Boubaker El Hakim

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Boubaker El Hakim
Surnom Abou Mouqatil
Naissance
Paris (France)
Décès (à 33 ans)
Raqqa (Syrie)
Origine Français et Tunisien
Allégeance Drapeau de l'Irak Irak (2003)
Flag of al-Qaeda in Iraq.svg Al-Qaïda en Irak (2003-2005)
Drapeau de l'État islamique État islamique (2013-2016)
Arme Amniyat
Conflits Guerre d'Irak
Insurrection djihadiste en Tunisie
Guerre civile syrienne
Faits d'armes Première bataille de Falloujah
Deuxième bataille de Falloujah
Bataille de la Division-17

Boubaker El Hakim ou Boubaker Al Hakim, né le [1] à Paris, dont le nom de guerre est Abou Mouqatil, est un djihadiste franco-tunisien[2],[1] et le plus haut gradé français de l'État islamique.

Il est tué par un drone le 26[3] ou [4] dans la ville syrienne de Raqqa[3]. Il est, d'après les mots du journaliste David Thomson, une « sorte d'émir français des attentats, l'un des principaux responsables des opérations extérieures de l'État islamique »[4].

Guerre d'Irak et filière des Buttes-Chaumont[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Irak.

Boubaker El Hakim naît à Paris le . Vendeur chez Monoprix, il est élevé par sa mère au milieu de deux sœurs qui préfèrent renoncer à leurs études pour porter le voile. Il est le premier membre de la filière des Buttes-Chaumont à se rendre au Proche-Orient. En , à seulement 19 ans, prétextant partir étudier l'arabe et l'islam, et comme la plupart des candidats au djihad attendant l'intervention américaine en Irak, il fréquente durant six mois les écoles salafistes Al Fateh Al Islami et Zahra de Damas[4],[5], d'où il passe clandestinement en Irak[1]. De retour en Paris en , il participe avec Farid Benyettou à l'élaboration dans le 19e arrondissement d'une filière d'envoi de jeunes volontaires djihadistes en Irak, dite « filière des Buttes-Chaumont »[1]. Il dispose auprès des jeunes d'une aura particulière, du fait de son voyage sur place. Les frères Chérif et Saïd Kouachi — qui commettront douze ans plus tard l'attentat contre Charlie Hebdo — font partie de ceux qui écoutent ses récits[1].

Il est interrogé à cette époque à Bagdad, dans un camp d'entraînement pour djihadistes encadré par l'armée irakienne, par un journaliste de RTL : « Je suis de Paris 19e ! Tous mes potes dans le 19e je leur dis venez faire le djihad ! Je suis prêt à me faire exploser, mettre des dynamites et boum boum ! »[6],[5]. Quatre jours plus tard, dans un reportage de la chaîne de télévision française LCI, il défie les États-Unis : « Je viens de France, on va tuer les Américains ! On va tuer tout le monde, nous ! Je vis en France, moi ! Allahû akbar ! »[4].

Accompagné de son frère cadet Redouane alors âgé de 19 ans[7], il combat avec les troupes d'Al-Qaïda en Irak[8] contre les Américains à Falloujah. Boubaker El Hakim supervise la répartition dans les différents groupes des volontaires français et tunisiens. Dans une note qu'elle lui consacre le , la DST relève qu'il « connaissait beaucoup de monde en Syrie et franchissait aisément la frontière irakienne. Il y avait intégré un groupe de cinq à six personnes, tous sunnites, ayant été des cadres du parti Baas ou étant des islamistes[4] ». Le journaliste David Thomson rappelle en 2016 la complaisance historique du régime syrien avec les djihadistes : « Au sein des services de renseignement les gens ont la mémoire un peu plus longue et personne n'a oublié qu'en 2003 les premiers djihadistes français (dont le fameux Boubaker El Hakim qui vient d'être droné par les États-Unis et qui était le Français le plus important de l'EI), quand ils allaient combattre aux côtés des volontaires qui rejoignaient les troupes de Saddam Hussein pour combattre les Américains, ils passaient par la Syrie avec la bénédiction du régime Assad »[9]. Avec son groupe, El Hakim pose des mines de 80 kilos qu'il déclenche au passage de convois américains, ce qui lui vaut les compliments du cheikh Abdullah al-Janabi, imam radical de Falloujah, qui deviendra une décennie plus tard l'un des prédicateurs les plus appréciés de l'État islamique[4]. Son frère meurt sur place le dans un bombardement américain à Falloujah[7],[4]. Leur mère téléphone alors au domicile d'un autre membre de la filière des Buttes-Chaumont et s'enthousiasme : « Bonne nouvelle : mon fils est mort en martyr ! » Une autre fois, elle avait prédit : « Mes enfants sont destinés à cela ». Par la suite, elle se rend dans la zone irako-syrienne[4]. Boubaker El Hakim se fait arrêter sans passeport à la frontière irako-syrienne et est renvoyé en France[10] en .

Malgré ses propos dans les médias, El Hakim n'est pas inquiété à son retour en France. Respecté dans son quartier pour ses faits d'armes, il structure la « filière des Buttes-Chaumont ». Formée d'amis de quartier fréquentant la mosquée Adda'wa sur la rue de Tanger, dont les frères Kouachi, la filière est structurée autour d'un chef spirituel, Farid Benyettou, alors que Boubaker El Hakim joue le rôle du relais opérationnel auréolé de ses actes de guerre. Une dizaine de membres de la bande rejoignent l'Irak au milieu des années 2000, où trois d'entre eux perdront la vie[5]. Il envoie Mohamed el-Ayouni et Peter Chérif participer à la bataille de Falloujah. Le premier est blessé à trois reprises — par un obus, par une balle et par une roquette —, perd son œil et son bras gauche ; le second est capturé par les forces de la coalition, jusqu'à ce que sa prison soit attaquée par des rebelles et qu'il en profite pour s'évader avec 150 autres détenus[4].

Revenu pour la troisième fois en Irak à seulement 20 ans, il combat aux côtés d'Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui deviendra quelques mois plus tard le chef d'Al-Qaïda. En , il repasse en Syrie, où il est à nouveau interpellé et emprisonné pendant neuf mois avant d'être expulsé vers la France le [5]. Il est mis en examen et incarcéré pour association de malfaiteurs terroristes. Lui, Farid Benyettou, Mohamed el-Ayouni et Chérif Kouachi sont jugés par le tribunal correctionnel de Paris. Il est condamné le à sept ans de prison, assortis d'une peine de sûreté de quatre ans et huit mois, pour avoir facilité le transit en Syrie de ses amis[5],[8].

Des rapports de l'administration pénitentiaire soulignent « le charisme et l'aura naturelle que lui reconnaissent les autres détenus. Il s'est très vite imposé comme un leader naturel auprès des détenus à forte personnalité » pendant sa détention. Il organise des prières sauvages. À la maison d'arrêt d'Osny, il est sanctionné le par la commission de discipline « pour avoir dirigé une prière collective sur la cour de promenade regroupant six autres détenus ». Il est rapporté qu'« il avait transformé la promenade en camp d'entraînement djihadiste. Ils s'exerçaient à des prises de judo, à des exercices de stratégie ». Mais il évite toute provocation disciplinaire. Il relatera en mars 2015 à la revue djihadiste Dabiq : « Nous devions faire face à des humiliations et à l'inconfort de ces mécréants. Mais, en même temps, c'était une formidable opportunité [...] d'expliquer notre courant [de pensée] et sa voie à la jeunesse emprisonnée »[4].

Libéré le , il s'installe en Tunisie, le pays d'origine de ses parents, où le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali vient d'être renversé[5].

Tunisie et Libye[modifier | modifier le code]

Mohamed Brahmi, ici en 2012, est assassiné par El Hakim en 2013.

Une fois en Tunisie, il y fait venir des armes de Libye, alors en pleine guerre civile, pour armer les djihadistes tunisiens[10]. Il planifie le meurtre de deux opposants politiques à Ennahdha, le parti islamiste au pouvoir, afin de faire basculer dans le chaos la transition démocratique tunisienne[5]. L'avocat Chokri Belaïd est assassiné par balles le devant chez lui à Tunis. Cinq mois plus tard, le , Mohamed Brahmi, est tué sous les yeux de sa famille[5].

Le en Syrie, il revendiquait déjà — sous le nom de guerre d'Abou Mouqatil — le double meurtre dans une vidéo de propagande de l'EI : « Oui, tyrans, c'est nous qui avons tué Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi […] Nous allons revenir et tuer plusieurs d'entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n'appliquera pas la loi islamique »[5]. El Hakim revendique personnellement le meurtre de Mohamed Brahmi dans un entretien à la revue djihadiste Dabiq de  : « Je l'ai tué en tirant dix balles »[5]. Ces deux assassinats ont provoqué d'importantes manifestations hostiles aux islamistes et aux salafistes djihadistes ayant un effet contraire à celui recherché. « Nous avons voulu provoquer le chaos dans le pays […] afin de faciliter les mouvements des frères, d'apporter des armes et de libérer nos frères des prisons […] L'affaire a réussi, mais certains de ceux associés au djihad là-bas se sont mis à défendre les anciennes institutions gouvernementales et ont ainsi saboté notre mission »[5].

En , Boubaker El Hakim quitte la Libye où il s'était réfugié, traverse la Turquie et, dix ans après son premier séjour, retrouve la Syrie où il est accueilli par Salim Benghalem. À l'été, il aurait été blessé par un tir de sniper, mais il poursuit son ascension au sein de l'État islamique[4].

Membre de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile syrienne.

Il prend ensuite part à la guerre civile syrienne où il combat dans les troupes de l'État islamique. En juillet 2014, il participe à la bataille de la Division-17, où il est blessé par un tir de sniper[11]. À l'automne 2014, il est à la tête d'un bataillon d'un millier d'hommes[11]. Par la suite, il intègre l'Amniyat, les services de renseignement de l'État islamique[11].

Il est l'un des Français les plus importants de l'organisation, chargé d'un commando dédié à la préparation d'attentats en France[10]. Le département d'État américain l'ajoute le à sa liste noire des « combattants terroristes étrangers » en précisant qu'il aurait étudié la possibilité de « viser des diplomates européens en poste en Afrique du Nord »[4]. La DGSI suspecte Boubaker El Hakim d'avoir planifié à l'automne 2016, au sein d'une cellule de l'État islamique chargée des opérations extérieures, une demi-douzaine d'attentats qui devaient frapper l'Europe et le Maghreb, dont les membres du commando ont été interpellés à Strasbourg et Marseille dans la nuit du 19 au [4]. Il est également suspecté d'être impliqué « dans la conception et la direction du projet » de l'attentat préparé par le réseau de Reda Kriket, arrêté le à Boulogne-Billancourt, puis d'en avoir été en relation en octobre avec le Syrien Jaber al-Bakr à Chemnitz (Allemagne). Il commandite enfin une attaque menée le sur un policier à Constantine (Algérie)[4].

Dans son entretien à Dabiq en mars 2015, soit deux mois après les attentats de janvier 2015 en France commis notamment par les frères Kouachi, il n'appelle plus les djihadistes à se rendre au Moyen-Orient, mais à frapper dans le pays où ils se trouvent : « Tuez n'importe qui. Tous les kuffar là-bas sont des cibles »[5]. Membre de l'unité chargée des opérations extérieures de l'EI, son nom est évoqué sans que sa participation soit démontrée dans les attentats en France et en Tunisie : attentat contre Charlie Hebdo le , attaque du musée du Bardo le et attentats du 13 novembre en région parisienne. Les terroristes auraient pu transiter par ses camps d'entraînement en Syrie. La justice française ne l'incrimine que dans le cadre de l'enquête ouverte le par le parquet de Paris sur le meurtre des deux opposants tunisiens[5].

Le Pentagone revendique sa mort le , par l'intermédiaire du porte-parole du ministère américain de la Défense, précisant que Boubaker El Hakim est « un cadre de l'EI et un terroriste de longue date qui avait des liens étroits avec d'autres djihadistes français et tunisiens. [Sa mort] prive l'EI d'un cadre clé impliqué depuis longtemps dans la préparation et l'organisation d'opérations extérieures et affaiblit sa capacité à mener des attaques terroristes »[5]. Il est la cible d'une frappe d'un drone américain alors qu'il circule en voiture à Raqqa, la capitale de l'organisation djihadiste[4].

L'une de ses sœurs est mise en examen et incarcérée provisoirement le à Paris. Elle est soupçonnée d'être partie en Syrie en 2015 avec son enfant pour y rejoindre les zones contrôlées par l'État islamique[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e « Boubaker el-Hakim, le "héros" des frères Kouachi », sur lexpress.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  2. Jean-Pierre Filiu, « Le chef de Daech pour la France tué en Syrie ? », sur filiu.blog.lemonde.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  3. a et b « Les États-Unis confirment la mort d'un cadre de Daech, le Français Boubaker El Hakim », sur lefigaro.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  4. a b c d e f g h i j k l m n et o Matthieu Suc, « Boubakeur el-Hakim, vie et mort d'un émir français », sur mediapart.fr, (consulté le 18 décembre 2016).
  5. a b c d e f g h i j k l m et n Soren Seelow, « Le Pentagone revendique la mort de Boubaker El Hakim, émir français de l'État islamique », sur lemonde.fr, (consulté le 12 décembre 2016).
  6. « Boubaker El Hakim, l'un des plus influents émirs français de Daech, tué en Syrie par une frappe de drone », sur huffingtonpost.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  7. a et b « Destination fatale », sur liberation.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  8. a et b « Un cadre de l'État islamique, le Français Boubaker El Hakim, a été tué », sur lefigaro.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  9. Charlotte Pudlowski, « David Thomson : « L'Europe est condamnée à subir le contre-choc des erreurs qui ont été faites » », sur slate.fr, (consulté le 31 décembre 2016).
  10. a b et c « État islamique : « Même déçus, ils conservent des convictions jihadistes » », sur liberation.fr, (consulté le 11 décembre 2016).
  11. a b et c Suc 2018, p. 192-193.
  12. « Une sœur de Boubaker El Hakim, vétéran français du djihad, mise en examen par un juge antiterroriste », sur lemonde.fr, (consulté le 11 décembre 2016).

Bibliographie[modifier | modifier le code]