Maurice d'Elbée

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Maurice Gigost d'Elbée
Maurice d'Elbée
Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, huile sur toile de Paulin Guérin, 1827, musée d'Art et d'Histoire de Cholet.

Surnom Général la Providence
Naissance
Dresde (Électorat de Saxe)
Décès / (à 41 ans)
Noirmoutier (République française)
Fusillé
Origine Français
Allégeance Drapeau du royaume de France Royaume de France (1772-1783)
Drapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens (1793-1794)
Arme Cavalerie
Grade Généralissime
Commandement Armée catholique et royale
Conflits Guerre de Vendée
Faits d'armes 2e Bataille de Chemillé
Bataille de Vezins
1re Bataille de Beaupréau
Bataille de Thouars
Bataille de La Châtaigneraie
1re Bataille de Fontenay-le-Comte
Bataille de Nantes
2e Bataille de Luçon
3e Bataille de Luçon
2e Bataille de Chantonnay
Bataille de Torfou
Bataille du Pallet
Bataille de Treize-Septiers
2e Deuxième de Châtillon
Bataille de La Tremblaye
Bataille de Cholet
3e Bataille de Noirmoutier

Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée[1], né le à Dresde et mort entre le et le à Noirmoutier, est un militaire français.

Chef royaliste pendant la guerre de Vendée, il est généralissime de l'Armée catholique et royale de juillet à octobre 1793. Grièvement blessé à la bataille de Cholet, il est capturé suite à la troisième bataille de Noirmoutier puis fusillé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie sous l'Ancien régime[modifier | modifier le code]

La Loge, habitation de d'Elbée, gravure de Thomas Drake, 1856.

Maurice d'Elbée naît à Dresde le [2]. Fils de Maurice Gigost d'Elbée, seigneur de la Gobinière et de La Loge-Vaugirault (1695-1763), alors conseilleur privé du Roi de Pologne établi à Dresde, en Saxe, et de Marie Thérèse de Mussant (décédée en 1790), Maurice d'Elbée naquit dans une famille de tradition militaire. Il est naturalisé français en 1757[2].

Le 1er juin 1772, il est sous-lieutenant au régiment du Dauphin cavalerie et le , il est lieutenant au 5e régiment de chevau-légers[2]. Il démissionne de l'armée le [2]. Il se retire alors à Beaupréau, en Anjou[2].

Il se marie le en l’église de La Gaubretière, avec Marguerite-Charlotte du Houx d’Hauterive, pupille de son ami le marquis de Boisy. Dès lors il vécut retiré dans un bien de campagne près de Beaupréau en Anjou (aujourd'hui Maine-et-Loire). Son fils Louis-Joseph Maurice d’Elbée, né le , lui survivra.

En 1789, d'Elbée se montre d'abord favorable à la Révolution française[3]. Le , il participe à la Fête de la Fédération à Paris, où il représente le Maine-et-Loire[3].

Général de l'Armée catholique et royale[modifier | modifier le code]

D'Elbée protégeant les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, peinture de Marie Félix Edmond de Boislecomte.

En mars 1793, l'insurrection contre la levée en masse provoque le début de la guerre de Vendée. Les paysans insurgés viennent trouver d'Elbée en raison de son expérience militaire et le contraignent à prendre la tête de leur rassemblement[3].

Le 11 avril, les forces de l'Elbée parviennent à repousser la contre-attaque républicaine à la bataille de Chemillé. Après ce combat, des combattants vendéens se rassemblent devant l'église du bourg de Chemillé en réclamant la mise à mort des prisonniers républicains qui y sont enfermés[4],[5]. Le général d'Elbée arrive alors au milieu de la foule pour tenter de ramener le calme[4],[5]. À sa demande, les hommes se mettent à genou pour réciter le Pater Noster[4],[5]. Cependant lorsque les insurgés arrivent aux paroles « pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », d'Elbée les interrompt : « Arrêtez ! Ne mentez pas à Dieu ! Vous osez lui demander de vous pardonner comme vous pardonnez aux autres alors que vous êtes prêts à vous venger de vos ennemis ! »[4],[5]. Ces déclarations ne provoquent aucune contestation et les prisonniers sont ainsi sauvés[4],[5]. L'épisode est alors appelé le « Pater de d'Elbée »[6].

D'Elbée participe ensuite à plusieurs combats victorieux contre les républicains avec la bataille de Vezins le 19 avril[7], la bataille de Beaupréau le 22[8] et la prise de Thouars le 5 mai, où d'Elbée reçoit la capitulation de la garnison républicaine par le juge de paix Redon de Puy Jourdain[9].

Les Vendéens se tournent ensuite vers Fontenay-le-Comte, dans le sud de la Vendée. Une première attaque échoue le 16 mai et d'Elbée est blessé, mais les insurgés prennent leur revanche le 24 mai, où ils mettent en déroute les forces républicaines et font 3 000 prisonniers[10].

Le 21 juin, d'Elbée participe à la bataille de Nantes[11], qui s'achève par la victoire des forces républicaines[11]. Le généralissime Jacques Cathelineau est mortellement blessé[11] et succombe le 14 juillet[12].

Le 19 juillet, d'Elbée est élu par un conseil de guerre généralissime de Armée catholique et royale pour succéder à Jacques Cathelineau[13]. Il décide d'attaquer la ville de Luçon mais il subit deux lourdes défaites devant cette ville le 30 juillet et le 14 août[13].

Mort à Noirmoutier[modifier | modifier le code]

Mort du général d'Elbée, huile sur toile de Julien Le Blant, 1878, Musée de Noirmoutier.
Représentation du général d'Elbée avec chapeau noir et cocarde, plumet et mouchoir de tête blancs, bandeau sur l'œil droit, veste rose à revers noirs, culotte blanche, bottes noires et écharpe blanche à la ceinture avec deux pistolets et un sabre. En arrière-plan figurent à droite un arbre et à gauche des murailles et des tours escaladées avec des échelles par des soldats républicains.
D'Elbée : l'un des principaux chefs de l'armée royale et catholique des brigands de la Vendée, pris et fusillé après la prise de l'Isle de Noirmoutier. Dessiné d'après nature au conseil de guerre lors de son interrogatoire, le 14 nivôse an II par le citoyen Fachot, officier d'état-major et capitaine du génie, 1794, Bibliothèque nationale de France.

Le 17 octobre 1793, l'armée vendéenne est complètement défaite à la bataille de Cholet et d'Elbée est grièvement blessé lors des combats[14]. Il ne prend pas part à la virée de Galerne et est transporté à Beaupréau, sous la protection de 1 500 hommes commandés par Pierre Cathelineau, le frère de Jacques Cathelineau[15]. Il est bientôt rejoint par son épouse, Marguerite-Charlotte Duhoux d'Hauterive ; son beau-frère, Pierre Duhoux d'Hauterive ; et de son ami Pierre Prosper Gouffier de Boisy[15],[16].

Vers fin octobre ou début novembre 1793, d'Elbée, escorté par la troupe de Cathelineau, rejoint Charette à Touvois[15],[17]. Sur les conseils de ce dernier, il part trouver refuge à l'île de Noirmoutier, qu'il atteint le 2 ou le 3 novembre[15]. D'après son petit-neveu, Charles-Maurice d'Elbée, et la marquise de Bonchamps, il aurait été hébergé à l'hôtel Jacobsen, avant d'être transporté dans la maison de madame Mourain à l'approche des troupes de Haxo[18],[19]. Selon François Piet, il résidait dans une maison appelée La Maduère[18],[19].

Le 3 janvier 1794, les troupes républicaines débarquent sur l'île de Normoutier et la garnison vendéenne capitule[18]. D'Elbée est rapidement découvert et fait prisonnier[18],[20],[A 1]. L'ancien généralissime est interrogé par les représentants en mission et par le général Turreau à une date incertaine[18],[20],[A 2]. Le procès-verbal de son interrogatoire est rédigé par le capitaine François Piet[18].

Malgré les promesses du général Haxo, tous les prisonniers vendéens sont fusillés sur ordre des représentants en mission Prieur de la Marne, Turreau et Bourbotte[18],[23]. D'Elbée est exécuté entre le et le [A 3]. Incapable de marcher, il est porté sur un fauteuil jusqu'à la place d'Armes[18],[A 4]. Il est fusillé en compagnie de Pierre Duhoux d'Hauterive, de Pierre Prosper Gouffier de Boisy et de Jean-Conrad Wieland, l'ancien commandant républicain de Noirmoutier, accusé de trahison, que les officiers royalistes tentent en vain d'innocenter au dernier moment[18],[23].

Le corps de d'Elbée est enterré dans les douves du château de Noirmoutier[29]. Malgré des recherches en 1822, ses ossements ne peuvent être identifiés[29].

L'épouse de d'Elbée, Marguerite-Charlotte Duhoux d'Hauterive, est quant à elle fusillée le 29 janvier[20] en compagnie de Victoire Élisabeth Mourain de L'Herbaudière, née Jacobsen[20],[18],[30].

Descendance[modifier | modifier le code]

Louis-Joseph Maurice d’Elbée, fils de Maurice d'Elbée, est élevé à Beaupréau. Il servit dans les armées de Napoléon et participe notamment à la bataille de Leipzig, et à la bataille de Hanau, où il est blessé et fait prisonnier. Transporté à l'hôpital de Potsdam, il décède l'année suivante[31].

La famille d'Elbée, actuellement subsistante, conserve le souvenir du général d'Elbée mais ne lui est pas apparentée[32].

Regards contemporains et postérité[modifier | modifier le code]

« Dans la grande armée, le principal chef était, en ce moment, M. d'Elbée ; il commandait plus particulièrement les gens des environs de Cholet et de Beaupréau. C'était un ancien sous-lieutenant d'infanterie, retiré depuis quelques années ; il avait alors quarante ans ; il était de petite taille, n'avait jamais vécu à Paris ni dans le monde ; il était extrêmement dévot, enthousiaste, d'un courage extraordinaire et calme : c'était son principal mérite. Son amour-propre se blessait facilement : il s'emportait sans propos, quoiqu'il fût d'une politesse cérémonieuse, il avait un peu d'ambition, mais bornée comme toutes ses vues. Dans les combats il ne savait qu'aller en avant, en disant : « Mes enfants, la Providence nous donnera la victoire. » Sa dévotion était très-réelle ; mais comme il voyait que c'était un moyen de s'attacher les paysans et de les animer, il y mettait beaucoup d'affectation et un ton de charlatanisme que l'on trouvait souvent ridicule ; il portait sous son habit de pieuses images ; il faisait des sermons et des exhortations aux soldats, et surtout il parlait toujours de la Providence ; au point que les paysans, bien qu'ils l'aimassent beaucoup et qu'ils respectassent tout ce qui tenait à la religion, l'avaient, sans y entendre malice, surnommé le général la Providence. Malgré ces petits ridicules, M. d'Elbée était au fond un homme si estimable et vertueux, que tout le monde avait pour lui de l'attachement et de la déférence[33]. »

— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.

« A un physique agréable et distingué, d'Elbée joignait les talents nécessaires à un chef de parti. Militaire consommé, il avait formé les vendéens à la manière de combattre la plus convenable à la localité et au génie de ce peuple. Ce chef de parti avait toutes les qualités pour jouer un grand rôle. [...] D'Elbée a donné la preuve de ses talents dans l'exécution des plans. Ses lieutenants ont été battus à chaque fois qu'ils se sont écartés de ses principes. D'Elbée avait le don de la parole. Il s'exprimait avec grâce et facilité. Son éloquence était douce et persuasive. Il savait varier ses formes et ses tons. Il prenait souvent vis-à-vis des rebelles celui d'un inspiré, et il avait tellement acquis leur confiance et leur attachement, qu'après sa mort, j'ai vu des prisonniers vendéens verser des larmes, lorsqu'ils entendaient prononcer son nom[34]. »

— Louis Marie Turreau

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans une lettre à son oncle, le brigadier Auguste Dalicel, du 3e bataillon de volontaires de Lot-et-Garonne, affirme que c'est lui et le lieutenant Guillemet qui découvrirent d'Elbée[21].
  2. « Les généraux Haxo et Dutruy accompagnèrent les commissaires conventionnels dans la maison qu'habitait d'Elbée. Ce chef, successeur de Cathelineau, dans le commandement de la grande armée royaliste, ayant été blessé dangereusement à l'affaire de Cholet le 17 octobre, s'était fait transporter à Noirmoutier, pour s'y faire soigner avec plus de sûreté. Il partageait alors le sort des malheureux qui n'avaient pas eu le courage de le défendre, ni de se soustraire eux-mêmes à une mort plus certaine que sur le champ de bataille. Une garde avait été placée à sa porte, autant pour lui que pour son épouse. Les représentans lui adressèrent quelques questions, auxquelles il répondit brièvement en partie, gardant le silence sur le reste. Ils lui demandèrent, entr'autres, son opinion sur les deux généraux qui étaient présens, mais qu'il ne connaissait pas de vue; sa réponse fut honorable pour le général Haxo, et il ne s'expliqua point sur Dutruy. Fatigué bientôt de cet interrogatoire, il pria qu'on le laissât tranquille, et qu’on respectât sa femme, jusqu'à ce qu'on eût décidé sur leur sort[22]. »

    — Mémoires de l'adjudant-général Aubertin.

  3. Les dates de l'interrogatoire et de la mort de d'Elbée sont incertaines et varient selon les sources. Le 8 janvier, le représentants en mission Turreau et Bourbotte écrivent au Comité de Salut public que d'Elbée, Duhoux, Wieland et Palvados « n'existent plus »[24],[16]. La copie de l'interrogatoire de d'Elbée par François Piet donne la date du 20 nivôse, soit le 9 janvier[16]. L'aquarelle réalisée par par Fachot, officier d'état-major et capitaine du génie, représentant un portrait de d'Elbée « dessiné d'après nature au conseil de guerre lors de son interrogatoire » donne quant à elle la date du 14 nivôse, soit le 3 janvier[16],[25]. Dans ses mémoires l'adjudant-général Dominique Aubertin affirme que d'Elbée est parmi les derniers à être fusillé[26]. Du côté des historiens, Alain Gérard donne le 6 janvier[27], Jacques Hussenet le 6 ou le 7 janvier[28], Charles-Louis Chassin le 7 ou le 8 janvier[20] et Lionel Dumarcet le 8 janvier[18].
  4. Le fauteuil sur lequel est fusillé d'Elbée appartenait à Victoire Élisabeth Mourain de L'Herbaudière, née Jacobsen. Après l'exécution, il est récupéré par un matelot qui le remet ensuite à l'abbé Jacobsen, curé de Mallièvre, qui le transmet à l'abbé Dréan, curé des Epesses, qui lui même le remet en 1882 à Charles-Maurice d'Elbée, officier de l'armée de la République française et petit-neveu du général vendéen[20]. Il est depuis exposé au musée du château de Noirmoutier.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bien que son extrait de naissance ne mentionne pas le nom de Gigost, on l'appellera souvent ainsi. C'est vraisemblablement au XVIIe siècle que la famille Gigost s'adjoint le nom de d'Elbée.
  2. a b c d et e Chassin, t. III, 1892, p. 433.
  3. a b et c Gérard 1999, p. 95.
  4. a b c d et e Hussenet 2007, p. 191-192.
  5. a b c d et e Doré Graslin 1979, p. 46.
  6. Gras 1994, p. 31-32.
  7. Gabory 2009, p. 150
  8. Gabory 2009, p. 151
  9. Amiglio 2010, p. 241.
  10. Gabory 2009, p. 163-164
  11. a b et c Gérard 1999, p. 249.
  12. Gérard 1999, p. 140.
  13. a et b Hussenet 2007, p. 36.
  14. Gérard 1999, p. 188.
  15. a b c et d Dumarcet 1998, p. 285.
  16. a b c et d Chassin, t. III, 1894, p. 489-490.
  17. Baguenier Desormeaux, 1893, p. 10-11.
  18. a b c d e f g h i j et k Dumarcet 1998, p. 309-312.
  19. a et b Gabory 2009, p. 334-337
  20. a b c d e et f Chassin, t. III, 1894, p. 491.
  21. Chassin, t. III, 1894, p. 493-494.
  22. Aubertin 1824, p. 87-88.
  23. a et b Gérard 2013, p. 109-110.
  24. Gérard 2013, p. 116.
  25. Gérard 2013, p. 298.
  26. Aubertin 1824, p. 93-94.
  27. Gérard 2013, p. 296.
  28. Hussenet 2007, p. 42.
  29. a et b Gabory 2009, p. 900-901.
  30. Baguenier Desormeaux, 1893, p. 31.
  31. [1] Jques Dupire - Le général d'Elbée. - En "La lettre du génie"
  32. Bien que certains le prétendent et que des généalogies fautives existent, il n'y a aucun lien entre la famille d'Elbée et la famille Gigost d'Elbée (travaux de J-C de Vaugiraud).
  33. Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, sixième édition, 1848. p.149-150.
  34. Louis Marie Turreau Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée, Volume 35, Partie 1, p.63-64.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]