Natalie Clifford Barney

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Natalie Barney
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Natalie Barney vers 1900.

Nom de naissance Natalie Clifford Barney
Alias
l'Amazone
Naissance
à Dayton (Ohio) (Ohio) Drapeau des États-Unis
Décès (à 95 ans)
à Paris Ier Drapeau de la France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture anglais

Œuvres principales

  • Éparpillements
  • Pensées de l'Amazone
  • Aventures de l'esprit
  • Traits et Portraits

Natalie Clifford Barney est une femme de lettres américaine du XXe siècle, une des dernières salonnières parisiennes. Plus que ses poésies, mémoires et épigrammes, c'est sa vie qui est sa véritable œuvre d'art.

Fascinée par les poésies de Sappho et ouvertement lesbienne, elle a cherché à faire de son salon littéraire une nouvelle Mytilène, une école de femmes poètes qui réponde à une Académie française strictement masculine. Pendant plus de soixante ans, le 20 de la rue Jacob a revivifié un monde littéraire et artistique féminin, à travers les nombreuses conquêtes amoureuses de son hôtesse, telles la poétesse Renée Vivien, la courtisane Liane de Pougy, la mécène Élisabeth de Clermont-Tonnerre, le peintre Romaine Brooks, la romancière Colette, mais aussi des intellectuels qui ont compté des deux côtés de l'Atlantique, tels Salomon Reinach ou Gertrude Stein, homosexuels ou non mais favorables à la libération des mœurs et des arts. Par son indépendance d'esprit, sa liberté de mœurs, sa séduction, son goût pour les choses de l'esprit, sa fortune personnelle, elle a su donner dans le Paris de la Belle Époque et de l'Entre deux guerres un retentissement international à la cause féministe.

Biographie[modifier | modifier le code]

La fille d'une femme libérée (1876-1887)[modifier | modifier le code]

Natalie Clifford Barney à dix ans, en 1897, par Carolus-Duran.

La mère de Natalie Barney, Alice Pike (en), a été fiancée à l'explorateur Henry Morton Stanley, mais, alors que ce dernier est parti pour une expédition de deux ans, elle épouse à sa place Albert Clifford Barney, un magnat américain des chemins de fer à Dayton, Ohio.

Une conversation avec Oscar Wilde, qu'elle a l'occasion de rencontrer alors qu'il fait une tournée de conférences en Amérique, l'encourage sur la voie des études artistiques que son mari désapprouve. Bravant la volonté de celui ci, Alice Pike s'y met sérieusement. Elle apprend la peinture auprès de Carolus-Duran et de James McNeill Whistler, et finit par exposer ses œuvres dans des galeries prestigieuses, dont la Corcoran Gallery of Art. Dans les années suivantes, elle invente et fait breveter des procédés mécaniques[1]. Elle écrit et fait jouer plusieurs pièces et un opéra et travaille également à favoriser les arts à Washington. Plusieurs de ses peintures figurent aujourd'hui dans la collection du Smithsonian American Art Museum.

Alice Pike (en) confie ses filles à une préceptrice. Celle ci éveille l'intérêt de la petite Natalie pour le français en lui lisant à haute voix des histoires de Jules Verne, lecture habituellement réservée aux petits garçons. Le désir de les comprendre la pousse à apprendre cette langue .

Âgée de dix ans, Natalie Clifford Barney quitte l'Ohio avec sa famille pour Washington et passe l'été à Bar Harbor dans le Maine. Quelque temps plus tard, Alice part vivre avec ses deux filles, Natalie et la cadette Laura à Paris. Elle les inscrit à l'École des ruches, un internat fondé par la féministe Marie Souvestre. Devenue adulte, Natalie parle français couramment et sans accent. Elle décide de rester à Paris, et presque toutes ses œuvres publiées seront écrites en français.

Une femme qui se découvre aimant les femmes (1888-1900)[modifier | modifier le code]

Natalie in Fur Cape, portrait par Alice Pike Barney (en) de Natalie Clifford Barney à vingt ans, en 1896.

À douze ans, Natalie se rend compte qu'elle est homosexuelle, que ce sont les les femmes qu'elle aime. Elle prend alors la résolution de « vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût ».

En 1899, après avoir vu à Paris la danseuse Liane de Pougy à un spectacle de music-hall, elle se présente chez celle ci en costume de page et fait annoncer un « page de l'amour » envoyé par Sappho. Liane de Pougy, courtisée par les hommes les plus riches et les plus titrés, est l'une des grandes horizontales les plus célèbres mais elle se laisse toucher par la témérité de la jeune fille. La cocotte se prend d'une passion très vive pour la jeune Américaine à la blondeur argentée, qu'elle surnomme « moonbeam » (rayon de lune). Les deux femmes vivent durant quelques mois un amour passionné, mais Natalie, peu encline à la fidélité, ne tarde pas à s'éprendre d'autres femmes, des modèles féminins qui posent pour sa mère mais surtout la poétesse Renée Vivien, qui a produit une traduction inégalée de Sapho.

Natalie évoque ces amours dans un recueil de poèmes Quelques portraits, sonnets de femmes, illustré de dessins de sa mère et publié à compte d'auteur en 1900. Liane de Pougy de son côté raconte son expérience dans un roman évocateur, Idylle saphique. Édité en 1901, le livre alimente les conversations du Tout-Paris, et doit être réimprimé soixante dix fois la même année, alors que, Natalie voulant « sauver » Pougy de son existence de courtisane, les deux amantes ont déjà rompu après plusieurs disputes.

L'amour libre (1901-1908)[modifier | modifier le code]

Nénuphar, illustration d'Alice Pike (en) pour le livre scandaleux de sa fille.

Le grand succès du livre est aussi un succès de scandale, Natalie Barney est aussitôt renvoyée aux États-Unis, où son père fait brûler tous les exemplaires du recueil de poèmes qu'il trouve, et cherche à la marier. Mais la jeune fille réplique à son père qu'elle n'acceptera qu'un seul parti : lord Alfred Douglas, l'ancien amant d'Oscar Wilde.

Devant cet entêtement, son père se résout à la laisser revenir à Paris où elle collectionne les aventures : Renée Vivien, Eva Palmer (en), Lucie Delarue-Mardrus, la poétesse anglaise Olive Custance, future lady Douglas, l'écrivaine Colette, la cantatrice Emma Calvé, l'actrice Henriette Roggers

En 1902, son père mort, Natalie Clifford Barney hérite d'une grosse fortune et peut louer une maison à Neuilly-sur-Seine où elle donne des fêtes païennes qui défraient la chronique. La plupart de ses conquêtes – à l'exception de Renée Vivien, dégoûtée par ce qu'elle juge des « orgies » – Pierre Louÿs, Isadora Duncan et son frère Raymond, Mata Hari et d'autres encore s'y retrouvent.

Le salon de l'Amazone (1909-1939)[modifier | modifier le code]

Le Temple de l'Amitié, 20 rue Jacob, en 1910.

Elle s'installe, en 1909, dans un pavillon au 20 rue Jacob, dont on dit qu'il aurait été construit par le maréchal de Saxe pour sa maîtresse, l'actrice Adrienne Lecouvreur.

« […] chez miss Barney, rue Jacob, qui habite une petite maison avec gazon, arbres, serre et d'un autre côté, avec un temple à l'amitié […]. Cet édicule est attribué à Adrienne Lecouvreur. Les coins de ce jardin sont tout ce qui reste paraît-il du jardin de Racine. La Champmeslé, Racine, Lecouvreur, tous ces souvenirs flottent dans les parages[2] »

Cette maison sera, pendant près de soixante ans, le cadre de ses célèbres « vendredis », un des derniers salons littéraires influents. Viendront régulièrement Salomon Reinach, Auguste Rodin, Rainer Maria Rilke, Colette, James Joyce, Paul Valéry, Pierre Louÿs, Anatole France, Robert de Montesquiou, Edna St. Vincent Millay, Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Somerset Maugham, Radclyffe Hall, T. S. Eliot, Ford Madox Ford, Isadora Duncan, Ezra Pound, Virgil Thomson, Jean Cocteau, Max Jacob, André Gide, William Carlos Williams, Djuna Barnes, George Antheil, Janet Flanner, Nancy Cunard, Peggy Guggenheim, Mina Loy, Caresse et Harry Crosby, Marie Laurencin, Oscar Milosz, Paul Claudel, Adrienne Monnier, Sylvia Beach, Scott et Zelda Fitzgerald, Sinclair Lewis, Emma Calvé, Sherwood Anderson, Hart Crane, Alan Seeger, Mary McCarthy, Truman Capote, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar

À la fin avril 1909, elle rencontre, chez Lucie Delarue-Mardrus, la duchesse de Clermont-Tonnerre, âgée de trente-quatre ans, qu'elle initie, un an plus tard, au saphisme et avec qui elle noue une relation passionnée. En avril 1910, son recueil d'aphorismes, Éparpillements, assure sa réputation littéraire.

Remy de Gourmont, curieux de connaître l'auteur de ce livre, tombe amoureux d'elle, il lui adresse des lettres passionnées, plus tard réunies en volume sous le titre de Lettres à l'Amazone, surnom qu'il lui donne et qu'elle gardera jusqu'à la fin de sa vie. Un surnom bien choisi pour cette passionnée d'équitation, qui a fait la une des journaux américains, au début des années 1920, galopant à travers Bar Harbor tout en menant un deuxième cheval à la bride devant elle.

De 1914 jusqu'à la fin de sa vie, Natalie Barney, par ailleurs fidèle jusqu'à la mort à un contrat autographe la liant à Élisabeth de Clermont-Tonnerre, entretient avec le peintre Américain Romaine Brooks une relation quasi conjugale, mais qui prévoit l'exercice d'uns sorte de devoir de polygamie, manière d'affirmer uns stricte liberté individuelle et de rejeter toute forme d'aliénation sociale. Son « infidélité » la plus constante aura été « Dolly (en) », la nièce d'Oscar Wilde, jusqu'à ce que Nadine Huong, son maître d'hôtel dont elle a fait aussi une maîtresse, l'en sépare.

L'Italie fasciste (1940-1945)[modifier | modifier le code]

L'attitude pendant la Seconde Guerre mondiale de Natalie Barney, Juive par un de ses grand parent, reste controversée, certains historiens soulignant que son pacifisme est allé jusqu'à une certaine complaisance à l'égard du fascisme et de Mussolini, et qu'elle a fait preuve d'antisémitisme[5] dans quelques lettres, qui n'ont peut être été écrites que par lâcheté, pour donner des gages.

La guerre finie, elle retrouve à Beauvallon, qui a été un haut lieu de la Résistance intellectuelle, sa résidence secondaire, la fameuse villa Trait d'Union qu'elle avait fait construire en réservant une aile à Romaine Brooks et une autre pour elle même pour qu'elles aient plaisir à se retrouver et vivre sans se gêner, complétement détruite.

Le pôle parisien du féminisme d'après guerre (1946-1972)[modifier | modifier le code]

Exilée quelque temps en Italie, elle revient, après la guerre, à Paris où elle rouvre son salon littéraire et reçoit des auteurs comme Truman Capote et Marguerite Yourcenar.

Dans les années 1950, Natalie Barney entame une liaison avec Janine Lahovary, l'épouse d'un ambassadeur roumain, sans renoncer à son amitié avec Romaine Brooks, qu'elle aide régulièrement.

Elle publie Souvenirs Indiscrets en 1960, puis Traits et Portraits en 1963.

Elle meurt le 2 février 1972.

Sa sœur Laura (en) a été également femme de lettres et épouse de l'écrivain français Hippolyte Dreyfus, spécialiste du bahaïsme.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Natalie Barney a écrit la plupart de ses livres en français.

  • Quelques portraits, sonnets de femmes, poèmes (1900)
  • Cinq Petits dialogues grecs (sous le pseudonyme de Tryphê) (1902)
  • Actes et entr' actes (1910)
  • Éparpillements (1910)
  • Je me souviens, roman (1910)
  • Pensées d'une Amazone ; Les sexes adverses, la guerre et le féminisme ; Choses de l'amour ; Pages prises au roman que je n'écrirai pas (1920)
  • Poems et poèmes, autres alliances (1920)
  • Aventures de l'esprit (1929)
  • Nouvelles pensées de l'Amazone (1939), réédité par les éditions Ivrea en 1996.
  • Souvenirs indiscrets (1960)
  • Un Panier de framboises (1979)
  • Traits et portraits. Suivi de l'Amour défendu (1963)

Aphorismes[modifier | modifier le code]

  • « Je ne m'explique pas, je m'obéis. » - Éparpillements
  • « Je ne juge d'après leurs actes que ceux pour qui j'ai de l'antipathie. » - Éparpillements
  • « J'aime trop les commencements pour savoir aimer autre chose. » - Éparpillements

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. (en) Liste des brevets de Alice Pike Barney
  2. Abbé Mugnier, Journal, 10 mai 1915 (Mercure de France, 1985, p. 287)
  3. « Carte du salon de l'Amazone entre 1910 et 1930 », in N. Clifford Barney, Aventures de l' esprit, hors texte, Paris, 1929.
  4. R. Aldrich, G. Wotherspoon, Who's who in Gay and Lesbian History: From Antiquity to World War II, vol. I, p. 59, Collection "The Routledge who's who series", Psychology Press, Hove, 2001 (ISBN 9780415159821).
  5. Suzanne Rodriguez, Wild Heart A Life. Natalie Clifford Barney's Journey from Victorian America to the Literary Salons of Paris, Harper Collins Publishers, 2002.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Chalon, Chère Natalie Barney (Paris, Librairie générale française, 1995) ;
  • Jean Chalon, Portrait d'une séductrice (Paris, Stock, 1976) ;
  • Berthe ou un demi-siècle auprès de l'Amazone, souvenirs de la gouvernante de Natalie Barney recueillis et préfacés par Michèle Causse (Tierce, 1980).
  • (en) Jean L. Kling, Alice Pike Barney : Her Life and Art, Smithsonian Books, (ISBN 978-1-56098-344-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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