Notre Père

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Pater Noster
Le Notre Père chanté en chant grégorien.

Le Notre Père (connu également sous son nom latin Pater Noster) est une prière chrétienne adressée à Dieu, comme Père. Il s'agit de la prière la plus répandue parmi les chrétiens, quelle que soit leur dénomination religieuse particulière, car, d'après le Nouveau Testament, elle a été enseignée par Jésus-Christ lui-même à ses apôtres. Le texte se trouve, avec quelques variantes, dans les évangiles de Matthieu et Luc.

Prononcée par les catholiques et les orthodoxes (en particulier durant chaque célébration eucharistique), par les anglicans pendant les offices divins, par les protestants luthériens et réformés à chaque culte, cette prière, appelée parfois oraison dominicale, est, avec le sacrement du baptême, ce qui unit le plus fermement les différentes traditions chrétiennes, ce qui explique qu'elle est dite lors des assemblées œcuméniques.

Selon le Nouveau Testament, Jésus, en réponse à une question des apôtres sur la façon de prier, leur a répondu : « Quand vous priez, dites : “Notre Père…” ». Les évangiles de Matthieu (6: 9-13) et de Luc (11: 2-4) fournissent l'un et l'autre le texte de cette prière, avec quelques différences selon les manuscrits. Dans l'évangile de Matthieu, la prière apparaît dans le contexte du Sermon sur la montagne et comprend sept versets ; dans l'évangile de Luc, elle en comprend cinq.

Le « Notre Père » se compose de deux parties. Il présente au début des points communs avec le Kaddish juif (prière de sanctification du nom de Dieu), puis s'en écarte et devient une prière originale sans exemple dans l'Ancien Testament.

Le texte et ses traductions[modifier | modifier le code]

Le texte de base utilisé par l'ensemble des Églises est Matthieu 6: 9-13[1].

La version française actuellement en usage[2] a été adoptée en 1966 par l'Église catholique et le Conseil œcuménique des Églises pour l'espace francophone.

Il subsiste cependant d'autres versions françaises. Les plus connues sont celles employées par les catholiques dans leurs prières personnelles entre le XVIIe siècle et 1970, qui emploient le vouvoiement[3], mais aussi une traduction proposée par des orthodoxes en 2004[4].

Traduction française dite « œcuménique » : il s'agit de la version utilisée dans l'Église catholique après Vatican II, dans de nombreuses communautés orthodoxes et dans la plupart des communautés protestantes depuis 1966. Elle est modifiée par la Traduction officielle liturgique de la Bible de 2013. En revanche, le Missel n'est pour l'instant pas modifié. Certaines églises utilisent tout de même la traduction de 2013.

Traduction française utilisée dans certaines communautés orthodoxes : certaines communautés de l'Église orthodoxe ont abandonné la version dite « œcuménique » pour la remplacer par cette autre traduction.

Les versions en langue française selon Matthieu 6 : 9-13[modifier | modifier le code]

Versions catholiques[modifier | modifier le code]

De la Bible Crampon de 1923[modifier | modifier le code]

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre subsistance. Remettez-nous nos dettes, comme nous remettons les leurs à ceux qui nous doivent. Et ne nous induisez point en tentation, mais délivrez-nous du mal.

Versions protestantes[modifier | modifier le code]

De la Bible Martin de 1744, la version officielle des églises wallonnes de l'époque[modifier | modifier le code]

Notre Père qui es aux cieux, ton Nom soit sanctifié. Ton Règne vienne. Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Et nous quitte nos dettes, comme nous quittons aussi les dettes à nos débiteurs. Et ne nous induis point en tentation ; mais délivre-nous du mal. Car à toi est le règne, et la puissance, et la gloire à jamais. Amen.

De la Bible Segond de 1910, la version la plus répandue parmi les protestants francophones d'aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal . Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen!

Première partie[modifier | modifier le code]

Prière catholique de faire la prière du Seigneur au Mexique

La première partie qui commence par l'invocation à Dieu le Père (abba), et qui se poursuit par trois demandes émises à la deuxième personne du singulier en grec. Elles sont d'une très grande simplicité et se succèdent sans liaison. Certains la considèrent comme la Prière de Jésus[5]. Leur caractère eschatologique est généralement admis[6]. Elles se singularisent dans la mesure où elles sont, en grec, écrites à la deuxième personne du singulier[pas clair][7],[5]. Elles forment une unité stylistique, connue de la poésie hébraïque. Chacune se termine en grec comme en araméen par le pronom possessif
« Notre Père,
Que ton Nom soit sanctifié
Que ton règne arrive
Que ta volonté soit faite »
.

Les trois premières demandes et le Kaddish[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kaddish.

Les deux premières demandes du « Notre Père » semblent avoir de nombreux liens avec les prières juives du Kaddish utilisées au temps de Jésus-Christ[8]. La prière du Kaddish est une prière de bénédiction qui unit le "Nom" de Dieu et son "Règne" qui sont les deux premières demandes du Kaddish[9]. Ainsi la première demande du Kaddish « Que soit magnifié et sanctifié Son grand Nom » et la deuxième demande « Qu'il fasse régner Son Règne » correspondent aux deux premières demandes du Notre Père ("Que ton règne vienne" et "Que ton nom soit sanctifié")[10].

Même si certains rapprochements et analogies entre les deux prières montrent une proximité indéniable entre les deux textes, les deux prières sont pourtant différentes, dans la mesure où le Kaddish est une prière publique, alors que le Notre Père est une prière qui peut être privée, que chacun peut dire "dans sa chambre" (Evangile selon Saint Mathieu 6.6)[11]. Dieu n'est pas nommé dans le Kaddish, alors qu'une invocation est présente dans la prière avec le terme "Père"[12]. Les demandes de la prière du Kaddish sont à la troisième personne du singulier, alors que dans le Notre Père elles sont à la deuxième personne du singulier, conduisant à une intimité beaucoup plus grande pour le Notre Père[11].

De plus, alors que la prière du Kaddish est dite par l'officiant pour les fidèles, le Notre Père est une prière faite à un Fils pour son Père[12]. Enfin la très grande simplicité des demandes du Notre Père marque là encore une différence avec la prière du Kaddish, lui donnant un caractère particulier, malgré de nombreuses similitudes[12].

Analyse détaillée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dieu le Père.
Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
Πάτερ ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς Páter hêmỗn ho en toîs ouranoîs Pater imone o en dis ouranis Pater noster qui es in cælis Notre Père, qui es aux Cieux,

La prière commence par l'invocation de Dieu : « Notre Père, qui es aux cieux »[5]. L'invocation de Dieu comme « Père » est une spécificité de Jésus-Christ, qui apparaît clairement dans la version courte de saint Luc[13].

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομα σου· hagiasthếtô tò ónoma sou· hayiasthito to onoma sou, Sanctificetur nomen tuum ; Que ton nom soit sanctifié,

La demande « Que ton Nom soit sanctifié » est une demande faite à l'impératif aoriste passif, appelé aussi passif divin ou passif royal : il permet d'éviter de parler de Dieu de façon directe[14].

Le fait de parler du « nom » de Dieu est une formule déjà utilisée dans l'Ancien Testament afin de parler de Dieu dans Le Livre des Nombres (chapitre 20, verset 12), dans le Lévitique (22, 32), Livre d'Ézéchiel (38, 25). Elle met en relief l'interdiction de prononcer le nom de Dieu « YHWH »[15].

La demande de sanctification a pour objectif de reconnaître et annoncer la sainteté de Dieu. Cette sanctification du nom de Dieu est déjà présente dans l'Ancien Testament à travers les Trisagion du Livre d'Isaïe (Chapitre 6, 3) : "Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : " Saint, saint, saint est YHWH Sabaot, sa gloire emplit toute la terre. " [16],[17].

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου· elthétô hê basileía sou· eltheto i vassilia sou, Adveniat regnum tuum ; Que ton règne vienne,

Ici Jésus montre que ses disciples doivent prier pour la venue du royaume des cieux, le thème central de sa prédication (« Il faut aussi que j'annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu; car c'est pour cela que j'ai été envoyé » - Luc 4:43)

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
γενηθήτω τὸ θέλημα σου, genêthếthô tò thélêma sou, yenithito to thélima sou, Fiat voluntas tua Que ta volonté soit faite

La demande "Que ta volonté soit faite" provient de l'évangile de Matthieu seulement.

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
ὡς ἐν οὐρανῷ καὶ ἐπὶ τῆς γῆς· hôs en ouranỗi kaì epì tễs gễs· os èn ourano kai epi tis yis. sicut in cælo et in terra. Sur la terre comme au ciel.

Les trois propositions précédentes présentent en grec a à la fois une rime interne to, et une rime finale sou, ce qui souligne leur parallélisme. De ce fait, « au ciel comme sur la terre » s’applique aux trois propositions précédentes : la sanctification du nom de Dieu, la venue du royaume, et la volonté de Dieu.

Le texte grec ἐπὶ τῆς γῆς est celui utilisée par la liturgie grecque orthodoxe. Le texte du Nouveau Testament dans ses éditions usuelles est ἐπὶ γῆς.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

La deuxième partie du « Notre Père » est constituée de demandes faites, en grec, à la première personne du pluriel ; chacune d'elles est composée de deux éléments. Elles sont liées par une conjonction de coordination[18]. Les demandes en "nous" répondent à la requête des disciples dans le récit évangélique précédent le Notre Père : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Evangile de Luc 11,1)[19]. Ces trois dernières demandes relèvent d'un enseignement à un petit groupe, celui des disciples, et appellent à un déchiffrement[20]. Leur interprétation et leur traduction seront plus discutées que pour les trois premières demandes. Leur nature semble se rapporter plus, selon certains exégètes, à la vie quotidienne qu'à une portée eschatologique[6].

Le pain quotidien (ou « supersubstantiel »)[modifier | modifier le code]

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον· tòn árton hêmỗn tòn epioúsion dòs hêmîn sếmeron· Tone artone imone tone epioussione dhos imine simérone. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie, Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,

La traduction de ἐπιούσιον est variable en français. La traduction œcuménique et liturgique y voit « de ce jour » ; certaines communautés orthodoxes le traduisent par « substantiel » ; et la traduction catholique traditionnelle était « quotidien » ou « de chaque jour ».

Dans la version de l'évangile selon Matthieu de la Vulgate se trouve l'expression suivante : « panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie » (Mt 6,11), qui diffère de la version de l'évangile selon Luc « panem nostrum cotidianum da nobis hodie ». Les deux adjectifs supersubstantialis et cotidianus traduisent pourtant tous deux le grec epiousios (grec moderne : επιούσιος), pour lequel le mot supersubstantiel est étymologiquement plus correct.

Le terme ἐπιούσιον est un néologisme qui ne se trouve que dans le Pater, et dont la signification n'est donc pas assurée. Si l'on suit Matthieu, le terme doit se comprendre comme ἐπι-ούσιον, c’est-à-dire sur-substantiel, super-substantiel. C'est le même mot qui est employé en suffixe par le concile de Nicée dans la formule disant que le Fils est « consubstantiel » au Père : homo-oussia. Certaines Bibles publiées dans la mouvance de l'humanisme chrétien ou du protestantisme utilisent la traduction supersubstantiel (par ex. Lyon, Nicolas Petit, 1549).

Le pardon des offenses[modifier | modifier le code]

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν, kaì áphes hêmîn tà opheilếmata hêmỗn, kai aphès imine ta ophilimata imone, et dimitte nobis debita nostra Pardonne-nous nos offenses
ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφίεμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν· hôs kaì hêmeîs aphíemen toîs opheilétais hêmỗn· os kai imis aphiémène tis ophilétais imone. sicut et nos dimittimus debitoribus nostris Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,

Le texte latin, correspondant à la majorité des manuscrits grecs, dit littéralement « Remets-nous nos dettes, comme nous les remettons aussi à nos débiteurs ». Le texte œcuménique, inspiré d'autres manuscrits grecs, dit « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». D'autres langues ont aussi choisi de s'écarter du texte latin. La traduction orthodoxe est plus fidèle au texte grec, « Et remets-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs. »

La traduction officielle catholique[21] est « Remets-nous de nos dettes, comme nous-même nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. »

Le texte grec ἀφίεμεν (au présent) est ici celui de la liturgie ; le texte rapporté par l'évangile est ἀφήκαμεν (au parfait, « nous avons pardonné »).

La tentation[modifier | modifier le code]

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν, kaì mề eisenégkêis hêmâs eis peirasmón, kai mi issénènguis imas is pirasmone, et ne nos inducas in tentationem Et ne nous soumets pas à la tentation

En latin, la formule « Et ne nos inducas in tentationem » signifie littéralement : « Et ne nous induis pas en tentation ». La phrase était traduite de manière variée : « ne nous soumets pas à l’épreuve » pour les orthodoxes, « ne nous laissez pas succomber à la tentation » dans la traduction traditionnelle.

La traduction de cette formule dans la liturgie par « ne nous soumets pas à la tentation » est un sujet de débat chez certains catholiques depuis le dernier concile[22] et la traduction liturgique officielle à laquelle il a conduit. La traduction latine est une traduction littérale du grec : inducas, comme εἰσενέγκῃς, veut dire « conduire dans, faire entrer », donc littéralement « Ne nous fais pas entrer dans la tentation ». De ce point de vue, la formule œcuménique est donc une traduction correcte. Cependant, cette traduction est considérée comme théologiquement mauvaise, car Dieu n’est pas tentateur, c'est le démon qui veut et peut nous faire « entrer dans la tentation ». « Que personne ne dise, lorsqu'il est tenté: C'est Dieu qui me tente; car Dieu ne peut être tenté par le mal, et lui-même ne tente personne » (Jacques 1:13). Certaines communautés orthodoxes ont tranché et renoncé en 2004 à la traduction œcuménique. Sur la traduction de la 6e demande et ses commentaires patristiques voir l'ouvrage de J-M Gourvil, orthodoxe[4].

L'explication réconciliant le sens propre et la théologie est qu'il s'agit d'un hébraïsme : le verbe grec traduit un verbe araméen à la forme causative ; or le causatif en araméen peut avoir un sens factitif fort : faire, faire faire ; mais également un sens permissif plus passif: laisser faire, permettre de faire. Finalement, le 12 juillet 2013, le Vatican a approuvé la publication d'une nouvelle traduction en français de la Bible liturgique, où la formule sera désormais «Et ne nous laisse pas entrer en tentation»[23]. L'Église protestante unie de France s'appuyant sur les travaux réalisés, recommande cette traduction également lors d'un synode national le tout en respectant l'usage des pratiquants[24].

La délivrance[modifier | modifier le code]

Original grec Translittération Prononciation liturgique Traduction latine Traduction « œcuménique »
ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ· allà rhûsai hêmâs apò toû ponêroû· alla rhissai imas apo tou ponirou. sed libera nos a malo. Mais délivre-nous du mal.

Cette demande provient de l'évangile de Matthieu seulement.

Même lorsqu'ils utilisent la version dite « œcuménique », de nombreux Orthodoxes disent souvent « Mais délivre-nous du Malin » plutôt que « Mais délivre-nous du mal ». De fait, πονηροῦ n'est pas une idée abstraite (le mal) mais un adjectif pris comme nom : libère-nous du méchant, du mauvais, c’est-à-dire du Malin, de Satan.

Dans la règle de saint Benoît fixée vers 530, Benoît de Nursie demandait aux moines de n'exécuter du « Pater noster » à haute voix que la dernière partie « sed libera nos a malo », sauf pendant la célébration dominicale présidée par le Supérieur. Toutefois selon saint Benoît, cette dernière est réservée de sorte que tous s'unissent afin de répondre (chapitre XIII)[25]. Comme cette tradition se conserve encore lors de la messe dans la forme tridentine du rite romain, les fidèles ne chantent ou récitent que la dernière. Dans un certain nombre de monastères aussi, cette injonction est toujours respectée.

La doxologie finale[modifier | modifier le code]

La doxologie finale « Car c'est à Toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles », absente des manuscrits du Nouveau Testament et ne figurant qu'en note dans la version standard révisée, fut ajoutée à la prière dès les premiers temps de l'Église. En effet son emploi est attesté par la version de la prière figurant dans la Didachè[26], bref manuel probablement destiné aux nouveaux convertis qu'on date en général de la fin du Ier ou du début du IIe siècle.

Elle n'apparaît que dans quatre des manuscrits connus de la Vetus Latina, et seulement deux fois de manière complète. La Vulgate ne la mentionne pas, ce qui est conforme aux éditions critiques du grec.

Cette formule n'a jamais été rattachée au Pater dans la liturgie romaine. Elle a bien été introduite, après 1969, dans la messe de rite romain, mais reste séparée du Pater par l'embolisme (Libera nos, quaesumus... « délivre-nous de tout mal Seigneur, et donne la paix à notre temps… »), récité par le prêtre seul, qui prolonge la dernière demande (« délivre nous du mal »). L'ensemble se conclut par la doxologie, récitée par le prêtre seul ou l'assemblée tout entière.

Les protestants considèrent généralement que la doxologie est partie intégrante du Notre Père.

Mise en musique[modifier | modifier le code]

La première mise en musique dont on ait conservé la trace appartient au chant grégorien. Parmi les mises en musique les plus connues en français, on trouve deux transcriptions en français — depuis des versions originales en slavon — de Nikolaï Rimski-Korsakov et de Nicolas Kedroff, les versions de Xavier Darasse [27], de Maurice Duruflé, d'André Caplet, les prières pour chant, harpe et quatuor à cordes. Le choral pour orgue Vater unser im Himmelreich de Georg Böhm au tout début du XVIIIe siècle a été repris ensuite par Johann Sebastian Bach, dont Böhm fut un des précurseurs nord-allemands.

À ces compositions, il faut rajouter la version que Maxime Kovalevsky (1903-1988) a créée pour la liturgie orthodoxe de rite occidental (rite des Gaules).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Carmignac, 1969, chap. 2 : Quel texte étudier ? Luc ou Matthieu ?.
  2. Des précisions historiques intéressantes sont données dans http://ecrivainscatholiques.fr/conf%C3%A9rences/notre-s%C3%A9lection-le-pater/
  3. Bible catholique, traduite par Louis-Isaac Lemaître de Sacy, 1667.
  4. a et b Jean-Marie Gourvil, Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve. Une nouvelle traduction du Notre Père, Paris, François-Xavier de Guibert, 2004, 168 p.
  5. a, b et c MarcPhilonenko 2001, p. 36
  6. a et b MarcPhilonenko 2001, p. 40
  7. La présence du vouvoyement ne correspond pas à plusieurs personnes, mais insiste sur la politesse où la sacralité de Dieu impose le vouvoyement : « toi », ou « votre » dépendent donc des choix de traductions
  8. MarcPhilonenko 2001, p. 41
  9. MarcPhilonenko 2001, p. 42
  10. MarcPhilonenko 2001, p. 46
  11. a et b MarcPhilonenko 2001, p. 47
  12. a, b et c MarcPhilonenko 2001, p. 48
  13. cf. Abbâ dans la version sinaïtique S en araméen palestinien (fin du IVe siècle)
  14. MarcPhilonenko 2001, p. 69
  15. MarcPhilonenko 2001, p. 71
  16. traduction de la Bible de Jérusalem http://www.biblia-cerf.com/BJ/is6.html
  17. MarcPhilonenko 2001, p. 72
  18. MarcPhilonenko 2001, p. 37.
  19. MarcPhilonenko 2001, p. 38
  20. MarcPhilonenko 2001, p. 39
  21. La Bible - Traduction Officielle Liturgique
  22. Mgr André-Mutien Léonard, Père, que ton règne vienne, Ed. de l’Emmanuel, 1998. 180 p.
  23. L'Église revoit le texte du «Notre Père», article sur le site du Figaro, écrit par Jean-Marie Guénois, publié le 14/10/2013
  24. « Décision relative au Notre-Père – EPUdF – Synode national de Nancy, 2016 » [PDF], sur catholique-nancy.fr,‎ (consulté le 13 mai 2016)
  25. Traduction par Prosper Guéranger, p. 42, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, réimpression 2007
  26. [1]
  27. DLH 109-2A

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • D. Clark, The Lord's Prayer. Origins and Early Interpretations (Studia Traditionis Theologiae, 21), Turnhout: Brepols Publishers, 2016, ISBN 978-2-503-56537-8
  • Marcel Jousse, « Les formules targoumiques du Pater dans le milieu ethnique palestinien' », L'Ethnographie, no 42, 1944, p. 4-51.
  • Jean Carmignac, Recherches sur le « Notre Père », Paris, Letouzey et Ané, 1969, 608 p.
  • Jean Carmignac, À l’écoute du « Notre Père », Paris, Éd. de Paris, 1971, 125 p. [version abrégée du précédent].
  • Leonardo Boff, Le « Notre Père » : une prière de libération intégrale, coll. Théologies, Paris, Éd. du Cerf, 1988, 167 p.
  • Un moine de l’Église d'Orient [= Lev Gillet], « Notre Père » : introduction à la foi et à la vie chrétienne, coll. Foi vivante, Paris, Éd. du Cerf, 1988, 80 p.
  • André-Mutien Léonard, « Père, que ton règne vienne ! » : dix rencontres sur Dieu, le Père de Jésus et notre Père, coll. Bonnes nouvelles, Éd. de l’Emmanuel, 1998. 183 p.
  • Christian Amphoux, « Histoire de quelques variantes : le Notre Père », Le Monde de la Bible, no 113, septembre-octobre 1998, p. 85-86.
  • Marc Philonenko, Le « Notre Père » : de la prière de Jésus à la prière des disciples, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », , 206 p.
  • Jean-Marie Gourvil, Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve : une nouvelle traduction du « Notre Père », Paris, François-Xavier de Guibert, 2004, 168 p.
  • Louis Pernot, Le « Notre Père », abrégé de tout l'Évangile : une théologie pour aujourd'hui, Versailles, Éd. de Paris, 2011, 151 p.
  • Frédéric Louzeau, La prière du mendiant : l'itinéraire spirituel du « Notre Père », coll. Collège des Bernardins. Cahier no 107, Paris, Éd. Parole et Silence, 2013, 151 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]