement on fait disparaître l'appellation CSDU (Centres de stockage de déchets ultimes) et les ont rebaptisés Installations de stockage de déchets non dangereux. Ils ont escamoté le terme déchets ultimes qui a été très violemment contesté par les associations de défense de l'environnement. C'est un artifice de communication pour cacher le fait que la notion de déchet ultime est à géométrie variable et laisse la porte ouverte à tous les laxismes. Nous citons :

« Les décharges nommées dans un premier temps C.E.T. (Centres d'Enfouissement Techniques) et aujourd'hui, C.S.D.U (Centres de Stockage de Déchets Ultimes), sont des sujets à polémique avec les populations riveraines ; pestilences, trafic de poids-lourds, pollution de cours d'eau et de nappes aquifères, prolifération d'animaux ... »

— Dany Dietmann (2005), p. 57

Faut-il rendre plus explicite le cas de l'agglomération de Montpellier avec les levées de boucliers des villages de Fabrègues[7] et récemment des environs de Castries ? D'autres exemples ne sont pas difficiles à trouver. Les seuls risques de pollution de l'eau, ressource précieuse et en raréfaction possible, doivent inciter à plus de prudence. Il y a eu à l'ISDND GSM de Castries un débordement de lixiviats du casier no 1 qui laisse rêveur. Au départ, un tri à la source bien fait et généralisé est seul garant de ne plus mettre en décharge que des déchets inertes (classe 4) tels que des gravats.

C'est un objectif à atteindre : zéro déchet ultime (ZDU) ! Or, cet objectif est loin d'être dans les préoccupations de nombreux dirigeants de collectivités territoriales. Les ordures ménagères ne sont pas un sujet valorisant.

Réalisations industrielles[modifier | modifier le code]

Varennes-Jarcy et son UTOM[modifier | modifier le code]

Montpellier et son UTOM « Amétyst »[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On parle de poubelle grise à Montpellier, par exemple.
  2. Citons celle d'Aspiran dans l'Hérault qui traite les déchets de la communauté de communes du Centre-Hérault.
  3. op. cit. Danny Dietmann, 2005
  4. Affaire des œufs contaminés aux environs de Lunel, Hérault, en 2007
  5. Un problème que nous connaissons bien à Montpellier avec « Amétyst ».
  6. Norme NF-U-44-051
  7. Hérault : Fabrègues sauvé (PIG retiré), Quid pour Montblanc ?, 21 Février 2011, ACCID.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dany Dietmann, Déchets ménagers : Le Jardin des impostures,‎ 2005, 13,5x21,5, 162 p. (ISBN 2-7475-8070-9)
  • Inserm, CNRS, INRA et Min. Education Nationale, Gestion des déchets : Guide pour les établissements publics d’enseignement supérieur ou de recherche, [PDF], 194 p. (présentation en ligne)
  • René MOLETTA et al., La méthanisation, Tec&Doc, Lavoisier,‎ avril 2008, 16x25, relié, 532 p. (ISBN 978-2–7430-1036-2, présentation en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (es) « Ecoparque Montcada i Reixac : Centro Métropolitano n° 2 de procesamiento integral de basuras municipales », InfoEnviro, Madrid,‎ enero 2005 {a été traduit en français par Raymond GIMILIO}

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]