Retour à Freud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le « retour à Freud » en France dans les années 1950 est associé principalement dans l'histoire de la psychanalyse au nom de Jacques Lacan.

Le contexte historique de l'après-guerre et des années 1950[modifier | modifier le code]

C'est après la guerre que prend place le « retour à Freud » de Lacan par lequel celui-ci va faire jouer à la France un rôle prépondérant dans l'histoire de la psychanalyse et celle de la psychanalyse en France.

Le moment fondateur du retour à Freud en France se situe dans le « Rapport du congrès de Rome » des 26 et 27 septembre 1953, aussi appelé le « Discours de Rome », où Lacan engage la communauté psychanalytique à se fonder précisément sur le texte freudien plutôt que sur ce qui a pu être désigné comme l’orthodoxie de l'Association psychanalytique internationale. Le ton y est en effet donné : « La lecture de Freud est préférable à celle de M. Fenichel » lit-on dans Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse [1].

L'expression « le retour à Freud » va également donner « son titre à un écrit décisif qui prend une portée de manifeste, La Chose freudienne ou le sens du retour à Freud en psychanalyse  » (1955) où Lacan dit que « le sens du retour à Freud c'est un retour au sens de Freud »[2].


Certes, le « retour à Freud » qui se concentre autour de la personnalité de Jacques Lacan peut donner lieu à une situation de « roman familial », comme l'observe Élisabeth Roudinesco : « La troisième et la quatrième génération des disciples du maître », affirmeront « que leur doctrine ne doit rien à la France de l'entre-deux-guerres ». Ils « feront débuter l'histoire française de la psychanalyse aux années d'après guerre, c'est-à-dire à cette époque bénie où ils furent eux-mêmes les analysants d'un monarque adoré » [3].

Le contexte intellectuel est prégnant. Sans renier « son passé surréaliste », explique l'historienne, Lacan « n'y fait plus référence » (il y reviendra, dit-elle, en 1966).

« En 1953, Lacan se veut le porte-parole d'une lecture de Freud fondée sur Hegel (toujours) mais aussi sur Heidegger, Saussure et l'anthropologie. »

— É. Roudinesco,Histoire de la psychanalyse en France.2, p. 279.

Une spécificité française[modifier | modifier le code]

Il y a Lacan, mais il n'y a pas que Lacan, explique Jean Laplanche dans Cent ans après[4]:

« La psychanalyse française a été marquée par un retour à la textualité, dans ce qu'elle a de plus noble. Lacan y est pour beaucoup, mais ne fut pas le seul à s'attacher au texte ; cela se serait peut-être même produit sans Lacan, parce qu'il y avait d'autres personnes qui étaient proches du texte : je pense à quelqu'un comme Hyppolite pour Hegel. Il n'empêche que l'attention portée au texte freudien, personne ne l'avait parmi les psychanalystes. Ni les Anglais ou très peu — encore que Strachey fût un bon traducteur mais il était pris lui-même dans une bureaucratie, voire une autocratie de l'I.P.A. naissante. Ni les Allemands qui, quand ils lisent Freud, sont comme aveugles à sa conceptualité. Parce que Freud est devenu un auteur de gare. [...] Or, Freud n'est pas un auteur de gare. »

— J. Laplanche, dans Cent ans après, p. 187.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse — Rapport du congrès de Rome tenu à l'istituto di psicologia della università di Roma les 26 et 27 septembre 1953, dans Écritsp. 260.
  2. Paul-Laurent Assoun, Lacan, Paris, PUF / Que sais-je?, 2e édition, 2009, p. 7. P.-L. Assoun intitule son introduction: « Jacques Lacan ou le "retour à Freud" ». L'écrit auquel il fait référence est dans les Écrits avec, p. 405, la citation: « le sens du retour à Freud c'est un retour au sens de Freud ».
  3. E. Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France.2, p. 280
  4. Cent ans après, entretiens de Patrick Froté avec Jean-Luc Donnet, André Green, Jean Laplanche, Jean-Claude Lavie, Joyce McDougall, Michel de M'Uzan, J.-B. Pontalis, Jean-Paul Valabrega, Daniel Widlöcher, Paris, Gallimard, 1998, p. 169-227.

Articles connexes[modifier | modifier le code]