Normand

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Normand
Normaund
Pays France et dans les Îles Anglo-Normandes
Région Normandie, Îles Anglo-Normandes
Nombre de locuteurs de 50 000(est. 1999) à 100 000(est. 2010)
Typologie SVO
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de Jersey Jersey (jersiais)
Codes de langue
Linguasphere 51-AAA-hc – anglo-normand
51-AAA-hd – normand
Glottolog norm1245
Échantillon
C’est man drait !

Quand j’héritis d’ notre oncle Aimable
Nos était chinq à partagi
Et les aut’s voulaient qu’à l’amiab’
Nos fach’ des lots pour s’arrangi ;
Mais mei, j’ai voulu que l’ notaire
En fach’ tout’ la liquidation ;
Qu’i’ vend’ les biens, qu’i’ vend’ la terre,
Et qu’i’ partag’ la succession.
Tout s’ra mangi, cha j’en conviens,
Mais, ch’est man drait et mei j’y tiens !

— Charles Lemaître, C’est man drait !
La répartition des langues gallo-romanes non francophones montre que le normand est loin d’être négligeable comme langue régionale de la moitié nord de la France métropolitaine.

Le normand (normaund en normand) est une langue romane parlée en Normandie continentale et insulaire. C’est une des principales langues d'oïl. Il est classé dans les langues sérieusement en danger par l'Unesco.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aire linguistique de la langue normande.

Origine[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

En tant que langue d'oïl, le normand s'inscrit dans la lignée des langues romanes.

Les colons scandinaves[1],[2], en s'installant sur une grande partie du territoire connu de nos jours sous le nom de Normandie, avaient adopté une forme de langue d'oïl, langue romane parlée par les habitants de cette partie de l'ancienne Neustrie. Il est notable que les premiers témoignages écrits de la langue d'oïl datent précisément, de manière fortuite, du même siècle que les premiers raids vikings sur les côtes neustriennes. Les nouveaux venus vont exercer sur la langue vernaculaire une influence limitée de substrat, notamment sur le vocabulaire (200 mots tout au plus, issus du norrois ou du vieil anglais cf. tableau I) et de manière plus anecdotique sur la phonétique.

Cette disparition de la langue norroise peut s'expliquer de différentes façons, parmi lesquelles sont le petit nombre de femmes nordiques à avoir suivi les colons, qui vont donc faire souche avec des femmes autochtones de langue romane[3] ; ensuite, la création même du duché de Normandie intègre de larges portions de territoires, dans lesquelles les populations sont de langue romane et peut-être aussi dans la diversité des apports ethniques (britannique, anglo-saxon, norvégien, danois et irlandais), qui parlaient des langues différentes, favorise l'emploi d'une langue unique et vernaculaire ; de même que la nécessité des relations économiques avec les voisins continentaux. Malgré tout, l'usage du norrois se serait maintenu sur les côtes normandes jusqu'au XIIe siècle. Le trouvère Benoît de Sainte-Maure, à la fin du XIIe siècle, l'affirme en tout cas dans sa Chronique des ducs de Normandie. Selon lui on parlait encore « danois » sur les côtes[4].

Exemples de textes médiévaux[modifier | modifier le code]

Le Dictionnaire de la langue normande de Kelham (1779).
texte de Wace dans l'histoire de la Normandie

Man en engleis e en norreis
Hume signifie en frenceis
De ceo vint li nuns as Normanz.
Neustrie aveit nun anceis
Tant cume ele fud as Franceis.

Man en aungleis et en norreis
Houme signifie en fraunceis
De chà vint le noum ès Normaunds.
Neûtrie aveit noum anchien
Taunt coume alle feut ès Fraunceis.

Man en anglais et en norrois
Homme signifie en français
De là vient le nom aux Normands.
Neustrie avait nom ancien
Tant qu'elle fut aux Français.

Cet extrait rédigé dans une scripta normande comporte quelques termes d'origine scandinave, notés en italique.

texte de Guillaume de Berneville

A plein se astent d’eschiper,
Kar mult coveitent le passer,
Bons fud li vens e la mer quieie:
Ne lur estoet muver lur greie,
Ne n’i out la nuit lof cloé,
Estuinc trait ne tref gardé,
Ne n’i out halé bagordinge,
Ne escote ne scolaringe;
Ne fud mester de boesline;
Tute fud queie la marine:
Ne lur estut pas estricher,
Ne tendre tref ne helenger.
Fort ert l'estait e li hobent
Ki fermé furent vers le vent,
E d'autre part devers le bort
Sunt li nodras e li bras fort;
Bones utange out el tref,
Meillurs n'esnot a nule nef;
Bons fud li tref e la nef fort,
E unt bon vent ki tost les port.
Tute noit current a la lune
Le tref windé trés k'a la hune:
Ne lur estut muver funain
Trestute nuit ne lendemain.

Ils se hâtent d'appareiller,
Car ils désirent ardemment traverser.
Le vent est bon et la mer calme;
Nul besoin de toucher aux agrès:
Cette nuit-là, on a ni cloué le lof,
Ni tiré les bras, ni surveillé la vergue,
Ni halé les cargues,
Ni les écoutes et le scolaringe;
Nul besoin de bouline.
La mer est toujours calme:
Pas besoin de diminuer la voile,
Ni de la tendre, ni de la hisser.
Solides sont l'étai et le hauban
Qui sont ridés face au vent,
Et, d'autre part, vers le bord,
Les bouts de la vergue et les bras sont solides aussi,
La vergue a de bonnes itagues,
Les meilleures de tous les navires;
Bonne est la mâture et solide le bateau,
Et bon est le vent qui les emporte vivement.
Toute la nuit ils courent guidés par la lune,
La vergue hissée jusqu'à la hune:
Ils n'ont pas touché aux cordages,
De toute la nuit, ni le lendemain

L'anglo-normand[modifier | modifier le code]

La langue normande s'est implantée en Angleterre à la suite de la conquête de ce pays par Guillaume le Conquérant. Cet idiome était originellement parlé par les barons, les chevaliers et les soldats d'origine normande (bien que d'autres formes de langue d’oïl aient pu être importées par les barons et chevaliers originaires de France, de Picardie ou de Bretagne). C'est donc la langue d'une classe dominante, la langue du nouveau roi, langue de cour donc et langue officielle enfin, qui se développera en Angleterre pour devenir aussi langue d'échange et du commerce. Même si la majorité de la population parle le vieil anglais, le normand exerce une influence considérable. « C’est donc moins que le français aurait été prescrit comme langue officielle durant le XIIIe siècle, mais plutôt une utilisation accrue de cette langue qui explique qu’il s’est imposé comme langue majoritaire »[5]. On estime à 45 % l'apport de mots normands, c'est-à-dire français, en anglais moderne (voir article [1]). L'influence du normand, ou français anglo-normand, a aussi été massif dans la langue du droit, pas seulement pour ce qui est du vocabulaire, mais aussi de la syntaxe, comme en atteste ce qui est appelé en anglais law french[5].

On donne le nom d'anglo-normand au dialecte d’oïl parlé en Angleterre qui, sous l’influence de l’anglo-saxon était devenu assez distinct du normand continental bien que la langue écrite reste sensiblement la même. Cette langue évolue de manière autonome à partir du XIIIe siècle jusqu'à sa disparition à la fin du XIVe siècle. Par erreur, on qualifie souvent d'anglo-normand la langue de l'écrivain Wace originaire de Jersey parce que cette île de la Manche est maintenant appelée anglo-normande en français, mais à l'époque, elle n'est que normande. Wace écrit donc en normand[réf. nécessaire], comme il le dit lui-même, dans une scripta dialectale qui comporte certains traits phonétiques et certains mots du lexique normand. En revanche, le concept d'anglo-normand ne s'applique qu'au normand utilisé en Grande-Bretagne

Ils possèdent tous les deux une littérature d'origine ancienne et abondante.

Termes normands d'origine norroise[modifier | modifier le code]

Appellatifs toponymiques[modifier | modifier le code]

Ces noms propres sont sortis de l'usage en tant que noms communs, généralement dès le Moyen Âge.

Lexique[modifier | modifier le code]

Exemples de mots normands venus du norrois (tableau I)
Normand Français Vieux norrois
bel cour böl
bète appât beita
blèque blet/te bleikr
bruman nouveau marié brumaðr
dalle évier dalr/doli
falle gorge falr
gradîle, grade, etc. groseille gaddr
graie préparer (gré) greiða
écrillier glisser skriðla
hague cenelle heggr
herneis charrette harneskja
hougue, houguet mont (petit) haugr
mauve mouette mávar (plur. de már)
mielle dune mellr
mucre humide mygla
nez cap nes
tierre chaîne tjaðr

La langue française a acquis une partie de son ancien lexique nautique et quelques termes relatifs à la faune et à la flore maritime issus du vieux norrois, par l'intermédiaire de la langue normande (tableau II). De plus, quelques termes d'origine, norroise sans rapport avec le domaine nautique ou maritime, ont été empruntés par le français : mare, passé en français (mare) vers le XVIe siècle, du norrois marr.

Exemples de termes techniques ou autres, maritimes ou non, passés en français par l’intermédiaire du normand (tableau II)
Français Vieux norrois
agrès greiði
bite (< norm. [a]biter) bita
bitte biti
bord borð
bouline bóglína
brayer bræða
carlingue karling
cingler (anc. sigler) sigla
dalot dæla
duvet (anc. dum, dunet) dúnn
écoute skaut
équiper skipa
étrave stafn
flaner flana
flotte floti
girouette (< pat. Loire guirouet) veðr-viti
gréer greiða
guindeau vindáss
guinder vinda
hauban höfuðbenda
houle hol
hune húnn
itague útstag
nantir (< norm. nant, namps) nám
quille kilir (plur. de kjölr)
racage, raquer rakki
raz rás
riper rispa
ris rif
rogue (subst.) hrogn
rogue (adj.) hrókr
tangue tangi
tillac, tille þilja
tolet ’þollr
vague vág (acc.)
varangue vrang
varech vágrek

Le vocabulaire héritier direct de l'ancien français[modifier | modifier le code]

Les lecteurs de textes médiévaux et les connaisseurs de l'ancien français ne seront pas étonnés de découvrir en normand de nombreux termes héritiers directs de l'ancien français alors qu'ils ont disparu en français moderne. En voici quelques-uns :

Exemples de mots d'ancien français survécus en normand
Normand Ancien français Français Origine
tolir tolir priver, enlever du latin tollere
je mangeüe je manju(e) « je mange » du latin ego mandūco
targier ou tergier targier tarder d'une racine germanique
calengier calungier, chalongier (a donné challenge en anglais) négocier, débattre du latin calumniari
tître ou tiêtre tistre tisser du latin texere
muchier mucier cacher du gaulois *muk- intégré au bas latin de Gaule
orde ort sale du latin horridus
hourder order souiller du latin *horridare
ordir ordir salir du latin *horridire
haingue (f., on entend aussi hainge) haenge, haengue haine d'une racine germanique
haingre (adj.) heingre, haingre maigre d'une racine germanique
haiset (m.) haise barrière ou clôture de jardin faites de branches d'une racine germanique
herdre erdre adhérer, être adhérant, coller du verbe latin haerere, « attacher »
méselle mesele lèpre du latin misella
mésel mesel lépreux du latin misellus
méhain meshaing, mehain mauvaise disposition, malaise d'une racine germanique
méhaignié meshaignié malade, blessé même origine que le précédent
de l'hierre (f.) ou de l'hierru (m.) de l'iere du lierre du latin *hedera
marganer marganer moquer d'une racine germanique
marganier marganier moqueur, quelqu'un qui se moque d'une racine germanique
marcantier marcantier mouchard, colporteur mot ancien, courant au XIVe siècle, sûrement d'une déformation de marcandier, « vagabond, rôdeur », qui existe toujours en normand : marcaundier avec le même sens
marcandier marcandier rôdeur, vagabond de la racine germanique dont sont issus les verbes marchier « marcher » et marquier « marquer »
nartre (m.) nastre traître d'une racine germanique, l'ancien français nastre signifiait misérable, malicieux, avare, ladre
nâtre (adj.) nastre méchant, cruel de l'ancien français nastre comme le nom nartre
nianterie (f.) nienterie niaiserie formé sur nient qui, en ancien français comme en normand actuel, est l'équivalent de néant
souleir soleir « souloir », avoir l'habitude de du latin solere
ardre ardre, ardeir brûler du latin ardere
caeir caeir, caïr « choir », tomber du latin cadere
moûtrer mustrer montrer du latin monstrare
itel / intel itel semblable de i-, comme dans icelui, et de tel
iloc (le c est muet) iloc, iluec du latin illoc
d'ot od, ot avec de suivi de ot, de l'ancien français od, du latin apud
pampe (f.) pampe en normand : tige
en anc. fr. : pétale
du latin *pampa, dérivé de pampinus, « rameau de vigne »
liement liement, liéement tranquillement du latin *laetamente (« avec contentement, allégresse »)
essourdre essurdre, exsurdre élever du latin exsurgere (« faire surgir, élever »)
écourre escurre, escudre secouer du latin excutere (« secouer »)
éclairgir esclargier éclaircir du bas-latin *exclaricare
déhait dehait chagrin, malheur du préfixe dé- suivi du mot germanique hait que l'on retrouve dans souhait
enhî, enhui enhui aujourd'hui du latin *in hodie, littéralement en ce jour
anît, anuit anuit, anoit aujourd'hui, cette nuit, ce soir (souvent confondu avec enhî à la prononciation) du latin *ad noctem, littéralement à nuit
maishî maishui, meshui maintenant, désormais du latin *magis hodie
alosier alosier se vanter, de targuer du latin *alaudare
ébauber, ébaubir esbaubir étonner du bas-latin *exbaubire
trétous trestuz tous, absolument tous du bas-latin *trans tutos
manuyanc(h)e manuiance avoir la jouissance, la possession formé sur le latin manu- (« main »).

Termes anglais issus spécifiquement du normand[modifier | modifier le code]

La langue normande apportée en Angleterre à la suite de la conquête de l'Angleterre en 1066 a enrichi la langue anglaise (tableau III). Ces termes sont identifiés comme normand grâce à leurs traits phonétiques normanno-picards, ou plus spécifiquement locaux ou encore grâce à leur signification particulière qui diffère de celle du français standard. Inversement, le normand s'est parfois enrichi du vieil anglais, souvent avant la conquête : normand de l'ouest rade « allée, route » de rād ; bas normand vipaer « crier », haut normand viper « pleurer » de wēpan.

Exemples de mots anglais venus du normand (tableau III)
Anglais Normand Français
cabbage caboche chou
carpenter carpentier charpentier
castle câtel (castel en ancien normand) château
catch cachier chasser
cater acater acheter
caterpillar anc. cattepleure, cattepleuse chenille
cauldron caudroun chaudron
causeway cauchie chaussée
chair caire chaise
cherry cherise cerise
easy aisié facile
fashion féchoun façon
hardy hardi bien-portant
garden gardin jardin
can canne cruche en cuivre
car car anc. char
curfew anc. cuvrefu, curfu couvre-feu
pocket pouquette poche
poor poure / paure pauvre
fork fourque fourche
sorrel surrelle oseille
travel (voyager) travaler ou travaillier travailler
wage gage (wage en ancien normand) gage
wait guetter ou vetter (waitier en ancien normand) guetter
walop galoper (waloper en ancien normand) galoper
war guerre (werre en ancien normand) guerre
warranty garauntie ou varauntie (warantie en ancien normand) garantie
wicket viquet guichet

Statut actuel[modifier | modifier le code]

Les langues insulaires sont reconnues officiellement par les gouvernements des îles sans être langues officielles. L’enseignement facultatif du jèrriais (normand jersiais) se fait dans les écoles de Jersey, et le guernesiais est présent dans quelques écoles de Guernesey. Les langues jersiaise et guernesiaise sont reconnues en tant que langues régionales des Îles Britanniques, dans le cadre du Conseil Britannique-Irlandais (avec l’irlandais, le gallois, l’écossais, le scots, le scots d’Ulster, le mannois, et le cornique).

Le normand continental est pour ainsi dire plus fort dans le Cotentin et dans le pays de Caux qu’ailleurs sur le continent.

Variétés[modifier | modifier le code]

On parle plusieurs variétés de la langue normande :

Un bar du Becquet, près de Cherbourg : Le Rô d'la Mé.

Par ailleurs, on distingue entre le normand proprement dit (parlé au nord de la ligne Joret) et le normand méridional (pratiqué au sud de cette isoglosse).

Le normand méridional, parlé au sud de la ligne Joret notamment dans la Manche (région d'Avranches), l'Orne et une partie de l'Eure est plus proche des dialectes comme le gallo et le mayennais. Par exemple, le mot sac se traduit en pouoqùe au nord et en pouoche au sud. Vaqùe, au nord, se dit vache en français et en normand méridional.

Dans la Grand' tèrre (France)-(mais désignant l'Angleterre chez les pêcheurs), le normand, proprement dit, est classé en tant que langue de France parmi les langues d'oïl. L'enseignement du normand du Cotentin (Cotentinais) est présent dans quelques collèges du département de la Manche.

Influence dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

  • Au Canada :
    • Le normand a influencé le québécois et l'acadien :
    • Quelques rares mots, expressions et tournures de phrases couramment utilisées par les Québécois, Acadiens et Louisianais mais difficilement identifiables comme spécifiquement normands, puisqu'elles sont communes à l'ensemble des parlers de l'ouest (calumet « calumet », passé en français, de l'ancien normand calumet « chalumeau, pipe »; champelure « robinet » cf. cauchois campleuse; bleuet « fruit proche de la myrtille, canneberge » anc. normand bleuet « myrtille »; croche « tordu » anc. français croche; gricher « grimacer » ≠ cauchois grigner; asteure « à cette heure, maintenant », à matin, tant pire.
    • D'autres mots normands employés (ou anciennement employés) au Québec :
      • abrier = abriter (y faut s'abrier, y fait frète !),
      • bers = berceau, ridelles d'un chariot ou berceau,
      • boucane = fumée ou maison de chétive apparence,
      • boucaner = fumer ou entrer en colère,
      • frète / frette (du normand freid pour froid) = froid,
      • gourgannes = fêves de marais,
      • gourgane = bajoue de porc fumée,
      • graffigner = égratigner,
      • greyer = équiper, préparer
      • ichitte ou icitte = ici,
      • itou(t) = aussi,
      • jouquer ou juquer = jucher,
      • marcou = chat mâle (angevin, gallo, également)
      • marganner, déganer,
      • maganer = maltraiter, malmener, abîmer
      • mi-août = quinze août,
      • mitan = moitié, milieu,
      • pigoche = cheville, cône de sucre d'érable,
      • pognie / pougnie = poignée,
      • pomonique = pulmonique,
      • racoin = recoin,
      • ramarrer = rattacher, renouer,
      • ramucrir = devenir humide, mucre,
      • velin = venin,
      • velimeux = détestable,
      • i' (souvent écrit y) = il, ils, elles (qu'est-ce qu'i' fait ?)[7]
  • Le normand a aussi influencé le français standard et le gallo et des langues créoles comme le créole réunionnais.

Phonologie[modifier | modifier le code]

Pour certains dialectologues, il semble que le h « expiré », en fait un phonème proche de hr que l'on entend encore dans le Cotentin et surtout dans la Hague (prononcer: [χɑ:g]) et que l'on entendait jadis ailleurs, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le long des côtes du Calvados (Bessin), nord du Bocage, au sud de l'estuaire de la Seine (Pays d'Auge, Roumois) et entre Vatteville-la-Rue et Berville-sur-Seine, est dû, comme en français, à l’influence germanique ; alors qu'il s'est amuï en français (le h dit « aspiré ») pour n'avoir plus que seule fonction d'empêcher la liaison (hiatus: un être / un hêtre), l'installation des colons scandinaves dans cette partie de la Neustrie septentrionale aurait empêché cette même évolution[8],[9].

Les traits distinctifs du normand[modifier | modifier le code]

La reconnaissance d'un dialecte gallo-roman comme appartenant à l'ensemble normand est fondée sur certaines caractéristiques phonétiques observées depuis le Xe siècle au moins et qui sont réellement les caractéristiques les plus propres de cette langue. Ces caractéristiques sont deux :

  • l'évolution de l'ē long latin en ei et non en oi comme ailleurs dans le domaine d'oïl (cette caractéristique est cependant partagée par d'autres dialectes de l'Ouest de la France comme le mayennais, l'angevin, le sarthois, dans une certaine mesure le tourangeau ainsi que le gallo) : dirēctu(m) donne dreit en normand contre droit ailleurs sur le domaine d'oïl ;
  • le maintien des consonnes /k/ et /g/ devant /a/ dans les mots latins et non leur palatisation en /tʃ/ ou /dʒ/ comme ailleurs dans le domaine d'oïl (phénomène commun au picard) : calce(m) donne cauche en normand contre chauce en ancien français (« chausse » ou « chaussure » en français moderne) ailleurs dans le domaine d'oïl, de même gamba donne gambe en ancien normand contre jambe en ancien français.

Une dernière caractéristique très typique du normand est l'évolution du /k/ latin vers un chuintement devant /e/ et /i/ et non pas vers un /s/ comme en ancien français, ainsi le latin cinere(m) donne chendre en normand mais cendre en français. Cette caractéristique n'est cependant pas exclusive à cette langue et est présente à des degrés divers dans les dialectes normands. Par exemple, là où beaucoup de dialectes normands diront chu cat (« ce chat »), le dialecte rouennais dira chu cat ou çu cat, de même au lieu de dire chte corporanche (« cette corpulence »), le rouennais dira chte corporanche ou çte corporance.

Traits distinctifs de certains dialectes normands[modifier | modifier le code]

Le cauchois[modifier | modifier le code]

Le cauchois connaît un certain nombre d'évolutions phonétiques qui lui sont propres :

  • disparition de /r/ intervocalique : heûe pour heure, beîe pour beire (« boire »), cûé pour curé etc.
  • métathèse du schwa (phénomène commun au brayon et au rouennais ainsi qu'au picard) : el pour le, ej pour je, ed pour de, permier pour premier etc.
  • maintien de la diphtongue /je/ de l'ancien normand (dans les infinitifs, il se réduit cependant comme en français moderne à /e/) contre son évolution en /ji/ en cotentinais et augeron : carpentier contre carpentyî en cotentinais, veudier contre veudyî en cotentinais etc.
Le cotentinais[modifier | modifier le code]
  • palatalisation de /k/ et /g/ devant les voyelles /i/ et /y/ et parfois /ɛ/ (phénomène commun au jerriais, guernesiais, sercquais et avranchinais) : tchi (écrit qùi) pour qui, dgitare (écrit gùitare) pour guitare, tchuraé pour curé, tchulteure pour culture etc.
  • diphtonguisation de la voyelle /u/ en /uɔ/ (comme en jerriais et en avranchinais) : pouor pour pour, fouorque pour fourke en rouennais (« fourche ») etc.
  • transformation de la diphtongue de l'ancien normand /jø/ en /yy/ : luure pour lieure en rouennais (« lire »), Duu pour Dieu etc.
  • prononciation très appuyée des nasales /ã/ et /õ/ (qui arrivent à être prononcés quasiment de la même façon), noté aun et oun dans l'orthographe : bllaunc pour blanc, féchoun pour fachon en rouennais (« façon ») etc.
  • transformation de /ɔ/ devant une nasale en /u/ (ce qui semble très ancien car les textes normands les plus anciens notent déjà ce changement, pourtant absent du cauchois, rouennais et du brayon) : dounaer pour donner, houme pour homme etc.
  • renforcement éventuel du schwa en /e/ (comme en jerriais, guernesiais, sercquais, augeron et avranchinais) : pour le (au lieu de el en brayon, cauchois et rouennais), pour je (au lieu de ej en brayon, cauchois et rouennais), pour de (au lieu de ed en brayon, cauchois et rouennais) etc.
Le rouennais[modifier | modifier le code]
  • présence de métathèse comme en cauchois (voir plus haut la section cauchois) ;
  • homme et donner comme en brayon et en cauchois au lieu de houme et douner comme en cotentinais ;
  • fier et prémier comme en brayon et cauchois et non fyir et prémyî comme en cotentinais ;
  • atténuation du chuintement des autres dialectes normands à l'initiale d'un mot (en particulier dans les adjectifs démonstratifs) : çu pour chu (« ce »), çte pour chte ou chute (« cette ») mais chent (« cent ») et erchever (« recevoir ») comme ailleurs en Normandie ;
  • transformation de /y/ en /ø/ devant une nasale (comme en cauchois, en cotentinais et avranchinais) : feumer pour fumer, eune pour une, accoûteumanche pour accoutumance etc.
Le brayon[modifier | modifier le code]

Comme pour le rouennais, mais :

  • nasalisation (comme en picard de la Somme) des voyelles devant une nasale (et donc absence de transformation de /y/ en /ø/ devant une nasale comme en rouennais) : unne pour unne, accoûtunmanche pour accoutumance, fanme pour femme, cuisinne au lieu de cuisène comme en rouennais et cauchois ou tchuusène en cotentinais (« cuisine ») etc.
  • chuintement maintenu dans tous les cas, contrairement au rouennais : chte ou chute pour cette (çte en rouennais), chu pour ce (çu en rouennais) etc.
Le jersiais[modifier | modifier le code]

Très semblable au cotentinais, mais :

  • ne note pas les nasales aun et oun mais an et on comme en cauchois, brayon et rouennais ;
  • ne note pas la transformation de /ɔ/ en /u/ ;
  • la diphtongue /jø/ se maintient et ne devient pas /yy/ comme en cotentinais et en avranchinais ;
  • comme en brayon, cauchois et rouennais, maintien de la diphtongue /je/ de l'ancien normand contre son évolution en /ji/ en cotentinais et augeron : mangier contre maungî ou mouogî en cotentinais, veudier contre veudyî en cotentinais etc.
  • rhotacisme de /r/ intervocalique en /ð/ (noté th) : paithe pour peire, êcrithe pour écrire ;
  • diphtonguisations courantes des voyelles accentuées et des nasales : drait (prononcé /dræj/), pain (prononcé /pæ̃j/) etc.
  • palatisation des groupes /tj/ et /dj/ : Dgieu pour Dieu, chrêtchien pour chrétien etc.
Le gaspésien (Québec)[modifier | modifier le code]

Dérive du jersiais, parlé au Québec dans la péninsules de Gaspésie depuis la fin du XVIIIe siècle. Suit le jersiais mais cependant :

  • absence d’évolution de /r/ vers /ð/ comme en jersiais : on dit paire et non paithe, baire et non baithe ;
  • le gaspésien a retenu l’s de l’ancien français devant une consonne, fait notable dans les langues d’oïl : estre pour être, despêchier pour dêpêchier en jersiais, maistre pour maît(r)e etc.
  • durcissement de la palatale /tch/ en /tk/ : tchi / qui est prononcé (t)ki.
Le guernesiais[modifier | modifier le code]

Très semblable au jerriais, mais :

  • absence de rhotacisme de /r/ intervocalique : êcrire pour écrire, baire pour beire au lieu de êcrithe et baithe en jerriais ;
  • absence de diphonguisation de /u/ comme en jerriais, cotentinais, avranchin et augeron : pour au lieu de pouor en jerriais, fourque au lieu de fouorque en jerriais ;
  • diphtonguisation des voyelles accentuées plus forte encore qu'en jerriais : j'avaöns au lieu de j'avoums (prononcé /ʒavøõ/), pain (prononcé /pɔ̃j/) etc.

Liste de mots normands présentant -ei- au lieu de -oi- en français[modifier | modifier le code]

Mot normand Traduction Étymologie
dreit droit latin directu(m)
la peire la poire latin pera
le peivre le poivre latin piperu(m)
la feis la fois déformation du latin vices
le deigt le doigt latin digitus
creire croire latin credere
veir (l’r final est muet) voir latin videre
beire boire latin bibere
neir (l’r final est muet) noir latin nigru(m) devenu nēgru(m) en bas-latin
aveir (l’r final est muet) avoir, de même pour tous les verbes du troisième groupe français en -oir latin habere
la feire la foire latin feria

Liste de mots normands présentant c- et g- au lieu de ch- et j- en français[modifier | modifier le code]

Mot normand Traduction Étymologie
la gaumbe la jambe latin gamba
la vaque la vache latin vacca
le cat le chat latin cattu(m)
le quien le chien latin cane(m)
la cauche la chausse, la chaussure latin calce(m)
le câtel (l’l final est muet) le château latin castellu(m)
la quièvre la chèvre latin capra
cachier chasser bas latin *captiare
catouiller chatouiller incertaine, probablement d'un mot en bas-latin catoliare
caud chaud latin calidu(m)
la cose la chose latin causa

Morphologie[modifier | modifier le code]

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Les verbes du normand ne se classent pas facilement en groupes de conjugaison, mais on peut donner quelques caractéristiques générales. Le passé est surtout exprimé par un passé simple (à l'oral comme à l'écrit) ou un temps composé (passé composé, plus-que-parfait). Le passé simple s'emploie bien plus employé qu'en français et surtout que l'imparfait. Le subjonctif imparfait est également largement employé, parfois à la place du subjonctif présent. À l'exception des verbes irréguliers, tous les verbes normands forment leur passé simple avec les mêmes terminaisons -is, -is, -ît, -îmes, -îtes, -îtent et forment leur subjonctif imparfait sur la même base de terminaisons -isse, -isses, -isse, -issioums, -issiez, -îtent.

Les verbes suivants sont donnés en cotentinais suivant l'orthographe Lechanteur :

indicatif présent imparfait passé simple futur conditionnel subjonctif présent subjonctif imparfait (courant) participe présent participe passé
être / yêtre (être)

je sîs
t'es
il / alle est
nos est
je soumes
vous êtes
il / alles sount

j'éteis
t'éteis
il / alle éteit
nos éteit
j'étioums / éteimes
vous étiez / éteîtes
il / alles éteient

je feus
tu feus
i / alle feut
nos feut
je feûmes
vous feûtes
i / alles feûtrent

je serai
tu seras
il / alle sera
no sera
je seroums
vous serez
il / alles serount

je sereis
tu sereis
il / alle sereit
nos sereit
je serioums / sereimes
vous seriez / sereîtes
il / alles sereient

que je seie
que tu seies
qu'il / alle seie
que nos seie
que je seyoums
que vous seyez
qu'il / alles seient

que je feusse
que tu feusses
qu'il / alle feusse / feût
que no feusse
que je feussioums
que vous feussiez
qu'il / alle feussent / feûtrent

étaunt

été
aveir (avoir)

j'ai
t'as
il / alle a
nos a
j'avoums
vous avez
il / alles ount

j'aveis
t'aveis
il / alle aveit
nos aveit
j'avioums / aveimes
vous aviez / aveîtes
il / alles aveient

j'eus
t'eus
il / alle eut
nos eut
j'eûmes
vous eûtes
il / alles eûtrent

j'airai
t'airas
il / alle aira
nos aira
j'airoums
vous airez
il / alles airount

j'aireis
t'aireis
il / alle aireit
nos aireit
j'airioums / aireimes
vous airiez / aireîtes
il / alles aireient

que j'aie
que t'aies
qu'il / alle aie
que nos ait
que j'ayoums
que vous ayez
qu'il / alles aient

que j'eusse
que t'eusses
qu'il / alle eusse / eût
que nos eusse / eût
que j'eussioums
que vous eussiez
qu'il / alles eussent / eûtrent

ayaunt

ieu¹
caunter
(chanter)

je caunte
tu cauntes
il / alle caunte
no caunte
je cauntoums
vous cauntez
il / alles cauntent

je caunteis
tu caunteis
il / alle caunteit
nos caunteit
je cauntioums / caunteimes
vous cauntiez / caunteîtes
il / alles caunteient

je cauntis
tu cauntis
il / alle cauntit
nos cauntit
je cauntîmes
vous cauntîtes
il / alles cauntîtrent

je caunterai
tu caunteras
il / alle cauntera
nos cauntera
je caunteroums
vous caunterez
il / alles caunterount

je cauntereis
tu cauntereis
il / alle cauntereit
nos cauntereit
je caunterioums / cauntereimes
vous caunteriez / cauntereîtes
il / alles cauntereient

que je caunte
que tu cauntes
qu'il / alle caunte
que nos caunte
que je cauntioums
que vous cauntiez
qu'il / alles cauntent

que je cauntisse
que tu cauntisses
qu'il / alle cauntisse / cauntît
que nos cauntisse / cauntît
que je cauntissioums
que vous cauntissiez
qu'il / alles cauntissent / cauntîtrent

cauntaunt

caunté
acater
(acheter)

j'acate
t'acates
il / alle acate
nos acate
j'acatoums
vous acatez
il / alles acatent

j'acateis
t'acateis
il / alle acateit
nos acateit
j'acatioums / acateimes
vous acatiez / acateîtes
il / alles acateient

j'acatis
t'acatis
il / alle acatît
nos acatît
j'acatîmes
vous acatîtes
il / alle acatîtrent / acatîtent

j'acaterai
t'acateras
il / alle acatera
nos acatera
j'acateroums
vous acaterez
il / alles acaterount

j'acatereis
t'acatereis
il / alle acatereit
nos acatereit
j'acaterioums / acatereimes
vous acateriez / acatereîtes
il / alle acatereient

que j'acate
que t'acates
qu'il / alle acate
que nos acate
que j'acatioums
que vous acatiez
qu'il / alles acatent

que j'acatisse
que t'acatisses
qu'il / alle acatisse / acatît
que nos acatisse / acatît
que j'acatissioums
que vous acatissiez
qu'il / alles acatissent / acatîtrent

acataunt

acaté
maungier
(manger)

je maungeüe²
tu maungeües²
il / alle maungeüe²
nos maungeüe²
je maungeoums
vous maungez
il / alles maungeüent²

je maungeis
tu maungeis
il / alle maungeit
nos maungeit
je maungioums / maungeimes
vous maungiez / maungeîtes
il / alles maungeient

je maungis
tu maungis
il / alle maungît
nos maungît
je maungîmes
vous maungîtes
il / alles maungîtrent

je maungerai
tu maungerais
il / alle maungera
nos maungera
je maungeroums
vous maungerez
il / alles maungeront

je maungereis
tu maungereis
il / alle maungereit
nos maungereit
je maungerioums
vous maungeriez
il / alles maungereient

que je maungeüe²
que tu maungeües²
qu'il / alle maungeüe²
que nos maungeüe²
que je maungioums
que vous maungiez
qu'il / alles maungeüent²

que je maungisse
que tu maungisses
qu'il / alle maungisse / maungît
que nos maungisse / maungît
que je maungissioums
que vous maungissiez
qu'il / alles maungissent / maungîtrent

maungeaunt maungié

Notes :

  • ¹ : on entend quelquefois un z dans j'ai ieu comme si l’on disait j’ai-z-ieu pour j'ai eu, il en va de même aux autres personnes : il a-z-ieu pour il a eu et il ount-z-ieu pour ils ont eu.
  • ² : le verbe maungier (manger) est irrégulier, la présence d'un -u- dans je maungeüe, tu maungeües, il maungeüe (3 personnes du singulier) et il maungeüent (3e personne du pluriel) se retrouvant en ancien français dans le verbe mangier dont la conjugaison au présent de l'indicatif était : je manju, tu manjües, il manjut, nos manjons, vous mangiez, il manjüent. Cette particularité a disparu en français moderne et dans d'autres langues d'oïl ainsi qu'en francoprovençal mais s'est maintenue en normand.

Lexique et expressions[modifier | modifier le code]

Cette liste n'est pas exhaustive et vise à présenter quelques mots ou prononciations propres au normand.

  • à tantôt [a tɑ̃'to] : à cet après-midi ou à tout à l'heure
  • tout à l'heure : tout de suite (ou bientôt)
  • affaiter : assaisonner
  • un neir quien [un nɛr tʃi] ou [k(j)ɛ̃] : un chien noir. L'antéposition de l'adjectif exprimant la couleur existait en ancien français (influence syntaxique du germanique) et subsiste en poésie, etv elle reste la règle sur la côte ouest du Cotentin et en Normandie insulaire, tout comme en wallon. On en trouve des traces en cauchois par exemple ou « geler blanc » se dit blanc rimer
  • un quenâle [œ̃ knɑ:l] : un enfant
  • boujou [bujwu] : bonjour ou au revoir
  • goule [gwul] / [gul] : figure, visage
  • magène (ou plus anciennement imagène) : peut-être, vient de l'impératif du verbe imagènaer, « imaginer ».
  • croqué ou ahoquié [aʁ'ot͡ʃi] : accroché
  • broquer à travers le carreau (en normand : broquier à travers le carrel) : passer
  • eune moûque à miel (aussi orthographié maûque) : une abeille
  • travailleux coume pièche [piʃ] : travailleur comme personne
  • bavacheux : bavard ; de bavacher, bédasser : « bavasser », commérer
  • étivoquer (de étivoquier ou étiboquier) [etibɔ't͡ʃi] : taquiner
  • vésèye, vésouye : force
  • il coumencheit à yêtre chargié / cargié à drié : il commençait à être passablement enivré
  • trachier des pous à un vieûlard ou [tʁa'ʃi] : chercher le moindre motif de querelle
  • ch'est un bon gars, mais il se niereit dauns sa roupie ou [il se noierait dans sa morve] : C'est un bon garçon mais pas très intelligent
  • je sîs aussi fidèle que le quien l'est oû berquier ou [bɛʁka'lœ] : je suis aussi fidèle que le chien l'est au berger
  • un grand fallu : un grand benet
  • viens-t'en veir : viens voir
  • machu : têtu
  • se lêquer la groueye : s'embrasser avec effusion
  • béser la poûr : avoir peur
  • je sîs qu'un poure manaunt, bien malhéreux : Je ne suis qu'un pauvre manant bien malheureux
  • tei itout : toi aussi
  • mei n'tout ou mei nitout : moi non plus
  • v'là cor que le quien il pousse sus sa caîne : voilà encore que le chien tire sur sa chaîne
  • ch'est dreit cha ! ou [ʃe dʁɛ ʃa] : c'est tout à fait ça, tout à fait juste
  • y'a du fu dauns la queminèye ou chimenèye [ʃim'na] : il y a du feu dans la cheminée
  • redoubler : faire demi-tour
  • futiau : un hêtre
  • une bérouette : une brouette
  • coche : truie
  • fourquette : fourchette
  • viau : veau
  • mâquèse : tête (gueule)

Orthographe[modifier | modifier le code]

Il existe aujourd'hui trois orthographes standardisées du normand : normand continental (dont cotentinais; selon le système Lechanteur), jersiais (selon les dictionnaires Le Maistre (1966) et Société Jersiaise (2005)), guernesiais (selon le dictionnaire De Garis (1982)).

-oun, oum /ɔ̃:/
-aun, aum /aɔ̃/ ou /ɛ̃/ selon la région
e non accentué muet (autrefois représenté par l'apostrophe, et cela toujours dans les îles)
verbe en -er (et participe en ) (s'écrit -aï en guernesiais) /ɘ/ ou /o/ ou /e/ selon la région (// en guernesiais)
suivi de é ou i // au nord de la ligne Joret, /k/ au sud de la ligne Joret.

Les îles Anglo-Normandes, étant au nord de la ligne Joret, ont gardé le tch orthographique.

Le mot normand venu du latin canem (chien) s'écrit qùyin (à prononcer [quien] ou [tchi] selon les lieux) sur le continent et tchian selon l'orthographe insulaire.

suivi de é, i ou u // au nord de la ligne Joret, /ɡ/ au sud de la ligne Joret
ll suivant b, c, f, g, p (s'écrit li en jersiais) /j/
th (seulement en jersiais) /ð/ (en jersiais)
oué /we/
ouo /uo/, s'utilise en position accentuée, sinon remplacée par ou /u/ (coulaer mais je couole, journaée mais jouor)
âo //
iâo /jaʊ/
/y/ jusqu'à /œ:/ selon la région

Littérature[modifier | modifier le code]

Avant le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le Coup d'œil purin, de 1773.

Le Jersiais Wace est considéré comme fondateur de la littérature jersiaise au XIIe siècle. Béroul, Adam de Ros, André de Coutances, Beuve de Hanstone, Chandos, Chardry, Clémence de Barking, Denis Piramus, Éverard de Gateley, Geoffroy Gaimar, Guernes de Pont-Sainte-Maxence, Guillaume de Berneville, Guillaume le Clerc de Normandie, Jofroi de Waterford, John Gower, Jourdain Fantosme, Marie de France (poétesse), Nicholas Trivet, Nicole Bozon, Philippe de Thaon, Pierre d'Abernon, Pierre de Langtoft, Raüf de Lenham, Robert Biket, Robert de Gretham, Robert de Ho, Robert Grossetête, Wace, Sarrazin, Simon de Freine, Thomas d'Angleterre, Thomas de Kent, Turold ou Wilham de Waddington sont des auteurs de la littérature anglo-normande.

On retrouve de la littérature satirique ou polémique publiée à Rouen aux XVIe et XVIIe siècles dans ce qu’on appelle le parler purin : David Ferrand (1590? - 1660) a publié la Muse normande, collection d’écritures dans la langue du pays de Caux. Le coup d’œil purin est publié en 1773 à Rouen. Pierre Genty (1770 - 1821) représente le percheron, langage du Perche.

À partir du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En Normandie insulaire[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle a vu un nouvel élan dans la littérature régionale dans laquelle les auteurs insulaires comme George Métivier (Guernesiais, 1790-1881) et Robert Pipon Marett (Jersiais, 1820-1884) jouaient un rôle important.

Pendant son exil à Jersey et à Guernesey, Victor Hugo s’intéressait à la langue des pêcheurs insulaires et accueillait les auteurs normands des îles. À Jean Sullivan (1813-1899), auteur jersiais, Hugo a écrit en 1864 que le jersiais est une « précieuse langue locale » et dans son Archipel de la Manche, il a écrit : « Quant au patois, c'est une vraie langue, point méprisable du tout. Ce patois est un idiome complet, très riche et très singulier. »

En prenant le mot normand pieuvre qu’il avait entendu lors de ses entretiens avec les Jersiais et Guernesiais pour s’en servir dans son roman Les Travailleurs de la mer, il avait popularisé ce régionalisme qui se glissera par la suite en français.

En Normandie continentale[modifier | modifier le code]

Littérature normande.

Les érudits normands, dans le cadre des sociétés savantes, se sont intéressés, comme Hugo, aux diverses formes de patois et dialectes présents en Normandie continentale. Le romancier Jules Barbey d'Aurevilly émaillait ainsi certaines de ses œuvres, en particulier celles qui se passent dans le Cotentin, avec des mots entendus dans la campagne et tirés de la langue normande.

Dans les années 1890-1910, la vogue folklorique envahit le Cotentin, et on doit à Alfred Rossel, chansonnier, des chansons transmises encore, en particulier Sus la mé, sorte d'hymne national du Cotentin (wikisource). Un Louis Beuve, normand de la région de Coutances, est séduit par cette pratique du chant appliqué au normand et entreprend d'écrire lui aussi des poèmes et des petits contes qu'il publie dans le Bouais-Jan à la fin des années 1890. Sa Graind Lainde de Lessay devient un poème prisé. Il publie ensuite plusieurs autres œuvres et initie à l'occasion des fêtes du Millénaire (du rattachement de Cotentin à la Normandie) en 1933, le « Souper des Vikings » où le normand était la seule langue tolérée. Il fait des émules dans la littérature normande avec des Jean-Baptiste Pasturel (de Périers), Alfred Noël (de Valognes) et finalement, dans une seconde génération, des Gires Ganne (Fernand Lechanteur) et Côtis-Capel (abbé Albert Lohier). Fernand Lechanteur unifie les orthographes jusque-là utilisées en la raisonnant[10]. Côtis-Capel ouvre la voie à une littérature normande débarrassée des traits folkloriques du paysan normand. Par ses poèmes, le poète appuie sur la rudesse des hommes normands, sur leur fierté, mais aussi sur leur cœur et leur âme. Dans son sillage, André Louis publie le premier roman entièrement en normand : Zabeth.

Le pays de Caux a vu une abondante littérature en normand cauchois. Parmi les éditions: Les idées de Magloire (1913) d'Ernest Morel, Les histouères de Thanase Pèqueu de Gabriel Benoist en 1932, et en 1925 Les Terreux de Gaston Demongé.

Enfin, dans de nombreux romans et nouvelles de Guy de Maupassant se déroulant au pays de Caux ou alentours comme Toine, les personnages locaux s'expriment parfois en Cauchois mais avec de nombreuses erreurs grammaticales (conjugaison) volontaires ou non, et souvent une phonétique impropre (ex : ou lieu de mei). Maupassant mélange le cauchois à des formes populaires de français (par exemple: « quelque » devient quèque, alors qu'un cauchois dirait queuque ou encore « où est-ce qu'elle se trouve? » devient ousqu'elle est?, alors qu'en cauchois on dit ouyou qu'elle est?, etc.). En réalité, il désirait se faire comprendre de lecteurs s'exprimant en français standard.

Auteurs[modifier | modifier le code]

Maurice Fernand Lesieutre.

Exemples d'auteurs de la littérature d'expression normande :

auteur de Arseine Toupétit
  • Jehan Le Povremoyne (Ernest Coquin 1903-1970, du Havre)
  • Fernand Lechanteur, dit Gires-Ganne (1910-1971, d’Agon-Coutainville
  • Frank Le Maistre (1910-2002, de Jersey)
    • auteur et lexicographe, Dictionnaire Jersiais-Français (1966)
  • Christian Lambert (1912-2000, de Livarot)
    • auteur des Radotages de Maît' Jules dans L'Éveil de Lisieux dont une collection en 1984
  • Arthur de la Mare (1914 - 1994, de Jersey)
    • diplomate, auteur
  • Côtis-Capel (Albert Lohier 1915-1986, de Cherbourg)
    • Rocâles (1951), A Gravage (1965), Raz Bannes (1971), Graund Câté (1980), Les Côtis (1985), Ganache (1987); gagne le Prix littéraire du Cotentin en 1964
  • René Saint-Clair (né 1923, du Cotentin)
  • Aundré J. Desnouettes (André Dupont) : L'Épopée cotentine, monument épique de 4628 vers en normand, en 1968.
  • André Louis (1922-1999) : Zabeth, roman paru en 1969. C'est le premier roman en normand.
  • Aundré Smilly (Hippolyte Gancel, né en 1920). Il a publié Flleurs et plleurs dé men villâche en deux volumes 1982-1986 (sept nouvelles formant un roman).
  • Marcel Dalarun, né en 1922. Recueil de poèmes et de chansons publiés sous le titre A men leisi, en 2004.
  • Alphonse Allain, né en 1924, à Cherbourg. Il a publié 5 recueils de poèmes et de contes.
  • Les revues Le Boués-Jaun, La Voix du Donjon, Le Viquet (Manche), Le Pucheux (ISSN 0248-6474) (pays de Caux) publient régulièrement des productions littéraires en normand.
  • À Cherbourg et à Caen, des radios proposent des émissions régulières en langue normande.
  • L'association Magène, établie dans le Cotentin, a produit plus de 12 CD de chansons d'hier et d'aujourd'hui en normand.
  • Mickaël Duval (né en 1966), traducteur de Hergé en Normand et Brayon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Beaucoup [de Vikings] seraient venus s'établir en Normandie, amenant avec eux des Anglo-Saxons, qu'ils avaient pris à leur service ou qui, dans un contexte historique inconnu, s'étaient associés à leur sort ; peut-être même aussi avaient-ils retrouvé dans cette province d'autres Vikings venus directement de Scandinavie. Quoi qu'il en soit, le terme « anglo-scandinave » semble pouvoir caractériser l'ethnicité des Vikings et la toponymie le confirme aussi puisqu'elle revèle en Normandie la coexistence d'appellatifs anglo-saxons et scandinaves, qu'il est du reste souvent difficile de distinguer entre eux en raison de la parenté des parlers germaniques. » dans François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Editions Picard 1986. p. 44.
  2. Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, Editions Ouest-France université 1989. p. 198.
  3. « La colonisation scandinave avait été strictement masculine, et la langue de la famille, née des couples mixtes, a très vite été la langue de la mère, c'est-à-dire la langue romane langue d'oïl de la région, surtout après la conversion des Normands [c'est-à-dire Vikings] au Christianisme. » dans Henriette Walter, L'Aventure des mots français venus d'ailleurs, éditions Robert Laffont, p. 95.
  4. Charles Bruneau, Monique Parent, Gérard Moignet. Petite histoire de la langue française : des origines la révolution. Page 34. A. Colin, 1969.
  5. a et b Caroline Laske, « Le law french, un idiome protégeant les privilèges du monde des juristes anglais entre 1250 et 1731 », Corela. Cognition, représentation, langage, no HS-26,‎ , (paragraphe 7) (ISSN 1638-5748, DOI 10.4000/corela.6773, lire en ligne, consulté le 4 février 2020)
  6. L'enseignement du normand dans le Nord-Contentin →Étude des pratiques et des attitudes linguistiques
  7. [Clapin] Dictionnaire canadien-français (1894) de Sylva Clapin (1853-1928) - http://www.dicocf.ca [Decorde] Dictionnaire du patois du pays de Bray (1852) de Jean-Eugène Decorde (1811-1881) - http://gutenberg.ca/ebooks/decorde-dictbray/decorde-dictbray-00-h-dir/decorde-dictbray-00-h.html [Dunn] Glossaire franco-canadien (1880) d'Oscar Dunn (1845-1885) - http://www.dicocf.ca/ [GPFC] Glossaire du parler français au Canada (1930) de la Société du parler français au Canada - http://www.dicocf.ca/
  8. René Lepelley, La normandie dialectale, Presses universitaires de Caen 1999.
  9. Patrice Brasseur, « Limites dialectales en Haute-Normandie », in Études normandes, n°3, 1982, p. 20 - 21.
  10. F. Lechanteur, « Remarques sur l'orthographe... » dans : Louis Beuve, Œuvres choisies, Saint-Lô : Jacqueline, 1950, p. 19-26.
  11. Les Falaises de la Hague, Lebarbenchon 1991, Caen, (ISBN 2-9505884-0-9)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]