Sargassum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Forme libre de Sargasse, en Atlantique

La Sargasse, Sargassum, est un genre d'algues brunes de la famille des Sargassaceae.

Description[modifier | modifier le code]

Ses frondes peuvent atteindre plusieurs mètres de long (jusqu'à 12 mètres pour certaines espèces tropicales). Elle peut être fixée au fond par un thalle dit « coriace », mais certaines Sargasses vivent parfois de manière exclusivement flottante ; principalement dans la mer du même nom, dans l'océan Atlantique.

Selon l'hydrographe et météorologiste du XIXe siècle Matthew Fontaine Maury, auteur de la Géographie physique de la mer, le nom de sargasse vient du mot espagnol sargazo[1]qui signifie varech. Il décrit les Sargasses comme un « varech-nageur » et « porte-baie », qui forme principalement le « banc immense » de la mer des Sargasses par concentration des algues par les courants circulaires de l'Atlantique.

Jules Verne dans 20 000 lieues sous les mers fait dire à son héros qu'il partage l’opinion de Maury, et qu'il en a « pu étudier le phénomène dans ce milieu spécial où les navires pénètrent rarement. Au-dessus de nous flottaient des corps de toute provenance, entassés au milieu de ces herbes brunâtres, des troncs d’arbres arrachés aux Andes ou aux montagnes Rocheuses et flottés par l’Amazone ou le Mississippi, de nombreuses épaves, des restes de quilles ou de carènes, des bordages défoncés et tellement alourdis par les coquilles et les anatifes qu’ils ne pouvaient remonter à la surface de l’Océan. Et le temps justifiera un jour cette autre opinion de Maury, que ces matières, ainsi accumulées pendant des siècles, se minéraliseront sous l’action des eaux et formeront alors d’inépuisables houillères. Réserve précieuse que prépare la prévoyante nature pour ce moment où les hommes auront épuisé les mines des continents. »

Il existe plusieurs dizaines d'espèces de Sargasses, qui font toutes partie des fucales, algues qui - pour des raisons mal comprises- sont (pour la plupart des espèces) en forte et rapide régression depuis la fin du XXe siècle sur le littoral européen (et notamment en France). Mais on ignore l'évolution et l'état des populations libres de la mer des Sargasses, qui pourraient aussi pâtir des nombreux déchets jetés en mer.

Les Sargasses, qu'elles soient dérivantes ou fixées à un substrat sont dans tous les cas maintenues en surface ou près de la surface par des flotteurs dits « pneumatocytes » (sphères remplies d'un gaz produit par l'algue).

C'est sous la mer des Sargasses que les anguilles (dont l'Anguille d'Europe) sont réputées venir (à grande profondeur) pondre leurs milliards d'œufs, qui y donnent naissance à des larves abondantes qui se transformeront en civelles avant de rejoindre les eaux douces où elles passeront leurs vies jusqu'à la maturité sexuelle qui les ramènera vers les Sargasses.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Elle semble surtout se faire par fragmentation des touffes, par multiplication végétative, mais des ovogonies (cellules souches de la lignée germinale) et des anthéridies existent dans des organes spécialisés[2].

Structures coloniales dérivantes[modifier | modifier le code]

La plupart des Sargasses sont dites holopélagiques, c'est à dire qu'elles se développent à la surface de l'eau et que l'intégralité de leur cycle de vie se fait en pleine mer. Elles n'ont pas besoin de s'accrocher à un substrat dur. Leurs flotteurs, appelés pneumatocytes, maintiennent les frondes de sargasses en surface, renforçant leurs capacités de photosynthèse et bioproductivité. Beaucoup de sargasses ont une texture rugueuse et un mucus un collant (protecteur contre les ultraviolets solaires) qui les rassemblent en amas flottant, formant parfois des radeaux végétaux, solides, mais souples, adaptés aux mouvements de houle et aux forts courants marins. Ces masses dérivantes, lorsqu'elles sont importantes, constituent un habitat et un refuge pour de nombreux invertébrés (145 espèces) et vertébrés marins (127 espèces) ainsi que pour dix espèces endémiques (Historio historio, Planes minutes ...) qu'on ne trouve nulle part ailleurs et sont capables de pratiquer le biomimétisme afin de se camoufler dans ces "forêts d'algues"[3],[4].

Historique[modifier | modifier le code]

L'archipel des Keys (Floride) et ses environ 1 700 îles sont connus pour leurs populations côtières particulièrement denses de Sargasses, ainsi que pour des radeaux flottants d'algues (Gulfweed, décrites par Christophe Colomb).

Des auteurs anciens ont évoqué une mer des Sargasses constituée d'immenses tapis d'algues rendant la navigation presque impossible, piégeant les navires qui s'y aventuraient. Soit ces descriptions ont été fortement exagérées à partir de témoignages très locaux, soit elles relevaient d'une pure invention romanesque, soit ces algues ont depuis régressé[5] et cette mer n'existe plus.

Marées brunes[modifier | modifier le code]

Depuis 2011, les Caraïbes font face à une invasion et une prolifération de Sargassum fluitans et Sargassum natans qui viennent s’échouer sur les côtes en grande quantité[6],[7],[8],[9]. La Guadeloupe estime entre 20 000 et 40 000 tonnes de sargasses viennent s’échouer sur le littoral[10].

Contrairement à ce qui été supposé au départ[11], ces grands bancs d’algues qui s’échouent aux Antilles ne proviennent pas de la Mer des Sargasses mais du golfe de l’Amazone[12]. Ces proliférations seraient dues à un apport de nutriments (phosphate, nitrate) causés par une agriculture intensive et un lessivage des sols plus importants suite à la déforestation intensive. De plus la destruction de la mangrove à l’embouchure du fleuve permet un relargage direct dans l’océan, conduisant ainsi à la création d’un écosystème favorable au développement des sargasses. Le phénomène de brumes du Sahara, poussières riches en fer et phosphates transportées par le vent, pourrait favoriser le développement de ces radeaux en route vers les Caraïbes.  

Ce phénomène a des conséquences économiques importantes. En effet il affecte directement le tourisme qui représente 98% de l’économie des Antilles, car il oblige à fermer l’accès à certaines plages et incommode les touristes. Les marées brunes ont aussi un impact sur la pêche. Les grands bancs d’algues, en venant s’échouer conduisent à la formation de zones anoxiques causant la mort de nombreuses espèces de poissons. De plus, ces algues affectent l’écosystème en empêchant l’accès à la plage aux tortues venant pondre, et empêche les tortues juvéniles de rejoindre la mer. Mais ce phénomène de marées brunes cause aussi des problèmes sanitaires important. En effet, la population locale se plaint d’irritation des yeux, de la gorge, des oreilles, ainsi que de nausées, causés par le H2S, sulfure d’hydrogène qui est un poison bloquant la respiration cellulaire à forte concentration. La baignade dans des bancs de sargasses peut causer des démangeaisons cutanées due à la présence d’un hydraire (Aglaophenia sp). Enfin, le ramassage de ces bancs d’algues échouées demande une main d’oeuvre abondante si celui-ci se fait à la main ou de grands moyens financiers si des engins terrassement sont utilisés.

Depuis que la source d’origine des sargasses dans les Caraïbes est connue, et qu’un suivi satellitaire à été mis en place des systèmes de collecte en mer ont été déployés. Utilisation de barrages et de bateaux de ramassage[13]. Ce problème ne touche pas que les Antilles, en effet depuis 2011 des phénomènes semblables ont été observés sur les côtes Africaines (Benin et Sierra Léone) ainsi qu’au Texas et Mexique.

Invasives[modifier | modifier le code]

Certaines Sargasses présentent des propriétés susceptibles d'en faire des espèces invasives lorsqu'elles sont introduites hors de leur biotope d'origine[14],[15]. Elles possèdent une résistance, un taux de croissance rapide, un taux de reproduction élevé et une forte capacité de propagation végétative. Les morceaux hachés par les hélices redonnent de nouvelles algues d'une excellente aptitude à la dérive sur de longues distance.

Sargassum muticum par exemple, a été introduite en Europe à partir du Japon (par exemple détectée en 1995 à Strangford Lough (Comté de Down, Irlande du Nord) après importation d'huîtres de Guernesey, elles-mêmes introduites à partir du Japon. Des spécimens d'herbiers sont désormais stockés dans l'Ulster Museum (BEL numéros de catalogue: F11241 - F11242; F11182 - F11185). L'espèce a été trouvée dans les îles Britanniques dans l'île de Wight en 1973. On pense qu'elle a gagné le monde entier avec le transport et l'introduction des huitres japonaises dans diverses parties du monde, dont en France. Sans herbivores hors de son biotope d'origine, elle peut former de vastes tapis qui éliminent les espèces locales, colmatent des aires de plongées, plaisir ou plaisance, gênent la pêche, bouchent les prises d'eaux de navires, piègent des débris, etc.

Usages[modifier | modifier le code]

Certaines espèces de Sargasses sont cultivées et utilisées en phytothérapie, notamment par les herboristes chinois qui la prescrivent souvent en poudre, et la vendent en sachets de papier de 0,5 g, à diluer dans de l'eau chaude et à boire comme un thé, en recommandant le cas échéant d'enlever l'excès de mucus qui se formerait sur la boisson. Lorsqu'elles sont vendues dans cette application, elles sont communément appelées algues Sargassum Tea.

Aux Antilles, on envisage également d'utiliser les algues Sargasses pour enrichir le compost par apport de potasse. Des projets de valorisation de ces algues sont envisagés[16],[17], utilisation comme source de biofuels, ensilage, source d’alginates pour l’industrie agro-alimentaire ainsi que pour la création de bioplastique. De plus, la valorisation de molécules d’intérêts pour les industries pharmaceutiques et cosmétiques pourraient être envisageable.

Mais l’absence d’industries utilisant déjà les algues aux Antilles rend le développement de projets difficile car tout reste à faire. De plus, la saisonnalité et pérennité ou non de ce phénomène freine les entreprises à investir dans ces projets.

Distribution[modifier | modifier le code]

Elle varie selon les espèces, mais peut être large : Sargassum muticum a une aire de répartition s"étendant de Nanaimo (Colombie-Britannique) à la Basse-Californie (États-Unis).

Plusieurs espèces de sargasses se retrouvent partout dans les régions tropicales du monde et elles sont souvent macrophytes les plus visibles près des côtes là où elles poussent ancrées sur un substrat ou de manière dérivante près de récifs coralliens. Les plantes y poussent subtidalement (en arrière de la zone intertidale) avec les coraux, sur des rochers ou dans des zones plus abritées. Dans quelques cas (par exemple, en mer des Sargasses), les populations de Sargassum sont exclusivement flottantes.

On trouve en Europe dans les laisses de mer des sargasses échouées après leur longue dérive portées par le Gulf stream ; le long des côtes de Grande-Bretagne, de France, mais aussi de Scandinavie (mer Baltique, archipel d'Heligoland), des Pays-Bas, d'Irlande, dans la péninsule Ibérique. On en trouve aussi quelques espèces en Méditerranée (Italie et Adriatique), ainsi qu'au Japon, en Chine et en Alaska [2][réf. nécessaire].

Liste des sous-genres et espèces[modifier | modifier le code]

Selon AlgaeBase (27 février 2015)[18] :

Selon ITIS (27 février 2015)[19] :

Selon World Register of Marine Species (27 février 2015)[20] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. wordreference.com.
  2. Abbott, I.A. and Hollenberg, G.J. 1976. Marine Algae of California. Stanford University
  3. Laffoley, D. d’A., Roe, H. S. J., Angel, M. V, Ardon, J., Bates, N. R., Boyd, I. L., … Vats, V. (2011). The protection and management of the Sargasso Sea: The golden floating rainforest of the Atlantic Ocean. Summary Science and Supporting Evidence Case.
  4. « Sargassum: The What, Where, and Why of this Seaweed | Akumal Dive Shop », sur www.akumaldiveshop.com (consulté le 18 novembre 2016)
  5. Les fucales, hormis quelques espèces invasives localement, sont effectivement en voie de régression, documentée depuis quelques décennies, notamment par Ifremer en France)
  6. Brigitte GAVIO, M. Natalia RINCÓN-DÍAZ et Adriana SANTOS-MARTÍNEZ, « MASSIVE QUANTITIES OF PELAGIC Sargassum ON THE SHORES OF SAN ANDRES ISLAND, SOUTHWESTERN CARIBBEAN », Acta Biológica Colombiana, vol. 20, no 1,‎ , p. 239–241 (DOI 10.15446/abc.v20n1.46109, lire en ligne)
  7. (en) Johnson, « The Sargassum Invasion of the Eastern Caribbean and Dynamics of the Equatorial North Atlantic. », Proceedings of the 65th Gulf and Caribbean Fisheries Institute,‎ , p. 102–103
  8. (en) Francks, « Unprecedented Influx of Pelagic Sargassum along Caribbean Island Coastlines during Summer 2011 », Proceedings of 64th Gulf and Caribbean Fisheries Instititue,‎
  9. (en) Smetacek, « Green and golden seaweed tides on the rise », Nature, vol. 504, no 7478,‎ , p. 84–88 (DOI 10.1038/nature12860, lire en ligne)
  10. « Sous les algues, la plage », sur lesechos.fr,‎ (consulté le 18 novembre 2016)
  11. J. F. R. Gower et S. A. King, « Distribution of floating Sargassum in the Gulf of Mexico and the Atlantic Ocean mapped using MERIS », International Journal of Remote Sensing, vol. 32, no 7,‎ , p. 1917–1929 (ISSN 0143-1161, DOI 10.1080/01431161003639660, lire en ligne)
  12. Jim Gower, Erika Young et Stephanie King, « Satellite images suggest a new Sargassum source region in 2011 », Remote Sensing Letters, vol. 4, no 8,‎ , p. 764–773 (ISSN 2150-704X, DOI 10.1080/2150704X.2013.796433, lire en ligne)
  13. Council, S. A. F. M. (2002). Fishery Management Plan for Pelagic Sargassum Habitat of the South Atlantic Region, 4699(November), 1–153.
  14. Boaden, P.J.S. 1995. The adventive seaweed Sargassum muticum (Yendo) Fensholt in Strangford Lough, Northern Ireland. Ir.Nat. J. 25:111 - 113
  15. Davison,D.M. 1999. Sargassum muticum in Strangford Lough, 1995 - 1998; a review of the introduction and colonisation of Strangford Lough MNR and cSAC by the invasive brown algae Sargassum muticum. Environment and Heritage
  16. Hinds, C., Oxenford, H., Cumberbatch, J., Doyle, E., Cashman, A., & Campus, C. H. (2016). Sargassum Management Brief, 1–17.
  17. (en) John J. Milledge et Patricia J. Harvey, « Golden Tides: Problem or Golden Opportunity? The Valorisation of Sargassum from Beach Inundations », Journal of Marine Science and Engineering, vol. 4, no 3,‎ , p. 60 (DOI 10.3390/jmse4030060, lire en ligne)
  18. AlgaeBase, consulté le 27 février 2015
  19. ITIS, consulté le 27 février 2015
  20. World Register of Marine Species, consulté le 27 février 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]