Bourguignon-morvandiau

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Bourguignon-morvandiau
Borgoignon-morvandeâ
Pays France
Région Bourgogne
Nombre de locuteurs 50,000 ayant une connaissance de la langue en 1988[1]
Classification par famille
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) :

Teutes les jans nâssant libres et pairoils dans lor deignetai et dans lors dreits. Ês aivant de lai raïon et peus de lai conscience et devant aigi les uns por les autres cômant des frâres.

Extrait de roman en bourguignon :

Lai maïon n'ost point frômie, ale ost ziâr ouvrie ès quaitre vents que chûlont brâmant ichi teute l'année : Gailarne, Soulâr, Bige pis Drévent.
Carte
Les langues régionales parlées en Bourgogne, le bourguignon est en beige (clair et foncé, le foncé indique les parlers morvandiaux).
Les langues régionales parlées en Bourgogne, le bourguignon est en beige (clair et foncé, le foncé indique les parlers morvandiaux).

Le bourguignon-morvandiau ou bourguignon-morvandeau (borgoignon-morvandeâ) est une langue d'oïl parlée dans une grande partie de la Bourgogne et notamment dans le Morvan. C'est une des langues régionales de France[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Le bourguignon est une langue d'oïl, parlé en Bourgogne. Son aire de répartition est la suivante : au sud la ligne Chalon-sur-Saône, Le Creusot, Autun ; on remonte tout le Morvan du côté ouest jusqu'à la ligne Auxerre-Langres au nord et à l'est rogne un peu sur la Franche-Comté (Pesmes, Pointre, etc.).

Il se divise en plusieurs variantes : le dijonnais, le beaunois, le verduno-chalonnais, le valsaônois, le morvandiau, l'auxerrois, le langrois. Le parler du sud du Morvan est plus spécifique en ce qu'il a subi les influences du domaine francoprovençal au sud.

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire de la langue d'oïl parlée en Bourgogne[modifier | modifier le code]

Le Duché de Bourgogne, appelé alors « État bourguignon », à son apogée sous Charles le Téméraire, s’étendait de la Bourgogne aux Pays-Bas en passant par les Flandres, d’où les mots bourguignons issus du vieil hollandais ou du vieux flamand.

Le bourguignon est une langue romane du domaine d’oïl. C’est une forme de langue d’oïl, tout comme le français, mais aussi le normand ou le picard par exemple. Les langues d’oïl descendent des différentes formes locales de l’ancien français, c’est-à-dire une langue fondamentalement issue du latin parlé en Gaule pendant et à la fin de l’Empire romain. Ce bas latin populaire a subi différentes influences selon les régions et les peuples qui les ont envahies.

Ainsi les langues d’oïl se distinguent des autres langues romanes (comme l’occitan et le francoprovençal, plus au sud, mais aussi l’italien et ses variétés, l’espagnol, le catalan etc. etc.) par un accent particulier hérité du gaulois et de diverses influences, notamment celle de peuples germaniques tels les Francs. Ces invasions franques et germaniques ont apporté aux langues d’oïl beaucoup de vocabulaire. Dans le cas de la Bourgogne et du futur bourguignon, l’influence des parlers germaniques (les Burgondes par exemple) a été relativement importante (les langues d’oïl parlées à l’est et au nord de la France sont celles qui ont subi l'influence germanique la plus forte, mis-à-part le normand qui est à l’ouest mais a subi l’influence des Germains scandinaves).

Le gros du vocabulaire bourguignon est d’origine latine, mais quelques mots celtiques hérités du gaulois ont survécu à la romanisation. Les Burgondes, qui ont envahi la région au Ve siècle et ont donné leur nom à la Bourgogne (Burgundia, Burgondia), ont apporté beaucoup de mots de vocabulaire administratif au dialecte bourguignon.

Parce que les États bourguignons se sont progressivement étendus à l’actuel Belgique, aux actuels Pays-Bas et à une partie de l’Allemagne entre 1363 et 1579, le bourguignon a incorporé pendant près de deux siècles beaucoup de mots de vieil hollandais, de vieux flamand et de vieux moyen-allemand. Par exemple, le mot « couque » (pain d’épices), qui est issu du vieux néerlandais « kooke » ou « koeke », est entré dans le vocabulaire bourguignon au XIVe siècle, au moment de l’extension par les ducs de Bourgogne de l’État bourguignon sur les Pays-Bas et la Belgique. Ce mot, comme tant d’autres, fait toujours partie du vocabulaire bourguignon, plusieurs siècles après la fin du Duché de Bourgogne.

Caractéristiques générales de la langue[modifier | modifier le code]

Quelques caractéristiques du bourguignon-morvandiau tel que nous le connaissons aujourd'hui (bien qu'au cours du XXe siècle son nombre de locuteurs ait décru drastiquement) sont des évolutions phonétiques propres, certaines très anciennes (dès l'ancien français), d'autres plus récentes, une grammaire proche du français mais parfois simplifiée ou modifiée (notamment les verbes) ainsi qu'un certain archaïsme dans le vocabulaire. Nous allons voir point par point ces caractéristiques.

Phonétique[modifier | modifier le code]

Le bourguignon-morvandiau se caractérise par de nombreuses évolution des voyelles :

  • là où le français met la voyelle « a », le bourguignon met souvent « ai » (« lai vaiche » pour « la vache ») ; sauf devant un « l » où « a » devient « au » (« maulaide » pour « malade ») ;
  • là où le français a le son /ɛ/ (surtout devant une voyelle et accentué), le bourguignon met « a » (« ale » pour « elle », « tale » pour « telle », « mâtre » pour « maître », « târre » pour « terre », « guerre » pour « guârre », dans certains parlers « ât » pour « est »), mais parfois on a /o/ ou /ɵ/ (« mâtrôsse » pour « maîtresse », « soc » pour « sec », « ost » pour « est » dans beaucoup de parlers) ;
  • « o » s'assourdit souvent en « ou » (« houme » pour « homme », « coûte » pour « côte » tandis que « ou » devient souvent « o » (« jor » pour « jour », « por » pour « pour », « tor » pour « tour », « cor(t) » pour « cour », « lord » pour « lourd », « sord » pour « sourd » etc.) ;
  • « u » s'affaiblit parfois en « ui » ou même « i » au nord-est, mais ces évolutions sont plus caractéristiques des parlers des Vosges et du franc-comtois. Le traitement dans la plupart des parlers bourguignons, y compris du Morvan, est « eu » ou « u » inchangé (« eune » pour « une », sauf quelques parlers de l'ouest du Morvan qui ont « eine »).
  • Les nasales restent globalement inchangées, mais « an » devient quand même « ain » devant les consonnes gutturales (« franc » au masculin devient « frainche » au féminin, de la même manière « blianc » devient « bliainche »). Les textes les plus anciens montrent que ce phénomène est ancien et allait même parfois jusqu'à transformer « an » en « oin » devant une gutturale (dans les textes bourguignons médiévaux, on peut ainsi trouver « estroinge » pour « étrange », là où le bourguignon actuel a « étrainge », ou encore « troinchier » pour « trancher » là où le bourguignon moderne a « trainché »).
  • Les sonorités « au » et « eau », qui descendent respectivement de « al » et « el » en ancien français, ont évolué en bourguignon vers une sonorité unique qui se s'entend «  » ou « aea » au nord du domaine et «  » au sud (« château » se dit « chaîteâ », « chaîtaea » ou « chaîtiâ » ; « journaux » est « jorneâs », « jornaeas » ou « jorniâs »). L'orthographe «  » est un bon compromis.
  • Les terminaisons françaises « -eur » (masc. type « travailleur », du latin « -or, -orem») et « -eux » (type adjectif, du latin « -osus, -osum») ont fusionné pour devenir une unique terminaison « -œus » (« le livreur » se dit « le livrous » ou « le livreus », peut s'écrire « le livrœus » en orthographe unifiée) qui, selon les endroits, est prononcée « -ou » ou « -eu », et que l'on peut tout aussi bien écrire « -ous » ou « -eus » selon sa convenance. L'orthographe « -œus » est une orthographe de compromis unificatrice.
  • Le son /je/ (« -ié », « -ier » en fin de mot) du français se réduit le plus souvent à /e/ (écrit «  » ou « -ei »), parfois /iː/ («  ») à l'est, près de la frontière avec la Franche-Comté («  » en franc-comtois). Ainsi « premier » se dit « premei » en bourguignon (et « première » devient « premeire »), « manger » (« mangier » en ancien français, avec -ier) devient « maingé », « marcher » (ancien français « marchier ») devient « marché », « songer » (ancien français « songier ») devient « soingé » etc.
  • « oi » (prononcé le plus souvent /oɜ/, /uɜ/ ou /ʊɜ/ dans le domaine) a retenu l'accent sur /o/ sans doute dès la période de l'ancien français. L'évolution de la langue a gardé la trace de cette particularité, ainsi les textes bourguignons médiévaux mettent souvent « -o- » là où ailleurs dans le domaine d'oïl on trouve « -oi- » (par exemple, on trouve « veor », « recevor » ou « savor » dans les textes bourguignons anciens au lieu de « veoir », « recevoir » et « savoir » dans les autres régions, ces verbes correspondent à « voir », « recevoir » et « savoir » en français moderne et se disent « voi », « recevoi » et « saivoi » en bourguignon actuel avec « -oi- »). Cette évolution ancienne ne s'est pas conservée la plupart du temps, à quelques exceptions près comme les terminaisons de l'imparfait du singulier (première et seconde personnes « -ôs », troisième personne « -ôt » descendant directement de l'ancien français « -oie », « -ois », « -oit »). Ainsi, « il prenait » (ancien français « il prenoit ») se dit « ê prenôt » au lieu de « ê *prenoit » attendu.
  • « ui » devient « eu » dans la plupart des parlers (« cuisse » se dit « cueusse » - à prononcer keusse -, « neut » pour « nuit », « plieue » pour « pluie »).

En outre, le bourguignon (de l'ouest surtout, le Morvan a subi les influences du Val-de-Loire) occupe une position singulière dans le domaine d'oïl : le bourguignon, tout comme le franc-comtois, ont poussé le phénomène de diphtonguisation de l'ancien français plus loin et de manière plus uniforme que les autres variétés d'oïl. Ainsi, « ē » long latin (ainsi que « i » dans certaines circonstances) ont globalement évolué vers « ei » dès les premiers stades de l'ancien français. Les variétés d'oïl de l'ouest (normand, gallo) ont gardé ce phonème inchangé jusqu'à nos jours, tandis que l'évolution de « ei » s'est poursuivie en « oi » de manière non-uniforme dans les autres variétés. Le picard et les variétés du Centre-Val-de-Loire n'iront pas plus loin qu'«  », pendant un temps le bourguignon semble ne retenir que « -o- » de « -oi- » (la prononciation /oɪ/ ou /ɔɪ/ s'était réduite à /o/) mais cette évolution n'a pas duré longtemps, le phonème /oɪ/ retrouve sa place en bourguignon et évoluera comme dans le reste du domaine d'oïl vers /oɜ/, /uɜ/ ou /ʊɜ/ (sauf un certain nombre de cas qui ont gardé la trace de cette ancienne évolution de «  » vers «  », comme les terminaisons de l'imparfait au singulier ou le subjonctif présent du verbe étre aux personnes du singulier etc.). Dans le reste du domaine d'oïl, et d'abord à l'est, l'ouverture de la finale (/ɔɪ/ passe à /ɔɜ/, puis à /ʊɜ/ avant de déboucher sur /ʊa/ au XVII siècle en Champagne et dans le sud du bassin parisien) aboutira au phonème « oi » tel qu'il est prononcé actuellement en français moderne. Le bourguignon et le franc-comtois suivent, mais ils réaliseront l'application d'« ei » en « oi » de manière plus uniforme et plus poussée que le français. Ainsi, dans certaines circonstances, l'évolution ne s'est pas produite dès l'ancien français (francien) : les verbes « veiller », « empêcher » et « éteindre », le mot « même » n'ont pas été touchés par exemple. En bourguignon et en franc-comtois, toutes les formes ont été touchées, on a ainsi « voillai », « empoichai », « étoindre » et « moîme ».

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Dans son vocabulaire, le bourguignon-morvandiau fait preuve d'une grande richesse, notamment dans les champs lexicaux ayant attrait à la vie quotidienne, la vie à la campagne, la nature, le temps etc. On trouve ainsi régulièrement plusieurs dénominations pour un même objet, être (par exemple un hêtre peut se dire : fôt, fotôt, fotâle, fouel(le), foïârd etc.). Cette grande richesse du vocabulaire n'est pas un cas unique parmi les langues régionales qui, moins centralisées que les langues du pouvoir administratif (comme le français), ont moins eu l'occasion de centraliser leurs vocabulaires, ce qui favorise une foison de mots pour un même signifié sur un territoire réduit : c'est de village en village quasiment que les mots désignant une même chose diffèrent.

Une autre caractéristique, beaucoup plus singulière, du vocabulaire bourguignon-morvandiau est son archaïsme : beaucoup de mots courants en ancien français qui ont par la suite disparu dans la plupart des régions ont survécu dans le vocabulaire bourguignon-morvandiau jusqu'à nos jours, par exemple les mots « remaignai », « écoure », « cueudai », « escueurre » et de nombreux autres n'ont souvent plus leur équivalents ni en français moderne ni dans les autres langues d'oïl.

Caractéristiques propres aux parlers du Morvan[modifier | modifier le code]

Les différentes langues régionales parlées en Bourgogne. Le Morvan est indiqué en foncé, les lignes Montreuillon-Moux-en-Morvan (rouge) et Saint-Brisson-Le-Celles-en-Morvan (bleu) sont incluses (lire article).

Les parlers bourguignons du Morvan, qu'on rassemble sous l'appellation « morvandiau », sont en fait des variétés du bourguignon influencées par les parlers du Centre-Val-de-Loire, plus à l'ouest. Le « morvandiau » se divise en quatre grandes variantes :

La grande différence entre ces variétés est l'utilisation de « ç'ost » (c'est) au nord d'une ligne Montreuillon-Moux-en-Morvan et de « y'ost » (c'est) au sud de cette ligne, de même le son « j » se transforme en « y » au sud de cette ligne, par exemple « gauger » au nord (prendre l'eau) devient « gauyer » au sud.

De même, selon une ligne est-ouest de Saint-Brisson à La Celle-en-Morvan, on différencie le parler : à l'ouest on dira un « cevau » et « eine çarotte » et à l'est un « chevau » (cheval) et « eune charotte » (charette), d'où l'utilisation du « ç » dans de nombreux textes morvandiaux. Ouvert largement aux influences extérieures (Bourgogne et Nivernais), le Morvan a connu également des forces de conservation (nasalité de type médiévale, maintien de diphtongue de coalescence devant palatale, il constitue une butte témoin du bourguignon (Claude Régnier dans Les parlers du Morvan, académie du Morvan, 1979). Le Morvandiau semble aussi apparenté au francoprovençal, en particulier par la présence d'un pronom neutre issu du latin « hoc » et par l'orientation du vocabulaire, ce qui confirme la thèse de Wartburg suivant laquelle la frontière Oc-Oïl était autrefois bien plus septentrionale que de nos jours (W.V. Wartburg, La fragmentation linguistique de la Romania, trad. Allières Slaka, Paris, Klincksieck, 1967, Bibliothèque française et romane)

Influence du francoprovençal[modifier | modifier le code]

Dans les vocables des villages le long de la Saône, on retrouve des sonorités francoprovençales introduites par le brionnais-charolais, dialecte d'oïl de transition avec le domaine francoprovençal.

Français Brionnais Sud-Morvandiau Bourguignon
cheval [ʦᵊvo] [çᵊvo] [ʃəvo, ʃəva‿ʊ]
genou [ʣᵊnø] [zᵊnoː] [ʒənɔ̃, ʒəno]
gerbe [ʣɑbrə, ʣᵊvɛlɔ̃] [zarbə] [ʒarbe]

Lexique comparatif[modifier | modifier le code]

Ce lexique donne les formes les plus courantes en bourguignon-morvandiau.

Bourguignon-morvandiau Français Ancien français Bas latin
i / je je je / jeo / jo / jou ego
lai vaiche la vache la vache *illa vacca
le viaige le voyage le viage / le veiage / le voiage illu(m) viaticu(m)
lai târre la terre la terre illa terra
le chevau le cheval le cheval / le chevau illu(m) caballu(m)
l'houme l'homme l'on / l'ome ille homo / illu(m) homine(m)
lai fome (ou lai foume) la femme la fame / la famne *illa femina
bon, boune bon, bonne bon, buene bonu(m), bona
mau, maule mauvais, mauvaise mal, male malu(m), mala
beâ, bièle beau, belle biau / bel, bele bellu(m), bella
grand, grand grand, grande grant, grant grande (grandis)
maur(e) plus grand(e) maire, maior, maieur maior, maiore(m)
petiôt, petiôte petit, petite petit, petite *pittitu(m), pittita
frôs, froîche frais, fraîche fres, fresche frescu(m), fresca
queï / queil, queï / quale / queille quel, quelle quel / queu quale(m)
teï, teil / tale tel, telle tel / teu tale(m)
teut, teute, teus, teutes tout, toute, tous, toutes tot, tote, tuit / toz, totes totu(m), tota, toti / totos, totas
tréteus tous (pronom) trestoz / trestouz trans totos
nun nul, personne (pronom nég.) neün *ne unu(m)
ran rien rien(s) *rem
aucun, aucueune aucun, aucune aucun, aucune (sens positif) *aliquunu(m), aliquuna (sens positif)
un, eune un, une un / ung, une *unu, una
un huis / eune pôrte une porte un uis / une porte *unu(m) ostiu(m) / una porta
le jor le jour le jor(n) illu(m) diurnu(m)
lai neut la nuit la noit illa nocte
remaignai rester remanoir, remaindre remanere
toillai / toli enlever tolir, tollir tollere
écoure / écourai battre (du blé ou autre) escourre, escoudre excutere
escueurre (même origine que écoure) secouer escourre, escoudre excutere
toindre teindre teindre, toindre tingere
poindre peindre peindre, paindre, poindre pingere
étoindre éteindre esteindre, estoindre exstinguere
aipondre joindre apondre apponere
maingé manger mangier manducare
chaingé changer changier cambiare
cueudai penser cuidier cogitare
soingé penser (songer) songier (ou panser) somniare ("rêver, imaginer")
cômoinçai / cômançai commencer comencier *cominitiare
aivoi avoir avoir, aveir habere
étre être estre *essere (de esse)
peuvoi pouvoir pooir, poeir, podeir *potere (de posse)
veuloi vouloir voloir, voleir *volere (de velle)
borre, beuvre boire boivre, beivre bibere
fâre faire fere, faire facere
voi voir veoir, veeir, vedeir videre

Quelques mots bourguignons[modifier | modifier le code]

  • aujourd'hui : aujord'heu
  • maintenant (à c'te heure): aisteure (ài ç'te hœure)
  • bonjour : bonjôr, salutâs
  • bourguignon : borgoignon/ bregognon, bôrguignon (en morvandiau)
  • Bourgogne : lai Borgoigne
  • non : non, innô (morvandiau)
  • oui : sia, icho (morvandiau)
  • parler français : pairlantai (morvandiau)
  • le ventre : lai beuille
  • vigneron : bareusei
  • vin : vin / veigne, vignaige, prô, vègne (morvandiau), tôrd-boïeâ
  • boire, se saoûler : treuillai, se queurlai
  • manger : mérandai (du latin merindare), maingé, migé.
  • déranger : détôrbai (du latin disturbare)
  • tabasser / faire mal : harsai (de herse)
  • glisser : frasai
  • fouiner, déranger des affaires : rabeutai
  • travailler peu efficacement : beutillai
  • s'éclabousser : s'afflingé
  • sale, délabré : tartouillôt
  • une saleté : un cheni (mot encore couramment utilisé)
  • trempé, mouillé : gaugé (mot encore couramment utilisé)
  • bouger beaucoup : reveuillai
  • assieds-toi : cheur-toi (à l'est)
  • casser : bréyai (mot encore couramment utilisé)
  • un boiteux : un cambillaud
  • fou : beurdin / breudin
  • femme ou fille de mœurs déréglées : gaupe (en morvandiau), treuillon (alentours de Bouilland)
  • naïf, imbécile : arnais, un beusenôt, un beutiôt, un beurdodo, un beuillon (courant)
  • bon à rien, mauvais travailleur : berlaisœus ; arquandiai, beurloquôt
  • courir la queue en l'air par temps d'orage (vaches) : dâlai
  • crottin : chogne
  • canard : bourœus
  • cheval : chevau
  • chevreuil : bigout
  • chien : chein
  • escargot : cagnole
  • mouton : chastron
  • une brebis : une oille, eune beurbis, une cueusse, une bigue
  • une chouette : eune chouto, eune choue, un chavan
  • vache : vaiche
  • verrat (cochon mâle) : vorai
  • soleil : soulôt
  • pomme de terre : treuffe
  • bois, petite forêt : boichon
  • chêne : châgne
  • hêtre : un fôt, un fotôt, un fotâle, un foïârd, eune fouel(le)
  • la haie : le pian, lai beurche, lai trâsse, lai piaichie ; bouchure ; beuchon

Prononciation du X[modifier | modifier le code]

Selon Jean-François Bazin dans L’Almanach bourguignon (émission de la radio RCF en Bourgogne), Buxy est le seul nom d’une commune située sur le territoire de l’ancienne province bourguignonne comportant un X en milieu de nom où ce X se prononce /ks/ (le X dans Aloxe-Corton, Auxant, Auxerre, Auxey-Duresses, Auxonne, Auxy, Bissy-sous-Uxelles, Fixin, Franxault, Maxilly-sur-Saône, Semur-en-Auxois, Uxeau, etc. se prononçant /s/). Ce même Jean-François Bazin écrit dans Le Vin de Bourgogne : « le Bourguignon a en horreur les x gutturaux. Il adoucit tout : Fixin se prononce Fissin, Auxey Aussey, Auxerrois Ausserrois, etc. En revanche, on bute sur le x de Buxy : Buk-sy ».

De nos jours[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui le bourguignon-morvandiau ne se parle plus en dehors du Morvan et de ses marges. Les locuteurs sont souvent âgés mais il existe toujours une forme de transmission familiale. On entend toujours le timbre de cette langue dans les cafés des bourgs du Morvan, sur les marchés et aussi lors de veillées ou de festivals [réf. nécessaire].

Le bourguignon-morvandiau connaît une certaine vitalité dans le domaine écrit[3]. On le lit régulièrement dans les revues Vent du Morvan et le carnet du Ménétrier ainsi que dans les journaux locaux, on peut également l'entendre sur certaines ondes [Lesquelles ?].
Les conteurs Rémi Guilleaumeau, Pierre Léger, Jean Luc Debard, Jacques du Loup, Nanou Pichon, Guillaume Lombard, Laurent Desmarquet, des chanteurs comme Jean Michel Bruhat, BBM, Daniel et Marie France Raillard, Gaspard Malter, Vincent Belin, Rémi Guilleaumeau et des groupes comme les Ragoûts, ou les Traîne-Bûches utilisent fréquemment cette langue puisée dans une base de données importante d'archives sonores de la Maison du patrimoine oral basée à Anost[4].

Toutefois, les différents dialectes comme le brionnais-charolais, l'auxois, les parlers du val de Saône, même s'ils sont moins vigoureux sont toujours utilisés par une minorité de personnes vivant dans un milieu rural [réf. nécessaire].

Les différents parlers locaux comme le montcellien ou le creusotin sont eux toujours parlés ou compris par toutes les générations les plus âgées et par une minorité de personnes plus jeunes. Mais, malgré la disparition progressive de cette langue, ses intonations continuent d'imprégner le parler régional. De ce fait, le français tel qu'il est parlé peut être difficile à comprendre pour une personne peu habituée à cet accent.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le morvandiau-bourguignon fait l'objet d'une riche production littéraire depuis le XVIIe siècle.

  • Bernard de La Monnoye (Dijon 1641-1728) publie en 1701 les Noëls bourguignons sous le pseudonyme de Gui Barôzai.
  • Aimé Piron (Dijon 1640 – id. 1727), apothicaire et poète, compose en patois bourguignon des Noëls (publiés en 1858), des chansons et des poèmes (lai Joye dijonnaise, 1701 ; lé Festin des Eta, 1706). Il est le père d'Alexis Piron.
  • Borne de Gouvault publie en 1787 deux chants dont Le mitan du gatiau publié par Edmond Bogros en 1873.
  • L'abbé Jacques-François Baudiau traduit en 1854 la Bulle Ineffabilis du pape Pie IX.
  • Eugène Pelletier de Chambure publie en 1878 le Glossaire du Morvan, ouvrage de référence.
  • Louis de Courmont (Blismes 1828-1900), poète, violoneux et chanteur, écrit de nombreux poèmes et chansons dont le fameux Branle du Diable.
  • Émile Blin (Château-Chinon 1865-1953), rédacteur en chef du journal Le Morvan et écrivain de nouvelles.
  • Louis Coiffier (1888-1950) instituteur dans la région d'Arnay. Amoureux du Morvan, il lui avait consacré entre les deux guerres un recueil de poèmes Par les sentiers fleuris, un roman Morvan terre d'amour et un livre en langue régionale Histoires de chez nous, contes et récits du Pays Bourguignon.
  • Alfred Guillaume, vétérinaire et maire de Saulieu (Côte-d'Or) au début du XXe siècle, publie en 1928 L'âme du Morvan.
  • Georges Blanchard (Donzy 1902-1976) publia au cours de sa vie plusieurs poésies et pièces de théâtres.
  • Marguerite Doré a publié des histouaies du canton d'Ved'la en 1978.
  • Lucien Gauthé a publié Vaicances ai Yocotai en 1984.
  • Jean Perrin, dessinateur, a publié deux bandes dessinées Galvachou en 1980 et Le violon des Loups en 1986.
  • Pierre Léger (Montsauche 1948), instituteur, poète et militant morvandiau (fondateur de l'association Lai Pouèlée) a publié zoizeau Flash, Ai traivars lai Pleshie, Elwery Song, Morvan vers l'Émeraude et de nombreux textes et chansons publiés dans L'Almanach du Morvan entre 1978 et 2000.
  • Gérard Taverdet, universitaire, président d'honneur de Langues de Bourgogne, auteur de nombreux ouvrages traitant du Bourguignon et de ses différents dialectes, et notamment d'une traduction des Bijoux de la Castafiore, Lés Aivantieures de Tintin : Lés ancorpions de lai Castafiore : Édition en bourguignon 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le patrimoine linguistique morvandiau-bourguignon au cœur des langues romanes d'Europe. Actes du colloque de Saulieu (3 novembre 2001), Éditions GLACEM / « Vents du Morvan », 2005.
  • Les parlers du Morvan, Claude Régnier « Académie du Morvan » Château-Chinon, 1979.
  • Paroles d'Oïl, DPLO (collectif), Gestes d'édition, 1999
  • Glossaire du Morvan, Eugène de Chambure, Paris 1878
  • L'âme du Morvan, Alfred Guillaume, 1971
  • Vaicances ai Yocotai, Lucien Gauthé, édition Lai Pouélée
  • Mollerin sos Droune, Joséphine Darreau, édition Lai Pouélée
  • J. Bruley, Le Morvan cœur de la France : Folklore, t. II, La Morvandelle,

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.languesdoil.org/?cat=11
  2. Rapport Cerquiglini, 1999
  3. Les actes du colloque de Saulieu: le patrimoine linguistique Morvandiau-Bourguignon au cœur des langues romanes d'Europe
  4. Maison du patrimoine oral
  • « Il put observer les paysans du Morvan alors que le patois était encore vivant. Il a su reproduire une langue sincère (son patois est bien celui de la région et non une langue artificielle), et transcrite avec discernement (il a su respecter à la fois les traditions de la graphie française et les saveurs de la phonétique locale). Son recueil de courtes nouvelles, L'âme du Morvan, truculent, est un ouvrage d'une grande valeur qui décrit, à travers des anecdotes pleines de vie, les différents aspects (politique, religion, évolution de la société, alimentation) d'une vie quotidienne aujourd'hui en voie d'oubli. » (Gérard Taverdet in Un écrivain patoisant Bourguignon du XXe siècle : Alfred Guillaume, Bibliothèque de l'École des Chartes, 2001).

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