Microplastique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Une partie des microplastiques provient de la fragmentation des macrodéchets de plastiques. S'y ajoutent les microbilles qui ont déjà la taille du plancton et peuvent donc être ingérées par de petits animaux (crustacés, escargots aquatiques, moules, huîtres, poissonsetc.).
Petits morceaux de polyéthylène trouvé dans une pâte dentifrice. Des microbilles de polyéthylène ou des micropastiques sont ajoutés par leurs fabricants à certains dentifrices, respectivement comme abrasif de la plaque dentaire et exfoliant de la gencive ; et/ou comme colorant[1].
Paillettes plastiques (Glitter) colorant un vernis à ongles.
« Paillettes » de pastique coloré ou métallisées, introduites dans de nombreux objets décoratifs.
Après le lavage, ces paillettes de plastique finiront dans l’égout et probablement dans un cours d’eau ou la mer.
Tubes de paillettes de plastique coloré et métallisé, non biodégradable.
Rouge à lèvres contenant des micropaillettes métallisées et probablement des microbilles de plastique.
Les bâches plastiques dégradées peuvent être source de microplastiques.
Un grand nombre de jouets en plastique (ou leur morceaux) finissent en mer, et parfois dans l’estomac d'oiseaux marins qui en meurent (albatros notamment, voir ci-dessous).
Albatros (Phoebastria immutabilis) mort de faim, l'estomac plein de plastique. En raison d'une « fausse satiété » induite par un estomac plein, l'animal cesse de se nourrir. Et les puissants sucs digestifs de son estomac ne peuvent détruire le plastique.
En 2012, 93 % des fulmars boréaux (oiseaux marins migrateurs de la même famille que l'albatros) échoués ou morts sur le littoral de l'Orégon, puis autopsiés, avaient les intestins remplis de plastique. L'un d'entre eux avaient 454 morceaux de plastique dans l'estomac[2]. En 2012, 260 autres espèces marines étaient connues pour mourir de cette façon.

Le terme « microplastique » désigne depuis quelques années les petites particules de matière plastique dispersées dans l'environnement, qui sont devenues un sujet de préoccupation quand elles s'accumulent dans les cours d'eau, lacs et l'environnement marin. Il peut s'agir de fragments d'objets en plastique ou de microbilles de plastique de plus en plus utilisées par l'industrie et dans les cosmétiques depuis quelques années[3].

Leurs impacts (locaux et globaux, immédiats et/ou différés) sont encore mal cernés et ne font l'objet d'études que depuis le début des années 2000. Ils ne semblent pas avoir d'effets directs sur la santé humaine, mais pourraient avoir des effets indirects.

Un rapport[4] récent (2017) de l'UICN montre que la gestion et réduction des macrodéchets plastiques est nécessaire et urgente, mais que même si elle était totalement efficace, elle ne réglerait que la partie la plus visible du problème[4]. Les appels récents à interdire l'utilisation de microbilles dans les cosmétiques sont bienvenus selon l'UICN, mais ces microbilles ne sont que 2% de la source des microplastiques primaires. L'UICN appelle donc la R&D des entreprises, l'écoconception et la législation à évoluer pour prendre en compte la production primaire de microplastiques notamment ceux issus du lavage des textiles synthétiques et de l'usure des pneus, invitant les consommateurs à agir en choisissant des tissus naturels plutôt que synthétiques[4].

Une campagne mondiale #CleanSeas a été lancée à l'occasion du quatrième sommet mondial des océans (Bali, 23 février 2017). Elle invite les gouvernements et les entreprises à interdire les micro-plastiques dans les produits cosmétiques, à taxer les sacs en plastique et à limiter l'utilisation d'autres articles jetables. Dix pays se sont alors engagés à agir[5].

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

Leur définition varie selon les auteurs et chercheurs.

Pour certains ce sont toutes les particules uniquement composées de plastique et plus petites que 1 mm[6].

D'autres portent la limite de taille à 5 mm[3],[7].

Concernant la limite inférieure de taille, on retient souvent dans cette catégorie toutes les particules d'une taille comparable au neuston (c'est-à-dire captées par un filet à neuston dont les maille mesurent 333 µm[8].

Les particules nanométriques sont les « nanoplastiques », très difficile à identifier, qui pourraient poser des problèmes sanitaires et environnementaux différents, en raison des propriétés particulières des nanoparticules.

On distingue les microplastiques primaires et secondaires. Ces derniers sont issus de la dégradation de plus grand morceaux de plastiques sous l’effet conjugué de l'oxygène, des UV, de la chaleur, d'actions mécaniques ou de l'activité biologique[9].

« Sources » (provenances) et « puits »[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Ces déchets surtout retrouvés dans certains sols (débris de billes de polystyrène expansé), sédiments et en mer proviennent pour la plupart d'apport terrigènes (plastiques apportés en mer par les fleuves ou par le vent) et pour certains directement apparus dans les eaux marines à partir de la dégradation de filets, fil de pêche et autres engins de pêche, de toiles et bâches synthétique, de pelliculages plastiques ou de morceaux d'emballages et objets divers jetés ou perdus en mer, épaves, etc.
Les pluies d'orages, les inondations et grands tsunamis sont également source d'apports en mer de grandes quantités de plastiques.

Une partie importante des fibres synthétiques de moins de 1 mm en suspension dans l'eau et trouvées dans l'estomac de nombreux animaux provient de l'usure ou de la fragmentation des fils synthétiques, de textiles synthétiques et aussi de la dégradation de tissus non-tissés. Ils sont notamment introduits dans l'eau via les lessives domestiques ou industrielles[10]. Il s'agit par exemple de fragments de polyester, de polyéthylène, d'acrylique, d'élastane, etc.[11],[12]). Le lavage des vêtements et tissus synthétiques et la conduite sur route sont deux source de pollution de l'océan mondial qui avait été sous-estimées. Ces particules invisibles à l'oeil nu constituent en 2017 jusqu’à un tiers (15 à 31 % des 9,5 millions de tonnes déchets marins en plastique et autres polymères rejetées chaque année, selon un rapport qui a porté sur sept régions géographiques marines (publié le 22 février 2017 par l'UICN[4]).
Ils sont devenus la première source de microplastiques dans les régions du monde développé bénéficiant d'une gestion efficace des macrodéchets (comme en Amérique du Nord et en Europe)[4]. Les textiles en fibres synthétiques sont la principale source primaire de microplastique en Asie alors qu'il s'agit de la pollution routière par les pneus en Amériques, Europe et Asie centrale[4].

Puits[modifier | modifier le code]

Les puits « environnementaux » de plastique sont principalement les sédiments, les mers fermées et les lacs et surtout les océans et en leur sein les animaux filtreurs.

Dans tous ces milieux, distribution et l'abondance des microplastiques ont augmenté rapidement, globalement et de façon constante depuis deux décennies, de manière corrélée avec l'augmentation de la consommation de plastique dans le monde[3].

On ignore dans quelle mesure ces puits sont définitifs (inclusion dans les futurs substrats géologiques) et dans quelle mesure les embruns, les oiseaux marins, les poissons migrateurs et les animaux pêchés ou chassés par l'homme peuvent les réintroduire dans la chaîne alimentaire humaine, éventuellement sous forme de « nanoplastiques » très difficiles à détecter.

Éléments de classification[modifier | modifier le code]

On distingue des « microplastiques primaires » et « secondaires » (qui se forment dans l'environnement à la suite des ruptures et dégradations des premiers, notamment en mer où une dégradation photochimique activée par les UV solaires (UV-B en particulier) et le mouvement des vagues font que les plastiques se brisent en fragments de plus en plus petits[3].

Même des plastics très denses et durs, et chimiquement traités contre les UV par ajout d'additifs à base de plomb ou cadmium (jusqu'à 50 % du poids de certaines menuiseries PVC) ne résistent pas à l'abrasion lorsqu'ils sont roulés par les vagues dans les galets ou sur les plages de sable ou gravier.

Il n'y a pas encore de classification standardisée, mais ces « microplastiques » peuvent être classés :

  • selon leurs usages originaux ;
  • selon leur taille : de 5 à 1 000 μm (1 mm), typiquement ; et généralement 10 à 150 μm pour les cosmétiques[13] ;
  • selon leur densité (qui fera qu'ils couleront, flotteront (microbilles expansées) ou voyageront entre deux eaux) ;
  • selon leur matériau (type de polymère qui les compose) ;
  • selon leur forme (bille lisse ou rugueuse, plaque, fil, forme d'aiguille, filiforme, anguleuse ou douce, etc.) ;
  • selon leur structure (homogène, pleine ou creuse. On trouve de plus en plus de microbilles creuses, très légères car contenant à l'origine un gaz (isobutane, isopentane ou de l’air)[13]) qui en font un thermoplastique expansible (ex. : microsphères thermoplastiques expansibles Expancel produites par le groupe industriel Kemanord Plast) ; susceptibles d'être retrouvées dans certains produits cosmétiques (ex. : billes de 100 à 250 μm brevetées comme agent exfoliant par L'Oréal[13]) ;
  • selon certaines de leurs propriétés vis à vis de l'eau (hydrophobes ou hydrofuges, polymères hydratés ou secs[13]) ;
  • selon ce qu'ils contiennent (colorant, métaux, métalloïdes et autres additifs) ;
  • selon qu'ils aient ou non fait l'objet d'un traitement de surface (coating) ;
  • selon certaines propriétés spéciales (magnétiques, élastique, etc.).

Composition chimique[modifier | modifier le code]

Ils sont faits de monomères polymérisés.

Les monomères : ils sont généralement dérivés du pétrole, mais peuvent aussi l'être du gaz naturel ou potentiellement du charbon (via la carbochimie)[14],[15],[16].

Les microplastiques primaires : ils sont en 2014 abondamment présents dans de nombreux produits. Dans les produits cosmétiques, il s'agit presque toujours de polyéthylène pur, de polyisotéréphtalate d'éthylène ou de polytéréphtalate d'éthylène (autorisés par la FDA pour le contact alimentaire, et ne contenant pas de phtalates contrairement à ce que leur nom invite à penser). Plus rarement, il s'agit d'acrylonitrile ou de chlorure de vinylidène, et contenant parfois des traces de métaux lourds ou des dérivés de chlorure de vinylidène et d'acrylonitrile ou de monomères d'acrylique (ex. : acrylate de méthyle ou acrylate d'éthyle ou méthacrylate) ou de monomères de styrène (ex. : α-méthylstyrène ou styrène simple[13]).

Les microbilles de plastique creuses, expansées ou expansives contiennent un gaz (hydrocarbure ou air en général).

Certaines (paillettes colorées, composites, ou métallisées notamment) contiennent des métaux, des métalloïdes et/ou divers additifs.

Certaines ont subi un traitement de surface (leur donnant un aspect nacré par exemple), ou contiennent des additifs techniques dans leur masse.

Les plastiques souples (et donc leurs fragments) contiennent souvent des phtalates.

Usages originels[modifier | modifier le code]

les microplastiques sont originellement conçus et fabriqués pour répondre à certaines fonctions, par exemple :

  • des abrasifs industriels ;
  • des exfoliants (cosmétiques) ;
  • des précurseurs pour la plasturgie (pellets dits de résine ou larmes de sirène ;
  • des charges (ex. : billes de polystyrène expansé ajoutées à la terre par les horticulteurs, microbilles ajoutées à d'autres matériaux plastiques ou aux cosmétiques pour les alléger, les texturer) ;
  • des microbilles creuses isolantes, ou élastiques et amortissant les chocs, etc.

Prise de conscience[modifier | modifier le code]

En 1980, des chercheurs de l'université d'Alaska s'inquiètent du fait que l'estomac d'un nombre croissant d'oiseaux morts en Alaska contient du plastique. Une première étude rétrospective conclut que 58 % des cadavres ramassés entre 1969 et 1977 avaient mangé des objets en plastique ou des fragments de plastique.

Dans les décennies qui suivent (surtout depuis les années 1990), divers navigateurs, scientifiques, associatifs, cinéastes et médias ont d'abord ponctuellement attiré l'attention sur des phénomènes d'accumulation de macroplastiques, puis de microplastiques sur les berges, plages et fond de divers milieux sur la planète, même loin des zones habitées et industrielles. Dans les années 2000, plusieurs articles scientifique et de presse alertent quant aux enjeux nouveaux et au phénomène émergent du problème[17].

Lors du premier atelier international de recherche consacré aux effets et devenir des débris marins de microplastiques (à l'université de Washington, du 9 au 11 septembre 2008), les scientifiques présents ont unanimement convenu que l'accumulation constatée de microplastiques dans les eaux marines est préoccupante notamment en raison :

  • d'une présence croissante et de mieux en mieux documentée de microplastiques dans le milieu marin ;
  • de longs temps de séjour de ces particules (et donc d'une probable accumulation de particules de plus en plus petites, éventuellement capables d'adsorber des quantités significatives d'autres polluants ou d'en désorber) ;
  • de leur ingestion démontrée par de nombreux organismes marins.

Jusqu'alors, la recherche avait surtout porté sur les macrodéchets flottants ou échoués de plastique, et il était déjà largement reconnu que de nombreux animaux mourraient par suffocation piégés dans des enchevêtrement de filets et débris flottants ou entre deux-eaux, ainsi qu'à la suite de l'ingestion de sacs plastiques ou d'objets en plastique qui ont souvent conduit à la mort et à des échouages. Ces faits ont notamment été démontrés par des autopsies ou par l'examen de cadavres.

Puis des microplastiques plus discrets (< 5 mm ou < 1 mm) mais nombreux ont été trouvés dans les tractus digestifs d'un nombre croissant d'animaux se nourrissant en filtrant l'eau tels que des vers arénicoles (Arenicola marina), les moules, huîtres et certains escargots aquatiques, des crustacés (crabes, crevettes, langoustines, etc.) mais aussi des poissons, des oiseaux, et des mammifères marins, montrant que tout le réseau trophique est concerné, ainsi donc qu'une partie de la chaîne alimentaire humaine, ce qui a soulevé de sérieuses inquiétudes chez les scientifiques, pêcheurs, associations environnementales et de nombreux citoyens.

Enjeux sanitaires[modifier | modifier le code]

Les effets directs et indirects de l'ingestion de ces microplastiques sur la santé sont encore inconnus[3]. En raison de leur taille, les microplastiques sont plus biodisponibles. Ils sont par exemple ingérables par des détrivores ou des planctophages[9].

Enjeux écologiques[modifier | modifier le code]

Du point de vue vétérinaire et écosystémique, les effets connus et possibles des microplastiques ingérés par des organismes supérieurs (marins ou semi-aquatiques, ou prédateurs d'animaux ayant consommé du plastique) sont notamment :

  1. le blocage physique de la fonction digestive ou de certains organes de l'appareil digestif (c'est une cause fréquente de mortalité chez les grands oiseaux marins) ; Certains animaux cessent de manger et meurent en raison d'une « fausse satiété » sensation trompeuse causée par le fait que l'estomac est rempli d'objets en plastique que les sucs digestifs ne peuvent détruire ;
  2. modifications comportementales et diminution des aptitudes physiques : deux chercheurs suédois de l'Université d'Uppsala [18] ont utilisé la perche européenne comme modèle animal, en les exposant expérimentalement à des niveaux de microplastique semblables à ceux trouvés dans l'environnement aux stades œuf, alevins et jeune ; Les perches s'en sont montrées affectées à tous les stades : en présence d'une nourriture normale et habituelle (plancton) et de minuscules particules de plastique, des larves de perche ont souvent et étonnamment préféré ingérer les microplastiques plutôt que leur vraie nourriture. L'exposition à des particules de 90 µm diminue la croissance des larves de perches, qui pour la plupart n’atteignaient pas leur taille adulte[19]. Les poissons exposés à ces matériaux pendant leur développement montraient un retard de croissance et présentent des modifications du comportement et une mortalité accrue (ainsi 46 % des larves placées dans des bassins d'eau normale survivaient près 24 h en présence d'un prédateur (brochet) alors que dans la même eau avec des microplastiques, 100 % des larves se laissaient manger par les brochets en seulement 16 h)[19]. Les larves élevées en présence de concentration élevée de microplastiques perdent leur comportement naturel de fuite ou d'immobilisation quand elles étaient exposées à des signaux d'alarme provenant d'autres animaux. Même au stade œuf, la présence de microplastique dans l'eau a un effet négatif (alors que 96 % des œufs fertilisés éclosaient dans une eau normale, ils n'étaient plus que 81 % à survivre dans l'eau contenant des microplastiques. Les auteurs en déduisent que cette pollution par le plastique n'est probablement pas sans conséquences sur la survie des poissons en général, car depuis la fin de cette étude, ils ont exposé d'autres espèces à ce même polluant, avec des résultats similaires selon Reuters[20].
  3. intoxication chronique, à la suite de la désorption d'additifs chimiques du plastique, ou de substances toxiques préalablement adsorbées à la surface du plastique durant son trajet dans l'environnement ;
  4. les débris de plastique forment parfois des « radeaux » non biodégradables capables de traverser des océans en quelques mois ou d'y subsister durant des années ou décennies. Il a été démontré qu'ils peuvent servir de support pour la dispersion d'espèces exotiques, éventuellement susceptibles de devenir invasive dans leur lieu d'arrivée[21]. Or les phénomènes d'invasion biologiques sont maintenant reconnus comme étant l'une des cinq grandes causes d'effondrement de la biodiversité, mettant notamment en danger la biodiversité marine dans le monde. Environ la moitié de la matière plastique introduite dans le milieu marin est susceptible d'être durant un certain temps en mouvement, mais après un certain temps, les objets de taille moyenne peuvent être alourdis par le fooling et notamment la croissance de coquillages fixés. Ils peuvent alors couler et rejoindre le fond (avec les goudrons et autres polluants qu'ils auront éventuellement adsorbés).

Les microplastiques comme support de polluants organiques persistants (POPs)[modifier | modifier le code]

Plus un plastique est poreux, fendu, pelliculé ou fragmenté, plus sa surface développée grandit, et plus il peut interagir avec son environnement, et en particulier adsorber ou absorber ou relarguer des composants présents dans son environnement.

Les nappes d'hydrocarbures (issues de marées noires, de dégazage, ou de fuites d'installations pétrolières ou gazières offshore) sont nombreuses en mer. Les plastiques flottants peuvent ainsi adsorber des hydrocarbures et encore plus facilement adsorber d'autres « polluants organiques persistants »[22] tels que les polychlorobiphényles (PCBs), dioxines et composés de type DDT.

Les effets de l'ingestion chronique de microplastiques ainsi « pollués » sont encore inconnus[23], mais plusieurs études suggèrent qu'il existe là une porte d'entrée potentielle vers le réseau trophique. Parmi les sujets de préoccupation figurent les métaux et additifs chimiques ajoutés à certains plastiques lors de leur fabrication, dont on peut penser qu'ils seront d'autant plus facilement relargués que le plastique sera fragmenté, et en présence de sucs digestifs acides, pouvant alors avoir des effets délétères sur les organismes et éventuellement indirectement sur le réseau trophique, les réseaux écologiques et les écosystèmes, via des effets toxiques connus (pour le plomb par exemple) ou encore mal compris à de très faibles doses (perturbation endocrinienne pouvant notamment induire des changements de sexe (imposex) et/ou affecter les capacités de reproductive de nombreuses espèces, y compris humaine[24]).

Aux niveaux actuels de concentration dans l'océan ouvert, les microplastiques semblent peu susceptibles de constituer un réservoir géochimique de POPs majeur à échelle mondiale, mais leur présence augmente rapidement, et leur rôle à des échelles régionales (dans les soupes de plastique accumulées dans les grands gyres océaniques, ou en aval de zones polluées) est jugé préoccupant.
Ils peuvent notamment jouer un rôle de support mobile et de réservoir de polluants, en particulier à proximité ou en aval de certains fleuves et canaux, dans certaines lagunes et partout en aval des rejets des grandes zones industrielles et des méga-villes ou en aval de territoires agricoles utilisant beaucoup de bâches plastiques ou toiles de non-tissés. De premières cartographies du risque ont été récemment publiées sur la base de modèles courantologiques mathématiques.

Exemples de POPs détectés dans l'océan et susceptibles de s'adsorber sur des microplastiques (liste incomplète) :

Produits issus de la chimie organique de synthèse, détectés dans l'océan
Nom Effets sanitaires principaux
Aldicarbe (Temik) Hautement toxique pour le système nerveux.
Benzène Provoque des dégâts aux chromosomes, des leucémies, anémie et désordres du systèmes sanguin.
Chlorure de vinyle Dégâts au foie, rein et poumons, problèmes cardiovasculaires et gastrointestinauxl  ; cancérigène et mutagène suspecté.
Chloroforme Dégâts sur le foie et les reins ; cancérigène suspecté.
Dioxines Cancérigène et mutagène, et effets dermatologiques.
Dibromure d'éthylène (EDB) Cancer et stérilité masculine.
Polychlorobiphényles (PCBs) Dégâts au foie, rein et poumons, etc.
Tétrachlorure de carbone Cancérigène, et affecte le foie,les reins, les poumons et le système nerveux central.
Trichloroéthylène (TCE) À haute dose, endommage le foie, les rein, le système nerveux central et la peau. Cancérigène et mutagène suspecté.

Des nanoplastiques et nanoparticules d'autres polymères dans l'environnement ?[modifier | modifier le code]

Notamment dans le zones où les microplastiques sont soumis à l'abrasion, ils finissent par produire des particules encore plus fines (nanoplastiques), dont les effets ne semblent pas encore avoir été scientifiquement explorés.

Il s'ajoutent aux particules tout aussi invisibles à l’œil nu issues de l'usure des peintures marines, des marquages routiers et de milliards de pneus en caoutchouc synthétiques au contact des routes.

Vers des alternatives ?[modifier | modifier le code]

Si la plupart des polymères à base de pétrole sont non biodégradable ou très peu biodégradables, de nombreux polymères naturel le sont. Certains industriels cherchent à les étudier et parfois à les copier (biomimétique) pour les intégrer dans la production de matériaux biodégradables similaires aux plastiques actuels.

Leurs propriétés durant la phase de dégradation dans l'environnement, exigent cependant encore un examen détaillé avant le développement d'une large utilisation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. North Sea Foundation, Marine Conservation Society, Seas At Risk & Plastic Soup Foundation (2012), Micro plastics in personal care products, Position paper, août 2012
  2. Seabirds on B.C., Washington, Oregon coast eating bellyfuls of plastic, article du Globe and Mail : Vancouver — The Canadian Press, 2012-7-4 (consulté le 2014-12-24)
  3. a, b, c, d et e Moore C.J (2008), Synthetic polymers in the marine environment: A rapidly increasing, long-term threat, Environmental Research, 108(2), p. 131–139
  4. a, b, c, d, e et f Boucher J & Friot D (2017), Primary microplastics in the oceans Complete Title: Primary microplastics in the oceans : a global evaluation of sources, IUCN, Global Marine and Polar Programme ; Gland (Suisse) ; 43p. : ill., cartes ; (ISBN 978-2-8317-1827-9)
  5. Nature : Space tourists, nerve agent and the queen of carbon ; The week in science: 24 February–1 March 2017. ; publié 1er mars 2017
  6. Browne, Mark A: Ingested microscopic plastic translocates to the circulatory system of the mussel, Mytilus edulis (L.), Environ. Sci. Technol., 42(13), p. 5026–5031, 2008
  7. (en) Arthur, C. and J. Baker, Technical Memorandum NOS-OR&R-39 : Proceedings of the Second Research Workshop on Microplastic Marine Debris, National Oceanic and Atmospheric Administration,
  8. Moore, C J, A comparison of plastic and plankton in the North Pacific central gyre, Marine Pollution Bulletin 42(12), p. 1297–1300, 2001
  9. a et b Faure F. et De Alencastro F., « Microplastiques : Situation dans les eaux de surface en Suisse », Aqua & Gas, no 4,‎ , pp. 72 - 77
  10. Accumulation of Microplastic on Shorelines Woldwide: Sources and Sinks, Environ. Sci. Technol. 45 (21): 9175–9179, DOI:10.1021/es201811s (consulté le 27 janvier 2012).
  11. Essel R, Engel L, Carus M & Ahrens R.H (2015) Sources of microplastics relevant to marine protection in Germany, pdf : www umweltbundesamt de/ publikationen/sources-of-microplastics-relevant-to-marine, 45pp
  12. Magnuson K, Eliason K, Frane A, Haikonen K, Hulten J, Olshammar M, Stadmark J & Voisin A (2016) Swedish sources and pathways for microplastics to the marine environment www.ivl.se/webdav/files/Rapporter/C183.pdf
  13. a, b, c, d et e Bara I. et Mellul M. (1997), New cosmetic or dermopharmaceutical compositions in the form of aqueous gels modified by the addition of expanded microspheres, brevet déposé pour L'Oréal par Isabelle Bara et Myriam Mellul, U.S. Patent no 5,593,680, Washington, DC : U.S. Patent and Trademark Office, publié le 14 janvier 1997
  14. J.G.B. Derraik (2002), The pollution of the marine environment by plastic debris: a review, Marine Pollution Bulletin, 44 (2002), p. 842–852
  15. L.M. Rios, C. Moore, P.R. Jones (2007), Persistent organic pollutants carried by synthetic polymers in the ocean environment, Marine Pollution Bulletin, 54, p. 1230–1237
  16. R.C. Thompson, S.H. Swan, C.J. Moore, F.S. vom Saal (2009), Our plastic age, Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 364, p. 1973–1976
  17. News de Science Daily, 'Microplastics' may pose previously unrecognized pollution threat, 2007-11-2
  18. Oona Lönnstedt et Peter Eklöv
  19. a et b Marine science Plastic pollution hurts perch ; Nature 534, 155 (09 juin 2016) doi:10.1038/534155a , mis en ligne le 08 June 2016, consulté le 14 juin 2016
  20. Oceanic plastic pollution ‘hurts fish’s breeding and self-protection ability’, Communiqué Reuters (d'après une étude publiée dans Sciences 352, 1213-1216 ; 2016), 4 juin 2016, consulté 14 juin 2016 (ici repris par le journal The National UAE)
  21. M.R. Gregory (2009), Environmental implications of plastic debris in marine settings: entanglement, ingestion, smothering, hangers-on, hitch-hiking and alien invasions, Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 364, p. 2013–2025
  22. Mato Y (2001), Plastic resin pellets as a transport medium for toxic chemicals in the marine environment, Environ. Sci. Technol. 35(2), p. 318–324
  23. Derraik, José G, The pollution of the marine environment by plastic debris: a review, Marine Pollution Bulletin, 44(9), p. 842–852, 2002 ; Teuten, E L, Transport and release of chemicals from plastics to the environment and to wildlife, Philosophical Transactions of the Royal Society B – Biological Sciences, 364(1526), p. 2027–2045, 2009
  24. Derraik, José G (2009), The pollution of the marine environment by plastic debris: a review, Marine Pollution Bulletin, 44(9), p. 842–852, 2002 ; Teuten, E L, Transport and release of chemicals from plastics to the environment and to wildlife, Philosophical Transactions of the Royal Society B – Biological Sciences, 364(1526), p. 2027–2045

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]