Naro-1

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Naro-1
lanceur spatial
Première KSLV au centre de lancement de Naro le 10 juillet 2009.
Première KSLV au centre de lancement de Naro le 10 juillet 2009.
Données générales
Pays d’origine Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud
Premier vol
Statut Retiré du service
Lancements (échecs) 3 (2)
Hauteur 30,5 m
Diamètre 2,9 m
Masse au décollage 140 t
Étage(s) 2
Poussée au décollage 213,7 t
Charge utile
Orbite basse 100 kg

Naro-1 ou Korea Space Launch Vehicle (KSLV) est un lanceur développé par la Corée du Sud avec l’aide de la Russie. Cette fusée est constituée d’un premier étage dérivé de celui de la fusée russe Angara et d’un deuxième étage développé par la Corée du Sud. La réalisation du second étage et l’intégration des deux étages est supervisée par l’Institut coréen de recherche aérospatiale en collaboration avec des spécialistes russes[1]. Le premier lancement a eu lieu le 25 août 2009. Le tir, qui devait mettre en orbite un satellite de 100 kg, a échoué du fait d’un largage tardif d’une partie de la coiffe. Le second lancement, qui a eu lieu le 10 juin 2010, a également échoué. Le troisième, qui a eu lieu le 30 janvier 2013, est un succès.

Historique[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de son plan spatial national défini en 1996, la Corée du Sud prévoit de développer un lanceur spatial. En novembre 2002 elle lance pour la première fois une fusée-sonde KSR-III utilisant une moteur-fusée à ergols liquides. L'objectif est de disposer vers 2005 d'un lanceur opérationnel capable de placer de petits satellites en orbite. Celui-ci doit comporter trois étages développés à partir de KSR-III flanqués de deux propulseurs d'appoint également dérivés de la même fusée-sonde. Le troisième étage est à propergol solide et dérive de la fusée sonde KSR-I. Finalement cette approche est abandonnée au profit d'un nouveau projet baptisé KSLV-1 (futur Naro-1). Pour accélérer le développement de ce dernier, les responsables coréens décident d'avoir recours à une assistance étrangère[2].

En 2004, la Corée du Sud se tourne vers la Russie pour le développement d'un moteur-fusée à ergols liquides. La société russe Khrounitchev, constructeur du lanceur russe Angara signe un contrat initial d'une valeur de environ 200 millions pour la conception et le développement du lanceur sud-coréen ainsi que la construction d'une base de lancement sur le territoire de la Corée du Sud. Le contrat final signé en octobre 2006 prévoit finalement que Khrounitchev développera le premier étage complet du lanceur conçu pour placer 100 kg en orbite. La société russe doit fournir les composants permettant de construire le lanceur toutefois sans transfert de technologie. Le contrat final ratifié en juin 2007 par la Douma russe autorise finalement le transfert de technologies sensibles. Cet accord de coopération est signé de manière officielle le même mois par le président russe Vladimir Poutine et le président coréen Roh Moo-hyun. Le budget du projet KSLV-1 atteint 449 millions € dont 391 millions € pour le développement du lanceur. Sur cette dernière somme 140 millions € sont reversés à la Russie qui s'engage pour deux lancements. 172 millions € sont consacrés à la construction avec l'aide des russes du centre spatial de Naro qui comprend un complexe de lancement, un centre de contrôle, des installations pour permettre d'effectuer les tests et l'assemblage, un centre administratif, un quartier d'habitation[3].

Le lanceur KSLV-1 d'une masse de 140 tonnes est haut de 33 mètres pour un diamètre de 2,9 mètres. Il comprend un premier étage directement dérivé du premier étage URM-1 du lanceur Angara de Khrunitchev long de 25,8 mètres. Toutefois le moteur-fusée utilisé n'est pas le RD-191 de l'URM mais un RD-151 développé par Energomach caractérisé par une poussée plus faible (1700 kiloNewtons). Le RD-151 brûle un mélange de kérosène et d'oxygène avec un cycle d'alimentation très performant. Cet étage doit fonctionner durant 237 secondes. Il s'agira du premier vol à la fois d'un étage URM et du moteur-fusée qui le propulse. L'institut coréen de recherche aérospatiale (KARI) a la charge de développer le deuxième étage de très petite taille, la coiffe ainsi que l'avionique du lanceur. Cet étage utilise un moteur à propergol solide d'une poussée de 42 kN, dérivé de la fusée-sonde KSR-1, qui doit fonctionner durant 66 secondes. La construction de l'infrastructure et les tests du lanceur s'achèvent en avril 2009[4].

La coopération entre Khrounitchev et ses homologues coréens est affectée par les problèmes financiers que rencontre à cette époque la société russe. Celle-ci est suspectée par son partenaire d'utiliser l'argent versée par la Corée pour financer les développements de son lanceur Angara. Le lancement de KSLV-1 prévu initialement fin 2007 est repoussé par les russes à 6 reprises. Finalement le premier vol de Naro-1 a lieu le 25 aout 2009.[5].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Décollage le 25 août 2009 de la 1re Naro-1, cela sera un échec.

Le KSLV-1, nommé aussi Naro-ho (Naro-1), est haut de 33,5 mètres pour un diamètre de 2,9 mètres et une masse de 140 tonnes au décollage. Sa masse à vide est de 10 tonnes et son fuselage a 2 mm d'épaisseur[6]. Il est constitué de deux étages. Le lanceur peut lancer un satellite de 100 kilogrammes sur une orbite terrestre basse elliptique avec un périgée de 300 km et un apogée de 1 500 km. Ses caractéristiques sont les suivantes[7] :

  • Le premier étage est basé sur celui de la fusée russe Angara mais avec des performances moindres. Il brûle un mélange de kérosène et d’oxygène liquide et est propulsé par un moteur russe RD-151 doté de quatre chambres de combustion qui développe une poussée de 167 tonnes (le lanceur Angara est propulsé par un RD-191 qui délivre près de 210 tonnes de poussée). Il est fourni par le constructeur de matériel astronautique russe GKNPZ Khrounitchev dans le cadre d’un contrat signé le [8].
  • Le second étage KSR-1 d’une masse de une tonne utilise un propulseur à propergol solide de 8 tonnes de poussée qui fonctionne durant 58 secondes. Il est développé par la Corée du Sud. Celle-ci assure également la fabrication de la coiffe, du système de guidage et l’intégration des deux étages.

La Russie, s’est engagé à livrer 3 exemplaires du premier étage, mais refuse désormais tout transfert de technologies spatiales supplémentaire à la Corée du Sud dans le cadre du régime de contrôle de la technologie des missiles par crainte d’une utilisation militaire de ces systèmes[9].

Déroulement d'un lancement[modifier | modifier le code]

Le déroulement nominal d’un vol est le suivant : 215 secondes après le lancement, la coiffe est larguée. La séparation entre les deux étages intervient à t+232 secondes. Le lanceur, qui est à une altitude de 196 km, continue sur sa lancée sans propulsion (vol balistique) durant 3 minutes puis le second étage est allumé et fonctionne durant 58 secondes pour injecter le satellite en orbite[10],[11].

Les vols du lanceur[modifier | modifier le code]

Premier vol[modifier | modifier le code]

Le vol inaugural de ce lanceur de base, initialement prévu en 2007, a eu lieu le à 8:00 UTC depuis le nouveau centre spatial Naro, après plusieurs reports successifs[12], celui-ci ayant au total été retardé à sept reprises[13]. Le lanceur n’a pu placer en orbite le satellite artificiel de 100 kg STSAT-2A. La moitié de la coiffe a été éjectée avec plus de 300 secondes de retard. La masse accrue de 300 kg qui en a résulté n’a pas permis au moteur du deuxième étage d’atteindre la vitesse de satellisation minimale[14].

Deuxième tentative[modifier | modifier le code]

Le second lancement a eu lieu le 10 juin 2010. Le tir a également échoué : selon les premiers éléments connus, une explosion s’est produite 137 secondes après le lancement[15].

Troisième lancement et succès[modifier | modifier le code]

La 3e et dernière Naro-1 sur sa remorque le 26 octobre 2012.

Un troisième tir, prévu entre le 26 et le 31 octobre 2012, après l'arrivée du premier étage russe[16] et son intégration en septembre[17] a été reporté à novembre en raison de défaillances des systèmes embarqués du premier étage[18]. Le câblage électrique et un certain nombre de composants électroniques ont été modifiés[19]. La tentative a finalement lieu le 29 novembre 2012 mais le tir est annulé 17 minutes avant la fin du compte à rebours à cause de problèmes techniques sur le second étage[20]. La tentative suivante prévue pour le 26 janvier 2013[21] a finalement lieu le avec un lancement réussi à 16 h UTC+09:00 (07H00 GMT)[22] et mettant en orbite le STSAT-2C (Science and Technology Satellite 2C)[23] qui doit contacter l'Institut supérieur coréen des sciences et technologies à Daejeon 140 minutes après le lancement[24]. La Corée du Sud devient ainsi la 11e puissance spatiale.

Développements ultérieurs: le lanceur KSLV-2[modifier | modifier le code]

Article détaillé : KSLV-2.

Le KSLV-2 est une version du lanceur spatial entièrement basée sur des technologies coréennes que la Corée du Sud envisage de construire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Choe Sang-Hun, « South Korea Launches Satellite », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  2. Emerging space powers : The new space programs of Asia, the Middle East ans South America - Uran Origins - the road to space, p. 517
  3. Emerging space powers : The new space programs of Asia, the Middle East ans South America - Uran Origins - the road to space, p. 518-
  4. Emerging space powers : The new space programs of Asia, the Middle East ans South America - Uran Origins - the road to space, p. 521-524
  5. Emerging space powers : The new space programs of Asia, the Middle East ans South America - Uran Origins - the road to space, p. 525-527
  6. (en)« (Naro) Fast facts about S. Korea's Naro space rocket », sur Yonhap, (consulté le 31 janvier 2013)
  7. (en) « KSLV - Korean Space Launch Vehicle », globalsecurity.org (consulté le 9 juin 2010).
  8. (en) « Korean Space Launch Vehicle (KSLV) (South Korea) », sur Khrunichev State Research and Production Space Center (consulté le 19 août 2009).
  9. « Retards prévus pour le Korea Space Launch Vehicle 2 », sur http://www.bulletins-electroniques.com, Ministère français des affaires étrangères et européennes, (consulté le 19 août 2009).
  10. (en) Stephen Clark, « South Korea says rocket likely exploded after liftoff », nspaceflightnow.com, (consulté le 10 juin 2010).
  11. (en) « Naro Sequence », KBS, (consulté le 10 juin 2010).
  12. « La Corée du Sud doit lancer mercredi sa première fusée », Agence France-Presse, (consulté le 18 août 2009).
  13. Agence France-Presse, « La Corée du Sud annule le lancement de sa première fusée », (consulté le 19 août 2009).
  14. (en) « S. Korean satellite lost shortly after launch: gov’t », Yonhap News, (consulté le 28 août 2009).
  15. « En bref : la fusée sud-coréenne Naro-1 explose en vol », sur Futura-Sciences (consulté le 10 juin 2010).
  16. (en)« Naro Rocket Launch Preparations Begin », sur Arirang, (consulté le 13 octobre 2012)
  17. Limb Jae-un, « Calendrier provisoire pour un troisième lancement spatial en octobre », sur Korea-Net, (consulté le 13 octobre 2012)
  18. (en)Stephen Clark, « South Korea's space shot scrubbed by fuel leak », sur Spaceflight Now, (consulté le 4 novembre 2012)
  19. (ru)« Россия и Южная Корея начали работу над третьей корейской ракетой Наро-1 », sur Cybersecurity.ru,‎ (consulté le 20 décembre 2011).
  20. « Corée du Sud: un tir spatial annulé pour des raisons techniques (Roskosmos) », sur RIA Novosti, (consulté le 7 décembre 2012)
  21. « Worldwide Launch schedule », sur Space Flight Now, (consulté le 30 décembre 2012)
  22. Jack Kim, Julien Dury, « La Corée du Sud lance sa première fusée spatiale », sur Le Point, (consulté le 30 janvier 2013)
  23. « La Corée du Sud réussit son premier tir de fusée », (consulté le 30 janvier 2013)
  24. (en)« (4th LD)S. Korea successfully launches Naro space rocket », sur Yonhap, (consulté le 30 janvier 2013)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Brian Harvey, Henk H F Smid et Theo Pirard, Emerging space powers : The new space programs of Asia, the Middle East ans South America, Springer Praxis, (ISBN 978-1-4419-0873-5)
  • (en) Daniel A. Pinkston, « Joining the Asia Space Race: South Korea’s Space Program », Korea Economic Institue of America : Academic paper series,‎ , p. 1-16 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]