Manque (psychanalyse)

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Le manque, condition de l'être parlant, est, d'après Jacques Lacan, toujours lié au désir et constitue la cause de son émergence tel qu’il l'expose dans son séminaire Le transfert (1960-1961).

Types de manques[modifier | modifier le code]

« Un manque est un état du sujet attribué à un agent et concerne un objet réel »[1]. Le manque désigne un manque à être, ce qui est désiré est le fait même d'être : « Le désir est la relation d’être au manque. Le manque est le manque à être à proprement parler. Ce n’est pas le manque de ceci ou de cela mais le manque à être par lequel l'être existe » tel que l’expose Lacan dans le séminaire Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse et dans le texte « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » publié dans les Écrits. Lacan avance que le désir est la métonymie du manque à être : le manque à être du sujet est au cœur de l’expérience analytique et le champ même où la passion névrotique se déploie. Dans les « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine » Lacan met en parallèle le manque à être avec le manque à avoir qui est, lui, en relation avec la demande.

Dans le séminaire sur La relation d’objet, Lacan distingue trois types de manques, selon le registre où il est produit et la nature de l’objet :

  1. La castration symbolique et son objet relié au phallus imaginaire.
  2. La frustration imaginaire et son objet le sein maternel. "L'agent est symbolique et l'objet réel" [2]
  3. La privation réelle et son objet, le phallus, est symbolique.

Dans la perspective de la cure c'est la castration qui est déterminante.

C'est dans ce même séminaire que Lacan introduit le symbole algébrique, le mathème, de l'Autre « barré » où le manque vient désigner le manque à l’égard du signifiant de l'Autre, le signifiant du manque dans l’Autre, dont la relation du sujet marque le manque dans l'Autre. Peu importe combien de signifiants sont ajoutés à la chaîne signifiante, la chaîne est toujours incomplète, il manque toujours le signifiant qui la complèterait. Ce signifiant manquant est dès lors constitutif du sujet.

Manque et phallus[modifier | modifier le code]

Selon Freud, si l'homme possède effectivement un pénis, personne ne possède le phallus, qui est du registre du symbolique. Lacan, dans le texte « La signification du phallus » publié dans les Écrits, montre la différence entre être le phallus et avoir le phallus. Les hommes sont positionnés en tant qu'hommes dans la mesure où ils sont vus comme ayant le phallus ; les femmes sont vue comme étant le phallus. En définitive le phallus est du registre symbolique est peut-être comparable à un attribut divin, inaccessible à l’homme.

Judith Butler, dans Trouble dans le genre, s'intéresse aux conceptions freudiennes et lacaniennes du phallus, notamment dans la question anatomique du sexe : « la loi requiert la conformité à sa propre conception de la « nature ». Il tire sa légitimité à travers la naturalisation binaire et asymétrique des corps dans laquelle le phallus, bien que clairement non identique au pénis, déploie le pénis comme un signe et un instrument naturel ». Dans Ces corps qui comptent, elle explore les potentialités du phallus dans un cadre lesbien

Critique[modifier | modifier le code]

Dans l'Anti-Œdipe, Gilles Deleuze et Félix Guattari postulent que le désir ne naît pas du manque, mais est une force productive en elle-même

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Article « Manque » dans Roland Chemama (dir.) et Bernard Vandermersch (dir.), Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Larousse, , 4e éd. (ISBN 9782-03-583942-8) p. 336-339

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Chemama & B. Vandermersch, Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 2009, p. 337.
  2. Dictionnaire de la psychanalyse, Chemama R., Vandermersch B., Larousse, 2009, 337.