Erato (label)

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Erato est une maison de disques française fondée en 1953. Elle disparaît en 2001, mais le label est réutilisé en 2013 suite à la fusion Warner/EMI.

La création de la firme[modifier | modifier le code]

Erato, qui porte le nom de la Muse grecque de la poésie lyrique, a été créée en janvier 1953 par Philippe Loury, petit-gendre (mari de la petite-fille) de Georges Costallat, avec l’enregistrement d’une œuvre alors totalement inconnue à l'époque, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier. Pensant rééditer ce succès, Philippe Loury engagea un jeune étudiant, Michel Garcin, pour produire d'autres enregistrements d'œuvres inconnues du grand public. Mais les moyens financiers étaient minimes, et Michel Garcin proposa en juin 1953 à un camarade de conservatoire Jean-François Paillard d'enregistrer des œuvres françaises du XVIIIe siècle avec le petit ensemble qu'il venait de former.

Le résultat stylistique fut une révélation pour le monde mélomane, et Jean-François Paillard fut invité à produire deux autres enregistrements au cours de cette même année 1953, l'un avec son premier violon, Huguette Fernandez, et l'autre avec un jeune trompettiste étudiant au conservatoire, un certain Maurice André.

L'année suivante, c'est la jeune Marie-Claire Alain qui enregistre des œuvres inédites de J S Bach : la firme s'installa rapidement parmi les producteurs de renom.

L'âge d'or[modifier | modifier le code]

Michel Garcin s’attela à bâtir un catalogue profondément original, centré sur la musique baroque et la musique française, un répertoire délaissé par les autres compagnies de l'époque. L'engagement d'artistes exceptionnels tels Maurice André, Marie-Claire Alain, Jean-Pierre Rampal, Pierre Pierlot, Lily Laskine, Paul Hongne et quelques autres, permit à la firme de gagner une audience bientôt internationale.

Dix ans après la création de la firme, Erato était la maison qui avait le catalogue le plus fourni de l'époque baroque, enregistrant nombre d'œuvres de musique de chambre (avec le Quintette à Vent Français, l'ensemble Baroque de Paris ou le duo Rampal/Veyron Lacroix), des intégrales pour orgue (J. S. Bach par Marie-Claire Alain), pour clavecin (avec Suzana Ruzickova et Robert Veyron-Lacroix) une multitude de concertos allemands (Bach, Telemann...), italiens (Vivaldi, Torelli...) ou français avec Jean-François Paillard, ou d'œuvres vocales avec Fritz Werner et Stéphane Caillat.

Au milieu des années 1960, l'engagement du Suisse Michel Corboz et de l'Italien Claudio Scimone permis à Erato de gagner en notoriété dans les domaines de la musique vocale et de la musique italienne.

La musique contemporaine française a été la deuxième priorité de la firme, et on doit à Michel Garcin d'avoir soutenu la création contemporaine, en enregistrant, souvent en première mondiale, les œuvres de Francis Poulenc, Olivier Messiaen, Maurice Duruflé ou Henri Dutilleux. Aucune maison de disques n'a autant fait pour la musique française du XXe siècle.

Il est nécessaire de rappeler ici le rôle national de la firme. Les musiciens français ont été constamment encouragés par Michel Garcin au cours de cette première décennie, permettant entre autres aux vents français (avec Maurice André, Georges Barboteu, Jean-Pierre Rampal, Pierre Pierlot, Jacques Lancelot et Paul Hongne) de faire connaître une façon de jouer, et de faire apprécier les sonorités purement françaises qui vont rapidement devenir admirées en Europe, aux États-Unis et au Japon.

L'enregistrement des Concertos brandebourgeoispour le 20e anniversaire de la firme en 1973 marque l'apogée de l'entreprise. Le chef Jean-François Paillard s'est adjoint toutes les vedettes Erato pour cet enregistrement : M. André, P. Pierlot, J. Chambon, P. Hongne, J.-P. Rampal, A. Marion, G. Jarry, B. Fonteny. La critique unanime a laissé peu de place aux autres versions : c'est encore à ce jour, la version la plus vendue dans l'histoire du disque[1].

Le déclin et la fermeture de la maison[modifier | modifier le code]

La décennie suivante se révéla plus éprouvante pour Erato, avec le départ de Philippe Loury en 1980, et en dépit de l’explosion du CD. Sous l’impulsion de son nouveau dirigeant, Daniel Toscan du Plantier, puis Frédéric Schiler, Erato décida de réorienter l'activité éditrice en cherchant à concurrencer les grands labels internationaux sur leur propre terrain, celui des coûteuses productions de prestige. Certaines réussites artistiques incontestables n’empêchèrent pas le déclin, d'autant qu'elle précipita le départ des virtuoses qui portaient financièrement la maison, entre autres : Jean-François Paillard, Maurice André et Jean-Pierre Rampal. Les difficultés financières (qui imposèrent la réduction de la voilure dès 1984 en limitant le nombre des enregistrements à 45 par an), conjuguées à la concentration en marche dans l’industrie du disque, firent perdre son indépendance à Erato, qui entra en 1992 dans le giron de Warner Music.

De belles productions avec Scott Ross, Marc Minkowski, William Christie, John Eliot Gardiner ainsi que Susan Graham, José Cura, Nikolaï Lugansky ou Hélène Grimaud ne suffirent pas à sauver l'entreprise. En 2001, Warner dut se résoudre à fermer la maison. Erato aura produit 2560 enregistrements.

La réutilisation du label[modifier | modifier le code]

Concomitamment, depuis la fin des années 1990, une autre aventure discographique s’épanouissait sous l’impulsion d’Alain Lanceron : le label Virgin Classics, qui conjuguant l’esprit d’un indépendant et les moyens d’une major, devint une des plus belles success-story du disque classique des années 2000. Natalie Dessay, Philippe Jaroussky, Renaud Capuçon et Gautier Capuçon, plus récemment Alexandre Tharaud ou Christina Pluhar en ont été les brillants porte-drapeau.

Lorsqu’en 2013, Warner Music se porta acquéreur du catalogue Virgin Classics (mais non de la marque), la décision fut prise de relancer le label Erato à Paris, accompagnée de la signature de nouveaux artistes : Bertrand Chamayou, Sabine Devieilhe et Edgar Moreau.

Artistes enregistrant aujourd'hui en exclusivité pour Erato[modifier | modifier le code]

Piotr Anderszewski, Bertrand Chamayou, Artemis Quartet, Gautier Capuçon, Renaud Capuçon, Diana Damrau, Natalie Dessay, Sabine Devieilhe, Joyce DiDonato, Quatuor Ebène, David Fray, Emmanuelle Haïm, Philippe Jaroussky, Edgar Moreau, Christina Pluhar, Alexandre Tharaud.

Le catalogue historique[modifier | modifier le code]

Le catalogue Erato s'était, dès l'origine, construit sur la musique baroque, avec une spécialisation en musique française. Il n'est guère de pièces de compositeurs français des XVIIe et XVIIIe siècles enregistrées aujourd'hui, qui ne furent pas un jour sur le catalogue Erato. J. S. Bach et Vivaldi furent d'autre part particulièrement servis, tant dans les œuvres concertantes et de musique de chambre que dans les œuvres vocales.

De nombreuses œuvres ont été gravées 3, 4 voire 5 fois. Citons :

  • L'intégrale des œuvres pour orgue de J. S. Bach : 3 fois (M.-Cl. Alain)
  • Les Passions de J. S. Bach : 3 fois (F. Werner, M. Corboz, T. Koopman)
  • Les suites pour orchestre de J. S. Bach : 4 fois, 6 fois pour la 2e (J.-F. Paillard 3 fois, et 5 fois pour la 2e, J.E. Gardiner)
  • les brandebourgeois de J. S. Bach : 4 fois (K. Redel 2 fois, J.-F. Paillard, T. Koopman)
  • L'intégrale des concertos pour orgue de Haendel : 3 fois (M.-Cl. Alain/J.-F. Paillard 2 fois, T. Koopman)
  • Les 4 saisons de Vivaldi : 5 fois (K. Redel, J.-F. Paillard 2 fois, Cl. Scimone 2 fois)
  • L'adagio d'Albinoni : 5 fois (J.-F. Paillard 3 fois, K. Ristenpart, Cl. Scimone)

Les talents qui offrirent leur services à Erato furent particulièrement nombreux, et une fidélité s'instaura avec quelques virtuoses ou chefs d'orchestre les plus en vue. Les trois musiciens qui ont le plus enregistré chez Erato sont les trois premiers qui ont été embauchés par la firme en 1953/1954 : Jean-François Paillard, Marie-Claire Alain et Maurice André[2].

  • Jean-François Paillard enregistra 234 disques entre 1953 et 1984.
  • Marie-Claire Alain enregistra elle aussi 234 disques entre 1954 et 2000.
  • Maurice André enregistra 168 disques entre 1953 et 1982.

Les artistes ayant enregistré entre 100 et 150 albums (ou participé à) sont les suivants :

  • J.-P. Rampal
  • P. Pierlot
  • Cl. Scimone

Les artistes ayant enregistré entre 75 et 99 albums (ou participé à) sont les suivants :

  • M. Corboz
  • R. Veyron-Lacroix
  • A. Jordan
  • T. Koopman

Le disque Erato qui s'est le plus vendu est le disque Mozart (concerto pour flûte et harpe et concerto pour clarinette) par Jean-Pierre Rampal, Lily Laskine, Jacques Lancelot et Jean-François Paillard.

Le deuxième disque Erato qui s'est le plus vendu est le disque Pachelbel/Fasch (canon et concerto pour trompette) par Maurice André et Jean-François Paillard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Merle, Le Miracle Erato, éditions EME, 2004 (ISBN 2952141304)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thierry Merle, Le miracle ERATO.
  2. Archives Warner London.