Concept

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Un concept est une représentation générale et abstraite de la réalité d'un objet, d'une situation ou d'un phénomène; il n'est pas synonyme de notion car plus abstrait (par exemple, la notion de table, le concept de liberté). Concept vient du participe passé latin conceptus du verbe concipere, qui signifie « contenir entièrement », « former en soi ». Le concept se distingue donc aussi bien de la chose représentée par ce concept, que du mot, de la notion, ou de l'énoncé verbal, qui est le signifiant de ce concept.

Les différents philosophes ne sont pas nécessairement d'accord sur ce qu'est exactement un concept, au-delà de cette définition générale, bien que des lignes centrales puissent être dessinées. Ainsi, un concept est souvent une idée générale (le concept de chien rassemble tous les chiens existants et possibles), mais pas nécessairement (chez Leibniz, la notion complète exprime la substance individuelle et ne correspond qu'à elle ; par ailleurs, un nom propre peut être considéré, selon certaines théories philosophiques, comme exprimant le concept d'un individu[1]).

Sens étendu[modifier | modifier le code]

Par extension (et, selon plusieurs, par abus), on désigne comme concept toute idée, le plus souvent commerciale, plus ou moins novatrice.

La décoration, tout comme l'idée commerciale de base, d'un commerce franchisé, le design et la fonction d'un objet, sont parfois désignés comme des concepts.

Cette utilisation est contestée : « D’épreuve en épreuve, la philosophie affronterait des rivaux de plus en plus insolents, de plus en plus calamiteux, que Platon lui-même n’aurait pas imaginés dans ses moments les plus comiques. Enfin, le fond de la honte fut atteint quand l’informatique, la publicité, le marketing, le design s’emparèrent du mot concept lui-même, et dirent c’est notre affaire, c’est nous les créatifs, nous sommes les concepteurs C’est nous les amis du concept, nous le mettons dans nos ordinateurs » (Gilles Deleuze, qu’est-ce que la philosophie ?, revue Chimères, no 8, mai 1990).

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Le concept dans la philosophie du langage[modifier | modifier le code]

Le concept a très souvent été assimilé à la signification d'un terme, au sens de l'intension, ou dénotation de ce terme. Ainsi, le concept d'un objet serait l'ensemble des prédicats qui lui appartiennent, ou qui sont, en langage aristotélicien, prédiqués d'un sujet. On pourrait peut-être dire qu'Aristote considère qu'un bon concept est un concept qui se réfère à l'essence, et non au propre: ainsi, le concept d'homme n'est pas « l'animal capable de rire » (car le rire est le propre de l'homme: seul l'homme rit; ce n'est pas son essence), mais un « animal raisonnable » ou un « animal politique » (zoon politikon) [2]. Autrement dit, le concept devrait exprimer la quiddité de la chose.

Assimilé à l'intension d'un terme, le concept a ainsi été considéré, par la philosophie médiévale, comme une entité mentale. Le nominalisme considère qu'ils n'ont pas d'existence réelle: c'est la querelle des universaux, les réalistes considérant, au contraire, que les universaux (l'homme, par exemple) ont une existence réelle, idéelle (au sens platonicien); les nominalistes soutiennent qu'ils n'ont d'existence que mentale, et que seuls les individus concrets existent réellement.

Au XXe siècle, Frege et Carnap, opposés au « psychologisme », préféraient considérer les concepts comme des entités abstraites[3].

Il n'est toutefois pas évident qu'un concept s'identifie à la signification d'un terme, au sens d'intension ou de dénotation: Hilary Putnam considère en effet, dans son expérience de la Terre jumelle, ceci comme douteux[3]. Selon Putnam, le concept d'« hêtre » et d'« orme » ne dépend en effet pas seulement de la signification que je lui donne (ces deux arbres peuvent être indiscernables pour moi), mais de ce qu'ils dénotent, indépendamment de la signification subjective que je lui accorde: il y a une « division du travail linguistique » indispensable au concept, qui fait qu'un garde forestier sait très bien ce qui est dénoté lorsque je dis « hêtre ».

Philosophie[modifier | modifier le code]

On appelle le plus souvent un « concept » une idée ou représentation de l'esprit qui abrège et résume une multiplicité d'objets empiriques ou mentaux par abstraction et généralisation de traits communs identifiables. Le concept est ainsi, selon Kant, ce qui unifie le divers de la sensation [réf. nécessaire]. Il est dénoté dans le langage par un terme qui le désigne : le concept est nommé signifié, le terme le désignant est nommé signifiant [réf. nécessaire].

Il existe plusieurs conceptions relatives au statut d'existence du concept. Ce statut est central pour toute philosophie, non seulement dans le domaine de la connaissance (comment se forment les concepts ? le concept indique-t-il une essence ? etc.), mais également dans le domaine de la morale (peut-on prouver des lois de la morale d'après des concepts ? quelle est l'origine du concept de bien ? etc.) [réf. nécessaire]. Selon Gilles Deleuze, la philosophie se définit comme la création de concepts, et non comme la contemplation passive des choses ou la simple réflexion[4].

Voici les statuts conceptuels fondamentaux [réf. nécessaire]:

Psychologie[modifier | modifier le code]

Les recherches en psychologie cognitive ont, depuis quelques dizaines d'années, levé une partie du voile sur le rapport des concepts à la connaissance, notamment à travers le langage (voir aussi psycholinguistique).

  • Un concept est ainsi une information sur le monde qui est formée de l'association avec d'autres informations. Par exemple, le concept de « serin » cumulera au moins ceux de « jaune », « oiseau » et « petit » (voir réseaux de concepts en informatique, infra).
  • Les concepts recourent évidemment au langage mais sont associés à d'autres types d'informations, comme des odeurs ou des images.
  • Des recherches récentes ont d'ailleurs démontré que des substrats neurologiques distincts existaient pour des concepts à référent matériel (ex.: arbre) et ceux à référent abstrait (ex.: hypothèse).

Jean-Pierre Changeux explique dans son livre L'Homme neuronal que les concepts s'articulent d'abord sur des percepts, puis entre eux. Il rejoint là des idées émises en philosophie par Locke et Hume.

Informatique[modifier | modifier le code]

Deux concepts d'un réseau de concepts

Dans le cadre d'un réseau de concepts (aussi nommé réseau sémantique), un concept est un ensemble de nœuds fortement liés et activés simultanément. Ainsi, lorsque des nœuds intitulés réseau, neurones, Widrow, Kohonen, et Hoff sont dans un réseau de concepts, on peut supposer qu'ils forment un concept différent de celui formé par Markov, caché, HMM, bien que le nœud réseau puisse aussi appartenir au concept réseau de Markov caché. Ceci à condition que le réseau de concepts ait été conçu dans l'optique d'associer des symboles conceptuellement proches.

Autres acceptions[modifier | modifier le code]

Un album-concept (concept album) est un recueil de musique dont les morceaux et chansons, au lieu d'être indépendants, sont liés entre eux par un thème ou une histoire, par exemple les opéras rock.

Un concept car est un prototype de véhicule automobile conçu et réalisé par un constructeur pour tester et montrer des idées, sans forcément qu'il y ait une intention de production en série et de commercialisation par la suite.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « de pareils instants, d'un seul mot prononcé en temps opportun dépend parfois toute une vie, mais les gens ne savent rien et ils s'écrasent les uns les autres – parfois au nom des idéaux – dans le marais de la réalité distordue, déformée par un filet de faux concepts jeté sur elle. La réalité laisse échapper sa quintessence sous l'influence des concepts. Mais c'est de la qualité de ceux-ci que dépend le fait qu'elle sera un poison ou la plus nutritive des vitamines. » (Stanislaw Ignacy Witkiewicz, L'Inassouvissement, Paris, L'Âge d'Homme, 1970, p. 69)
  • « Former des concepts, c'est une manière de vivre et non de tuer la vie ; c'est une façon de vivre dans une relative mobilité et non pas une tentative pour immobiliser la vie ; c'est manifester, parmi ces milliards de vivants qui informent leur milieu et s'informent à partir de lui, une innovation qu'on jugera comme on voudra, infime ou considérable : un type bien particulier d'information. [...] au niveau le plus fondamental de la vie, les jeux du code et du décodage laissent place à un aléa qui, avant d'être maladie, déficit ou monstruosité, est quelque chose comme une perturbation dans le système informatif, quelque chose comme une « méprise ». À la limite, la vie – de là son caractère radical – c'est ce qui est capable d'erreur. [...] Et si on admet que le concept art, c'est la réponse que la vie elle-même a donné à cet aléa, il faut convenir que l'erreur est la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L'opposition du vrai et du faux, les valeurs qu'on prête à l'un et à l'autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela n'est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d'erreur intrinsèque à la vie. » (Michel Foucault, « La vie : l'expérience et la science », Dits et écrits, t. 4, Paris, Gallimard, 1994, p. 774-775)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la théorie de Bertrand Russell du nom propre logique.
  2. Voir Aristote, Topiques, I, 5, et Catégories pour distinction du propre et de l'essence).
  3. a et b Hilary Putnam, « The meaning of "meaning" », in Mind, Language and Reality, Cambridge University Press, 1975, p.218 à 227 (traduit par Pascal Ludwig dans Le langage, Flammarion (GF Corpus), 1997.
  4. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, Paris, 1991, 206 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]