Ferdinand le Catholique

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Ferdinand II
Ferdinand le Catholique
Ferdinand le Catholique
Titre
Roi de Castille

(29 ans 11 mois et 13 jours)
En tandem avec Isabelle Ire (1474-1504)
Prédécesseur Henri IV
Successeur Jeanne Ire et Philippe Ier
Roi d'Aragon

(37 ans et 3 jours)
Prédécesseur Jean II
Successeur Jeanne Ire et Charles Ier
Roi de Naples

(12 ans et 25 jours)
Prédécesseur Louis IV
Successeur Jeanne III et Charles IV
Roi de Navarre
Prédécesseur Catherine Ire
Successeur Couronne d'Aragon
Biographie
Dynastie Maison de Trastamare
Date de naissance
Lieu de naissance Sos (Aragon)
Date de décès (à 63 ans)
Lieu de décès Madrigalejo (Castille)
Sépulture Chapelle royale de Grenade
Père Jean II, roi d'Aragon
Mère Jeanne Enríquez
Conjoint Isabelle Ire, reine de Castille
(1469-1504)
Germaine de Foix
(1505-1516)
Enfants Isabelle d'Aragon
Jean d'Aragon
Jeanne Ire Red crown.png
Marie d'Aragon
Catherine d'Aragon

Ferdinand le Catholique

Ferdinand II d'Aragon dit le Catholique (en castillan Fernando II el Católico ; en catalan Ferran el Catòlic), né le à Sos (aujourd'hui Sos del Rey Católico) et mort le à Madrigalejo, est roi de Castille et León de 1474 à 1504 (par mariage, sous le nom de Ferdinand V), roi d'Aragon, de Valence, de Majorque, de Sardaigne et de Sicile et comte de Barcelone de 1479 à 1516 (de son propre chef), comte de Roussillon et de Cerdagne de 1493 à 1516, et enfin roi de Naples en 1503.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils du roi Jean II d'Aragon (1398-1479) et de sa seconde épouse Jeanne Enríquez (1425-1468), Ferdinand hérite des possessions de la couronne d'Aragon à la mort de son demi-frère Charles d'Aragon qui s'était rebellé contre leur père, le prince de Viane, héritier de la Navarre, en 1461. En 1466, il atteint sa majorité. Deux ans plus tard, il est nommé roi de Sicile[1].

Un mariage très contesté[modifier | modifier le code]

Le , il épouse secrètement à Valladolid la future Isabelle Ire de Castille (1451-1504). En effet, le roi de Castille, Henri IV, et demi-frère d'Isabelle est opposé à cette union. Celui-ci préfère comme son frère aîné, Charles d'Aragon[2]. Mais il meurt prématurément, peut-être empoisonné. Ferdinand a eu aussi d'autres concurrents : Louis XI souhaite éloigner son frère cadet, le duc de Berry, Edouard IV d'Angleterre propose également son frère. Le roi de Portugal Jean II est un candidat plus sérieux.

À cette époque, Ferdinand, malgré ses dix-sept ans, a déjà une maîtresse en titre qui lui a donné un enfant illégitime[3]. Une historiographie favorable à Isabelle a soutenu son précoce génie politique : elle aurait compris le prodigieux avenir de l'union de la Castille et de l'Aragon. Mais Ferdinand n'est pas à cette époque le prétendant le plus riche et le plus puissant. Il n'est "que" le fils d'un roi aveugle, Jean II, dont le Roussillon a été livré en gage à Louis XI et dont les sujets catalans sont entrés en révolte. Il ne dispose pas de Naples (aux mains de son cousin) mais seulement de la Sicile. L'Aragon est un royaume plus petit et moins peuplé que la Castille. Une alliance avec le roi du Portugal qui a entamé une expansion commerciale profitable en Afrique paraît plus intéressante[4]. Pourquoi donc l'avoir choisi ? Isabelle estime en fait que les Aragonais sont les seuls à soutenir ses droits de princesse héritière face à sa nièce.

Les promis, qui sont cousins au troisième degré, n'ont pas obtenu la dispense papale nécessaire et sont obligés de recourir une fausse bulle du défunt pape Pie II[5] fabriquée dès 1464 par le père de Ferdinand. Le pape aurait autorisé le jeune homme a épouser la jeune fille de son choix, laissant en blanc le nom de la fiancée. Le successeur de Pie II, Paul II, est en effet très favorable à Henri IV et ne répond pas aux demandes des ambassadeurs aragonais.

Ce mariage politique s'avère heureux, malgré les infidélités de Ferdinand qu'Isabelle tolère. Contrairement aux mariages princiers de cette époque, Isabelle et Ferdinand passent beaucoup de temps ensemble.

Néanmoins, sur le plan politique, le mariage est très impopulaire : en plus de la désapprobation du roi de Castille, il suscite celle des Grands de Castille et d'Aragon, très attachés à leur indépendance et privilèges. Chacun redoute la sujétion de l'autre. En dehors de la famille de Ferdinand, de l'archevêque et de l'amiral Enriquez, un petit nombre de Grands et de moindres seigneurs sont présents. Les fêtes sont joyeuses mais sans faste : il a fallu emprunter pour couvrir les frais.

Malgré tout, le mariage manque de légitimité : Isabelle et Ferdinand n'ont toujours pas obtenu l'accord du roi de Castille. Or, à cette époque, se marier sans l'accord de son suzerain signifie une trahison pure et simple. C'est de cette manière que l'entend son frère dans la lettre qu'il lui envoie en juin 1470 : Isabelle s'est mise en état de rébellion et sera traitée comme telle[6].

Pendant quatre ans, le couple erre de place forte en place forte. Il manque d'argent et de soutien, hormis celui de l'archevêque de Tolède. La mort du pape Paul II le 26 juin 1471 et l'avènement de Sixte IV, influencé par le vice-chancelier Rodrigo Borgia (le futur Alexandre VI) marquent un tournant : le couple est absous d'un acte qui aurait pu entraîné une excommunication. Malgré tout, l'accession au trône de Castille d'Isabelle n'est pas assurée : Henri IV reconnaît sa fille Jeanne comme unique héritière et les Grands ont fait le serment de la servir. Il aurait rédigé un testament dans ce sens mais Ferdinand l'aurait brûlé[7].

Union des royaumes d'Aragon et de Castille[modifier | modifier le code]

Les rois catholiques.

Ferdinand mène avec son épouse une guerre civile visant à déposséder la nièce de cette dernière, Jeanne la Beltraneja (1462-1530), fille du défunt roi Henri IV de Castille, mais dont la légitimité est contestée. Les contemporains pensent en effet que le roi était impuissant et que Jeanne est la fille illégitime de son favori, Beltrán de la Cueva (d'où son nom). Celle-ci a le soutien de son oncle, Alphonse V de Portugal, qui a décidé de l'épouser.

Le génie politique de Ferdinand et d'Isabelle fut capable de transformer[8],[9] la bataille indécise de Toro (1476)[10] en victoire politique[11],[12] garantissant le trône de Castille à Isabelle au détriment de Jeanne qui est enfermée dans un couvent.

En 1474, Isabelle monte sur le trône de Castille. Elle se proclame reine de Castille juste après les obsèques de son demi-frère (le 13 décembre), alors que Ferdinand est à Saragosse. Elle n'a pas jugé bon de le rappeler. Elle ne lui envoie d'ailleurs un message que trois jours plus tard. Cette force de caractère et cet esprit d'indépendance ulcèrent le jeune homme[13]. Comme tous les hommes de son époque, il ne considère pas qu'une femme puisse régner. Étant lui-même issu de la branche des Trastamare, il réclame donc pour son compte le trône de Castille. Il n'a donc pas du tout l'intention de respecter les conventions jurées lors de son mariage. Il quitte Saragosse et entre à Ségovie le 2 janvier 1475. Isabelle reste intraitable, ce qui provoque la colère de Ferdinand qui menace de partir. Elle explique que l'exclusion des femmes entraînera forcément celle de leur petite fille, Isabelle, née en 1471. Sous l'arbitrage du cardinal de Mendoza et l'archevêque de Tolède qui soutiennent la jeune femme, Ferdinand se laisse donc fléchir.

Un compromis est trouvé : Ferdinand est désigné roi de Castille mais c'est Isabelle qui exerce la réalité du pouvoir sur ses terres. Bien que Ferdinand réside en Castille, il ne peut procéder à aucune nomination civile ou militaire, ne donner aucun bénéfice ecclésiastique sans l'accord de sa femme[14]. Il s'engage en outre à respecter les coutumes de la Castille.

Cinq ans plus tard, à la mort de Jean II, Ferdinand accède au trône de la couronne d'Aragon. Les deux monarques règnent ensemble, même si les deux couronnes restent séparées. La concorde de Ségovie précise les droits respectifs des époux.

En 1479, il hérite donc des États de son père, et réunit ainsi sous son autorité presque toute l'Espagne.

Ferdinand et Isabelle mènent une politique religieuse coercitive en réorganisant en 1481 le Tribunal du Saint-Office de l'Inquisition et en décidant l'expulsion, en 1492, des Juifs non convertis vers l'Empire ottoman. Cette politique religieuse agressive est motivée par une piété sincère mais permet aux Rois Catholiques d'asseoir leur pouvoir (l'Inquisition relève de leur autorité et non de celle du pape) et remplit les caisses de l'État. En effet, l'Inquisition spolie les biens de tous ceux qu'elle emprisonne. Elle n'est abolie qu'en 1834.

À la mort d'Isabelle, Ferdinand devient le régent de la couronne de Castille au nom de sa fille Jeanne Ire de Castille, comme le prévoyait le testament d'Isabelle qui avait pressenti l'instabilité mentale de sa fille. Mais il se heurte à l'hostilité de la noblesse castillane qui lui substitue le mari de Jeanne, l'archiduc Philippe d'Autriche. Chacun essaie de profiter de la fragilité de Jeanne et de s'approprier le pouvoir. Son mari meurt en 1506. Des rumeurs circulent : le prince aurait été empoisonné après avoir bu un verre d'eau dans un contexte de forte chaleur et de fatigue (après une journée de chasse)[15]. Ferdinand reprend alors les rênes de la Castille, cette fois-ci au nom de son petit-fils le futur Charles Quint.

Une politique expansionniste en Europe et Méditerranée[modifier | modifier le code]

La conquête de la Navarre[modifier | modifier le code]

Remarié en 1505 à Germaine de Foix, Ferdinand annexe en son nom le sud de la Navarre en 1512, où règnent les princes français Jean III d'Albret et Catherine de Navarre. Ses prétentions s'appuient également sur le mariage de sa sœur Leonor avec Gaston IV de Foix.

C'est le duc d'Albe qui se charge des opérations militaires concrètes, au nom de Ferdinand d'Aragon. En 1515, les Cortès de Burgos décident le rattachement du petit royaume à la Couronne pour des raisons qui semblent obscures aujourd'hui. Dans les territoires continentaux dépendant de la Couronne de Castille, seule la Navarre est constituée en royaume autonome avec un vice-roi[16].

Jean d'Albret tente vainement de reconquérir son royaume : une première fois en 1512 avec des renforts français et une seconde en 1516. Il meurt à cette date. Les tentatives de reconquête et de revendications ne cessent pourtant pas à sa mort : son fils Henri II d'Albret (1503-1555) et sa petite-fille Jeanne d'Albret (1528-1572) ne reconnaissent pas cette conquête.

Les guerres d'Italie[modifier | modifier le code]

Les guerres d'Italie concernent l'extrême fin du XVe et le début du XVIe siècle. La France et les couronnes espagnoles se disputent le contrôle de la botte italienne divisée en de nombreux états concurrents. Pour les Français, il s'agit de contrôler à la fois le duché de Milan (contrôlé par les Sforza)[17] et le royaume de Naples, dirigé par une dynastie aragonaise qui a remplacé les Angevins en 1442. Le roi du moment est Ferrante. Celui-ci est le fils illégitime du roi d'Aragon Alphonse V le Magnanime. Parvenu à le faire reconnaître légitime par le pape, il le fait installer sur le trône de Naples tandis que l'Aragon échoit à son frère, Jean II, le père de Ferdinand.

Une première victoire aragonaise contre Charles VIII de France[modifier | modifier le code]

Le 29 août 1494, Charles VIII et son armée quittent Grenoble en direction de l'Italie pour prendre possession du royaume de Naples que le roi français considère comme sien. Au préalable, il a mené une politique diplomatique : il se concilie Ferdinand d'Aragon en lui abandonnant le Roussillon (que son père Louis XI avait conquis) par le traité de Barcelone en janvier 1493[18].

L'expédition de Charles VIII est un succès : dès le 22 février 1495, il entre dans Naples. Il n'a pas rencontré de grande résistance. L'historienne Arlette Jouanna avance deux raisons : d'abord une supériorité militaire française et enfin l'attitude des Italiens qui ont vu dans les Français des libérateurs. En effet, les barons napolitains se réjouissent de la chute de la dynastie aragonaise[19].

Mais ils se lassent rapidement et les Français commencent leur retraite. Ils quittent Naples le 20 mai 1495, emportant avec eux, entre autres trésors, la riche bibliothèque des rois napolitains[20]. Elle est marquée par la fameuse bataille de Fornoue, le 6 juillet 1495. Face à eux, une ligue a été conclue à Venise le 31 mars 1495. Elle rassemble le pape Alexandre VI, le duc de Milan, l'empereur Maximilien de Habsbourg et Ferdinand d'Aragon qui avait pourtant promis sa neutralité par le traité de Barcelone. C'est cette ligue qui est présente à Fornoue. Les garnisons laissées dans le royaume de Naples sont peu à peu délogées par le capitaine espagnol Gonzalve de Cordoue, surnommé el gran Capitan, aux ordres de Ferdinand d'Aragon. La dernière place forte tombe en 1497. Frédéric d'Aragon, surnommé Ferrante, recouvre donc son trône.

Une seconde victoire aragonaise contre Louis XII de France[modifier | modifier le code]

La mort de Charles VIII en 1498 ne signifie pas la fin des guerres d'Italie. Son successeur Louis XII reprend sa politique. Il est conscient que Ferdinand d'Aragon est susceptible de s'opposer à son désir d'annexer le royaume de Naples. Il a donc l'idée d'un partage. L'accord secret est signé à Grenade, à la fin de l'année 1500[21]. Les deux rois conviennent d'attaquer le royaume ensemble : le roi de France obtiendrait Naples, la Terre de labeur et la province des Abruzzes, Ferdinand les Pouilles et la Calabre. Dès l'accord signé, le roi de France prépare ouvertement son armée. La victoire est rapidement consommée : Louis XII accorde le duché d'Anjou et une pension à Ferrante contre le renoncement de son royaume. Très vite, les deux rois s'entre-déchirent pour la possession totale de Naples. La guerre éclate donc et dure deux ans. Elle se solde par une victoire espagnole.

En 1503, Ferdinand conquiert le royaume de Naples pour son propre compte. Suivant une politique aragonaise traditionnelle[22], il place sur le royaume un vice-roi. Le premier est Gonzalve de Cordoue. Mais le roi estime que son général est trop populaire et puissant. Avec une grande habileté, il le rappelle en Espagne et le confine dans une retraite dorée. L'armée doit rester un instrument au service de la couronne[23].

Malgré tout, les Français restent présents dans le duché de Milan. Un équilibre s'instaure même entre les deux rois puisque Ferdinand, veuf d'Isabelle, épouse la nièce du roi de France, Germaine de Foix.

Reconquista et croisade en Afrique[modifier | modifier le code]

Un idéal médiéval toujours présent[modifier | modifier le code]

L'idéal de croisade et de reconquista est très fort dans la péninsule ibérique depuis le VIIIe siècle (l'invasion arabe remonte en 711). Ferdinand et son épouse, en s'attaquant au dernier état musulman, ne font que poursuivre une politique traditionnelle.

La prise de Grenade[modifier | modifier le code]

En 1492, Isabelle et Ferdinand réalisent la conquête du royaume de Grenade (300 000 habitants), ce qui leur vaut de se voir décerner le titre de « Rois Catholiques » par le pape Alexandre VI, signant ainsi la fin de la Reconquista. Le , les clefs de Grenade, dernier bastion des Maures, sont officiellement remises aux Rois catholiques. La guerre a duré dix ans.

Après cet acte qui clôt la Reconquista en péninsule ibérique, ils peuvent préparer l'expansion espagnole par le soutien apporté aux expéditions de Christophe Colomb. Pour autant, les expéditions américaines n'empêchent pas celles d'Afrique.

La poursuite de la Reconquista en Afrique[modifier | modifier le code]

Comme l'a montré Fernand Braudel[24], la chute de Grenade ouvre les portes de l'Afrique (via la maîtrise du détroit de Gibraltar) aux Espagnols. L’expansion au-delà du détroit de Gibraltar semble naturelle aux Espagnols, dans la mesure où il s’agissait de provinces autrefois romaines[25]. Tous se souviennent que ces terres avaient été autrefois chrétiennes et que l’un des plus grands Pères de l’Église, Saint Augustin (354-430) avait été évêque à Hippone, ville aujourd’hui en ruines située près d’Annaba.

Cette idée est renforcée par le testament d’Isabelle la Catholique qui, à partir de 1504, oriente définitivement la politique extérieure de l’Espagne vers une guerre sainte contre l’Islam et un contrôle militaire de l’Afrique du Nord[26]. Cette certitude du soutien divin se trouve renforcée par une pénétration espagnole aisée, consécutive à la fragilité même de l’Afrique, qui souffre d’une faiblesse militaire évidente[27] et d’une grande instabilité politique liée à l’opposition des trois familles régnantes (les Wattasides de Fez, les Zayanides de Tlemcen[28] et les Hafsides de Tunis dont le royaume est en désagrégation depuis la fin du XVe siècle)[29].

La Reconquista se poursuit donc sur ce continent : en 1497, Mellila est prise, en 1505 c'est au tour de Mers-el Khébir, Peñón de Vélez de la Gomera en 1508, Oran en 1509, Bougie et Tripoli, à l’autre extrémité de l’Afrique du Nord, l’année suivante en 1510.

Cette même année, face à la poussée espagnole, Alger et Tunis préférèrent conclure un accord et se soumettent à la suzeraineté de Ferdinand le Catholique. Et même si les Espagnols ne parviennent pas, en 1510, à installer une garnison à Jerba (los Gelves), ni une autre l’année suivante sur les îles Kerkennah, ce qui aurait permis de compléter la chaîne discontinue des présides, à ces échecs près, toute la rive sud de la Méditerranée, dès 1511, est placée sous la domination de l’Espagne[30].

En 1510, Jules II attribue même à Ferdinand le titre de prestige, quoique tout à fait théorique, de roi de Jérusalem (alors aux mains des Mamelouks d'Égypte puis des Ottomans à partir de 1517).

Cette politique africaine s'inscrit aussi dans l'expansion aragonaise en Méditerranée qui a commencé dès le XIIIe siècle. Les Aragonais ont étendu leur influence en Sicile et à Naples. Louis XII, qui a longtemps cherché à s'emparer de ce royaume, reconnaît finalement la possession de Naples par Ferdinand le Catholique. En 1510, le pape Jules II fait de même.

Le jeu des alliances en Europe[modifier | modifier le code]

Ferdinand cherche par tous les moyens à isoler une France expansionniste. Voulant consolider son alliance avec l'empereur Maximilien Ier, il donne sa fille Jeanne à Philippe (1496), tandis que son fils Jean, l'héritier potentiel des deux couronnes, est marié à Marguerite d'Autriche (1497). Ferdinand rétablit également des liens avec le Portugal en donnant sa fille Isabelle, à l'infant Alphonse, qui disparaît rapidement. Sa veuve est promptement remariée au nouveau roi Manuel Ier. Isabelle meurt en couche en 1498, et son fils meurt en 1500. Ferdinand donne au roi Manuel sa dernière fille, Marie. Enfin Catherine épouse Arthur Tudor, héritier de la couronne d'Angleterre, puis, à la mort de celui-ci, son frère, le futur Henri VIII.

Cette politique d'unions se montre peu efficace. Jean, héritier des deux couronnes de Castille et d'Aragon, meurt sans descendance l'année même de son mariage. La nouvelle héritière, Jeanne, commence à donner des signes de défaillance mentale. Son époux est nommé roi mais disparaît en 1506 et Jeanne en perd définitivement la tête (d'où son surnom de Jeanne la Folle). Ferdinand est alors rappelé comme régent de Charles, son petit-fils, élevé dans le comté de Flandre.

Dans son ambition d'isoler la France, la politique de Ferdinand est à l'origine de l'arrivée de la maison autrichienne des Habsbourg sur le trône d'Espagne.

Après la mort d'Isabelle, Ferdinand tente en vain d'obtenir la main de La Beltraneja, veuve d'Alphonse V de Portugal, dans l'espoir de reconquérir le trône de Castille. Ferdinand se tourne alors vers une princesse française, Germaine de Foix, afin de contrebalancer la future position dominante des Habsbourg en Europe par un rapprochement avec la France.

Ce rapprochement ne peut avoir lieu, Ferdinand entrant en conflit avec le roi Louis XII lors de l'invasion puis du partage de la Navarre (1512).

Mort de Ferdinand d'Aragon[modifier | modifier le code]

Un chroniqueur fait une rapide mention de l'empoisonnement de Ferdinand[31]. D'après lui, il serait tombé malade après avoir bu une potion de fertilité donnée par Germaine de Foix : "Et la cour étant dans cette ville, durant le mois de mars, et le roi Ferdinand à Carrioncillo, lieu éloigné de Medina d’une lieue, lieu agréable et abondant en gibier, il se reposait avec la reine Germaine sa femme ; en conséquence son Altesse eut tellement envie d’avoir une descendance, en particulier un fils qui hériterait des royaumes d’Aragon que la reine lui fit donner certains breuvages à base de testicules de taureau et de choses de médecine qui aidaient à avoir une descendance ; car on lui laissa entendre que leur action serait immédiate. Même si certains pensèrent que du poison lui avait été donné"[32].

Ainsi, Germaine de Foix voulant améliorer les performances de son époux dont elle n'a eu qu'un fils mort-né, demande à Isabel de Velasco de préparer un breuvage à base de testicules de taureau, et de cantharidine. Rappelons que la cantharidine est une substance tirée d’un insecte, la mouche dite d’Espagne ou de Milan, célèbre depuis l’Antiquité pour ses propriétés aphrodisiaques : une poudre faite à partir de l’insecte était reconnue alors comme propice aux érections. Cependant, une surdose peut être mortelle. Ferdinand n’en réchappa pas. Surdose involontaire ou empoisonnement, le doute plane dans les écrits historiographiques d’alors[33].

Bilan[modifier | modifier le code]

Ferdinand élève l'Espagne au plus haut point de puissance, agrandit la puissance royale, abaisse la haute noblesse et rend aux lois toute leur force ; en outre, il mérite le surnom de Catholique par son ardeur à combattre les Infidèles ; mais on lui reproche sa versatilité et sa fourberie, qui lui valent aussi le surnom de Rusé : il se joue de la bonne foi de Charles VIII et de Louis XII, se montrant tantôt leur allié et tantôt leur ennemi. Il aurait inspiré Le Prince de Machiavel. Il est habilement secondé dans ses entreprises par son ministre, le cardinal Ximénès, et dans ses conquêtes par son général Gonzalve de Cordoue.

Le jeu compliqué et hasardeux des alliances matrimoniales a rassemblé les Espagnes de façon imprévue. À sa mort en 1516, Ferdinand laisse un empire immense mais fragile à son petit-fils Charles Quint, premier véritable roi des Espagnes. En effet, l'union de l'Aragon et de la Castille n'est que personnelle et à la mort des deux souverains tout est remis en question par la folie de leur héritière, Jeanne la Folle. Charles le Quint est trop jeune pour régner  : la vacance du pouvoir se fait sentir. Elle explique la conquête désordonnée des Antilles où de nombreux abus sont commis. Ferdinand avait en outre tenté de faire de son second petit-fils, Ferdinand, qu'il a élevé lui-même, roi d'Aragon mais les Cortès en ont décidé autrement. La naissance du fils de Germaine de Foix a aussi brièvement remis en question l'union des royaumes espagnols. Il faut souligner l'extraordinaire chance de Charles Quint qui a réuni toutes les couronnes et qui ne tient pas à un calcul politique.

Descendance[modifier | modifier le code]

De son union avec Isabelle, Ferdinand a cinq enfants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tarsicio de AZCONA, « FERDINAND II LE CATHOLIQUE (1452-1516) - roi d'Aragon et de Sicile (1479-1516)  » », sur Encyclopædia Universalis
  2. Philippe Erlanger, Isabelle la Catholique, Editions Perrin,‎ , p. 37
  3. Philippe Erlanger, Isabelle la Catholique, Editions Perrin,‎ , p. 43
  4. Philippe Erlanger, Op cit, p. 44
  5. Philippe Erlanger, op cit, p. 52
  6. Philippe Erlanger, op. cit., p. 57
  7. Philippe Erlanger, op. cit, p. 63
  8. L’historien français Yves Renouard : « La bataille indécise de Toro (1476), que la propagande d’Isabelle transforma en victoire de ses armes, ruina à la fois les espoirs du roi de Portugal et ceux de l’Infanta Jeanne. » in Orestes Ferrara, L'avènement d'Isabelle la Catholique, Bulletin hispanique, volume 62, numéro 1, p.89, Faculté des Lettres de l’université de Bordeaux-III, 1960.
  9. L’historien français Philippe Erlanger : « Qui gagna [la bataille de Toro] ? Chacun se déclara vainqueur (…). Isabelle connaissait l'efficacité de la propagande. Elle fit aussitôt chanter le Te Deum en l'église Saint-Paul de Tordesillas, où elle se rendit pieds nus ; elle organisa des fêtes, proclama à travers les Espagnes la nouvelle de son triomphe, en sorte que tout le monde y croyait lorsque fut connue une vérité moins évidente. (…)Cette fausse manœuvre, et non le succès de leurs armes à Toro, donna leur royaume à Isabelle et Ferdinand. » in Isabelle la Catholique dame de fer in Historama, nr 40, 1er juin 1987.
  10. Heinrich Schaeffer : « [le prince portugais] Joao …, attaqua les six petites divisions des Castillans [l’aile droite Castillan]. (...) Ces derniers reçurent l’ennemi vaillamment; mais séparés en plusieurs corps, tandis que les escadrons du prince, la fleur de la noblesse Portugaise, formaient une masse compacte..., ils ne purent longtemps résister à des charges impétueuses. Les Castillans commencèrent à fuir ; beaucoup furent tués, quelques-uns blessés, le reste se réfugie dans le corps oú se trouvait le Roi [Ferdinand, au centre]. (...) [Dans le centre commandée par Afonso V, et aussi dans l’aile droite portugaise]... s'engagea une lutte sanglante et acharnée;... les Portugais furent mis en désordre... Les deux rois avaient quitté le champ de bataille avant que l’action fût décidée... Affonso, voyant tomber la bannière royale... après la défaite du corps qu’il dirigeait... se tourna vers Castroñuno. (...). À la fin, le prince [João] resta seul sur le champ de bataille en vainqueur après la défaite du corps principal [Portugais]. Jusqu’au moment de cette défaite, João avait poursuivi les six divisions battues par lui. » in Histoire de Portugal, traduit de l’allemand en français par H. Soulange-Bodin, Adolphe Delahays, libraire-editeur, Paris, 1858, p. 553-556.
  11. L’historien espagnol Ignacio Olagüe : «...Il y eut une bataille indécise à Toro… ; mais le Portugais, devant le dynamisme de Ferdinand, aidé par le cardinal Mendoza qui était passé dans son camp, abandonna la partie. » in Histoire d’Espagne, Éditions de Paris, 1958, p.192.
  12. L’historien britannique Townsend Miller : « Mais, si le résultat de [la bataille de] Toro, militairement, est discutable, il n’y a pas de doute quant à ses énormes effets psychologiques et politiques » in The battle of Toro, 1476, in History Today, volume 14, 1964, p.270
  13. Philippe Erlanger, op. cit, p. 68
  14. Philippe Erlanger, op cit., p.52
  15. Flora Ramires, « "Le poison chez les Trastamare" », Cahiers de recherches médiévales, no 17,‎ , p. 53 - 69
  16. Jean-Michel Sallmann, « "Les royaumes américains dans la Monarchie catholique" », Nouveau monde, mondes nouveaux,‎
  17. Arlette Jouanna, La France du XVIe siècle (1483 - 1598), Quadrige, PUF,‎ , p. 171
  18. Arlette Jouanna, op. cit, p. 172
  19. Arlette Jouanna, op. cit,‎ p. 147
  20. Jean-Louis Fournel et Jean Claude Zancarini, Les guerres d'Italie - Des batailles pour l'Europe (1494 - 1559), Gallimard,‎ , p. 24
  21. Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, op. cit. p. 38
  22. Jean-Michel Salmann, « "Les royaumes américains dans la monarchie espagnole" », Nouveau Monde, Mondes nouveaux,‎
  23. Jean Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, op. cit. p. 41
  24. Fernand Braudel, « Les Espagnols et l’Afrique du Nord de 1492 à 1577 », première édition en 1928, réédition in Autour de la Méditerranée. Les écrits de Fernand Braudel, Tome I, 1996, p.35., Paris, Fallois,‎
  25. (es) Rodrigo Sánchez de Arévalo, Histoire hispanique,‎
  26. « y ruego y mando a la princesa mi hija, y al principe su marido, que como catolicos principes tengan mucho cuidado de las cosas de la honra de Dios y de su Santa Fe (…) y que no cesen de la conquista de Africa y de pugnar por la Fe contra los Infieles… ».
  27. Fernand Braudel, "Les Espagnols et l'Afrique du Nord..." op. cit, p. 49
  28. René Lespès, Alger. Études de géographie et d’histoire urbaine, Paris, Félix Alcan,‎ , p. 103 p.
  29. (es) Carlos Navarro y Rodrigo, El cardenal Cisneros, Madrid, Sarpe,‎
  30. Anne Brogini et Maria Ghazali, « "Un enjeu espagnol en Méditerranée : les présides de Tripoli et de La Goulette au XVIe siècle" », Cahiers de la Méditerranée, no 70,‎ , p. 9 - 43
  31. Alonso de Santa Cruz, Crónica de los Reyes Católicos,
  32. "Y estando la corte en esta villa, por el mes de março, y el rey don Fernando en Carrioncillo, lugar apartado de Medina por una legua, deleitoso y de mucha caça, holgándose con la reine Germana su muger ; donde como Su Alteza tuviese tanto deseo de tener generación, principalmente un hijo que heredase los reinos de Aragón, le hiço dar la Reina algunos potajes hechos de turmas de toro y cosas de medecina que ayudavan a hacer generación, porque le hicieron entender que se empeñaría luego. Aunque otros pensaron que les avían dado veneno, o tósigo". Alonso de Santa Cruz, op. cit
  33. Flora Ramires, « « Le poison chez les Trastamare » », Cahiers de recherches médiévales, no 17,‎ , p. 53 - 69

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages :

  • (fr) Heinrich Schaeffer, Histoire de Portugal, traduit de l’allemand en français par H. Soulange-Bodin, AdolpheDelahays, libraire-éditeur, Paris, 1858.
  • (fr) Ignacio Olagüe, Histoire d’Espagne, Éditions de Paris, 1958.
  • (fr) Baltasar Gracián, Le Politique Ferdinand le Catholique, traduit de l'espagnol par Joseph de Courbeville, éditions Gérard Lebovici, 1984 ; rééd. PUF, 2010.
  • (ca) Armand de Fluvià (préf. Josep M. Salrach), Els primitius comtats i vescomptats de Catalunya : Cronologia de comtes i vescomtes, Barcelone, Enciclopèdia catalana, coll. « Biblioteca universitària » (no 11),‎ , 238 p. (ISBN 84-7739-076-2), p. 37-38
  • (ca) Jaume Sobrequés i Callicó et Mercè Morales i Montoya, Contes, reis, comtesses i reines de Catalunya, Barcelone, Editorial Base, coll. « Base Històrica » (no 75),‎ , 272 p. (ISBN 978-84-15267-24-9), p. 176-185

Articles :

Chroniques :

Télévision :

  • Isabel [1]est une série dédiée aux Rois catholiques qui comprend trois saisons[2]. Le rôle de Ferdinand est interprété par Rodolfo Sancho.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. « Isabel, au cœur de l'histoire » (consulté le 4 août 2015)
  2. « Isabel, la fin d'une série culte »