Natalie Clifford Barney

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Natalie Barney

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Natalie Barney vers 1900

Nom de naissance Natalie Clifford Barney
Activités Femme de lettres
Naissance 31 octobre 1876
Dayton (Ohio) Drapeau des États-Unis
Décès 2 février 1972 (à 95 ans)
Paris Drapeau de la France

Natalie Clifford Barney (née le 31 octobre 1876 à Dayton (Ohio) - morte le 2 février 1972 dans le 1er arrondissement de Paris) est une femme de lettres américaine.

Elle écrivit des poésies, des mémoires et des épigrammes, mais croyait que c'était sa vie qui était sa véritable œuvre d'art. Ouvertement lesbienne, elle travailla à faire revivre une histoire littéraire des femmes. Particulièrement intéressée par les poésies de Sappho, elle essaya de recréer une école de femmes-poètes comme celle que cette dernière avait tenue à Mytilène.

On la connaît également pour ses nombreuses conquêtes amoureuses, dont la poétesse Renée Vivien, la danseuse et courtisane Liane de Pougy et la femme-peintre Romaine Brooks, sans oublier Colette. Par son indépendance d'esprit, sa liberté de mœurs, alliée à un charme exceptionnel, à beaucoup d'esprit et d'intelligence, Natalie Barney a joué un rôle important dans le Paris de la Belle Époque.

Pendant plus de soixante ans, son salon littéraire de la rue Jacob a accueilli les écrivains et artistes qui ont compté des deux côtés de l'Atlantique.

L'environnement familial[modifier | modifier le code]

La mère de Natalie Barney, Alice Pike (en), avait été fiancée à l'explorateur Henry Morton Stanley, mais, tandis que ce dernier était parti pour une expédition de deux ans, elle épousa à sa place Albert Clifford Barney, magnat américain des chemins de fer à Dayton, Ohio.

Aînée de deux filles (sa sœur cadette se prénommait Laura), elle était âgée de dix ans quand sa famille quitta l'Ohio pour Washington, D.C, passant l'été à Bar Harbor dans le Maine.

Une conversation avec Oscar Wilde, qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer pendant qu'il faisait une tournée de conférences en Amérique, lui inspira l'idée de s'intéresser à l'art plus sérieusement, cela contre la volonté de son mari.

Alice Pike étudia sous la direction de Carolus-Duran et de James McNeill Whistler, et exposa ses œuvres dans des galeries prestigieuses dont la Corcoran Gallery of Art. Dans les années suivantes, elle inventa et fit breveter des procédés mécaniques[1], écrivit et fit jouer plusieurs pièces et un opéra, et elle travailla pour favoriser les arts à Washington, D.C. Plusieurs de ses peintures figurent maintenant dans la collection du Smithsonian American Art Museum.

C'est une préceptrice qui éveilla l'intérêt de Natalie pour le français en lui lisant à haute voix des histoires de Jules Verne, l'incitant ainsi à apprendre cette langue afin de les comprendre.

Par la suite, elle et sa sœur s'installèrent très jeunes à Paris avec leur mère Alice ; elles furent alors envoyées à l'école Les Ruches, un internat fondé par la féministe Marie Souvestre. Devenue adulte, Natalie parlait français couramment et sans accent ; elle décida de rester à Paris, et presque toutes ses œuvres publiées furent écrites en français.

Une femme qui aimait les femmes[modifier | modifier le code]

Natalie in Fur Cape, portrait de Natalie Clifford Barney par Alice Pike Barney (en), en 1896.

À l'âge de 12 ans, elle se rendit compte qu'elle aimait les femmes et elle résolut alors de « vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût ».

En 1899, après avoir vu la courtisane Liane de Pougy à un spectacle de danse à Paris, elle se présenta chez elle dans un costume de page en annonçant qu'elle était un « page de l'amour » envoyé par Sappho. Bien que Pougy fût une des femmes les plus célèbres de France, à qui les hommes les plus riches et les plus titrés faisaient la cour, elle fut charmée de la témérité de Barney.

Liane de Pougy conçoit alors une passion très vive pour la jeune Américaine, qu'elle surnomme « moonbeam » (rayon de lune) en raison de la couleur argentée de ses cheveux. Durant une saison, les deux femmes vivent un amour passionné mais Natalie, peu encline à la fidélité, ne tarde pas à tromper Liane de Pougy, tant avec plusieurs des modèles féminins de sa mère qu'avec la poétesse Renée Vivien.

Elle évoque ces amours dans un recueil de poèmes illustré de dessins de sa mère et publié à compte d'auteur en 1900, Quelques portraits, sonnets de femmes, tandis que Liane de Pougy raconte son expérience dans un roman transparent, Idylle saphique. Édité en 1901, le livre devint le sujet de conversation du Tout-Paris et il fallut le réimprimer 70 fois dans la première année. À ce moment-là, cependant, les deux amantes avaient déjà rompu après s'être disputées à plusieurs reprises, parce que Barney voulait « sauver » Pougy de son existence de courtisane.

Une profusion d'aventures[modifier | modifier le code]

Le grand succès du livre est aussi un succès de scandale et Natalie Barney est aussitôt renvoyée aux États-Unis, où son père fait brûler tous les exemplaires de son recueil de poèmes qu'il trouve et cherche à la marier. Mais la jeune fille fait savoir qu'elle n'acceptera qu'un seul parti : lord Alfred Douglas, l'ancien amant d'Oscar Wilde.

Devant son entêtement, son père doit se résoudre à la laisser retourner à Paris où elle collectionne les aventures : Renée Vivien, Eva Palmer, Lucie Delarue-Mardrus, la poétesse anglaise Olive Custance (qui deviendra lady Douglas), Colette, la cantatrice Emma Calvé, l'actrice Henriette Roggers

En 1902, à la mort de son père, elle hérite d'une grosse fortune et peut louer une maison à Neuilly-sur-Seine où elle donne des fêtes païennes qui défraient la chronique et où se retrouvent la plupart de ses conquêtes – à l'exception de Renée Vivien, dégoûtée par ce qu'elle juge des « orgies » – mais aussi Pierre Louÿs, Isadora Duncan et son frère Raymond, Mata Hari

Elle s'installe en 1909 dans un pavillon situé au 20 rue Jacob, dont on dit qu'il aurait été construit par le maréchal de Saxe pour sa maîtresse, l'actrice Adrienne Lecouvreur.

Cette maison sera, pendant près de soixante ans, le cadre de ses célèbres « vendredis », un des derniers salons littéraires influents. On y verra régulièrement Auguste Rodin, Rainer Maria Rilke, Colette, James Joyce, Paul Valéry, Pierre Louÿs, Anatole France, Robert de Montesquiou, Edna St. Vincent Millay, Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Somerset Maugham, Radclyffe Hall, T. S. Eliot, Ford Madox Ford, Isadora Duncan, Ezra Pound, Virgil Thomson, Jean Cocteau, Max Jacob, André Gide, William Carlos Williams, Djuna Barnes, George Antheil, Janet Flanner, Nancy Cunard, Peggy Guggenheim, Mina Loy, Caresse et Harry Crosby, Marie Laurencin, Oscar Milosz, Paul Claudel, Adrienne Monnier, Sylvia Beach, Scott et Zelda Fitzgerald, Sinclair Lewis, Emma Calvé, Sherwood Anderson, Hart Crane, Alan Seeger, Mary McCarthy, Truman Capote, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar

À la fin avril 1909, elle rencontre, chez Lucie Delarue-Mardrus, la duchesse de Clermont-Tonnerre (âgée de trente-quatre ans), qu'elle initie un an plus tard au saphisme et avec qui elle noue des relations passionnées. En avril 1910, son recueil d'aphorismes, Éparpillements, assure sa réputation littéraire.

Remy de Gourmont, curieux de connaître l'auteur de ce livre, tombe amoureux de Natalie Barney à qui il adresse des lettres passionnées, qui seront plus tard réunies en volume sous le titre de Lettres à l'Amazone. C'est lui qui donne à Natalie ce surnom, « l'Amazone », qu'elle devait garder jusqu'à la fin de sa vie. Un surnom plutôt paradoxal pour cette passionnée d'équitation, qui a fait la Une des journaux américains, au début des années 1920, en galopant à travers Bar Harbor tout en menant un deuxième cheval à la bride devant elle, et en montant à califourchon au lieu d'être sagement en amazone

La plus longue liaison connue de Natalie Barney est celle qu'elle a entretenue avec la peintre Américaine Romaine Brooks, qu'elle a rencontrée vers 1914, et qu'elle trompera un temps avec Dolly Wilde, la nièce d'Oscar Wilde, à partir de 1937.

Son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale reste controversée, certains historiens la soupçonnant de complaisance à l'égard du fascisme et de Hitler, et de faire preuve d'antisémitisme [2].

Exilée quelque temps en Italie, elle retourne après la guerre à Paris où elle rouvre son salon littéraire qui reçoit des auteurs comme Truman Capote et Marguerite Yourcenar.

Dans les années 1950, Natalie Barney entame une liaison avec Janine Lahovary, l'épouse d'un ambassadeur roumain, sans pour autant renoncer à son amitié avec Romaine Brooks, qu'elle aide régulièrement.

Elle publie Souvenirs Indiscrets en 1960 puis Traits et Portraits en 1963.

Elle meurt le 2 février 1972.

Sa sœur Laura (en) fut également femme de lettres et épouse de l'écrivain français Hippolyte Dreyfus, spécialiste du baha'isme.

Témoignage contemporain[modifier | modifier le code]

« […] chez miss Barney, rue Jacob, qui habite une petite maison avec gazon, arbres, serre et d'un autre côté, avec un temple à l'amitié […]. Cet édicule est attribué à Adrienne Lecouvreur. Les coins de ce jardin sont tout ce qui reste paraît-il du jardin de Racine. La Champmeslé, Racine, Lecouvreur, tous ces souvenirs flottent dans les parages[3] »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Natalie Barney a écrit la plupart de ses livres en français.

  • Quelques portraits, sonnets de femmes, poèmes (1900)
  • Cinq Petits dialogues grecs (sous le pseudonyme de Tryphê) (1902)
  • Actes et entr' actes (1910)
  • Éparpillements (1910)
  • Je me souviens, roman (1910)
  • Pensées d'une Amazone ; Les sexes adverses, la guerre et le féminisme ; Choses de l'amour ; Pages prises au roman que je n'écrirai pas (1920)
  • Poems et poèmes, autres alliances (1920)
  • Aventures de l'esprit (1929)
  • Nouvelles pensées de l'Amazone (1939), réédité par les éditions Ivrea en 1996.
  • Souvenirs indiscrets (1960)
  • Un Panier de framboises (1979)
  • Traits et portraits. Suivi de l'Amour défendu (1963)

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je ne m'explique pas, je m'obéis. » - Éparpillements
  • « Je ne juge d'après leurs actes que ceux pour qui j'ai de l'antipathie. » - Éparpillements
  • « J'aime trop les commencements pour savoir aimer autre chose. » - Éparpillements

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Liste des brevets de Alice Pike Barney
  2. Suzanne Rodriguez, Wild Heart A Life. Natalie Clifford Barney's Journey from Victorian America to the Literary Salons of Paris, Harper Collins Publishers, 2002
  3. Abbé Mugnier, Journal, 10 mai 1915 (Mercure de France, 1985, p. 287)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Chalon, Chère Natalie Barney (Paris, Librairie générale française, 1995) ;
  • Jean Chalon, Portrait d'une séductrice (Paris, Stock, 1976) ;
  • Berthe ou un demi-siècle auprès de l'Amazone, souvenirs de la gouvernante de Natalie Barney recueillis et préfacés par Michèle Causse (Tierce, 1980).
  • (en) Jean L. Kling, Alice Pike Barney : Her Life and Art, Smithsonian Books,‎ 1994 (ISBN 978-1560983446)

Liens externes[modifier | modifier le code]