Ligure

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Ligure
lìgure, zeneize, monégasque
Pays Italie, Monaco, France, Argentine (La Boca), Chili, Pérou
Région Ligurie, Piémont (Caprauna, Briga Alta, Alto, Oltregiogo, Val Tanaro), Émilie-Romagne (Val Trebbia et Val di Taro), Lombardie (Vallée de Staffora), Sardaigne (Carloforte, Calasetta), Corse (Ajaccio, Bonifacio, Calvi), Provence-Alpes-Côte-d'Azur (La Brigue, Menton, Piène-Haute, Vallée de la Roya)
Typologie SVO, syllabique
Écriture Écriture latine
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 lij
IETF lij
Un locuteur du ligure enregistré à Gênes.

Le ligure ou ligurien[1] est un ensemble de parlers gallo-italiques parlé en Ligurie, dans les zones limitrophes du Piémont, de l'Émilie-Romagne, de la Toscane et de la haute vallée de la Roya, ainsi que dans les anciennes colonies de la République de Gênes comme Monaco, Ajaccio, Bonifacio, Calvi ou encore les îlots de San Pietro et Sant'Antioco, en Sardaigne.

Parlers ligures[modifier | modifier le code]

Zone géographique de la langue ligure.

Le dialecte ligure comprend divers parlers utilisés depuis la fin de l'antiquité romaine en Ligurie et dans quelques régions voisines. L'aire de diffusion dialectale dépasse les frontières administratives de la région italienne ; elle inclut en effet des communes françaises (parler royasque, notamment autour de Tende), l'enclave linguistique de Monaco (monégasque), une partie du Piémont (la vallée du Tanaro, la Vallée Scrivia et la Vallée Borbera) et quelques communes de Toscane jusqu'à Massa). Certains isolats remontent à d'anciennes occupations génoises en Tunisie ou en Crimée. L'on citera à titre d'exemple le parler tabarquin de Sardaigne.

Les dialectes ligures, comme ceux parlés en Émilie, (alta Val Trebbia-Taro, PC/PR) au Piémont (AL) ou en Lombardie, (PV) appartiennent au groupe gallo-italique, bien que la Ligurie n'ait pas subi de domination celte directe, au sens de la Gaule cisalpine dont elle ne relevait pas (mais filtrée par la vallée du ). Même la domination romaine, jusqu'à Auguste, est restée assez superficielle sur ce territoire où l'on parlait lépontien, une langue indo-européenne mal documentée rattachée aux parlers celtiques. Les locuteurs des parlers ligures seraient donc les descendants romanisés de ces peuples lépontiques — et non des Ligures qui les ont précédés et qui ne semblent pas avoir parlé de langue indo-européenne.

L'influence gallo-italique a toutefois laissé des traces, comme la prononciation celtique du u ([y]) dans certains mots ; la diphtongue [uo] de l'italien est devenue 'eu' ([œ]), comme dans övu (en italien, uovo, en français œuf) ; la diphtongue [ei] en lieu et place du é fermé comme dans peive au lieu de pepe (poivre).

La chute des voyelles finales (apocope) rappelle parfois l'évolution du français (pour les mots en -no, en -ne, en -ni : ainsi, san au lieu de sano (sain) ; can au lieu de cane (chien) ; sen pour sani -(« sài » au ponant). Dans les mots qui finissent par -mo et -mi, on note un changement de la voyelle finale (final latine) : ramu au lieu de ramo (rameau) ; lüme au lieu de lume (lampe). La plupart des voyelles finales, même quand elles subsistent, sont atones.

À ces caractéristiques phonétiques typiques du gallo-roman s'en ajoutent d'autres qui rappellent le sicilien. Le l dans un groupe consonantique s'adoucit, comme dans gianda (gland). Les groupes comportant une consonne labiale sont proches du sicilien, ainsi cian (plan, en italien piano) ou giancu (blanc, en italien bianco). L'on note l'influence du provençal dans des mots comme nöite ou nötte (alors qu'en lombard on trouve noc/nòot/nött), ou encore dans père et mère qui se disaient paire e maire et désormais pouèe e mouèe (sauf qu'à l’extrême ponant, Sanremo-Vintimille, où l'on trouve encore Pàire et Màire... ailleurs, pàie e màie).

Les dialectes ligures ont subi de profonds changements au Moyen Âge et se sont éloignés peu à peu des autres langues gallo-romanes. Les variantes dialectales sont nombreuses entre le Ponant (comme l'intémélien) et le Levant, avec au centre Gênes, dont le parler zenéize (génois) constitue la norme généralement adoptée. En général, les parlers de l'arrière-pays sont plus archaïques.

Génois[modifier | modifier le code]

Le génois (endonyme : zeneize ou zenéize [/ze'nejze/]), qui est la langue de Gênes et de ses environs, possède une riche et ancienne littérature remontant au XIIe siècle. L'expansion de la République de Gênes durant le Moyen Âge et l'établissement d'un vaste système colonial en Méditerranée, ont permis la diffusion internationale du génois et en ont fait l'une des langues du commerce de l'ère médiévale. Au XIXe siècle, l'émigration italienne a permis d'importer la langue en Amérique du Sud notamment au Chili, au Pérou et en Argentine (surtout dans le quartier bonairien de La Boca où se trouve le club omnisport Boca Juniors surnommé Xeneize). De nos jours, le génois commence à être enseigné dans les écoles de Gênes de manière optionnelle.

Monégasque[modifier | modifier le code]

Le monégasque (endonyme : munegascu [/munegaʃku/]) est un dialecte ligurien proche de l'intémélien parlé historiquement à Monaco mais dont la pratique décline depuis le XXe siècle à cause de la concurrence avec le français, seule langue officielle de la Principauté. Grâce au travail de l'écrivain et poète Louis Notari, le monégasque possède sa propre norme orthographique depuis 1927.

Bonifacien[modifier | modifier le code]

Le bonifacien (endonyme : u bunifazzinu [/bunifat͡sju/] ) est un dialecte ligurien propre à la commune de Bonifacio qui possède son propre système orthographique. Historiquement, c'est une ville géographiquement isolée peuplée par des familles génoises qui ne s'allient pas aux familles corses. En 1196, un préside génois est fondé à Bonifacio ; dès lors des colons provenants de la République de Gênes vont se succéder. Pendant sept siècles, jusqu'en 1769, la ville va se développer comme zone franche enclavée dans l'Île de Corse.

Tabarquin[modifier | modifier le code]

Le tabarquin (endonyme : tabarkin) est un dialecte ligurien parlé dans la partie sud-ouest de la Sardaigne, au cœur l'archipel des Sulcis, dans les communes de Carloforte (Île San Pietro) et de Calasetta (Île de Sant'Antioco) qui possède son propre système orthographique. Le ligure a été importé en 1738 lorsque le roi Charles-Emmanuel III rapatria des évacués génois originaires de l'Île de Tabarka dans son royaume pour repeupler les zones littorales désertées par les incursions répétées des corsaires maures.

Les dialectes ligures de la Côte d'Azur[modifier | modifier le code]

Ligurian language in France.jpg

La frontière linguistique ne coïncide pas exactement avec la frontière politique entre la France et l'Italie, notamment dans la vallée de la Roya où l'on parle ligurien alpin (royasque et brigasque) de la basse Bévéra — même si les parlers de Vintimille et de Bordighera ont un caractère nettement ligure, alors que le mentonasque présente un caractère nissart de transition.

Des villages provençaux repeuplés par des familles pauvres liguriennes appelés « figouns » suite aux dévastations des guerres et épidémies ont parlé ligurien (des vallées du ponant) jusqu'aux années 1920[2].

Exemples de vocabulaire (génois et ligure de ponant)[modifier | modifier le code]

(Dans la graphie en U)

Ligure traduction en français Lig.Pon. remarques
u péi la poire a pèira
u méi la pomme a méera
u setrún l'orange u purtugàlu (ce mot, sans doute à l'origine du mot citron en français, a remplacé limon)
u fîgu la figue
u pèrsegu la pêche
u rîbes le cassis
u mandurin la mandarine
u franbuâse la framboise émpane / lampùi (ce mot ligure est clairement d'origine française)
a sêxa la cerise a cirèixia
u mêlu la fraise
a nisöa la noisette
l'arbicòca l'abricot miscimì-baricòca-persegumìn
a brinja la prune a suzéna
a nuxe la noix
a muìa la mûre
l'üüga le raisin
l axinélu le raisin (le fruit seul dans une grappe)
a nèspua la nèfle
u pinjöö le pignon de pomme de pin
u pursémmu / prunsémuu le persil
u sélou le céleri zélaru
smangiâ avoir des démangeaisons
cazze tomber
scarligà glisser sgurà'/scuglià
spatisâ écraser
arvî-ervì-droeve ouvrir
serâ fermer
u cèeu la lumière u ciàiru
a cà la maison, le foyer
l öövu l'œuf
l ögiu l'œil l'oegliu / l'oeyu
a bucca la bouche
a tésta la tête
a schénn-a le dos
u cüü le cul
u brasu-brazu le bras
a ganba la jambe
u cöö le cœur

Le chanteur italien Fabrizio De André a enregistré un disque Crêuza de mä en génois. Les textes du livret sont en génois et en italien standard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Philippe Dalbéra, « Les parlers liguriens de France » sur le site Corpus de la parole.
  • Fiorenzo Toso. Le parlate liguri della Provenza. Il dialetto figun tra storia e memoria, Philobiblon Ed., Ventimiglia, 2014
  • Fiorenzo Toso, Dizionario etimologico storico tabarchino, Le Mani, Udine, 2004 — Vocabolario delle parlate liguri (1985-1992) — Storia linguistica della Liguria (1995) — Frammenti d'Europa: guida alle minoranze etnico-linguistiche e ai fermenti autonomisti (1996) — Thèse de doctorat à l'université de Pérouse sur le ligure tabarquin (Il tabarchino) ;
  • Circolazioni linguistiche e culturali nello spazio mediterraneo. Miscellanea di studi (sous la direction de Vincenzo Orioles et Fiorenzo Toso).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette dénomination est préférable car elle opère une distinction avec l'ancienne langues des Ligures qui n'était pas une langue indo-européenne.
  2. Jean-Philippe Dalbéra, « Les parlers liguriens de France » (version du 18 mars 2016 sur l'Internet Archive), sur Corpus de la parole

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

wikilien alternatif2

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Liens externes[modifier | modifier le code]