Starship (fusée)

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Starship
Le lancement du prototype SN8 de SpaceX, vu de South Padre Island, au Texas, le 9 décembre 2020.
Le lancement du prototype SN8 de SpaceX, vu de South Padre Island, au Texas, le .
Données générales
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Constructeur SpaceX
Premier vol Juillet 2021 (prévu)
Statut En développement
Hauteur 50 m (Starship)

122 m (Total)

Diamètre m
Masse au décollage 5 000 tonnes
Étage(s) 2
Poussée au décollage 72 MN
Base(s) de lancement LC-39A
Boca Chica (Texas)
Charge utile
Orbite basse +100 tonnes
Transfert géostationnaire (GTO) 21 tonnes
Motorisation
Ergols Oxygène liquide / Méthane liquide
1er étage 28 Raptors
2e étage Raptors
Missions
• Transport Terre-Lune
• Transport intercontinental
• Colonisation de Mars
• Transport interplanétaire
• Tourisme spatial

La fusée Starship (qui est propulsé par le premier étage « Super Heavy »), anciennement appelé Big Falcon Rocket ou BFR, est un lanceur orbital super-lourd actuellement en cours de développement par SpaceX, visant une capacité à placer une charge utile de plus de 100 tonnes en orbite basse[1]. Ce nouveau lanceur aurait la particularité d'être entièrement réutilisable et pourrait jouer un rôle central dans les ambitions de la compagnie pour la colonisation de Mars. Il vise également à lancer des satellites vers l'orbite basse ou géostationnaire, et pourrait à terme remplacer les fusées Falcon 9 et Falcon Heavy pour devenir le lanceur principal de SpaceX[2].

En , le vaisseau spatial (anciennement appelé « Big Falcon Rocket ») a été rebaptisé Starship, et le premier étage a été nommé « Super Heavy », l'ensemble du système, le premier étage et le vaisseau spatial est également appelé « Starship ». La combinaison du vaisseau spatial Starship et du premier étage Super Heavy est appelée le « Starship system » par SpaceX dans leur guide des utilisateurs de charge utile.

Le vaisseau Starship est sélectionné par la NASA le pour constituer l'atterrisseur lunaire du programme américain Artemis, qui doit permettre un retour de l'Homme sur la Lune à l'horizon 2024[3]. Enfin, l'usage du lanceur comme moyen de transport intercontinental est également envisagé[4].

Le Starship est annoncé en à l'occasion du Congrès international d'astronautique[5]. Un premier prototype de vol, le Starhopper, est construit en 2019, et le premier vol d'essai à haute altitude est effectué par le prototype SN8 en . Elon Musk, le PDG de l'entreprise, espère pouvoir effectuer un premier lancement orbital en , et un atterrissage inhabité sur Mars en 2024[6].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Starship[modifier | modifier le code]

Starship constitue l'étage supérieur de la fusée Super Heavy. Il mesure 50 mètres de haut et 9 mètres de diamètre pour une masse de 1 200 tonnes au décollage[1], et est entièrement construit en acier inoxydable. Il est propulsé par six moteurs-fusées Raptor — trois optimisés pour le vide et trois optimisés pour le vol atmosphérique — brûlant un mélange d'oxygène liquide et de méthane liquide. Il est de plus conçu pour retourner sur Terre après sa mission, en contrôlant sa trajectoire à l'aide d'aérofreins avant d'atterrir verticalement à l'aide de ses moteurs, rendant le véhicule réutilisable.

Starship a la particularité de posséder quatre réservoirs de carburant, deux réservoirs principaux et deux réservoirs auxiliaires appelés header tanks. Les réservoirs principaux ont pour but d'alimenter les moteurs lors de la mise en orbite et lors des manœuvres. Les deux réservoirs auxiliaires, beaucoup plus petits, contiennent le carburant nécessaire à l'atterrissage propulsif lors du retour sur Terre ou pour un atterrissage sur Mars. Starship pouvant être amené à effectuer de longs séjours dans l'espace, la petite taille des header tanks permet de faciliter le maintien sous pression du carburant, de minimiser son évaporation et d'éviter le ballottement du carburant qui peut induire la formation de bulles et perturber le fonctionnement des moteurs lors de l'atterrissage[7].

Starship est prévu pour être décliné en quatre versions.

Starship Cargo[modifier | modifier le code]

La version Starship Cargo, qui est la première version développée, est principalement destinée au lancement de satellites en orbite terrestre. Elle est capable d'envoyer une charge utile de plus de 100 tonnes en orbite basse terrestre et de 21 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Elle est équipée d'une coiffe en clapet pouvant se refermer avant le retour sur Terre, haute de 17 mètres pour un volume total de 1 100 m3[1], et équipée pour les lancements multiples. SpaceX prévoit d'utiliser cette version pour lancer un grand nombre de satellites d'une constellation (en particulier les satellites de la constellation Starlink, appartenant à SpaceX) en un seul vol, pour effectuer des lancements triples en orbite de transfert géostationnaire[8], ou pour transporter des charges utiles très volumineuses ou très massives.

Starship Crew[modifier | modifier le code]

La version Starship Crew, destinée au vol habité, doit être développée dans un second temps une fois que la version cargo aura effectué suffisamment de vols pour prouver sa fiabilité[9]. SpaceX ambitionne à terme d'utiliser cette version pour transporter jusqu'à 100 passagers vers l'orbite terrestre, la Lune ou Mars[8].

Starship Tanker[modifier | modifier le code]

La version Starship Tanker est conçue dans le but de transférer du carburant vers d'autres vaisseaux Starship. La possibilité d'effectuer des ravitaillements en orbite devrait fortement augmenter la capacité d'emport du Starship vers la Lune ou Mars, et est nécessaire aux vols cargos ou habités vers ces destinations[10].

HLS Starship[modifier | modifier le code]

Le HLS Starship est une variante du Starship spécialisé dans le transport de cargo et d'équipage vers le sol lunaire. En , il est sélectionné par la NASA pour être l’un des trois systèmes étudiés dans le cadre du projet d’atterrisseur lunaire HLS (Human Landing System) du programme Artemis, avec le Dynetics-HLS de Dynetics et l'Integrated Lunar Vehicle (ILV) de la National Team constituée de Blue Origin, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper (en)[11]. Le , il est sélectionné par la NASA comme l'unique atterrisseur lunaire du programme Artemis. SpaceX se voit ainsi attribuer un budget de 2,89 milliards de dollars pour construire, tester et faire atterrir sur la Lune un prototype de HLS Starship[12]. Si les résultats sont concluants, le Starship emmènera les astronautes du programme Artemis depuis la station Lunar Gateway en orbite lunaire jusqu'à la surface de la Lune à partir de 2024 lors de la mission Artemis III.

Le HLS Starship est également envisagé comme transport de marchandises vers le sol lunaire dans le cadre du programme CLPS[13]. Contrairement aux autres versions du Starship, il n'est pas destiné à retourner sur Terre, et n'est donc équipé ni de système de protection thermique, ni de surfaces de contrôle aérodynamiques[14].

Super Heavy[modifier | modifier le code]

Comparatif de la taille des lanceurs ultra-lourds (plus de 50 tonnes).

Super Heavy est le nom du premier étage qui propulse le Starship. Il prend la forme d'un cylindre de 70 mètres de haut et de 9 mètres de diamètre pour une masse au décollage de 3 600 tonnes[1]. Il est construit en acier inoxydable et est propulsé par 28 moteurs Raptor alimentés par un mélange d'oxygène et de méthane liquide, développant au total une poussée de 72 MN[1]. Tout comme Starship, Super Heavy est entièrement réutilisable. Son plan de vol devrait être très similaire à celui d'un premier étage de Falcon 9, dont il reprend d'ailleurs la silhouette, en particulier les ailerons en grille (grid fins) servant à contrôler la redescente avant un atterrissage propulsif sur le pas de tir, où il sera rattrapé par le bras de lancement : selon Elon Musk, cette technique permettrait « d’économiser la masse et le coût des pieds d'atterrissage et de repositionner immédiatement le booster sur le support de lancement — prêt à être ravitaillé en moins d’une heure ». Mais si cette technique insolite ne fonctionne pas, il faudra revenir aux pieds d'atterrissage (landing legs) — déjà présents sur la Falcon 9 et sur la Falcon Heavy — qui fonctionneraient quand même selon Musk[15].

Prototypes[modifier | modifier le code]

Les premiers essais ont commencé avec la construction d'un réservoir en fibre de carbone. En 2018, SpaceX a radicalement changé la conception du vaisseau et a opté pour une construction en acier inoxydable cryorésistant[16] (dont la résistance augmente aux basses températures) et pour l'utilisation d'un bouclier thermique constitué de tuiles thermiques hexagonales en céramique.

Starhopper[modifier | modifier le code]

Le prototype de test Starhopper le 13 mars 2019.

Le premier prototype, appelé Starhopper, permet d'effectuer les premiers tests d'atterrissage du Starship et de tester en vol une partie de ses sous-systèmes. La construction du prototype est réalisée en plein air sur le site de Boca Chica, au Texas à partir de et est complétée en [17]. Le véhicule, construit en acier inoxydable, a un diamètre de 9 mètres et une hauteur de 39 mètres[18],[19]. Il est prévu pour n'utiliser qu'un seul moteur Raptor.

Le , le premier moteur Raptor est livré sur le site et le prototype est transféré sur l'aire de vol[20]. Deux vols captifs ont lieu en , puis le moteur est retiré le temps de régler divers problèmes sur celui-ci[21]. Le , SpaceX tente de faire décoller son prototype Starhopper pour un vol test à une altitude de 20 mètres. À cause d'une pression trop forte dans les réservoirs, l'essai est annulé à T + 2 s après l'allumage du moteur[22]. Le lendemain, le Starhopper effectue son premier vol libre à 20 m de hauteur, réalisant un vol stationnaire de quelques secondes avant de se poser en toute sécurité[23].

Le , un vol d'une altitude de 150 mètres est annulé à cause d'un dysfonctionnement du système d'allumage du moteur. Le lendemain, Starhopper réalise ce vol et se pose automatiquement 200 m plus loin[24].

Starship Mk1, Mk2 et Mk4[modifier | modifier le code]

En débute la construction d'un prototype complet du vaisseau, appelé Starship Mk1, suivi du Starship Mk2 en . Les deux prototypes sont construits simultanément, l'un à Boca Chica au Texas, l'autre à Cocoa Beach en Floride, mettant en compétition les deux équipes de SpaceX[25]. Ce sont les premiers prototypes à taille réelle du Starship, mesurant 9 mètres de diamètre et 50 mètres de haut pour une masse à vide de 200 tonnes, et équipés d'un nez et de volets aérodynamiques[26].

Le nez du Starship Mk1.

Le Starship Mk1 est achevé en et sert de maquette pour la présentation des nouveautés du Starship par Elon Musk le . Elon Musk annonce lors de cette présentation qu'il prévoit d'effectuer un vol à 20 km d'altitude avant la fin de l'année[27]. Le prototype est ensuite désassemblé et amené sur le site de lancement le , afin de commencer sa phase de test en vue de son vol à haute altitude[28]. Il est toutefois détruit le , lors d'un test de pressurisation à l'azote liquide[29]. Ce sont les soudures du dôme supérieur qui ont lâché, provoquant ainsi la rupture du réservoir.

Fin , la construction d'un nouveau prototype, le Starship Mk4, est entamée. La construction des prototypes Mk2 et Mk4 est arrêtée à la suite de l'échec du Mk1, et le Mk2 est démantelé en [30]. Malgré leur échec, ces trois exemplaires ont permis à SpaceX d'améliorer ses techniques de construction, notamment concernant les anneaux d'acier inoxydable constituant le corps de la fusée et les soudures.

Starship SN1, SN3 et SN4[modifier | modifier le code]

La construction du Starship Mk3, avant d'être renommé par la suite Starship SN1 (le préfixe « SN » signifie serial number)[31], débute en à Boca Chica. Le , le prototype est détruit lors d'un test de pressurisation à l'azote liquide. Les soudures du dôme de poussée (thrust puck) — dont le rôle est de transmettre la poussée des moteurs à l'ensemble de la fusée — ont lâché, faisant « décoller » le véhicule de quelques mètres avant que celui-ci ne retombe et n'explose totalement.

Début commence la construction d'un nouveau prototype, Starship SN3, suivi de son jumeau, Starship SN4, fin . Starship SN3 est détruit le lors du test de pressurisation à l'azote liquide des réservoirs, en raison d'une erreur de configuration. En effet, le réservoir inférieur (oxygène) est dépressurisé tandis que celui du dessus (méthane) était plein d'azote. De ce fait le véhicule s'est effondré sur lui-même ne pouvant supporter cette masse supplémentaire. La jupe du SN3 étant intacte, elle est réutilisée sur SN4.

Une fois les débris du SN3 nettoyés, le SN4 est transporté sur le pas de tir afin d'être testé à son tour. Le SN4 est le premier prototype de taille réelle à réussir le test de pressurisation avec de l'azote liquide. Il est également le premier à réussir un remplissage des réservoirs avec les ergols réels (dioxygène et méthane liquide) et une mise sous pression, l'allumage des pré-brûleurs des moteurs et finalement, une mise à feu statique. Au total, il réalise avec succès deux tests de pressurisation à l'azote liquide, à deux pressions différentes et cinq tirs statiques avec deux moteurs différents. Le , lors d'un test des systèmes de déconnexion rapide après la cinquième mise à feu statique, une fuite de méthane s'enflamme au contact de la tuyère chaude du moteur et cause la violente destruction du véhicule ainsi que de sévères dommages aux infrastructures de lancement[32].

Test Tank SN2, SN7, SN7.1 et SN7.2[modifier | modifier le code]

Starship Test Tank SN7.

En , la construction d'un réservoir à échelle réduite dénommé SN2 débute. Il a pour but de tester les procédés de soudure du dôme de poussée à la suite de l'échec du Starship SN1. Le , il subit un test de pressurisation à l'azote liquide qu'il réussit. Pendant ce test, des vérins simulent l'action de trois moteurs sur le dôme de poussée.

La construction d'un deuxième réservoir de test à échelle réduite nommé SN7 commence en . Son but est de tester la résistance d'un nouvel alliage d'acier inoxydable, l'inox 304L. Le , lors d'un premier test de pressurisation à l'azote liquide, le réservoir commence à fuir à une pression de 7,6 bars[33]. Après réparations, le réservoir est testé jusqu'à destruction le .

Au mois de , la construction d'un nouveau réservoir de test à échelle réduite en inox 304L, le SN7.1, est entamée. Il est construit dans le but de tester la résistance de l'inox 304L en simulant la poussée de trois moteurs Raptor en parallèle. Le , le réservoir est testé jusqu'à destruction lors d'un test de pressurisation à l'azote liquide.

En débute la construction d'un nouveau réservoir de test à échelle réduite, le SN7.2, toujours en inox 304L mais dont les parois ont une épaisseur de 3,2 mm, contre 4 mm pour les anciens prototypes. Cette modification permettrait d'alléger la masse à vide du Starship, ce qui augmenterait la charge utile des futures versions destinées à atteindre l'orbite basse.

Starship SN5 et SN6[modifier | modifier le code]

Starship SN5.

La construction d'un nouveau prototype de Starship, dénommé SN5, débute en , suivi d'un second nommé SN6 en . Le Starship SN5 est transporté sur le support de test dans le but de faire un saut à 150 m d'altitude. Il est soumis avec succès à un test de pressurisation des réservoirs à l'azote, puis à une mise à feu statique de son moteur Raptor SN27 unique. Après deux tentatives avortées, le , SN5 décolle jusqu'à 150 m avant de redescendre et de se poser en douceur sur la zone d'atterrissage[34]. Il s'agit du premier vol d'un prototype à taille réelle. Par la suite, SN5 est transporté vers le site de construction pour inspection.

Pendant ce temps, SN6, un prototype identique à SN5, fait le trajet inverse dans l'objectif de réaliser lui aussi un vol à la même altitude. Il subit avec succès le test de pressurisation des réservoirs à l'azote, puis une mise à feu statique de son unique moteur Raptor le [35]. Le , il effectue avec succès un saut à 150 m d'altitude. SN6 est alors lui aussi transporté au site de construction pour inspection. Il est démantelé en .

Starship SN8, SN9, SN10 et SN11[modifier | modifier le code]

Débris du SN8 sur la zone d’atterrissage et SN9 sur le pas de tir en arrière plan
SN9 sur le pas de tir B, à proximité des débris du SN8.

SN8 est le premier prototype équipé de volets de corps (body flaps), d'un cône aérodynamique et de trois moteurs. Il réussit les tests de pressurisation des réservoirs à l'azote, puis à la mi- la mise à feu statique (static fire) de ses trois moteurs. Son cône est assemblé aux réservoirs avant qu'une seconde mise à feu statique ne soit effectuée avec succès début novembre[36]. Quelques jours plus tard, une mise à feu supplémentaire endommage l'un des moteurs qui doit être remplacé avant une quatrième mise à feu statique, qui est un succès. Le , une première tentative de vol à 12,5 km est abandonnée 1,3 seconde avant le décollage, à la suite d'une interruption automatique de la séquence d'allumage des moteurs. Le lendemain, une deuxième tentative a lieu. SN8 décolle de manière nominale et atteint l'altitude attendue de 12,5 km avant d'effectuer une manœuvre de basculement à l'horizontale, une chute libre contrôlée jusqu'au site d'atterrissage en position horizontale (dite belly flop) et pour finir une manœuvre de rallumage des moteurs et de passage de la position horizontale à verticale. Cependant, un manque de pression dans un des réservoirs de carburant cause un manque de puissance lors de la phase d'atterrissage, une vitesse trop élevée et la destruction du prototype[37]. Ce vol, globalement réussi, a permis d'effectuer certaines des manœuvres qui seront nécessaires au Starship pour revenir sur Terre après un vol orbital, et ainsi d'être réutilisable.

SN9 est un prototype qui partage les mêmes caractéristiques que SN8. Le , la structure de support installée sous SN9 s'est effondrée, provoquant le basculement du véhicule et une collision avec les murs à l'intérieur de la High Bay. SN9 est sécurisé le , révélant des dommages à l'un de ses ailerons avant, qui est par la suite remplacé. Puis, le , SN9 est transporté sur le pas de tir B. Après des tests de pressurisation de ses réservoirs, il effectue sa première mise-à-feu statique le . Le , il effectue trois nouvelles mises-à-feu statiques, suivies d'une dernière le . Le vol d’essai à 10 kilomètres d’altitude se tient le [38]. Comme pour SN8, le décollage, l'ascension, le retournement à l'apogée et la chute libre en position horizontale se déroulent comme prévus. Cependant, et contrairement à SN8, la manœuvre de retournement finale juste avant l'atterrissage échoue et SN9 s'écrase de biais sur la zone d'atterrissage dans une violente explosion[39]. Lors de cette manœuvre de retournement, deux moteurs Raptor sont censés se rallumer afin de faire pivoter le Starship en position verticale et de le ralentir jusqu'à l'arrêt complet. Dans le cas de SN9, un des deux moteurs ne se rallume pas, alors que le moteur restant est insuffisant pour effectuer la manœuvre seul. Ce Raptor n'a pas pu se rallumer car il était en dessous du seuil de puissance minimale nécessaire à l'allumage.

SN10 est le troisième prototype, similaire à SN8 et SN9, entièrement assemblé avec un cône aérodynamique et des volets. Il est installé sur le pas de tir à côté de SN9 le , et n'est pas endommagé par l'explosion de SN9 ayant eu lieu une centaine de mètres plus loin. Pour son vol, la procédure de rallumage des moteurs est modifiée, avec le rallumage de 3 moteurs, puis l'extinction des deux moteurs dont les données sont les moins bonnes, afin d'augmenter la redondance[40]. SN10 vole le 3 mars 2021 après deux mises-à-feu statiques. Comme pour SN8 et SN9, le vol se déroule de manière normale jusqu'à la manœuvre de retournement finale. Comme prévu, les 3 moteurs sont rallumés à la fin de la chute contrôlée, puis deux se sont éteints l'un après l'autre, et la manœuvre d'atterrissage s'est terminée avec un moteur.[41] L'atterrissage est brutal (la vitesse au moment du contact avec le sol est estimée à 10m/s), les jambes d'atterrissage sont écrasées et le SN10 rebondit légèrement. Malgré tout, SN10 est le premier prototype de Starship à réussir un atterrissage vertical après une manœuvre de retournement. Cependant, des flammes ont pu être observées à la base de la jupe après l'atterrissage, et le prototype a fini par exploser un peu plus de 8 minutes après son atterrissage. Par la suite, Elon Musk a donné des explications sur l'origine de l'atterrissage brutal. Il semblerait que la poussée de l'unique moteur fonctionnant lors des dernières secondes de l'atterrissage ait été plus faible que prévue. Ceci serait dû à l'ingestion de bulles d'hélium par le moteur. En effet, pour résoudre les problèmes de basses pressions rencontré par SN8, le méthane gazeux utilisé pour pressuriser le header tank selon la méthode de la pressurisation autogène (une petite partie du carburant est réchauffée au contact de la chambre de combustion et est réinjectée sous pression dans le réservoir) a été remplacé par de l'hélium gazeux sous pression[42]. Un autre dysfonctionnement ayant eu lieu lors de l'atterrissage du SN10 est le mauvais déploiement de certains pieds d'atterrissage[43]. La violence de l'atterrissage semble avoir été à l'origine d'une fuite et d'un incendie, qui ont fini par conduire à l'explosion du véhicule.

SN11 est le onzième prototype de Starship, et le quatrième de la série d'architecture similaire à celle du SN8. Après avoir subi les tests usuels dont plusieurs tirs statiques et un échange de moteur, SN11 décolle le 30 mars 2021 dans un épais brouillard[44]. Le SN11 atteint son apogée de 10 km quatre minutes après le décollage, les trois moteurs Raptor sont stoppés pour débuter la chute libre. Après 5 minutes et 49 secondes de vol, à l'instant où le Starship rallume ses moteurs, le contact avec le véhicule est perdu et l'appareil explose avant de toucher le sol[45],[46]. Selon Elon Musk, une surpression de carburant consécutive à une fuite de méthane serait la cause d'« un incendie sur le moteur 2 et une partie de l’avionique, provoquant un démarrage difficile lors de la tentative d’atterrissage dans une turbopompe méthane ».

Starship SN12, SN13 et SN14[modifier | modifier le code]

Les Starships SN12, SN13 et SN14 sont trois prototypes dont la construction débute en septembre 2020 pour SN12, et respectivement en novembre et en octobre 2020 pour SN13 et SN14, avant d'être abandonnée début janvier 2021. Seul SN12 atteint un stade avancé de construction, avant d'être démantelé à partir du 23 janvier. Les trois prototypes sont identiques dans leur conception aux SN8, SN9, SN10 et SN11. Cependant, devant le succès global (hormis le crash à l'atterrissage) du vol du SN8 le 9 décembre 2020, il est décidé peu après d'abandonner la construction des prototypes SN12, SN13 et SN14 pour laisser plus rapidement place au SN15, ce dernier apportant des « améliorations majeures »[47].

SuperHeavy BN1[modifier | modifier le code]

BN1 (Booster Number 1) est le premier prototype de SuperHeavy. Le 18 mars 2021, l'assemblage des deux sections de BN1, à savoir les réservoirs de méthane liquide et d'oxygène liquide, a lieu dans la High Bay. Ce premier prototype de SuperHeavy sert de test de production afin d'acquérir de l'expérience dans la construction d'un tel composant. Il n'est destiné ni à voler ni même à effectuer des tests au sol[48]. Il est désormais démantelé.

Starship SN15[modifier | modifier le code]

Le Starship SN15 prend la suite des Starships SN8 à SN14 en étant le cinquième vol à haute altitude de cette série de prototypes. Par rapport à ces derniers, il apporte des centaines d'améliorations[47]. Parmi celles-ci, on retrouve notamment l'ajout d'une antenne Starlink pour permettre au prototype d'accéder au réseau Internet haut débit. Sont également ajoutées plusieurs centaines de tuiles de protection thermiques qui améliorent le bouclier thermique. Assemblé dans la HighBay[49], il est transporté sur le pad de lancement A le 8 avril[50],[51]. Les 26 et 27 avril 2021, SN15 réalise plusieurs mises à feu statiques avec succès[52]. Il est d'ailleurs annoncé que les moteurs Raptor améliorés du prototype SN15 n'ont pas rencontré de problèmes lors des mises à feu statiques, contrairement aux moteurs Raptor des autres prototypes, qui avaient même conduit à un changement[53]. Le SN15 réalise son vol d'essai le 6 mai 2021. Toutes les étapes du vol sont réussies et il devient le premier prototype de Starship à réussir son atterrissage[54]. Comme pour SN10, un incendie se déclare au niveau des moteurs juste après l'atterrissage, mais il est finalement éteint environ 8 minutes plus tard grâce aux lances à incendie télécommandées installées aux abords du pad d'atterrissage.

Prototypes construits[modifier | modifier le code]

Nom Début de la construction Désaffecté Chantier de construction Statut Vols
Prototype Starhopper Boca Chica, Texas Retraité 2
Starship Mk1 Détruit 0
Starship Mk2 Cocoa, Floride Abandonné
Starship Mk4
Starship SN1 (MK3) Boca Chica, Texas Détruit
Test Tank SN2 Retraité N/A
Starship SN3 Détruit 0
Starship SN4
Starship SN5 Démantelé 1
Starship SN6
Test Tank SN7 Détruit N/A
Test Tank SN7.1
Starship SN8 1
Starship SN9
Starship SN10
Starship SN11
SuperHeavy BN1 Démantelé N/A
Starship SN12 Abandonné 0
Starship SN14
Starship SN13
Starship SN15 N/A Inspection / Réparation 1
Starship SN16 En construction 0
Starship SN17
Test Tank SN7.2 Retraité N/A
Test Tank BN2 N/A En construction
Starship SN18 0
Starship SN19
Starship SN20 Mars 2021
SuperHeavy BN3

Vols d'essai[modifier | modifier le code]

Vol n° Date Véhicule Site de lancement Altitude maximum Durée Lancement Atterrissage
- [55] Prototype Starhopper Boca Chica, Texas 1 m Succès Succès
Vol captif
- [56] Prototype Starhopper Boca Chica, Texas 1 m Succès Succès
Vol captif
1 Prototype Starhopper Boca Chica, Texas 20 m 22 secondes Succès Succès
2 Prototype Starhopper Boca Chica, Texas 150 m 57 secondes Succès Succès
3 Starship SN5 Pad A, Boca Chica, Texas 150 m 51 secondes Succès Succès
4 Starship SN6 Pad A, Boca Chica, Texas 150 m 51 secondes Succès Succès
5 Starship SN8 Pad A, Boca Chica, Texas 12,5 km 6 min 42 sec Succès Échec
Le prototype est détruit à l'atterrissage, mais les objectifs principaux du vol (descente stable et rallumage des moteurs) sont atteints.
6 Starship SN9 Pad B, Boca Chica, Texas 10 km[57] 6 min 26 sec Succès Échec
Le prototype est détruit à l'atterrissage.
7 Starship SN10 Pad A, Boca Chica, Texas 10 km 6 min 29 sec Succès Succès partiel
Le prototype atterrit à la verticale, et explose 8 minutes et 11 secondes après son atterrissage.
8 Starship SN11 Pad B, Boca Chica, Texas 10 km[58] 5 min 49 sec Succès Échec
Le prototype est détruit en plein vol peu avant l'atterrissage.
9 Starship SN15 Pad A, Boca Chica, Texas 10 km[59] 6 min 08 sec Succès Succès
Le prototype atterrit à la verticale. Premier vol de test à haute altitude réussi.
10 ? Starship SN15 Pad B, Boca Chica, Texas 10 km ... Prévu[60]
Le , le prototype est placé sur le Pad suborbital B, en attente d'un nouveau vol dont les conditions sont encore inconnues.

Missions[modifier | modifier le code]

Le lanceur Starship a pour ambition de remplacer tous les véhicules spatiaux actuels de SpaceX. En effet, d'après Elon Musk, le coût d'un lancement du Starship sera à terme inférieur au coût de lancement d'une Falcon 9, voire d'une Falcon 1. Ceci est en partie dû à la réutilisation de tous les étages de Starship/SuperHeavy, mais également à l'atterrissage du lanceur sur son pas de tir pour un nouveau départ rapide et à sa construction en acier inoxydable.

Les missions seront les suivantes :

  • Lancement de satellites
  • Ravitaillement de la Station spatiale internationale (ISS)
  • Transport de personnel à destination de l'ISS
  • Transport de charges utiles sur la Lune
  • Desserte de la Lune pour des missions habitées
  • Vols suborbitaux intercontinentaux commerciaux de transport de passagers : deux villes éloignées pourraient être reliées en moins d'une heure[5]
  • Exploration habitée de Mars
  • Exploration du Système solaire (lunes de Jupiter et Saturne dont Titan)
  • Évacuation des débris orbitaux. Elon Musk a émis l'idée de se servir de ces vaisseaux vides après-mission comme éboueurs de l'espace. Lors de son retour sur Terre, le vaisseau permettrait de récupérer et ramener sur terre 150 tonnes de débris collectés en orbite basse.

En , l'armée de l'air américaine annonce considérer Starship pour le transport de matériel militaire dans l'espace. Outre les opérations de fret, elle envisage le positionnement d'équipements en orbite, qui seraient alors prêts à être largués sur Terre[61],[62],[63].

Vols orbitaux prévus[modifier | modifier le code]

Date et heure (UTC) Équipage Véhicule Site de lancement Charge utile/Mission Orbite/Destination
Juin/Juillet 2021 N/A SuperHeavy BN3/

Starship SN20

Boca Chica N/A 115km
Premier vol orbital[64]. Après un vol de près de 9 minutes, le second étage Starship redescendra ensuite pour tenter un amérissage contrôlé de Starship (pas de barge de récupération prévue) à 100km au nord-ouest des côtes de Kauai (Hawaï) après avoir réalisé ainsi les 34 du tour de la Terre. Quant au premier étage (SuperHeavy), il tentera d'atterrir au large, dans le Golfe du Mexique[65].
2021 N/A Starship Cargo Boca Chica TBA TBA
Premier vol commercial[66],[67]
2022 (à déterminer) N/A Starship TBA TBA Atterrissage sur la Lune
2023 Yusaku Maezawa et autres Starship Crew TBA Projet DearMoon Trajectoire de retour libre lunaire
Premier vol habité[68]
2024 N/A Starship Cargo TBA TBA Atterrissage sur Mars
2027 TBA Starship Crew TBA TBA Atterrissage sur Mars

Projet DearMoon[modifier | modifier le code]

En , SpaceX a annoncé la signature d'un contrat pour faire voler un groupe de passagers privés autour de la Lune à bord du Starship[69]. En plus des pilotes, ce survol lunaire sera animé par Yusaku Maezawa[70], qui invitera six à huit artistes à le suivre autour de la Lune en 2023[71]. Le temps de voyage prévu est de six jours environ[70],[71].

Programme Artemis[modifier | modifier le code]

Le 16 avril 2021, la NASA annonce avoir choisi le Starship dans le cadre du programme Artemis pour l'atterrisseur lunaire HLS (Human Landing System) qui doit ramener l'Homme sur la lune d'ici 2024. Trois candidats étaient en lice : la "National Team" constituée de Blue Origin, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper, Dynetics et enfin SpaceX[11]. Le rôle du Starship dans le programme Artemis sera de faire la liaison entre l'orbite et la surface lunaire. Pour ce faire, les astronautes décollerons de la Terre à bord du vaisseau Orion lancé par le SLS avant de rejoindre l'orbite lunaire où ils embarqueront à bord du vaisseau de SpaceX pour aller sur la lune. Par la suite, le transfert d'un vaisseau à l'autre pourra se faire en passant par la station spatiale en orbite lunaire Lunar Gateway[72].

Comparaison avec les autres lanceurs super lourds[modifier | modifier le code]

Caractéristiques et performances des lanceurs super lourds
Lanceur Premier vol Masse Hauteur Poussée Orbite basse Statut
Drapeau des États-Unis Starship 2021 5 000 t 122 m 72 000 kN 100+ t Développement
Drapeau des États-Unis Falcon Heavy (sans récupération) 2018 1 421 t 70 m 22 819 kN 64 t Opérationnel
Drapeau des États-Unis Saturn V 1967 3 038 t 110 m 34 000 kN 140 t Retiré du service
Drapeau des États-Unis SLS Block I 2021 2 628 t 98 m 32 000 kN 70 t Développement
Drapeau des États-Unis SLS Block IB 2025 2 948 t 119 m 32 000 kN 97,5 t Développement
Drapeau de la République populaire de Chine Longue Marche 9 2030 3 997 t 108 m 57 600 kN 133 t Développement
Drapeau de l'URSS Energuia 1987 2 371 t 58 m 39 472 kN 105 t Retiré du service
Drapeau de l'URSS N-1 1969 2 735 t 103 m 46 000 kN 95 t Retiré du service

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]