Langue punique

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Langue punique
דברים כנענים
 𐤌𐤉𐤍𐤏𐤍𐤊 𐤌𐤉𐤓𐤁𐤃
Dabarīm kanaʿnīm
 𐤌𐤉𐤍𐤐‏‏‏ 𐤌𐤉𐤓𐤁𐤃
Dabarīm pōnīm
Période Xe siècle av. J.-C. à VIIe siècle
Extinction VIIe siècle
Langues filles Néo-punique
Région Bassin méditerranéen sous l'influence de la civilisation carthaginoise
Typologie SVO flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 xpu
Étendue langue individuelle
Type langue ancienne
IETF xpu
Étendue du territoire carthaginois au début du IIIe siècle av. J.-C.

La langue punique, aussi appelée carthaginois, phénico-punique ou simplement punique, est une variété éteinte du phénicien, une langue de Canaan appartenant aux langues sémitiques[1] et s'écrit de droite à gauche sans voyelles, tout comme le phénicien[2].

Le punique était parlé au travers de la civilisation carthaginoise en Afrique du Nord ainsi que dans plusieurs îles méditerranéennes par les Puniques entre 1100 av. J.-C. et 700 avec la ville de Carthage dans l'actuelle Tunisie pour centre. Les Puniques sont restés en contact avec la Phénicie ou ses territoires jusqu'à la destruction de Carthage par la République romaine en 146 av. J.-C.. Le punique a constitué le substrat de l'arabe tunisien et dans une moindre mesure des autres dialectes maghrébins modernes influencés par l'arabe.

Description[modifier | modifier le code]

Les formules religieuses et les noms puniques sont bien connus en raison des inscriptions. La pièce Poenulus (Le petit Carthaginois) de Plaute contient quelques lignes de punique vernaculaire, qui permettent, contrairement aux inscriptions, de connaître quelques voyelles de la langue, étant donné que le punique traditionnel, tout comme les Abjads, s'écrit sans mentionner les voyelles[3].

Augustin d'Hippone est généralement considéré comme le dernier grand écrivain en punique et constitue la source majeure de la preuve de la survie du punique au Ve siècle. D'après lui, la langue punique était parlée dans sa région (province d'Afrique) même après la chute de la Carthage punique et les gens s'y considéraient toujours comme « chanani » (Canaanite ou Carthaginois)[4]. En 401, il écrit :

« Quae lingua si improbatur abs te, nega Punicis libris, ut a viris doctissimis proditur, multa sapienter esse mandata memoriae. Poeniteat te certe ibi natum, ubi huius linguae cunabula recalent.
Et si jamais vous rejetez la langue punique, vous faites virtuellement le déni de ce qui a été admis par la plupart des hommes savants, que plusieurs choses ont été sagement préservées de l'oubli, dans des livres écrits en punique. Non, vous devriez même avoir honte d'être né dans le pays dans lequel le berceau de cette langue est encore chaud. »

— Ep. xvii

Le punique a probablement survécu à la conquête musulmane du Maghreb : le géographe d'Al-Andalus, Al-Bakri, décrit au XIe siècle des gens parlant une langue qui n'est pas du berbère, du latin ou du copte dans l'Ifriqiya. Il est aussi probable que l'arabisation des habitants a été facilitée par le fait que leur langue était proche des langues sémitiques et ayant donc plusieurs similarités grammaticales et lexicales avec l'arabe[5].

Certaines recherches modernes affirment l’existence d'un substrat punique aux dialectes tunisien et maghrébin en général[6],[7]. Cette base est évaluée par le linguiste Abdou Elimam à 50 % dans les parlers du Maghreb et de Malte, ce qui contredit le principe selon lequel cette langue serait un dialecte dérivé de l'arabe, et explique en partie la divergence syntaxique observée entre ce groupe de langues et cette dernière.

Selon ces recherches, la proximité constatée entre les racines arabes et maghrébines serait due principalement à l'origine commune entre le punique et l'arabe, tous deux langues d'origine sémitique[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

Inscription en punique, grec et hébreu à Malte

Durant la période où le punique est parlé, il change progressivement sous l'influence de la langue berbère, se différenciant de plus en plus du phénicien. Au début, il n'y a pas beaucoup de différences entre le phénicien et le punique, mais au fil du temps Carthage et ses colonies perdent contact avec la Phénicie. Le punique est alors moins influencé par le phénicien et plus par la langue berbère locale. Le terme « néo-punique » réfère à cette modification progressive du phénicien par l'ajout du berbère dans la langue carthaginoise. Le néo-punique se réfère également au dialecte parlé dans la province d'Afrique après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., à la suite de la conquête romaine des territoires puniques.

Toutes les formes de punique ont changé après 146 av. J.-C. selon Salluste, qui affirme que le punique est altéré par les intermarriages avec les Numides. Cette affirmation est en accord avec des preuves[Lesquelles ?] suggérant une influence nord-africaine sur le punique, telle que celle du libyque-berbère.

Le néo-punique se différencie de la langue punique traditionnelle par la prononciation des mots de manière plus phonétique[Quoi ?] que l'ancien punique, ainsi que par l'usage de noms non puniques qui étaient principalement d'origine libyque-berbère. La raison de cette différenciation dialectale est le changement qu'a subi le punique avec son extension au travers de l'actuelle Afrique du Nord et son adoption par les peuples de cette région[8].

Une autre version du punique serait le latino-punique, du punique écrit en caractères latins, avec une orthographe favorisant la prononciation punique, d'une manière similaire à ce que font l'arabe tunisien et les autres dialectes maghrébins avec les caractères latins[9]. Le latino-punique était parlé jusqu'aux VIe et VIIe siècles et a été préservé dans 70 textes retrouvés, ce qui montre la préservation du punique à l'époque romaine. Sa survie est en partie due aux personnes, loin de l'influence romaine, qui n'ont pas eu besoin d'apprendre le latin. Au IVe siècle, le punique traditionnel est toujours utilisé dans le territoire de l'actuelle Tunisie, dans certaines parties de l'Afrique du Nord et du bassin méditerranéen. Vers 400, le punique traditionnel (utilisant l'alphabet phénicien) est toujours utilisé, avec des inscriptions figurant sur des monuments, tandis que l'alphabet néo-punique cursif est utilisé ailleurs[2]. L'alphabet néo-punique descend du punique.

Alphabet[modifier | modifier le code]

Article connexe : Alphabet phénicien.

La langue punique, tout comme le phénicien, dont elle constitue une variante, compte 22 consonnes. Bien que proches, certaines lettres ont une prononciation légèrement différente en punique par rapport au phénicien.

Lettre Unicode Nom Transcription Valeur Correspondances
Hébreu Arabe Grec Latin Notes
Aleph 𐤀 alp puis alf ʾ [ʔ] א Α α A a Parfois utilisé pour indiquer une voyelle
Beth 𐤁 Bet b [b] ב Β β B b
Gimel 𐤂 Gaml g [g] ג Γ γ C c, G g
Daleth 𐤃 Delt d [d] ד Δ δ D d
He 𐤄 h [h] ה ه Ε ε E e Parfois élidé sous influence romaine, mais toujours prononcé dans certains mots puniques
Waw 𐤅 Wāw puis Wow w [w] ו (Ϝ ϝ), Υ υ F f, U u, V v, W w, Y y Parfois utilisé pour indiquer la voyelle "ou"
Zayin 𐤆 Zen z [z] ז Ζ ζ Z z Parfois attesté comme "zd" comme dans 'azdruba'l pour "ʕazrubaʕl", "hezde" pour "heze" (« ça » en punique)
Heth 𐤇 Ḥēt [ħ] ח Η η H h Parfois utilisé comme voyelle avec "a", "e", "i", "o", "ou", le son "Het" a été affaibli et les mots écrits ont été souvent remplacés par la lettre "Alf" dans les inscriptions puniques tardives.
Teth 𐤈 Ṭēt [tʼ] ט Θ θ
Yodh 𐤉 Yōd y [j] י Ι ι I i, Ï ï, J j Parfois utilisé comme la voyelle "i", principalement dans les noms étrangers
Kaph 𐤊 Kap puis Kof k [k] כ Κ κ K k
Lamedh 𐤋 Lāmda l [l] ל Λ λ L l
Mem 𐤌 Mēm m [m] מ Μ μ M m
Nun 𐤍 Nun n [n] נ Ν ν N n
Samekh 𐤎 Semka s [s] ס Ξ ξ, Σ σ/ς, Χ χ X x
Ayin 𐤏 ʿeyn ʿ [ʕ] ע Ο ο O o Parfois utilisé pour la voyelle "a" et "o" en néo-punique, principalement pour les noms étrangers
Pe 𐤐 Pēy puis Fēy p [p] פ Π π P p En néo-punique et phénicien tardif, le "p" s'est fricativisé en "f" vers le IIIe siècle.
Sade 𐤑 Ṣādē [sʼ] צ (Ϻ ϻ, Ϡ ϡ)
Qoph 𐤒 Qōp puis Quf q [q] ק (Ϙ ϙ) Q q
Res 𐤓 Rosh puis Rush r [r] ר Ρ ρ R r
Sin 𐤔 Shin š [ʃ] ש Σ σ / ς S s
Taw 𐤕 Tāw t [t] ת Τ τ T t

Littérature[modifier | modifier le code]

Certains ouvrages littéraires en punique, tels que les 28 tomes d'agronomie de Magon le Carthaginois, ont étendu l'influence de Carthage. Le Sénat romain apprécie ses travaux à tel point que, après la prise de Carthage, ils les présentent à des princes berbères locaux possédant des bibliothèques[10]. Les traités de Magon sont également traduits en grec ancien par Cassius Dionysius d'Utique ; la version latine a probablement été traduite du grec. D'autres exemples de littérature punique incluent les périples de Hannon le navigateur, qui décrit ses périples durant ses voyages maritimes autour de l'Afrique et la création de nouvelles colonies puniques[11],[12].

La littérature punique était également réputée dans la philosophie[13], en particulier avec Clitomaque[13], ainsi que dans le droit, l’histoire, et la géographie selon les Grecs[10]. Toutefois, seuls des fragments sont disponibles à ce jour, le reste étant détruit ou pas encore retrouvé.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Lancel, Carthage, Paris, Fayard, , p. 466
  2. a et b (en) « Punic », sur Omniglot
  3. Maurice Sznycer, Les passages puniques en transcription latine dans le Poenulus de Plaute, Paris, Librairie C. Klincksieck,
  4. Karel Jongeling et Robert M. Kerr, Late Punic epigraphy: an introduction to the study of Neo-Punic and Latino-Punic inscriptions, Tübingen, Mohr Siebeck, (ISBN 3-16-148728-1), p. 4
  5. Karel Jongeling et Robert M. Kerr, Late Punic epigraphy: an introduction to the study of Neo-Punic and Latino-Punic inscriptions, Tübingen, Mohr Siebeck, (ISBN 3-16-148728-1), p. 71
  6. Farid Benramdane, « Le maghribi, langue trois fois millénaire de ELIMAM, Abdou (Éd. ANEP, Alger, 1997) », Insaniyat, no 6,‎ , p. 129-130 (lire en ligne)
  7. a et b Abdou Elimam, « Du Punique au Maghribi : trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne », Synergies Tunisie, no 1,‎ , p. 25-38 (lire en ligne [PDF])
  8. (en) Karel Jongeling et Robert M. Kerr, Late Punic Epigraphy : An Introduction to the Study of Neo-Punic and Latino-Punic Inscriptions, Tübingen, Mohr Siebeck, , 114 p. (ISBN 3-16-148728-1, présentation en ligne)
  9. Serge Lancel, Carthage, Paris, Fayard, , p. 587
  10. a et b Madeleine Hours-Miédan, Carthage, Paris, PUF, , p. 121
  11. Charles Rollin, Histoire ancienne, t. premier (lire en ligne), VII « Les Sciences et les arts », p. 158 :

    « Nous avons encore une version grecque d'un traité composé en langue punique par Hannon sur le voyage qu'il avoit fait par ordre du sénat avec une flotte considérable autour de l'Afrique »

  12. Madeleine Hours-Miédan, Carthage, Paris, PUF, , p. 17
  13. a et b Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Paris, Les Belles Lettres, , p. 196

Liens externes[modifier | modifier le code]