Royaume de Sardaigne (1324-1713)

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Royaume de Sardaigne

1324-1713

Description de cette image, également commentée ci-après
Royaume de Sardaigne de 1448 à 1720.
Informations générales
Statut royaume rattaché au :
Siñal d'Aragón.svg Royaume d'Aragon (1324-1479)
Flag of Cross of Burgundy.svg Monarch. cath. esp. (1479-1713)
Capitale Cagliari
Langue sarde, corse, catalan, espagnol
Religion catholicisme romain
Monnaie cagliarese
Superficie
Superficie 24 090 km²
Histoire et événements
20 juin 1295 Traité d'Anagni : dans une clause secrète, le Pape Boniface VIII aurait accordé la Corse et la Sardaigne à Jacques II d'Aragon.
4 avril 1297 Boniface VIII crée le « royaume de Sardaigne et de Corse » au profit de Jacques II d'Aragon pour pacifier les conflits avec la Maison capétienne d'Anjou-Sicile.
31 août 1302 Paix de Caltabellotta entre la Couronne d'Aragon et la maison capétienne d'Anjou-Sicile.
1323-1326 Conquête aragonaise de la Sardaigne contre les cités-états de Pise et de Gênes.
29 février 1324 Bataille de Lucocisterna : victoire de la Couronne d'Aragon, qui prend la Sardaigne à la république de Pise.
29 mars 1410 La Couronne d'Aragon fait capituler le Judicat d'Arborée, dernier État sarde indépendant.
17 août 1420 Le juge d’Arborée Guillaume II de Narbonne vend son judicat à Alphonse V d'Aragon pour 100 000 florins d'or.
14 avril 1470 Bataille d'Uras : victoire de la rébellion sarde menée par lar marquis Leonardo d'Alagon.
19 mai 1478 Bataille de Macomer : échec de la rébellion sarde.
4 septembre 1479 Naissance de la monarchie catholique espagnole par union personnelle entre Ferdinand II d'Aragon et Isabelle Ire de Castille.
1492 Découvert de l'Amérique : commencement du déclin du commerce méditerranéen.
XVIe Attaques barbaresques, ottomanes et françaises.
1562 Fondation de l'Université de Sassari.
1607 Fondation de l'Université de Cagliari.
1701-1714 Guerre de succession d'Espagne : échec de l'Espagne, qui cède la Sardaigne à la monarchie habsbourgeoise d'Autriche

Entités suivantes :

Le Royaume de Sardaigne, constitué par le pape en 1297, était sous suzeraineté de la couronne d'Aragon puis de la couronne d'Espagne de 1324 à 1713.

Contexte[modifier | modifier le code]

L’ingérence politique de Pise et de Gênes sur les rois juges dura du XIe au XIVe siècle, en se transformant lentement en protectorat, pour aboutir en domination. Ces deux puissances maritimes ne cessent pas de s’opposer afin de « tenir la Sardaigne constamment divisée, afin de dominer seul. La politique des papes était d’opposer toujours les Génois aux Pisans, d’appuyer toujours la partie la plus faible, contre la partie la plus forte »[1]. Les familles des deux cités se disputent alors soit les territoires, soit les places de juge des différents Judicats. En 1258, le Judicat de Cagliari disparaît, pris par les Pisans. Ainsi, en 1265, Mariano de Serra est « l’unique Sarde investi d’une charge de gouvernement dans une île tombée entièrement au pouvoir d’étrangers »[2].

SanluriPaix de CaltabellottaPaix de CaltabellottaFerdinand II d'AragonFerdinand II d'AragonJean II d'AragonJean II d'AragonAlphonse V d'AragonFerdinand Ier d'AragonMartin Ier d'AragonMartin Ier d'AragonJean Ier d'AragonJean Ier d'AragonPierre IV d'Aragon

Jacques II d'Aragon

Le règne d'Arborée, plus fort et mieux organisé que les autres, reste indépendant. Il défend en effet avec force son indépendance, et en 1323, l'Arborée s'allie à Jacques II d'Aragon pour une campagne militaire contre Pise et Gênes qui aura pour fin de créer le royaume de Sardaigne.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Judicat d’Arborée face à la couronne d’Aragon avant 1410.

Avec la conquête des Judicats de Cagliari et de Gallura, le pape Boniface VIII crée le royaume de Sardaigne et de Corse (Regnum Sardiniæ et Corsicæ) le [3], afin de pacifier les conflits en Sicile entre la couronne d’Aragon et la maison d’Anjou. La paix de Caltabellotta, est donc signée le . Fort de l’appui du pape et du Judicat d'Arborée, la force aragonaise commence les opérations militaires contre les Pisans de Cagliari et de Gallura, le dans la campagne de sainte Catherine entre Villanovaforru et Sanluri. C’est le , avec la prise du château de Cagliari, que le royaume de Sardaigne et de Corse est définitivement instauré. La commune de Sassari, qui deux ans avant avait choisi de s'allier avec les Aragonais, le se rebelle face au nouveau pouvoir, et réussit à devenir indépendante pendant une année. Le , une seconde révolte éclate et est sauvagement réprimée.

En 1354, c’est au tour d’Alghero de devenir aragonaise, qui reste encore aujourd’hui fortement catalane. Entre février et avril 1355 le premier Cortès (parlement) est réuni, ce qui aboutit en juillet à la paix de Sanluri entre les deux parties. La défaite des autres Judicats, et le retrait partiel du roi d’Aragon permet au Judicat d’Arborée, encore autonome, de connaître une expansion importante, et réunit quasiment toute la Sardaigne (voir carte ci-contre).

Tableau d’un maître d’art connu sous le nom du Maestro di Castelsardo, du XVIe siècle.

Mais en 1383, « les insulaires ne pouvant plus supporter la domination tyrannique du juge d’Arboréa »[4] assassinent Hugues III d’Arborée. « La mort en janvier 1387 du Cérémonieux implique une pause forcée de réflexions […], on avance vers la paix entre Catalans et Arboréens »[5]. Ainsi en 1388 la paix sarde est signée entre les deux parties. Cependant cette paix est courte, et le 30 juin 1409 l'armée du Judicat d’Arborée est vaincue à Sanluri par les troupes de Martin Ier d’Aragon. Dix ans après, vient la décision de Guillaume II alors juge du Judicat, de vendre les derniers territoires pour 100 000 florins, et ainsi l’unification presque totale de la Sardaigne sous la bandière du roi d’Aragon. En fait, il a fallu attendre 1448 pour la conquête de la ville de Castelsardo, contrôlée par la famille Doria, et 1767-69 pour l'annexion de l'archipel de La Maddalena par Charles-Emmanuel III.

La Sardaigne a un statut spécial dans le Royaume aragonais, et dépend directement du roi, ce qui lui confère une certaine autonomie. L’île s’organise politiquement sous forme d’un parlement, les Cortès, « où les trois ordres de la nation avaient chacun leur représentation »[6], ecclésiastique, militaire et royal. Ce dernier correspond aux représentants des villes. Les couleurs de la couronne d’Aragon restent présentes en Sardaigne, jusqu’à ce que Ferdinand II d’Aragon, en 1479, crée la couronne d’Espagne.

La présence catalano-aragonaise va fortement influencer les coutumes sardes. La langue sarde en est un exemple, car le catalan devient la langue officielle de Sardaigne et ainsi laisse des traces qui « restent intactes encore aujourd’hui »[7], notamment à Alghero, port du Nord-Ouest de l'île. Les historiens ont d’ailleurs retrouvé plusieurs documents en espagnol qui ont permis de faire apparaître certaines mœurs de l'époque. il y a, par exemple, un document de 1678 qui relate un procès pour « faits de sorcellerie et de mauvaise moralité »[8].

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La couronne d’Aragon, et donc la Sardaigne, passe au XVIe siècle, aux mains de Charles Quint, mais reste tout de même indépendante. La guerre de Succession d’Espagne fait passer en 1708 la Sardaigne sous la domination de la maison d’Autriche, mais est rapidement récupérée en 1717 par Philippe V d’Espagne (conquête espagnole de la Sardaigne).

C’est à cette époque que les destins sarde et italien se rejoignent définitivement. Mais la Sardaigne reste au cœur de la politique italienne et européenne, par son rôle dans l’unification italienne, et sa relation internationale, en particulier celle qu’elle entretient avec la France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Boullier, L’Île de Sardaigne, p. 79 [lire en ligne].
  2. Fernand Hayward, Sardaigne terre de lumière, p. 47.
  3. Christophe Roux, Corse française et Sardaigne italienne: Fragments périphériques de construction nationale, Editions L'Harmattan, 01/052014
  4. Juan de Ferreras, Histoire général d’Espagne, Chez Gissey, 1751, p. 497.
  5. Bruno Anatra, La Sardegna dall’unificazione Aragonese ai Savoia, p. 101.
  6. Auguste Boullier, L’Île de Sardaigne, p. 91 [lire en ligne].
  7. (it) Almanacco scolactico della Sardegna, p. 237.
  8. (it) Fois Graziano, « Processo ad una Zingara in Sardegnax (sec. XVII) », Lacio drom, 1999, vol. 35, no 6, p. 11-17.

Articles connexes[modifier | modifier le code]