Sarde

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Sarde
Sardu, Limba / Lìngua sarda
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Flag of Sardinia, Italy.svg Sardaigne
Nombre de locuteurs 1 200 000
Nom des locuteurs Sardes
Typologie syllabique
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle reconnue en Sardaigne
Codes de langue
ISO 639-1 sc
ISO 639-2 srd
ISO 639-3 srd
Étendue groupe
Type langue vivante
IETF sc
WALS srd
Glottolog sard1257
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme (voir le texte en français)

Artìculu 1

Totu sos èsseres umanos naschint lìberos e eguales in dinnidade e in deretos. Issos tenent sa resone e sa cussèntzia e depent operare s'unu cun s'àteru cun ispìritu de fraternidade [Logudorais-Nuorais].

Totu is èssiris umanus nascint lìberus e egualis in dignidadi e in deretus. Issus tenint sa rexoni e sa cuscèntzia e depint oberai s'unu cun s'àteru cun spìritu de fraternidadi [Campidanais].

Le sarde (/ˈsaɾdu/) est une langue appartenant à la branche romane méridionale de la famille des langues indo-européennes. Il est parlé en Sardaigne et chez nombre de travailleurs émigrés sardes répartis dans tous les continents (la Région Sarde a recensé quelque 145 Circoli Sardi (Cercles sardes) qui sont soutenus et aidés financièrement afin que la culture et la langue soient préservées[1]). C’est la langue romane qui est restée la plus proche du latin vulgaire[2], qui est à l'origine des langues romanes. En effet, l’isolement insulaire précoce a coupé l'île du centre linguistique moteur qu'était Rome. Pendant un certain temps, ceci lui a évité un grand nombre de contacts avec d’autres langues (interférence linguistique), qui auraient pu être facteur d’évolution linguistique; à cet égard on peut comparer sa situation à celle de l’islandais, langue scandinave restée la plus proche du vieux norrois. Le sarde est donc resté assez archaïque et conservateur[3].

On compte actuellement environ 1 350 000 locuteurs de cette langue[4], pratiquée uniquement en Sardaigne et parmi les émigrés d’origine sarde en Italie et dans le monde. Presque tous les locuteurs sont bilingues sarde-italien. Le sarde ne couvre pas toute l'île, d'autres variétés romanes y étant présentes : sassarese, gallurais (dialecte corse sartenais), tabarquin (dialecte ligure) et l'alguérois (dialecte catalan).

Phonétique[modifier | modifier le code]

Voyelles : les ĭ et les ŭ (brefs) du latin ont conservé leurs timbres originels ([i] et [u]) : siccus devient sikku (et non comme en français, sec ou en italien, secco). Une autre caractéristique est l’absence de diphtongaison romane. Exemple : potet devient podet (prononcé parfois poðet), et non comme en italien può, en espagnol puede ou en français peut, où apparait une diphtongue (qui a disparu dans le cas du français).

Très archaïsant est également le maintien de [k] et de [g] devant [e] et [i] : kentu pour cent en français, ou encore cento en italien.

Classification des langues romanes (Koryakov, 2001)[5]. Le sarde (avec un hypothétique ancien corse) est inscrit dans un groupe distinct des langues romanes insulaires (Island Romance).

Un caractère original du sarde est l’évolution de ‹ ll › en [ɖ]. C'est un phonème cacuminal, souvent transcrit par ‹ ḍ › (d pointé) : coraḍḍu pour corallo (« corail »). Ces traits seraient dus au substrat d'une hypothétique langue paléosarde, mal connue et parfois désignée comme langue nouragique (des nuraghe)[6]. En tout cas, ce son existait avant les conquêtes phéniciennes[réf. nécessaire] ou romaines et se retrouve notamment en Corse-du-Sud et en Sicile. D'autres particularités existent dans certaines régions de la Sardaigne comme la prothèse vocalique devant /r/ (arrana « grenouille » pour rana) ou la lénition du /f/ initial, traits phonétiques qui rappellent fortement le basque, le castillan ou le gascon.

Morphologie et syntaxe[modifier | modifier le code]

L’article défini sarde est original car il est issu de ipse (alors que dans les langues romanes, l'origine est le plus souvent ille, illu), d’où su, sa au singulier et sos, sas au pluriel. On retrouve cette caractéristique en catalan des Îles Baléares et de façon résiduelle en occitan, notamment dans le dialecte provençal des Alpes-Maritimes (hors le niçois)[7] et, à l'état de résidu (dans la toponymie, remplacé par "eth" dans la langue moderne), en gascon aranais[8].

La marque du pluriel est -s, comme dans toute l'Europe latine occidentale (français, occitan, catalan, espagnol, portugais) : sardu, sardus - pudda, puddas (poule) - margiani, margianis (renard).

Le futur est construit avec la forme latine habeo ad : app’a istàre (je resterai).

L'interdiction se construit avec une négation (no) suivie du verbe. Ce verbe peut être conjugué ou à l'infinitif. Par contre, il ne peut pas être à l'impératif. Pour donner un ordre négatif, on utilise 'non' suivi de la deuxième personne singulier ou pluriel du subjonctif présent, comme dans les langues romanes de la péninsule Ibérique : no bengias ! (ne viens pas !)[9]. Ainsi, lorsque le marqueur négatif 'no' accompagne un autre mot négatif, les deux négations ne s'annulent pas pour donner un sens positif à la phrase, contrairement à d'autres langages. En sarde, 'Je n'ai pas acheté rien' signifie 'Je n'ai rien acheté' et non 'J'ai acheté quelque chose' : la double négation n'existe pas.

Lexique[modifier | modifier le code]

Le lexique présente également des traits conservateurs : par exemple, le latin albus « blanc » a été conservé, alors que presque toutes les autres langues romanes l'ont remplacé par un mot d'origine germanique[3].

Histoire et influences linguistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Sardaigne.

L'isolement relatif de la Sardaigne par rapport à l'Europe continentale a favorisé le développement d'une langue romane qui conserve les traces de sa (ses) langue(s) autochtone(s) pré-romaine(s). La langue est supposée avoir des influences substratales du Paléo-sarde, que certains chercheurs ont liées au basque[10],[11] et à l'étrusque[12], ainsi qu'à l'espagnol, au catalan et à l'italien, qui sont des influences adstrates. La situation de la langue sarde par rapport aux langues politiquement dominantes n'a pas changé jusqu'au fascisme italien[13] et, de toute évidence, dans les années 1950[14],[15].

Période prénuragique et nuragique[modifier | modifier le code]

Les origines de l'ancien sarde, aussi connu sous le nom de paléo-sarde, sont actuellement inconnues. La recherche a tenté de découvrir des racines obscures et indigènes. La racine s(a)rd, indiquant de nombreux noms de lieux ainsi que le peuple de l'île, serait soit associée aux Shardanes, l'un des peuples de la mer[16]. D'autres sources retracent plutôt la racine /s(a)rd/ de Σαρδώ / Sardó, une femme légendaire du royaume anatolien de Lydie[17],[18], ou du personnage mythologique libyen Sardus Pater Babai (« Père sarde » ou « Père des Sardes »)[19],[20],[21],[22],[23],[24],[25].

En 1984, Massimo Pittau affirme avoir trouvé l'étymologie de nombreux mots latins dans la langue étrusque, après les avoir comparés avec la ou la (les) langue(s) nuragique(s)[12]. Des éléments étrusques, dont on pensait qu'ils étaient d'origine latine, indiquent un lien entre la culture sarde antique et les étrusques. Selon Pittau, la (les) langue(s) étrusque(s) et nuragique(s) descendent du lydien (et donc de l'Indo-européen) à la suite de contacts avec les Étrusques et autres Tyrrhéniens de Sardes comme le décrit Hérodote[12]. Pittau suggère que les Tirrenii ont atterri en Sardaigne et les Étrusques ont débarqué en la moderne Toscane, mais ses opinions ne sont pas partagées pour la plupart.

Selon Alberto Areddu[26], les Shardanes étaient d'origine illyrienne, sur la base de certains éléments lexicaux, unanimement reconnus comme appartenant au substrat autochtone. Areddu affirme que les anciens Sardes, en particulier ceux des régions les plus intérieures (Barbagia et Ogliastra), aurait parlé une branche particulière de l'indo-européen. Il existe en effet des correspondances, formelles et sémantiques, avec les quelques témoignages de langues illyriennes (ou thraces), et surtout avec leur prétendu continuateur linguistique, l'albanais. Il trouve de telles corrélations : sarde : eni, enis, eniu « if » = albanais : enjë « if » ; sarde urtzula « clématite » = albanais : urth « lierre » ; sarde : rethi « tendril » = albanais : rrypthi « vrille »[27]. Il a également découvert quelques corrélations avec le monde des oiseaux des Balkans[28].

Selon Bertoldi et Terracini, le paléo-sarde présente des similitudes avec les langues ibériques et le siculien; par exemple, le suffixe -ara dans les proparoxytones indique le pluriel. Terracini a proposé la même chose pour les suffixes dans -/àna/, -/ànna/, -/énna/, -/ònna/, -/ònna/ + /r/ + une voyelle paragogique (comme le toponyme Bunnànnaru). Rohlfs, Butler et Craddock ajoutent le suffixe -/ini/ (tel que le toponyme Barumini) comme élément unique du paléo-sarde. Suffixes dans /a, e, o, o, u/ + -rr- a trouvé une correspondance en Afrique du Nord (Terracini), en Espagne (Blasco Ferrer), en Italie du Sud et en Gascogne (Rohlfs), avec une relation plus étroite avec le Basque (Wagner et Hubschmid). Selon Terracini, les suffixes -/ài/, -/éi/, -/éi/, -/òi/, -/òi/, et -/ùi/ sont communs aux paléo-sarde et le berbère. Pittau souligne qu'il s'agit de termes se terminant à l'origine par une voyelle accentuée, avec une voyelle paragogique attachée; le suffixe résiste à la latinisation dans certains noms de lieux, qui montrent un corps latin et un suffixe nuragique. Selon Bertoldi, certains toponymes se terminant par -/ài/ et -/asài/ indiquent une influence anatolienne. Le suffixe -/aiko/, largement utilisé en Ibérie et peut-être d'origine celtique, et le suffixe ethnique dans -/itanos/ et -/etanos/ (par exemple, les Sulcitanos sardes) ont également été notés comme éléments paléo-sardes (Terracini, Ribezzo, Wagner, Hubschmid et Faust).

Les linguistes Blasco Ferrer (2009, 2010) et Arregi (2017[29]) ont tenté de faire renaître un lien théorique avec le basque en associant des mots comme le Sard ospile « pâturage frais pour le bétail » et le basque ozpil ; le sarde arrotzeri « vagabond » et le basque arrotz « étranger » ; le sarde golostiu et le basque gorosti « houx » ; le gallurais (corso-sarde) zerru « porc » et le basque zerri. Les recherches génétiques ont montré que les Basques sont très proches aux Sardes[30],[31],[32].

Depuis le Néolithique, un certain degré de variance entre les régions de l'île est également attesté. La culture d'Arzachena, par exemple, suggère un lien entre la région la plus septentrionale de la Sardaigne (Gallura) et la Corse du Sud, qui trouve une confirmation supplémentaire dans la Naturalis Historia de Pline l'Ancien. Il existe également quelques différences stylistiques entre le nord et le sud de la Sardaigne nuragique, ce qui peut indiquer l'existence de deux autres groupes tribaux (Balares et Ilienses) mentionnés par le même auteur romain. Selon l'archéologue Giovanni Ugas[33], ces tribus auraient en fait joué un rôle dans la formation des différences linguistiques régionales actuelles de l'île.

Période classique[modifier | modifier le code]

Vers les Xe et IXe siècles av. J.-C., les marchands phéniciens étaient connus pour leur présence en Sardaigne, qui servait de médiateur géographique entre la péninsule ibérique et la péninsule italienne. Aux VIIIe et VIIe siècles, les Phéniciens ont commencé à établir des établissements permanents, politiquement organisés comme des cités-États, de la même manière que les zones côtières libanaises. Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils ne commencent à graviter autour de la sphère d'influence carthaginoise, dont le niveau de prospérité poussa Carthage à envoyer une série de forces expéditionnaires sur l'île; bien que repoussée au départ par les indigènes, la ville nord-africaine poursuivit vigoureusement une politique d'impérialisme actif et, au sixième siècle, réussit à établir sa domination politique et militaire dans le sud-ouest de la Sardaigne. Le punique a commencé à être parlé dans la région, et beaucoup de mots sont entrés dans l'ancien sarde aussi bien. Des noms comme giara "plateau" (cf. hébreu "forêt, maquis"), g(r)uspinu "nasturtium" (cf. punique cusmin), curma "rue de Chalep" (cf. ḥarmal "rue de Syrie"), mítza "source d'eau" (cf. hebreu mitsa, metza "lieu d'où émerge quelque chose"), síntziri "prêle des marais" (du punique zunzur "renouée des oiseaux"), tzeúrra "pousse" (du punique zeraʿ "pépin"), tzichirìa "aneth" (du Punique sikkíria ; cf. hebreu šēkār "bière") et tzípiri "romarin" (du punique zibbir) sont couramment utilisés, en particulier dans les variétés modernes sardes de la plaine campidanaise, tandis que vers le nord l'influence est plus limitée aux noms de lieux, comme Macumadas dans la province de Nuoro ou Magumadas dans Gesico et Nureci, qui proviennent du punique maqom hadash "nouvelle ville"[34],[35].

La domination romaine a commencé en 238 av. J.-C. et a apporté le latin en Sardaigne, mais a été souvent contestée par les tribus sardes locales et s'est avérée incapable de remplacer complètement les langues sardes pré-latines, y compris le punique, qui a continué à être parlé dans le IVe siècle[36]. Quelques obscures racines nuragiques sont restées inchangées, et dans de nombreux cas le latin a accepté les racines locales (comme nur, probablement de Norax, qui fait son apparition dans nuraghe, Nurra, Nurri et plusieurs autres toponymes). La Barbagia, région montagneuse centrale de l'île, tire son nom du latin Barbaria (terme qui signifie " terre des barbares ", d'origine similaire au mot Barbarie), parce que son peuple a longtemps refusé l'assimilation culturelle et linguistique: 50% des toponymes de la Sardaigne centrale, particulièrement sur le territoire d'Olzai, ne sont en réalité liés à aucune langue connue[37]. Cicéron appelait les rebelles sardes Sardi pelliti et latrones mastrucati ("voleurs sardes aux manteaux de laine brute") pour souligner la supériorité romaine[38].

Pendant la longue domination romaine, le latin devint cependant progressivement la langue de la majorité des habitants de l'île[39]. En conséquence de ce processus de romanisation, la langue moderne sarde est aujourd'hui classée comme romane ou néo-latine, avec quelques traits phonétiques qui ressemblent au vieux latin. Certains linguistes affirment que le sarde moderne, faisant partie du groupe des langues romanes insulaires[40], a été la première langue à se séparer du latin[41], et que toutes les autres langues ont évolué du latin vers le roman continental.

À cette époque, la seule littérature produite en Sardaigne l'était principalement en latin: les langues pré-romaines autochtones (paléo-sardes) et non autochtones (puniques) étaient déjà éteintes (la dernière inscription punique en Bithia, au sud de la Sardaigne, date du deuxième ou troisième siècle de notre ère[42]). Quelques poèmes gravés en grec ancien et en latin (les deux langues les plus prestigieuses de l'Empire romain[43]) se trouvent dans la grotte des coleuvres, à Calaris ou Cagliari ( Grutta'e sa Pibera en sarde, Grotta della Vipera en italien, Cripta Serpentum en latin), un monument funéraire construit par Lucius Cassius Philippus (romain exilé en Sardaigne) en mémoire de son épouse morte Atilia Pomptilla. Nous avons aussi des œuvres religieuses de Sainte Lucifer et d'Eusèbe, tous deux de Cagliari.

Bien que la Sardaigne ait été influencée culturellement et gouvernée politiquement par l'Empire byzantin pendant près de cinq siècles, le grec n'est pas entré dans la langue à l'exception de quelques expressions rituelles ou formelles en sarde utilisant la structure grecque et, parfois, l'alphabet grec[44],[45]. Les condaghes, les premiers documents écrits en sarde, sont la preuve en ce sens. De la longue époque byzantine, il n'y a que quelques entrées, mais elles donnent déjà un aperçu de la situation sociolinguistique de l'île où, en plus de la langue néo-latine quotidienne de la communauté, le grec était également parlé par les classes dirigeantes[46]. Certains toponymes, tels que Jerzu (que l'on pense dériver du grec khérsos, "untilled") et les noms personnels Mikhaleis, Konstantine et Basilis, démontrent une influence grecque[46].

Avec la conquête du sud de l'Italie et de la Sicile par les musulmans, les communications entre Constantinople et la Sardaigne se rompirent, et les quartiers sardes devinrent progressivement plus autonomes vis-à-vis de l'œcumène byzantin (grec: οἰκουμένη). La Sardaigne a ensuite été ramenée dans la sphère culturelle latine.

Le condaghe de San Pietro di Silki (1065-1180), écrit en sarde.

Période des Judicats[modifier | modifier le code]

Le sarde fut la première langue romane de tous à obtenir un statut officiel, utilisée par les quatre Judicats[47],[48],[49],[50],[51] d'anciens districts byzantins devenus des entités politiques indépendantes après que l'expansion arabe en Méditerranée eut coupé tous liens entre l'île et Byzance. L'un des documents les plus anciens laissés en sarde (la Carta Volgare) provient du Judicat de Cagliari et a été publié par Torchitorio I de Lacon-Gunale vers 1070, en utilisant l'alphabet grec[52]. Le vieux sarde avait plus d'archaïsmes et de latinismes que la langue actuelle. Alors que les premiers documents montrent l'existence d'un koine sarde précoce[53],[54], la langue utilisée par les différents Judicats présentait déjà un certain éventail de variations dialectales[15],[55]>. Une position particulière était occupée par le Judicat d'Arborée, le dernier royaume sarde à tomber aux mains de puissances étrangères, dans lequel était parlé un dialecte de transition. La Carta de Logu du Royaume d'Arborée, l'une des premières constitutions de l'histoire, rédigée en 1355-1376 par Marianus IV et la Reine, la "giudicessa" (judikessa en sarde, jutgessa en catalan) Éléonore, fut écrite dans cette variété sarde, et resta en vigueur jusqu'en 1827[56]. On présume que les juges arboréens ont tenté d'unifier les dialectes sardes afin d'être les dirigeants légitimes de toute l'île sous un seul état (républica sardisca "République sarde")[57]; un tel but politique, après tout, était déjà manifeste en 1164, lorsque le juge arboreen Barison ordonna que son grand sceau soit fait avec les écrits "Baresonus Dei Gratia Rei Sardiniee" ("Barison, par la grâce de Dieu, roi de Sardaigne") et "Est vis Sardorum pariter regnum Populorum" ("Le règne du peuple est celui du peuple sard")[58].

Les Statuts de Sassari.
Extrait du Privilège Logudorais (1080)
« In nomine Domini amen. Ego iudice Mariano de Lacon fazo ista carta ad onore de omnes homines de Pisas pro xu toloneu ci mi pecterunt: e ego donolislu pro ca lis so ego amicu caru e itsos a mimi; ci nullu imperatore ci lu aet potestare istu locu de non (n)apat comiatu de leuarelis toloneu in placitu: de non occidere pisanu ingratis: e ccausa ipsoro ci lis aem leuare ingratis, de facerlis iustitia inperatore ci nce aet exere intu locu [...] »

Dante Alighieri écrit dans son essai De vulgari eloquentia de 1302-05 que les Sardes, n'étant pas italiens (Latii) et n'ayant pas de lingua vulgaris à eux, ont plutôt singé le latin[59],[60],[61],[62],[63],[64]. L'opinion de Dante a été rejeté, car le Sarde avait suivi son propre courant d'une manière déjà inintelligible aux non-îliens. Dans le vers populaire du XIIe siècle tiré du poème Domna, tant vos ai preiada de Raimbaut de Vaqueiras, le sarde incarne, avec l'allemand et le berbère, une langage bizarre, faisant dire à l'épouse du trobadour "No t'entend plui d'un Todesco / Sardesco o Barbarì" ("Je ne vous comprends pas mieux que je comprends un allemand / ou un sarde ou berbère")[65],[66],[67],[64],[68]. Le poète toscan Fazio degli Uberti fait référence aux Sardes dans son poème Dittamondo comme "una gente che niuno non la intende / né essi sanno quel ch'altri pispiglia" ("un peuple que personne ne peut comprendre / ni ne parvient à connaître ce que disent les autres peuples")[69],[63],[64]. Le géographe musulman Muhammad al-Idrisi, qui vivait à Palerme, en Sicile, à la cour du roi Roger II, écrit dans son ouvrage Kitab Nuzhat al-mushtāq fi'khtirāq al-āfāq ("Le livre des voyages agréables en terre lointaine" ou, simplement, "Le livre de Roger") que "la Sardaigne est grande, montagneuse, mal dotée en eau, deux cent quatre vingt kilomètres de long, cent quatre vingt d'Ouest en Est. [...] Les Sardes sont ethniquement Rūm Afāriqah (Romano-africains), comme les Berbères; ils évitent les contacts avec toutes les autres nations de Rūm et sont des gens déterminés et courageux qui ne quittent jamais les armes"[70],[71].

La littérature de cette période se compose principalement de documents juridiques, en plus de la Carta de Logu précitée. Le premier document contenant des éléments sardes est un don de 1063 à l'abbaye de Montecassino signé par Barisone I de Torres[72]. Autres documents sont la Carta Volgare (1070-1080) en sarde campidanais, le Privilege Logudorais (1080), la donation du Torchitorio (dans les archives de Marseille), la Carte Marsellaise 1190-1206 (en sarde campidanais) et une communication 1173 entre l'évêque Bernardo de Civita et Benedetto, qui a dirigé l'Opera del Duomo à Pise. Les Statuts de Sassari (1316) et de Castelgenovese (v. 1334) sont écrits en sarde logudorais.

Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle date la première chronique écrite dans la lingua sive ydiomate sardo[73], suivant les caractéristiques stylistiques typiques de l'époque. Le manuscrit, écrit par une personne anonyme et conservé aux Archives d'État de Turin, porte le titre de Condagues de Sardina et retrace les événements des juges qui se sont succédé au Judicat de Torres ; la dernière édition critique de la chronique fut rééditée en 1957 par Antonio Sanna.

Première page de la Carta de Logu arboréen.

Période ibérique - Influence catalane et espagnole[modifier | modifier le code]

Avec la conquête des Judicats de Cagliari et de Gallura, le pape Boniface VIII crée le royaume de Sardaigne et de Corse (Regnum Sardiniæ et Corsicæ) le 4 avril 1297[74], afin de pacifier les conflits en Sicile entre la couronne d’Aragon et la maison d’Anjou. Cela a conduit à la création du Royaume aragonais de Sardaigne et à une longue période de guerre entre les Aragonais et les Sardes, qui s'est terminée par une victoire aragonaise à Sanluri en 1409 et la renonciation à tout droit successoral signé par Guillaume III de Narbonne en 1420[75]. Pendant cette période, le clergé adopta le catalan comme langue principale, reléguant le sarde à un statut secondaire mais néanmoins pertinent au regard des actes officiels et de la loi du Royaume (la Carta de Logu fut étendue à la plus grande partie de l'île en 1421 par le Parlement). En accord avec le De rebus Sardois de Fara[76], l'avocat sarde Sigismondo Arquer, auteur de Sardiniae brevis historia et descriptio dans la Cosmographia Universalis de Sebastian Münster (dont le paragraphe sur la langue aurait été extrapolé grossièrement également par Conrad Gessner dans son Sur les différentes langues utilisées par les différentes nations du globe[77]), a déclaré que le sarde prévalait dans la majeure partie du Royaume, en particulier dans l'intérieur rural, le catalan et l'espagnol étant parlés dans les villes où la classe dominante est éventuellement plurilinguée dans les langues indigènes et ibériques[78]; Alghero est encore aujourd'hui une enclave catalanophone en Sardaigne[79].

La guerre de longue durée et la peste noire ont eu un effet dévastateur sur l'île, dépeuplant une grande partie de l'île. Les habitants de l'île voisine de la Corse commencèrent à s'installer sur la côte nord de la Sardaigne, ce qui donna naissance aux Sassarais et aux Gallurais[80],[81].

Extrait de sa Vitta et sa Morte, et Passione de sanctu Gavinu, Prothu et Januariu (A. Cano, ~1400)[82]

O

Deu eternu, sempre omnipotente,
In s’aiudu meu ti piacat attender,
Et dami gratia de poder acabare
Su sanctu martiriu, in rima vulgare,
5. De sos sanctos martires tantu gloriosos
Et cavaleris de Cristus victoriosos,
Sanctu Gavinu, Prothu e Januariu,
Contra su demoniu, nostru adversariu,
Fortes defensores et bonos advocados,
10. Qui in su Paradisu sunt glorificados
De sa corona de sanctu martiriu.
Cussos sempre siant in nostru adiutoriu.
Amen.

Bien que le catalan soit largement parlé et écrit sur l'île à cette époque (laissant une influence durable en sarde), il existe quelques écrits sur le sarde, qui a été estimé comme étant la langue ordinaire des Sardes par les Jésuites en 1561[83]. L'un d'eux est Sa Vitta et sa Morte, et Passione de sanctu Gavinu, Brothu et Ianuariu, écrit par Antòni Canu (1400-1476) et publié en 1557.

Le XVIe siècle est plutôt marqué par un nouveau renouveau littéraire sarde : Rimas Spirituales, de Hieronimu Araolla[84], visait à "glorifier et enrichir le sarde, notre langue" (magnificare et arrichire sa limba nostra sarda) comme l'avaient déjà fait les poètes espagnols, français et italiens pour leurs langues (la Deffense et illustration de la langue française et il Dialogo delle lingue)[14],[85] Antonio Lo Frasso, poète né à Alghero[86] (ville dont il se souvient affectueusement) qui a passé sa vie à Barcelone, a écrit des poèmes lyriques en sarde[87].

Par le mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand II d'Aragon en 1469 et, plus tard en 1624, la réorganisation de la monarchie dirigée par le comte-duc d'Olivares, la Sardaigne rejoindra progressivement une large sphère culturelle espagnole et quittera l'exclusive aragonaise. L'espagnol était perçu comme une langue élitiste, gagnant du terrain parmi la classe dirigeante sarde ; l'espagnol avait donc une influence profonde sur le sarde, surtout dans ces mots, styles et modèles culturels en raison du prestigieux rôle international de la monarchie des Habsbourg et de la Cour[84]. La plupart des auteurs sarde ont écrit en espagnol et sarde jusqu'au XIXe siècle et étaient bien versés dans la première, comme Vicente Bacallar y Sanna qui était un des fondateurs de la Real Academia Española[88]. Une exception notable est Pedro Delitala (1550-1590), qui décide d'écrire en italien[86],[89]. Néanmoins, la langue sarde conserve une grande partie de son importance, étant la seule langue que les habitants des zones rurales continuent de parler[90].

Le sarde était également l'une des rares langues officielles, avec l'espagnol, le catalan et le portugais, dont la connaissance était requise pour être un officier dans les tercios espagnols[91].

Entre-temps, le prêtre orgolais Ioan Matheu Garipa, qui traduisait l'italien Leggendario delle Sante Vergini e Martiri di Gesù Cristo vers le sarde (Legendariu de Santas Virgines, et Martires de Iesu Christu) en 1627, soulignait la noblesse du sarde par rapport au latin classique[92] et lui attribuait dans le Prologue, comme Araolla l'avait fait avant lui, une importante valeur ethnique et nationale[93].

Période savoyarde - influence italienne[modifier | modifier le code]

A sos tempos de sa pitzinnìa, in bidda, totus chistionaiamus in limba sarda. In domos nostras no si faeddaiat atera limba. E deo, in sa limba nadìa, comintzei a connoscher totu sas cosas de su mundu. A sos ses annos, intrei in prima elementare e su mastru de iscola proibeit, a mie e a sos fedales mios, de faeddare in s'unica limba chi connoschiamus: depiamus chistionare in limba italiana, «la lingua della Patria», nos nareit, seriu seriu, su mastru de iscola. Gai, totus sos pitzinnos de 'idda, intraian in iscola abbistos e allirgos e nde bessian tontos e cari-tristos.

— Frantziscu Masala, Sa limba est s'istoria de su mundu; Condaghe de Biddafraigada, Condaghes, p. 4

« Quand j'étais enfant dans le village, nous parlions tous le sarde. Dans nos maisons, aucune autre langue n'était parlée. Et j'ai commencé à connaître toutes les choses du monde dans ma langue maternelle. Quand j'avais six ans, je suis allé à l'école primaire et l'instituteur m'a interdit, à moi et à mes camarades, de parler la seule langue que nous connaissions : nous devions parler en italien, « la lingua della Patria », a-t-il dit sérieusement. C'est ainsi que tous les enfants du village sont entrés à l'école éveillés et joyeux et en sont sortis étourdis et tristes. »

— Sa limba est s'istoria de su mundu; Condaghe de Biddafraigada, Condaghes, p. 4

L'issue de la guerre de succession espagnole détermine la souveraineté autrichienne de l'île, confirmée ensuite par les traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714) ; même si elle ne dure que quatre ans depuis, en 1717, une flotte espagnole réoccupe Cagliari et l'année suivante, par un traité ratifié à La Haye en 1720, la Sardaigne est attribuée à Victor-Amédée II, en contrepartie de la Sicile. L'île est ainsi entrée dans l'orbite italienne après l'orbite ibérique. Ce transfert, dans un premier temps, n'implique aucun changement de langue et de coutumes : les Sardes continuent à utiliser les langues sarde et ibérique et même les symboles dynastiques aragonais et castillan seront remplacés par la croix de Savoie seulement en 1767[94]. Cette position était due à trois raisons éminemment politiques : premièrement, la nécessité, en premier lieu, de respecter à la lettre les dispositions du Traité de Londres, signé le 2 août 1718, qui imposait le respect des lois fondamentales et des privilèges du Royaume nouvellement cédé, deuxièmement, la nécessité de ne pas générer de friction sur le front intérieur de l'île, largement pro-espagnol ; troisièmement et enfin, l'espoir, suscité depuis quelque temps déjà par les souverains savoyards, de pouvoir se débarrasser de la Sardaigne et récupérer la Sicile[95]. Cette prudence se retrouve en juin 1726 et janvier 1728, lorsque le roi a exprimé son intention de ne pas abolir le sarde et l'espagnol, mais seulement de diffuser la connaissance de l'italien[96]. Le désarroi initial des nouveaux dominateurs, qui avaient pris le relais des précédents, à l'égard de l'altérité culturelle de la possession insulaire se manifeste par une étude spéciale, commandée et publiée en 1726 par le jésuite barolais Antonio Falletti, intitulée Memoria dei mezzi che si propone per introdurre l'uso della lingua italiana in questo Regno (« Mémoire des moyens proposés pour introduire la langue italienne dans ce Royaume »), dans laquelle il était recommandé au gouvernement savoyard de recourir au la méthode d'apprentissage ignotam linguam per notam expōnĕre (« présenter une langue inconnue [l'italien] à travers une langue connue [l'espagnol] ») pour italianiser l'île[97].

Néanmoins, la politique du gouvernement savoyard en Sardaigne, alors dirigée par le ministre Bogino, d'aliéner l'île de la sphère culturelle et politique espagnole afin de l'aligner sur l'Italie e le Piémont[98],[99], eut pour résultat l'imposition de l'italien par una loi en 1760[100],[101],[102],[103],[104] à la suite des États sardes de terre-ferme et notamment du Piémont[105], où l'usage de l'italien fut officiellement consolidé depuis des siècles et renforcé davantage par l’édit de Rivoli. En 1764, l'imposition de la langue italienne a finalement été étendue à tous les secteurs de la vie publique[106],[107], parallèlement à la réorganisation des universités de Cagliari et de Sassari, qui a vu l'arrivée du personnel continental, et celle de l'enseignement inférieur, qui a établi l'envoi d'enseignants du Piémont pour compenser l'absence de professeurs italophones sardes[108]. Cette manœuvre n'était pas principalement liée à la promotion du nationalisme italien sur la population sarde, mais plutôt à un projet de renforcement géopolitique de la domination savoyarde sur la classe instruite de l'île, encore très liée à la péninsule ibérique, par le désinvestissement linguistique et culturel et la neutralisation des éléments portant les traces de la domination antérieure; néanmoins, l'espagnol a continué à être largement utilisé, dans les registres paroissiaux et les actes officiels, jusqu'en 1828[109], et l'effet le plus immédiat n'a donc été que la marginalisation sociale du sarde, puisque pour la première fois même les classes riches de la Sardaigne rurale (les printzipales) ont commencé à percevoir la sardophonie comme un handicap[106]. Le système administratif et pénal français introduit par le gouvernement savoyard, capable de s'étendre de manière très articulée dans tous les villages de Sardaigne, représentait pour les Sardes le principal canal de contact direct avec la nouvelle langue hégémonique[110]; pour les classes supérieures, même la suppression de l'ordre des Jésuites en 1774 et leur remplacement par les pro-Italien Piaristes[111], et les œuvres de la matrice des Lumières, imprimées dans le continent, jouèrent un rôle considérable dans leur italianisation primaire. Dans le même temps, divers cartographes piémontais ont italianisé les toponymes de l'île : bien que certains soient restés inchangés, la plupart ont subi un processus d'adaptation à la prononciation italienne, sinon de remplacement par des désignations en italien, qui continue aujourd'hui, souvent artificielles et résultant d'une mauvaise interprétation de la signification dans l'idiome local[107].

À la fin du XVIIIe siècle, dans le sillage de la Révolution française, un groupe de petite bourgeoisie, appelé « Parti patriotique », se forme, méditant sur l'établissement d'une République sarde libérée du joug féodal et sous protection française ; ainsi, de nombreux pamphlets diffusés sur l'île, imprimés principalement en Corse et écrits en sarde, dont le contenu, inspiré par les valeurs des Lumières et apostrophé par les évêques sardes comme « Jacobin-Maçonnique », a incité le peuple à se rebeller contre la domination du Piémont et les abus baronaux dans la campagne. Le produit littéraire le plus célèbre de cette période de tension, qui éclate le 28 avril 1794, est le poème anti-féodal de Su patriotu sardu a sos feudatarios, testament moral et civil nourri des idéaux démocratiques français et marqué par un sentiment patriotique renouvelé[112],[113].

La première étude systématique de la langue sarde a été rédigée en 1782 par le philologue Matteo Madau, sous le titre de Il ripulimento della lingua sarda lavorato sopra la sua antologia colle due matrici lingue, la greca e la latina[114]. Dans l'introduction, il s'est plaint du déclin général de la langue (« La langue de la Sardaigne, notre nation, vénérable pour son antiquité, précieuse pour l'excellent fonds de ses dialectes, nécessaire pour la société privée et publique de nos compatriotes, mensonge en somme l'oubli à ce jour, par les mêmes abandonnée et par les étrangers niée comme inutile »), l'intention patriotique qui animait Madau était en fait celle de tracer le chemin idéal par lequel le sarde pourrait parvenir à la reconnaissance définitive comme le seule langue nationale de l'île[115],[116],[117],[118] ; cependant, le climat de répression du gouvernement savoyard sur la culture sarde aurait conduit Madau à voiler ses propositions avec une intention littéraire, se révélant incapable de les traduire dans la réalité[119]. Le premier volume de dialectologie comparée a été produit en 1786 par le jésuite catalan Andrés Febres, connu en Italie sous le faux nom de Bonifacio d'Olmi , de retour de Lima où il avait publié un livre de grammaire mapuche en 1764. Après avoir déménagé à Cagliari, il s'est intéressé au sarde et a mené une recherche sur trois dialectes spécifiques ; le but du travail, intitulé Prima gramma grammatica de' tre dialetti sardi[120], était de « donner les règles de la langue sarde » et inciter les Sardes à « cultiver et favoriser leur langue maternelle, avec l'italien ». Le gouvernement de Turin, après avoir examiné l'œuvre, décida de ne pas permettre sa publication : Victor-Amédée III considéra comme un affront le fait que le livre contienne une dédicace bilingue en italien et en sarde, une erreur que ses successeurs, tout en se référant à la « patrie sarde », éviteraient alors, en s'assurant de ne faire usage que d'italien[119]. Dans le climat de restauration monarchique qui a suivi l'infructueuse révolution de Angioy, d'autres intellectuels sardes, tous caractérisés à la fois par une attitude de dévouement à leur île et de fidélité avérée à la Maison de Savoie, ont posé en fait encore plus explicitement la « question de la langue sarde », mais utilisant généralement l'italien comme langue pour transmettre les textes. À une courte distance de la saison de la révolte anti-piémontaise, en 1811, il ya la timide publication du prêtre Vincenzo Raimondo Porru, qui, cependant, se réfère uniquement à la seule variante méridionale (d'où le titre d'essai Saggio di grammatica del dialetto sardo meridionale) et, par prudence envers le roi, exprimé seulement en termes d'apprentissage de l'italien, au lieu de protéger le sarde[121]. Il convient de noter la Ortographia sarda nationale (« Orthographe nationale sarde ») par le chanoine, professeur et sénateur Giovanni Spano, qui a élevé une variante sarde unanimement acceptée comme una koinè illustre en raison de sa relation étroite avec le latin, de la même manière que le dialecte florentin s'était établi en Italie comme « italien illustre »[122],[123].

La relation entre le nouvel idiome italien et l'idiome natif, inséré dans un contexte historiquement marqué par une perception marquée de altérité linguistique[124], a été immédiatement placée dans une relation (quoique inégale) entre des langues fortement distinctes, plutôt qu'entre une langue et son dialecte comme ce fut le cas dans d'autres régions italiennes ; les mêmes espagnols, qui formaient la classe dominante d'Aragon et Castille, avaient pour usage le sard à part et l'italien, de faire de la sarde leur propre langue une langue distincte par rapport aux siennes[125]. Bien que l'italien soit considéré par certains comme « non indigène » ou « étranger »[126], cet idiome avait jusqu'alors joué un rôle propre dans le nord de la Sardaigne, qui avait subi dans la tradition orale et écrite un processus de toscanisation qui avait commencé au XIIe siècle et s'était consolidé ensuite[127]; dans les zones sardophones, correspondant aux centre-nord et sud de l'île, l'italien était au contraire presque inconnue parmi la population, éduquée et non.

Selon le juriste italien Carlo Baudi di Vesme, l'interdiction et l'éradication de la langue sarde de tout profil privé et social de l'île aurait été souhaitable et nécessaire, en tant qu'œuvre d'« incivilisation » de l'île, pour qu'elle soit ainsi intégrée dans l'orbite désormais nettement italienne du Royaume[128]. L'enseignement primaire, dispensé uniquement en italien, a donc contribué à une lente diffusion de cette langue parmi les autochtones, provoquant pour la première fois un processus d'érosion et d'extinction linguistique ; le sarde était en effet présenté par le système éducatif italien comme la langue des socialment marginalisés, ainsi que sa limba de su famine ou sa lingua de su famini (« la langue de la faim »), et coresponsable endogène de l'isolement et misère de l'île, et inversement l'italien comme un agent d'émancipation sociale à travers son intégration socio-culturelle avec le continent. En 1827, la Carta de Logu, le corpus juridique historique traditionnellement connu sous le nom de « consuetud de la nació sardesca », fut finalement abrogé en faveur de les feliciens Leggi civili e criminali del Regno di Sardegna[129],[130].

Malgré ces politiques d'acculturation, accompagnées de la perte de l'autonomie politique résiduelle avec la fusion parfaite et l'unification de la péninsule italienne[131],[129], l'hymne du Royaume de Sardaigne (composé par Vittorio Angius et mis en musique par Giovanni Gonella en 1843) aurait été S'hymnu sardu nationale jusqu'en 1861, remplacé par la Marcia Reale[132]. Le chanoine Salvatore Carboni publia à Bologne, en 1881, un ouvrage controversé intitulé Sos discursos sacros in limba sarda, dans lequel il regrettait que la Sardaigne hoe provinzia italiana non podet tenner sas lezzes e sos attos pubblicos in sa propia limba (« en tant que province italienne, elle ne peut avoir de lois et actes publics en sa propre langue ») et, affirmant que sa limba sarda, totu chi non-offiziale, durat in su Populu Sardu cantu durat durat sa Sardigna (« la langue sarde, bien que non officielle, durera dans le peuple sarde aussi longtemps que la Sardaigne »), il se demande enfin : Proite mai nos hamus a dispreziare cun d'unu totale abbandonu sa limba sarda, antiga et nobile cantu's italiana, sa franzesa et s'ispagnola? (« Pourquoi mépriser avec un abandon total la langue sarde, vieille et noble comme l'italien, le français et l'espagnol ? »)[133],[134].

Le régime fasciste a finalement déterminé l'entrée définitive de l'île dans le système culturel national à travers le travail conjoint du système éducatif et du système à parti unique[135], dans un crescendo d'amendes et d'interdictions sous la bannière de l'assimilation culturelle, qui a conduit à un nouveau déclin sociolinguistique du sard[136],[55]. Parmi les diverses expressions culturelles soumises à la censure, le régime a également réussi à interdire, de 1932 à 1937 (1945 dans certains cas[137]), le sarde de l'église et des manifestations du folklore de l'île[138], comme les concours poétiques organisés dans cette langue[139],[140],[141],[142]; paradigmatique est le cas de Salvatore Poddighe, tué désespérément après le vol de son grand œuvre, Sa Mundana Cummedia[143].

Le sarde est l'une des communautés linguistiques minoritaires officiellement reconnues en Italie[144].

L'époque contemporaine[modifier | modifier le code]

La prise de conscience du thème de la langue sarde dans l'agenda politique est entrée beaucoup plus tard que dans d'autres périphéries européennes marquées par la présence de minorités ethniques et linguistiques[145]: au contraire, cette période a été marquée par le rejet du sarde par les classes moyennes italianisées[136], la langue et la culture sarde étant encore considérées comme les symboles du sous-développement de la région[131]. Au moment de la rédaction du statut autonome, le législateur de 1948 a décidé d'éviter comme base de la spécialité sarde les références à l'identité géographique et culturelle[146],[147],[148], considérées comme des précurseurs dangereux de revendications autonomistes plus radicales ou même indépendantistes, et se limitant plutôt à reconnaître certaines revendications socio-économiques contre le continent[149],[150], comme la demande du développement industriel sarde par des installations militaires et des « plans spécifiques pour renaissance » préparés par le centre politique[151]. Entretemps, des politiques d'assimilation auraient également été appliquées après la seconde Guerre mondiale[55], avec une italianisation progressive des sites historiques et des objets de la vie quotidienne et une éducation obligatoire qui enseignait l'usage de la langue italienne, sans prévoir un enseignement parallèle de la langue sarde et, au contraire, en la décourageant activement par des interdictions et une surveillance générale de ceux qui en faisaient la promotion[152] : les enseignants italiens méprisaient en effet cette langue, qu'ils considéraient comme un « dialecte » incompréhensible et grossier, contribuant à réduire encore plus son prestige auprès des habitants sardes eux-mêmes.

En fait, une forte opposition à la langue a été observée au niveau institutionnel et dans le circuit intellectuel italien, une conception alors intériorisée dans l'imaginaire nationale, elle a été (la plupart du temps pour des raisons idéologiques ou comme un résidu, adoptée par inertie, de coutumes[153] données par les premiers) souvent étiquetée comme un « dialecte italien », contrairement à l'opinion des chercheurs et même de certains nationalistes italiens comme Carlo Salvioni[154], souffrant de toutes les discriminations et préjugés liés à une telle association, étant notamment considéré comme une forme « basse » d'expression[155],[156] et la démonstration d'un certain « traditionalisme »[157],[158].

Les règles statutaires ainsi esquissées se sont révélées être un outil inadéquat pour répondre aux problèmes de l'île[159],[131]; au tournant des années cinquante et soixante, d'ailleurs, le véritable processus de remplacement de la langue sarde par la langue italienne[14] a commencé, en raison de la diffusion, tant sur l'île que dans le reste du territoire italien, des médias de masse qui ne transmettent que dans la langue italienne[160]. Par-dessus tout, la télévision a répandu l'usage de l'italien et a facilité sa compréhension et son utilisation même parmi les personnes qui, jusqu'alors, s'étaient exprimées exclusivement en sarde. Dès la fin des années 1960[159][161],[131], de nombreuses campagnes ont donc été lancées en faveur d'un bilinguisme véritablement égalitaire comme élément de sauvegarde de l'identité culturelle : la première demande a été formulée par une résolution adoptée à l'unanimité par l'Université de Cagliari en 1971, dans laquelle les autorités politiques régionales et nationales étaient invitées à reconnaître les Sardes comme minorité ethnolinguistique et le sarde comme langue officielle de l'île[162]. Célèbre est le rappel, quelques mois avant sa mort en 1977, du poète Raimondo Piras, qui dans No sias isciau[163] invitava al recupero della lingua per opporsi alla dissardizzazione delle generazioni successive[137] appelait à la récupération de la langue pour s'opposer à la dissolution des générations futures. Dans les années 1980, trois projets de loi ont été présentés au Conseil régional avec un contenu similaire à celui de la résolution adoptée par l'Université de Cagliari[14]. L'une des premières lois définitivement approuvées par le législateur régional, la Legge Quadro per la Tutela e Valorizzazione della Lingua e della Cultura della Sardegna du 3 août 1993, a été immédiatement rejetée par la Cour constitutionnelle suite à un recours du gouvernement central[164]. Comme on le sait, il aurait fallu encore quatre ans pour que la législation régionale ne soit pas soumise au jugement de constitutionnalité, et deux autres années pour que le sarde soit reconnu en Italie en même temps que les onze autres minorités ethnolinguistiques.

Une étude promue par MAKNO en 1984 a révélé que les trois quarts des Sardes étaient favorables à la fois à l'enseignement bilingue dans les écoles (22 % de l'échantillon voulait une introduction obligatoire et 54,7 % facultative) et à un statut de bilinguisme officiel en Val d'Aoste et Haut Adige (62,7 % de l'échantillon pour, 25,9 % contre et 11,4 % incertain)[165]. Ces données ont été partiellement corroborées par une autre enquête démoscopique réalisée en 2008, dans laquelle 57,3% des personnes interrogées se sont montrées favorables à la présence de sardes pendant les heures d'école, en compagnie d'italiens[166].

Fréquence d'utilisation des langues régionales en Italie (ISTAT, 2015).

Certaines personnalités pensent que le processus d'assimilation peut conduire à la mort du concept de « peuple sarde »[167], contrairement à ce qui s'est passé, par exemple, en Irlande. Bien que la langue et la culture sardes soient sujettes à de profonds ferments identitaires[14], ce que l'analyse révèle semble être une régression lente mais constante de la compétence active et passive de cette langue, pour des raisons essentiellement politiques et socio-économiques (l'utilisation de l'italien présenté comme une clé de la promotion et du progrès social[168], la stigmatisation associée à l'utilisation du sarde, le dépeuplement progressif des zones intérieures vers les zones côtières, l'afflux des populations de la péninsule et les problèmes potentiels de compréhension mutuelle entre les différentes langues parlées, etc[169]: le nombre d'enfants qui utiliseraient activement le sarde s'effondre à moins de 13%, d'ailleurs concentrés dans les zones intérieures comme le Goceano, la haute Barbagia et les Baronies[170],[171],[172].,[173]. Compte tenu de la situation de certains centres sardes (comme Laerru, Chiaramonti et Ploaghe) dans lesquels le taux de sardophonie des enfants est égal à 0 %, il y a ceux qui parlent d'un « suicide linguistique » après quelques dizaines d'années[174].

Néanmoins, selon les analyses sociolinguistiques susmentionnées, un tel processus n'est pas du tout homogène[175],[176], se présentant d'une manière beaucoup plus évidente dans les villes que dans les pays. De nos jours, le sarde est une langue dont la vitalité est reconnaissable dans un état instable[14] de diglossie (maintenant dilalia) et de commutation de code, et qui n'entre pas (ou ne s'est pas largement répandue) dans l'administration, dans le commerce, dans l'église[177], dans l'école[174], dans les universités locales de Sassari[178],[179] et de Cagliari et dans les médias de masse[180],[181],[182],[183]. Suivant l'échelle de vitalité linguistique proposée par un panel spécial de l'UNESCO en 2003[184], le sarde fluctuerait entre une condition de « définitivement en danger » (les enfants n'apprennent plus la langue), également attribuée dans le Livre rouge, et une condition « de grave danger d'extinction » (gravement en danger : la langue est surtout utilisée par la génération des grands-parents vers le haut) ; selon le critère EGIDS (Expanded Graded Intergenerational Disruption Scale) proposé par Lewis et Simons, le sarde se situerait entre le niveau 7 (Instable : la langue n'est plus transmise à la génération suivante[185]) et 8a (Moribond : les seuls locuteurs actifs de la langue appartiennent à la génération des grands-parents[185]) correspondant respectivement aux deux grades de l'échelle UNESCO précités. Selon les données publiées par l'ISTAT en 2006[186], 52,5 % de la population sarde n'utilise que l'italien dans un domaine comme la famille, tandis que 29,3% pratiquent l'alternance linguistique et seulement 16,6 % déclarent utiliser le sarde ou d'autres langues non italiennes ; en dehors du milieu privé et convivial, les pourcentages sanctionnent une fois encore la prédominance exclusive de l'italien (77,1 %) au détriment du sarde ou des autres langues, toutes encore à 5,2 %.

Les années 1990 ont vu un renouveau des formes expressives de la scène musicale sarde : de nombreux artistes, allant des genres plus traditionnels comme le chant (cantu a tenore, cantu a chiterra, gosos, etc.) et le théâtre (Mario Deiana, Alessandro Serra avec le Macbettu) aux plus modernes comme le rock (Kenze Neke, Askra, Tzoku, Tazenda, etc) ou le hip-hop (Drer e CRC Posse, Quilo, Sa Razza, Malam, Menhir, Stranos Elementos, Randagiu Sardu, Futta, su akru , etc.) utilisent le langage pour promouvoir l'île et reconnaître ses vieux problèmes et ses nouveaux défis[187],[188],[189],[190]. Il y a aussi des films (comme Su Re, Bellas Mariposas, Treulababbu, Sonetaula, etc.) réalisés en sarde avec sous-titres en italien[191], et d'autres (comme Metropolis) avec sous-titres en sarde[192].

Depuis les sessions d'examens de 2013, les tentatives de certains étudiants de présenter tout ou partie de l'examen en sarde[193],[194],[195],[196],[197],[198],[199],[200],[201],[202],[203] ont récemment surpris, vu la non-institutionalisation (de facto) de la langue déjà mentionnée. De plus, les déclarations de mariage dans cette langue sont également de plus en plus fréquentes à la demande des époux[204],[205],[206],[207],[208].

L'initiative virtuelle de certains Sardes sur Google Maps a provoqué une agitation particulière, en réponse à une ordonnance du Ministère de l'Infrastructure qui ordonnait à tous les maires de la région d'éliminer les panneaux en sarde placés à l'entrée des villes : toutes les municipalités avaient en effet pris leur nom original depuis environ un mois, jusqu'à ce que le personnel de Google décide de retourner la toponymie en italien seulement[209],[210],[211].

Dans l'ensemble, des dynamiques telles que la reconnaissance tardive du statut de minorité linguistique, accompagnée d'un travail d'italianisation progressive mais omniprésente promu par le système éducatif, le système administratif et les médias, suivie de la rupture de la transmission intergénérationnelle, ont fait que la vitalité du sarde aujourd'hui peut être définie comme gravement compromise[212]. Il y a une division substantielle entre ceux qui pensent que la loi protégeant la langue est arrivée trop tard[213], estimant que son utilisation a été remplacée par celle de l'italien, et ceux qui prétendent au contraire qu'il est essentiel de renforcer l'utilisation actuelle de cette langue.

En conclusion, la communauté sarde constituerait encore, avec environ 1,7 million de locuteurs natifs autoproclamés (dont 1 291 000 sont présents en Sardaigne), la plus grande minorité ethnolinguistique reconnue en Italie[214], même si paradoxalement, c'est celle qui est la moins protégée. En dehors de l'Italie, où il n'existe actuellement pratiquement aucune possibilité d'enseignement structuré de la langue minoritaire susmentionnée (l'Université de Cagliari se distingue pour avoir ouvert pour la première fois un cours spécifique en 2017[215]), des cours spécifiques sont parfois organisés dans des pays comme l'Allemagne (Université de Stuttgart, Munich, Tübingen, Mannheim[216], etc.), l'Espagne (Université de Gérone)[217], l'Islande[218] et la République tchèque (Université de Brno)[219],[220]; pendant un certain temps, le professeur Sugeta en a aussi tenu quelques-uns au Japon à l'Université de Waseda (Tokyo)[221],[222],[223].

Le groupe de recherche Euromosaic, créé par la Commission européenne dans le but de dresser un tableau de la situation linguistique dans les territoires européens marqués par des minorités ethnolinguistiques, conclut son rapport :

« Il semble qu'il s'agisse d'une autre langue minoritaire en danger. Les agences responsables de la production et de la reproduction de la langue ne remplissent plus le rôle qu'elles ont joué dans la dernière génération. Le système éducatif ne soutient en aucune façon la langue, sa production et sa reproduction. La langue sarde ne jouit d'aucun prestige et, dans les contextes de travail, son utilisation ne découle d'aucun processus systématique, mais est simplement spontanée. Il semble qu'il s'agisse d'une langue reléguée aux interactions entre amis et parents très localisés. Sa base institutionnelle est extrêmement faible et en déclin continu. Néanmoins, il y a une certaine inquiétude parmi ses locuteurs, qui ont un lien émotionnel avec la langue et sa relation avec l'identité sarde. »

— Rapport Euromosaic Sardinian language use survey, Commission européenne, 1995

Entretemps, on constate que l'italien érode, avec le temps, de plus en plus d'espaces associés au sarde, aujourd'hui dans un état de déclin général à l'exception déjà mentionnée de quelques « poches linguistiques ». Là où la pratique linguistique du sarde est aujourd'hui en fort déclin pour toute l'île, elle est commune dans les nouvelles générations de toute origine sociale[224], maintenant monolingue et monoculturelle italienne, celle du "Italien régional de Sardaigne" (souvent appelé par les sardophones, en signe de mépris ironique, italiànu porcheddìnu[225]) : il s'agit d'una variété de l'italien qui est fortement influencée par les influences phonologiques, morphologiques et syntaxiques de la langue sarde, même chez ceux qui ne la connaissent pas.

« La subordination sociolinguistique du sarde à l'italien a conduit à un processus de dégénérescence progressive de la langue sarde en un patois qualifié d'italien régional. Ce nouveau code linguistique, qui résulte de l'interférence entre l'italien et le sarde, est particulièrement répandu parmi les classes culturelles et sociales les moins privilégiées. »

— Rapport Euromosaic Sardinian in Italy, Commission européenne, 1995

Le processus d'assimilation culturelle étant maintenant achevé, le bilinguisme est en grande partie sur papier et, puisqu'il n'existe toujours pas de mesures concrètes d'usage officiel même en Sardaigne, la langue sarde continue son agonie, quoique à un rythme plus lent qu'il y a quelque temps, notamment grâce aux efforts des différentes associations culturelles qui en font la promotion. A ce jour, il est peu probable qu'une solution réglementaire à la question de la langue sarde soit trouvée dans un avenir proche[14]. En tout cas, on peut donc dire que le sarde laissera ses traces en l'italien local actuellement parlé sous la forme d'un substrat.

Cartes diverses[modifier | modifier le code]

Variétés[modifier | modifier le code]

Formes écrites et classification[modifier | modifier le code]

Dans leurs formes écrites majeures, on distingue un logudorese illustre et un campidanese illustre, formes standardisées qui se disputent la suprématie littéraire. Un effort d’unification, notamment par une norme écrite unifiée, c'est la Limba Sarda Comuna (it), créée par l'administration régionale et compréhensible par tous les locuteurs du sarde, ainsi que par les locuteurs d'autres langues locales (sassarese, gallurese, alguerès, tabarquin) en tant que variété médian.

Toutes les variétés de sarde, l'une plus que l'autre, conservent une forme nettement archaïque, mais en même temps des traces des substrats pré-romains (surtout au centre-est avec des liens possibles avec le basque[226]) et des superstrats catalans (de XIVe siècle), espagnols (de la fin du XVe siècle) et italiens de 1720 et après.

Les deux variétés principales[modifier | modifier le code]

Le sarde possède deux grandes variétés.

  • Le logoudorien ou logoudorais (logudoresu), parlé dans le centre-nord, à son tour divisé en deux variétés:
    • le logoudorien commun, reconnu souvent comme le sarde littéraire parlé dans la région de Logudoro
    • le logoudorien central ou nuorais (nugoresu), parlé dans la région de la Barbagia, dans la province de Nuoro
  • Le campidanien ou campidanais (campidanesu), parlé dans la partie sud de l’île. Il comprend :

Ni le gallurais, ni le sassarese, proches entre eux, ne correspondent à la définition d'une macro-langue sarde. Leurs traits sont nettement corse/toscan, avec un pluriel en -i, un article italien mais avec du vocabulaire et certains traits sardes comme le son cacuminal. Certains linguistes les rattachent dès lors plutôt au corse/toscan qu’au sarde à cause leur origine du XIe au XVIIIe siècle, et ils en font donc deux subdivisions du corse. D’autres, pour des raisons de regroupement régional, les mettent sur un pied d’égalité avec les deux variantes évoquées ci-dessus (logudorais et campidanais) ou les reconnaissent en tant que langues individuelles. Le sarde a servi de superstrat ou d'adstrat pour ces deux variantes, qui correspondent à une bande dans la nord de l’île:

À noter aussi la présence d'autres variétés:

Sociolinguistique[modifier | modifier le code]

Le premier à avoir évoqué le sarde et son caractère archaïsant est Dante, qui écrivit notamment dans De vulgari eloquentia que les Sardes n'étaient pas Italiens et étaient les seuls à ne pas posséder leur propre langue vulgaire « parce qu'ils imitent le latin comme les singes imitent les hommes ».

« Sardos etiam, qui non Latii sunt sed Latiis associandi videntur, eiciamus, quoniam soli sine proprio vulgari esse videntur, gramaticam tanquam simie homines imitantes: nam domus nova et dominus meus locuntur »

Pourtant, la langue sarde a une tradition écrite vivace même si elle ne s'est pas forgée une norme durable. Pendant la domination aragonaise, le catalan était la langue officielle, bientôt supplanté par le castillan et par l’italien (en 1764, dans le cadre du royaume savoyard). La présence d’îlots allophones (voir ci-dessus), notamment à Alghero (depuis le XIVe siècle) et dans les îles de San Pietro et de Sant’Antioco (depuis le XVIIIe siècle), constitue une trace de ces faits historiques.

Un rôle important pour la conservation de la langue sarde a été la tradition poétique et les joutes poétiques (garas poeticas, gare poetiche en italien), où l'improvisation et la verve des chanteurs attiraient les foules.

Le premier texte littéraire semble être celui d’Antonio Cano sur des martyrs locaux, au XVe siècle, dans une langue assez normalisée (mais qui se délitera un siècle après) :

« Tando su rey barbaru su cane renegadu
de custa resposta multu restayt iradu
& issu martiriu fetit apparigiare
itu su quale fesit fortemente ligare
sos sanctos martires cum bonas catenas
qui li segaant sos ossos cum sas veinas
& totu sas carnes cum petenes de linu. »

Le sarde, comme les autres dialectes non sardes de la région de Sassari ou de la Gallura, ou comme le catalan ou le génois tabarquin, est désormais protégé par la loi régionale no 26 du qui lui reconnaît le statut de langue régionale protégée et qui est entrée en vigueur le (intitulée : Promozione e valorizzazione della cultura e della lingua della Sardegna). Le sarde est utilisé dans la signalisation routière bilingue de certaines municipalités.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  51. Comme souligne Ludovico Antonio Muratori, « Potissimum vero ad usurpandum in scriptis Italicum idioma gentem nostram fuisse adductam puto finitimarum exemplo, Provincialium, Corsorum atque Sardorum » ('En réalité, je crois que notre peuple[les Italiens] ont été incités à employer la langue italienne pour écrire en prenant exemple sur nos voisins, les Provençaux, les Corse et les Sardes") et « Sardorum quoque et Corsorum exemplum memoravi Vulgari sua Lingua utentium, utpote qui Italis preivisse in hoc eodem studio videntur » ("J'ai en outre rappelé l'exemple des Sardes et des Corses, qui ont utilisé leur propre langue vulgaire, en étant les deux qui avaient précèdé les Italiens en ce sens"). Antonio, Ludovico Antonio (1739). Antiquitates Italicae Moedii Evi, Mediolani, t. 2, col.1049
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  93. « Totu sas naziones iscrient e imprentant sos libros in sas propias limbas nadias e duncas peri sa Sardigna – sigomente est una natzione – depet iscriere e imprentare sos libros in limba sarda. Una limba - sighit Garipa - chi de seguru bisongiat de irrichimentos e de afinicamentos, ma non est de contu prus pagu de sas ateras limbas neolatinas. » (« Toutes les nations écrivent et impriment des livres dans leur langue maternelle, et donc la Sardaigne - puisque c'est une nation - doit écrire et imprimer des livres en langue sarde. Une langue qui a sans doute besoin d'être enrichie et classée, mais qui n'est pas moins importante que les autres langues néolatines. »). Cité dans Casula, Francesco. Sa chistione de sa limba in Montanaru e oe
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  99. « En aquest sentit, la italianització definitiva de l'illa representava per a ell l'objectiu més urgent, i va decidir de contribuir-hi tot reformant les Universitats de Càller i de Sàsser, bandejant-ne alhora els jesuïtes de la direcció per tal com mantenien encara una relació massa estreta amb la cultura espanyola. El ministre Bogino havia entès que només dins d'una Universitat reformada podia crear-se una nova generació de joves que contribuïssin a homogeneïtzar de manera absoluta Sardenya amb el Piemont. » Joan Armangué i Herrero (2006). Represa i exercici de la consciència lingüística a l'Alguer (ss.XVIII-XX), Arxiu de Tradicions de l'Alguer, Cagliari, I.1
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  105. « Ai funzionari sabaudi, inseriti negli ingranaggi dell'assolutismo burocratico ed educati al culto della regolarità e della precisione, l'isola appariva come qualcosa di estraneo e di bizzarro, come un Paese in preda alla barbarie e all'anarchia, popolato di selvaggi tutt'altro che buoni. Era difficile che quei funzionari potessero considerare il diverso altrimenti che come puro negativo. E infatti essi presero ad applicare alla Sardegna le stesse ricette applicate al Piemonte. Dirigeva la politica per la Sardegna il ministro Bogino, ruvido e inflessibile. ». Guerci, Luciano (2006). L'Europa del Settecento : permanenze e mutamenti , UTET, p. 576
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  110. « Il sistema di controllo capillare, in ambito amministrativo e penale, che introduce il Governo sabaudo, rappresenterà, fino all'Unità, uno dei canali più diretti di contatto con la nuova lingua "egemone" (o lingua-tetto) per la stragrande maggioranza della popolazione sarda. » Eduardo Blasco Ferrer, Giorgia Ingrassia (a cura di). Storia della lingua sarda : dal paleosardo alla musica rap, evoluzione storico-culturale, letteraria, linguistica. Scelta di brani esemplari commentati e tradotti, 2009, Cuec, Cagliari, p. 111
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  119. a et b Cardia, Amos (2006). S'italianu in Sardìnnia candu, cumenti e poita d'ant impostu: 1720-1848; poderi e lìngua in Sardìnnia in edadi spanniola, Iskra, Ghilarza, p. 111-112
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  121. [Il Porru] In generale considera la lingua un patrimonio che deve essere tutelato e migliorato con sollecitudine. In definitiva, per il Porru possiamo ipotizzare una probabilmente sincera volontà di salvaguardia della lingua sarda che però, dato il clima di severa censura e repressione creato dal dominio sabaudo, dovette esprimersi tutta in funzione di un miglior apprendimento dell'italiano. Siamo nel 1811, ancora a breve distanza dalla stagione calda della rivolta antifeudale e repubblicana, dentro il periodo delle congiure e della repressione. Cardia, Amos (2006). S'italianu in Sardìnnia candu, cumenti e poita d'ant impostu: 1720-1848; poderi e lìngua in Sardìnnia in edadi spanniola, Iskra, Ghilarza, p. 112-113
  122. [...]Ciononostante le due opere dello Spano sono di straordinaria importanza, in quanto aprirono in Sardegna la discussione sul «problema della lingua sarda», quella che sarebbe dovuta essere la lingua unificata ed unificante, che si sarebbe dovuta imporre in tutta l'isola sulle particolarità dei singoli dialetti e suddialetti, la lingua della nazione sarda, con la quale la Sardegna intendeva inserirsi tra le altre nazioni europee, quelle che nell'Ottocento avevano già raggiunto o stavano per raggiungere la loro attuazione politica e culturale, compresa la nazione italiana. E proprio sulla falsariga di quanto era stato teorizzato ed anche attuato a favore della nazione italiana, che nell'Ottocento stava per portare a termine il processo di unificazione linguistica, elevando il dialetto fiorentino e toscano al ruolo di «lingua nazionale», chiamandolo «italiano illustre», anche in Sardegna l'auspicata «lingua nazionale sarda» fu denominata «sardo illustre». Massimo Pittau, Grammatica del sardo illustre, Nuoro, p. 11-12, Premessa
  123. « Il presente lavoro però restringesi propriamente al solo Logudorese ossia Centrale, che questo forma la vera lingua nazionale, la più antica ed armoniosa e che soffrì alterazioni meno delle altre ». Ispanu, Johanne (1840). Ortographia sarda nationale o siat grammatica de sa limba logudoresa cumparada cum s'italiana, pg.12
  124. Manuale di linguistica sarda, 2017, A cura di Eduardo Blasco Ferrer, Peter Koch, Daniela Marzo. Manuals of Romance Linguistics, De Gruyter Mouton, p. 209: « ...La più diffusa, e storicamente precocissima, consapevolezza dell'isola circa lo statuto di "lingua a sé" del sardo, ragion per cui il rapporto tra il sardo e l'italiano ha teso a porsi fin dall'inizio nei termini di quello tra due lingue diverse (benché con potere e prestigio evidentemente diversi), a differenza di quanto normalmente avvenuto in altre regioni italiane, dove, tranne forse nel caso di altre minoranze storiche, la percezione dei propri «dialetti» come «lingue» diverse dall'italiano sembrerebbe essere un fatto relativamente più recente e, almeno apparentemente, meno profondamente e drammaticamente avvertito. Né prima né dopo il passaggio del Regno di Sardegna dalla Spagna ai Savoia, infatti, nessun sardo, per quanto incolto, avrebbe potuto condividere o prendere per buono il noto cliché, piuttosto diffuso in altre regioni, del proprio dialetto quale forma «corrotta» e degradata dell'italiano stesso. Ma la percezione di alterità linguistica era condivisa e avvertita da qualsiasi italiano che avesse occasione di risiedere o passare nell'isola [...] ».
  125. Manuale di linguistica sarda, 2017, A cura di Eduardo Blasco Ferrer, Peter Koch, Daniela Marzo. Manuals of Romance Linguistics, De Gruyter Mouton, p. 210
  126. [...]È tanto nativa per me la lingua italiana, come la latina, francese o altre forestiere che solo s'imparano in parte colla grammatica, uso e frequente lezione de' libri, ma non si possiede appieno[...] diceva infatti tale Andrea Manca Dell'Arca, agronomo sassarese della fine del Settecento ('Ricordi di Santu Lussurgiu di Francesco Maria Porcu In Santu Lussurgiu dalle Origini alla Grande Guerra - Grafiche editoriali Solinas - Nuoro, 2005)
  127. Francesco Sabatini, Minoranze e culture regionali nella storiografia linguistica italiana, sta in I dialetti e le lingue delle minoranze di fronte all'italiano (Atti dell'XI Congresso internazionale di studi della SLI, Società di linguistica italiana, a cura di Federico Albano Leoni, Cagliari, 27-30 maggio 1977 e pubblicati da Bulzoni, Roma, 1979, p. 14)
  128. "Una innovazione in materia di incivilimento della Sardegna e d'istruzione pubblica, che sotto vari aspetti sarebbe importantissima, si è quella di proibire severamente in ogni atto pubblico civile non meno che nelle funzioni ecclesiastiche, tranne le prediche, l'uso dei dialetti sardi, prescrivendo l'esclusivo impiego della lingua italiana. Attualmente in sardo si gettano i così detti pregoni o bandi; in sardo si cantano gl'inni dei Santi (Goccius), alcuni dei quali privi di dignità… È necessario inoltre scemare l'uso del dialetto sardo [sic] ed introdurre quello della lingua italiana anche per altri non men forti motivi; ossia per incivilire alquanto quella nazione, sì affinché vi siano più universalmente comprese le istruzioni e gli ordini del Governo… sì finalmente per togliere una delle maggiori divisioni, che sono fra la Sardegna e i Regi stati di terraferma." (Considerazioni politiche ed economiche sulla Sardegna, 1848 - Carlo Baudi di Vesme)
  129. a et b Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.184
  130. « Des del seu càrrec de capità general, Carles Fèlix havia lluitat amb mà rígida contra les darreres actituds antipiemonteses que encara dificultaven l'activitat del govern. Ara promulgava el Codi felicià (1827), amb el qual totes les lleis sardes eren recollides i, sovint, modificades. Pel que ara ens interessa, cal assenyalar que el nou codi abolia la Carta de Logu – la «consuetud de la nació sardesca», vigent des de l'any 1421 – i allò que restava de l'antic dret municipalista basat en el privilegi. » Joan Armangué i Herrero (2006). Represa i exercici de la consciència lingüística a l'Alguer (ss.XVIII-XX), Arxiu de Tradicions de l'Alguer, Cagliari, I.1
  131. a b c et d « Toso, Fiorenzo. Lingue sotto il tetto d'Italia. Le minoranze alloglotte da Bolzano a Carloforte - 8. Il sardo »
  132. Spanu, Gian Nicola. Il primo inno d'Italia è sardo
  133. Carboni, Salvatore (1881). Sos discursos sacros in limba sarda, Bologna.
  134. Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.186-187
  135. « Il ventennio fascista – come ha affermato Manlio Brigaglia ‒ segnò il definitivo ingresso della Sardegna nel “sistema” nazionale. L’isola fu colonialisticamente integrata nella cultura nazionale: modi di vita, costumi, visioni generali, parole d’ordine politiche furono imposte sia attraverso la scuola, dalla quale partì un’azione repressiva nei confronti dell’uso della lingua sarda, sia attraverso le organizzazioni del partito... » Garroni, M. (2010). La Sardegna durante il ventennio fascista, art.torvergata.it
  136. a et b Manuale di linguistica sarda, 2017, A cura di Eduardo Blasco Ferrer, Peter Koch, Daniela Marzo. Manuals of Romance Linguistics, De Gruyter Mouton, pp.36
  137. a et b Remundu Piras, Sardegna Cultura
  138. « Dopo pisani e genovesi si erano susseguiti aragonesi di lingua catalana, spagnoli di lingua castigliana, austriaci, piemontesi ed, infine, italiani [...] Nonostante questi impatti linguistici, la "limba sarda" si mantiene relativamente intatta attraverso i secoli. [...] Fino al fascismo: che vietò l'uso del sardo non solo in chiesa, ma anche in tutte le manifestazioni folkloristiche. ». De Concini, Wolftraud (2003). Gli altri d'Italia : minoranze linguistiche allo specchio, Pergine Valsugana : Comune, p. 195-196.
  139. L. Marroccu, Il ventennio fascista
  140. M. Farinelli, The Invisible Motherland? The Catalan-Speaking Minority in Sardinia and Catalan Nationalism, p. 15
  141. Massimo Pittau, Grammatica del sardo illustre, Nuoro, Premessa
  142. Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.191
  143. (it) Salvatore Poddighe, Sa Mundana Cummédia, Domus de Janas, (ISBN 88-88569-89-8), p. 32.
  144. « Lingue di minoranza e scuola, Carta Generale. Ministero della Pubblica Istruzione »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  145. Pala, Carlo (2016). Idee di Sardegna, Carocci Editore, p. 121
  146. « Strumenti giuridici per la promozione della lingua sarda »
  147. Relazione di accompagnamento al disegno di legge “Norme per la tutela, valorizzazione e promozione della lingua sarda e delle altre varietà linguistiche della Sardegna”, p. 7
  148. Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.193
  149. Pala, Carlo (2016). Idee di Sardegna, Carocci Editore, p. 118
  150. Pintore, Gianfranco (1996). La sovrana e la cameriera: La Sardegna tra sovranità e dipendenza. Nuoro: Insula, 13
  151. Lo Stato col concorso della Regione dispone un piano organico per favorire la rinascita economica esociale dell'Isola. Art.13, Testo storico dello Statuto
  152. Lingua sarda: dall'interramento alla resurrezione? - Il Manifesto Sardo
  153. En fait, relativement récents parce qu'ils peuvent être datés de la seconde moitié du XIXe siècle, à la suite de la fusion parfaite déjà mentionnée ; en fait, pas même dans le traitement au XVIIIe siècle d'auteurs tels que Cetti nous trouvons des jugements sur la dignité du sarde, dont l'indépendance linguistique a généralement aussi l'appui des auteurs italiens (voir note 114, E. Blasco Ferrer).
  154. Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.195
  155. Sa limba sarda - Giovanna Tonzanu
  156. The Sardinian professor fighting to save Gaelic – and all Europe's minority tongues, The Guardian
  157. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. 
  158. Quando muore una lingua si oscura il cielo: da "Lettera a un giovane sardo" dell'antropologo Bachisio Bandinu
  159. a et b Salvi, Sergio (1974). Le lingue tagliate, Rizzoli, pg.198-199
  160. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. 
  161. Manuale di linguistica sarda, 2017, A cura di Eduardo Blasco Ferrer, Peter Koch, Daniela Marzo. Manuals of Romance Linguistics, De Gruyter Mouton, p. 31; 36
  162. Istanza del Prof. A. Sanna sulla pronuncia della Facoltà di Lettere in relazione alla difesa del patrimonio etnico-linguistico sardo. Il prof.Antonio Sanna fa a questo proposito una dichiarazione: « Gli indifferenti problemi della scuola, sempre affrontati in Sardegna in torma empirica, appaiono oggi assai particolari e non risolvibili in un generico quadro nazionale; il tatto stesso che la scuola sia diventata scuola di massa comporta il rifiuto di una didattica inadeguata, in quanto basata sull'apprendimento concettuale attraverso una lingua, per molti aspetti estranea al tessuto culturale sardo. Poiché esiste un popolo sardo con una propria lingua dai caratteri diversi e distinti dall'italiano, ne discende che la lingua ufficiale dello Stato, risulta in effetti una lingua straniera, per di più insegnata con metodi didatticamente errati, che non tengono in alcun conto la lingua materna dei Sardi: e ciò con grave pregiudizio per un'efficace trasmissione della cultura sarda, considerata come sub-cultura. Va dunque respinto il tentativo di considerare come unica soluzione valida per questi problemi una forzata e artificiale forma di acculturazione dall'esterno, la quale ha dimostrato (e continua a dimostrare tutti) suoi gravi limiti, in quanto incapace di risolvere i problemi dell'isola. È perciò necessario promuovere dall'interno i valori autentici della cultura isolana, primo fra tutti quello dell'autonomia, e "provocare un salto di qualità senza un'acculturazione di tipo colonialistico, e il superamento cosciente del dislivello di cultura" (Lilliu). La Facoltà di Lettere e Filosofia dell'Università di Cagliari, coerentemente con queste premesse con l'istituzione di una Scuola Superiore di Studi Sardi, è pertanto invitata ad assumere l'iniziativa di proporre alle autorità politiche della Regione Autonoma e dello Stato il riconoscimento della condizione di minoranza etnico-linguistica per la Sardegna e della lingua sarda come lingua « nazionale » della minoranza. È di conseguenza opportuno che si predispongano tutti i provvedimenti a livello scolastico per la difesa e conservazione dei valori tradizionali della lingua e della cultura sarda e, in questo contesto, di tutti i dialetti e le tradizioni culturali presenti in Sardegna (ci si intende riferire al Gallurese, al Sassarese, all'Algherese e al Ligure-Carlofortino). In ogni caso tali provvedimenti dovranno comprendere necessariamente, ai livelli minimi dell'istruzione, la partenza dell'insegnamento del sardo e dei vari dialetti parlati in Sardegna, l'insegnamento nella scuola dell'obbligo riservato ai Sardi o coloro che dimostrino un'adeguata conoscenza del sardo, o tutti quegli altri provvedimenti atti a garantire la conservazione dei valori tradizionali della cultura sarda. È bene osservare come, nel quadro della diffusa tendenza a livello internazionale per la difesa delle lingue delle minoranze minacciate, provvedimenti simili a quelli proposti sono presi in Svizzera per la minoranza ladina fin dal 1938 (48 000 persone), in Inghilterra per il Galles, in Italia per le minoranze valdostana, slovena e ultimamente ladina (15000 persone), oltre che per quella tedesca; a proposito di queste ultime e specificamente in relazione al nuovo ordinamento scolastico alto-atesino. Il presidente del Consiglio on. Colombo, nel raccomandare ala Camera le modifiche da apportare allo Statuto della Regione Trentino-Alto Adige (il cosiddetto «pacchetto»), « modifiche che non escono dal concetto di autonomia indicato dalla Costituzione », ha ritenuto di dover sottolineare l'opportunità "che i giovani siano istruiti nella propria lingua materna da insegnanti appartenenti allo stesso gruppo linguistico"; egli inoltre aggiungeva che "solo eliminando ogni motivo di rivendicazione si crea il necessario presupposto per consentire alla scuola di svolgere la sua funzione fondamentale in un clima propizio per la migliore formazione degli allievi". Queste chiare parole del presidente del Consiglio ci consentono di credere che non si voglia compiere una discriminazione nei confronti della minoranza sarda, ma anche per essa valga il principio enunciato dall'opportunità dell'insegnamento della lingua materna ad opera di insegnanti appartenenti allo stesso gruppo linguistico, onde consentire alla scuola di svolgere anche in Sardegna la sua funzione fondamentale in un clima propizio alla migliore formazione per gli allievi. Si chiarisce che tutto ciò non è sciovinismo né rinuncia a una cultura irrinunciabile, ma una civile e motivata iniziativa per realizzare in Sardegna una vera scuola, una vera rinascita, "in un rapporto di competizione culturale con lo stato (...) che arricchisce la Nazione" (Lilliu) ». Il Consiglio unanime approva le istanze proposte dal prof. Sanna e invita le competenti autorità politiche a promuovere tutte le iniziative necessarie, sul piano sia scolastico che politico-economico, a sviluppare coerentemente tali principi, nel contempo acquisendo dati atti a mettere in luce il suesposto stato. Cagliari, 19 febbraio 1971. [Farris, Priamo (2016). Problemas e aficàntzias de sa pianificatzioni linguistica in Sardigna. Limba, Istòria, Sotziedadi / Problemi e prospettive della pianificazione linguistica in Sardegna. Lingua, Storia, Società, Youcanprint]
  163. « Piras, Raimondo. No sias isciau »
  164. Deplano, Andrea (1996). Etnia e folklore : storia, prospettive, strumenti operativi, Artigianarte, Cagliari, p. 58-59
  165. Pinna, M.T. Catte (1992). Educazione bilingue in Sardegna: problematiche generali ed esperienze di altri paesi, Edizioni di Iniziative culturali, Sassari, p. 166-174
  166. Oppo, Anna. Le lingue dei sardi, p. 50
  167. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. Marco Oggianu, , 21 dicembre 2006
  168. Il ruolo della lingua sarda nelle scuole e nelle università sarde (Institut für Linguistik/Romanistik)
  169. Dans la question linguistique sarde, à certains égards, il peut y avoir un parallélisme avec l'Irlande, dans laquelle un phénomène similaire a pris le nom de « cercle vicieux du Gaeltacht irlandais » (voir Edwards 1985). En fait, en Irlande, à l'abaissement du prestige de la langue gaélique lorsqu'elle était parlée dans des zones socialement et économiquement défavorisées, s'est ajoutée l'émigration de ces zones vers les zones urbaines et considérées comme économiquement plus avancées, dans lesquelles l'idiome majoritaire (anglais) serait destiné à écraser et prévaloir sur l'idiome minoritaire des émigrants.
  170. (it) Damien Simonis, Sardinia, Lonely Planet Publications, (ISBN 978-1-74059-033-4), p. 240-241
  171. La Nuova Sardegna, 04/11/10, Per salvare i segni dell'identità - di Paolo Coretti
  172. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. 
  173. Silanus diventa la capitale dei vocabolari dialettali, La Nuova Sardegna
  174. a et b La situazione sociolinguistica della Sardegna settentrionale, Mauro Maxia
  175. Da un'isola all'altra: Corsica e Sardegna - Jean-Pierre Cavaillé
  176. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. 
  177. Niente messa in limba, lettera al vescovo: “Perché in chiesa è vietato parlare in sardo?” - SardiniaPost
  178. Caro Mastino, non negare l'evidenza: per te il sardo è una lingua morta. Che l'Università di Sassari vorrebbe insegnare come se fosse il latino - Vito Biolchini
  179. Lingua sarda: la figuraccia di Mastino, rettore dell'Università di Sassari
  180. I mass media in Sardegna (Institut für Linguistik/Romanistik)
  181. Modèle {{Lien web}} : paramètres « url » et « titre » manquants. 
  182. No al sardo in Rai, Pigliaru: «Discriminazione inaccettabile» - La Nuova Sardegna
  183. Bill excluding Sardinian, Friulian from RAI broadcasts sparks protest - Nationalia
  184. Brenzinger et all. (2003). Language Vitality and Endangerment, Document submitted to the International Expert Meeting on UNESCO Programme Safeguarding of Endangered Languages, Paris, p. 8
  185. a et b M. Paul Lewis, Gary F. Simons (2010). Assessing Endangerment: Expanding Fishman’s GIDS, p.8
  186. La lingua italiana, i dialetti e le lingue straniere. Istat, 2006
  187. Storia della lingua sarda, vol. 3, a cura di Giorgia Ingrassia e Eduardo Blasco Ferrer, CUEC, p. 227-230
  188. Stranos Elementos, musica per dare voce al disagio sociale
  189. Il passato che avanza a ritmo di rap - La Nuova Sardegna
  190. Cori e rappers in limba alla Biennale - La Nuova Sardegna
  191. La lingua sarda al cinema. Un'introduzione. Di Antioco Floris e Salvatore Pinna - UniCa
  192. Storia della lingua sarda, vol. 3, a cura di Giorgia Ingrassia e Eduardo Blasco Ferrer, CUEC, p. 226
  193. Do you speak... su Sardu? - Irene Bosu, Focus Sardegna
  194. Cagliari, promosso a pieni voti il tredicenne che ha dato l'esame in sardo - Sardiniapost
  195. Eleonora d'Arborea in sardo? La prof. “continentale” dice no - Sardiniapost
  196. Sassari, studente dell'Alberghiero si diploma parlando in sardo - ULS Alta Baronìa (La Nuova Sardegna)
  197. Esame di maturità per la limba: Buddusò, la tesina di Elio Altana scritta in italiano ma discussa in logudorese - La Nuova Sardegna
  198. Quartu,esame di terza media in campidanese:studenti premiati in Comune - CastedduOnline
  199. Studentessa dialoga in sardo con il presidente dei docenti - Nuova Sardegna
  200. In sardo all'esame di maturità. La scelta di Lia Obinu al liceo scientifico di Bosa - Bentos
  201. Studente sostiene l'esame di terza media su Grazia Deledda interamente in sardo, L'Unione Sarda, 2016
  202. La maturità ad Orgosolo: studente-poeta in costume sardo, tesina in limba, Sardiniapost.it
  203. Col costume sardo all'esame di maturità discute la tesina in "limba", Casteddu Online
  204. Nozze in lingua sarda a Cagliari - Il primo matrimonio in Municipio
  205. Matrimonio in sardo a Mogoro, Il sì in limba di Simone e Svetlana - Unione Sarda
  206. Matrimonio in limba - Iscanu / Scano di Montiferro
  207. Il matrimonio in "limba" piace, la delibera sbarca anche a Quartu - Unione Sarda
  208. All'esame di terza media con una tesina in sardo, La Nuova Sardegna
  209. Sardinian 'rebels' redraw island map - The Local
  210. La limba sulle mappe di Google - La Nuova Sardegna
  211. Su Google Maps spariscono i nomi delle città in sardo - La Nuova Sardegna
  212. Manuale di linguistica sarda, 2017, A cura di Eduardo Blasco Ferrer, Peter Koch, Daniela Marzo. Manuals of Romance Linguistics, De Gruyter Mouton, p. 37
  213. Difendere l'italiano per resuscitare il sardo, L'Indiscreto, Enrico Pitzianti
  214. ISTAT2[source insuffisante]
  215. Lingua sarda: "trinta prenu" per i primi due studenti, Unica.it
  216. 30 e lode in lingua sarda per gli studenti tedeschi, La Donna Sarda
  217. I tedeschi studiano il sardo nell'isola - La Nuova Sardegna
  218. Da Mogoro all'Islanda per insegnare il sardo: « così promuovo l'isola », Videolina.it
  219. Studenti cechi imparano il sardo - La Nuova Sardegna
  220. “Ecco come insegno il sardo nella Repubblica Ceca” - Sardiniapost
  221. In città il professore giapponese che insegna la lingua sarda a Tokio - In città il professore giapponese che insegna la lingua sarda a Tokyo - La Nuova Sardegna
  222. "Limba" made in Japan - La Nuova Sardegna
  223. Il professore giapponese che insegna il sardo ai sardi - La Nuova Sardegna
  224. Bolognesi, Roberto. Le identità linguistiche dei sardi, Condaghes, 2013, Cap.3 L'italiano regionale di Sardegna, pg.63-74
  225. Lingua e società in Sardegna - Mauro Maxia
  226. F. Bruno Vacca, Gli antichi sardi dei bronzetti nuragici , 1990, p. 53.
  227. John Day, Uomini e terre nella Sardegna coloniale : XII-XVIII secolo, Torino, CELID, 1987, 338 pages.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Consulter le Wiktionnaire rédigé en sarde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Antonino Rubattu, Dizionario universale della lingua di Sardegna, Edes, Sassari, 2003.
  • Antonino Rubattu, Sardo, italiano, sassarese, gallurese, Edes, Sassari, 2003.
  • Mauro Maxia, Lingua Limba Linga. Indagine sull’uso dei codici linguistici in tre comuni della Sardegna settentrionale, Cagliari, Condaghes 2006
  • Mauro Maxia, La situazione sociolinguistica della Sardegna settentrionale, in Sa Diversidade de sas Limbas in Europa, Itàlia e Sardigna, Regione Autònoma de Sardigna, Bilartzi 2010

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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