Liane de Pougy

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Liane de Pougy
Description de l'image Liane de Pougy.jpg.
Nom de naissance Anne-Marie Chassaigne
Alias
« Princesse Ghika »
Naissance
La Flèche
Décès (à 81 ans)
Lausanne
Drapeau de la Suisse Suisse
Nationalité Française
Pays de résidence France
Profession

Anne-Marie Chassaigne, dite Liane de Pougy, épouse d’Henri Pourpe puis, par son second mariage, princesse Ghika, est une danseuse et courtisane de la Belle Époque, née à La Flèche (Sarthe, France) le et morte à Lausanne (Vaud, Suisse) le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille et épouse d'officier à la Belle Époque[modifier | modifier le code]

Fille de l'officier Pierre (Blaize Eugène) Chassaigne[1] et de Marie Aimée (Gabrielle) Lopez[1], fille du chef d'escadron Antoine Lopez[1] et d'Olympe de Montessuy de Villejuste[1], Marie Anne Olympe[2] Chassaigne reçoit l'éducation d'une jeune fille de son milieu au couvent de Sainte-Anne-d'Auray dans le Morbihan. Elle est mariée le 15 juillet 1886, à Lorient, à un officier, l'enseigne de vaisseau Joseph Armand Henri Pourpe[3], né le 8 février 1862 à Marseille[1]. Le 17 mai 1887, à Lorient, elle donne le jour à un fils prénommé Marc Marie Edmond Armand, qui sera plus tard connu sous le nom de Marc Pourpe : devenu l'un des premiers pilotes d'avion, il mourra prématurément au champ d'honneur le 2 décembre 1914.

Mais alors qu'elle réside à Marseille, son mari ayant été muté à Toulon, elle prend un amant. Mis au courant de son infortune, celui-ci « tire un coup de feu qu' Anne-Marie reçoit dans le bas du dos » [4]. Elle s'enfuit, s'installe à Paris et demande le divorce en profitant des nouvelles lois, au scandale de sa famille. [5]. Elle a 19 ans.

Cabarets et demi-monde[modifier | modifier le code]

Henri Meilhac (1830-1897) lança Anne-Marie aux Folies Bergère.
Liane de Pougy aux Folies Bergère.

À Paris, Anne-Marie prend des leçons de danse sous la direction de Mme Mariquita [6]. Sous le pseudonyme de Liane de Pougy, elle commence alors une carrière de danseuse de cabaret, et devient rapidement une des courtisanes les plus en vue de la capitale. Ainsi le quotidien Gil Blas décrit-il avec une pointe d'humour « le luxe intime d'une horizontale de grande marque, Liane de Pougy: elle dort sous des rideaux d'Alençon, cette reine des dentelles , et le transparent rideau est doublé de satin hortensia (...) Rassurez vous la chambre possède un système de ventilation qui écarte tout danger d'asphyxie » [7]. Elle rencontre Henri Meilhac, auteur dramatique à succès, septuagénaire mais amateur de jolies femmes, qui succombe à son charme et la lance dans le monde du théâtre en la faisant engager aux Folies Bergère où elle débute en avril 1894, lors d' « une soirée éblouissante »[8].

Elle se lie d'amitié avec Sarah Bernhardt qui lui donne quelques cours d'art dramatique et lui fait comprendre qu'elle n'a aucun talent dans ce domaine. Elle révélera plus tard un certain don pour l'écriture. Ouvertement bisexuelle, elle a des amants des deux sexes qui la couvrent de bijoux et lui offrent des équipages et le luxueux « nécessaire » à la vie d'une courtisane d'alors. Parmi ses adorateurs, on compte Charles de Mac-Mahon, Roman Potocki ou Maurice de Rothschild [9]. Sa rivalité avec la Belle Otero contribue à la célébrité de l'une comme de l'autre. Le guide Paris-Parisien la considère bientôt comme une « notoriété de la vie parisienne ». L'édition de 1896 la décrit comme une « demi-mondaine connue pour ses beaux bijoux »[10]; celle de 1899, comme une « demi-mondaine connue pour ses ventes, son suicide, ses essais littéraires et dramatiques »[11]. Georges Montorgueil, dans son ouvrage sur Les Parisiennes d'à présent (1897), s'amuse: « Mais si elle n'est de Pougy elle est bien Liane pour sa souple beauté et ses enlacements » [12].

Antonio de La Gandara, avec qui on lui prête une liaison, était un familier de la rue de la Néva. C'est là qu'il réalisa un grand tableau d'elle allongée sur une duchesse brisée. Il fit aussi plusieurs dessins et pastels qui sont reproduits dans la biographie de l'artiste[13].

L'amour[modifier | modifier le code]

Natalie Clifford Barney, l'amour infidèle.

Au tournant du siècle, à 30 ans, Liane est, selon son biographe Jean Chalon, « une des reines du demi-monde ». Elle entretient également des liaisons amoureuses avec Valtesse de La Bigne ou bien Émilienne d'Alençon[14] et rencontre l'amour de sa vie, la romancière d'origine américaine Natalie Clifford Barney. Celle-ci se présente chez Liane déguisée en page florentin[15] et Liane, touchée par tant de fraîcheur et de spontanéité, se prend d'une réelle affection pour la jeune femme. Leur liaison qui ne dure qu'une année défraie la chronique, mais Natalie est rapidement infidèle et vit une liaison avec la poétesse Renée Vivien[16]. Liane raconte cette expérience dans un livre intitulé Idylle saphique (1901). Présenté comme un roman, le livre à la réputation sulfureuse est un grand succès de librairie. Bien des années plus tard, Natalie Barney déclara à Jean Chalon : « Liane, ah ! ma Liane, c'est mon souvenir le plus voluptueux. Et dire que, à la fin de sa vie, elle prétendait que j'avais été son plus grand péché ! » [17].

Le mariage et l'amitié[modifier | modifier le code]

En 1910, alors au sommet de sa carrière, Liane de Pougy, quadragénaire, rencontre le prince Georges Ghika, d'origine roumaine, de quinze ans son cadet, très noble mais fort désargenté, qui l'épouse le 8 juin 1910, à l'église Saint-Philippe-du-Roule [18]. Le lendemain, le mariage fait la une du New York Times[19]. « Comme la fortune de Liane est infiniment supérieure à la sienne, Georges Ghika, grand seigneur, a exigé la séparation des biens » [20]. Le mariage est parfaitement heureux durant seize ans, jusqu'à ce que Georges quitte Liane pour une femme plus jeune, mademoiselle Manon Thiébaut. Pour se consoler, la princesse prend plusieurs amantes. Le prince finit par lui revenir, mais leur relation devient difficile et chaotique.

Dès 1920, elle sera liée d'amitié avec Max Jacob qu'elle reçoit, avec son mari, dans leur maison de Roscoff. Une correspondance s'échangera entre eux jusqu’à la mort de l'écrivain [21].

La foi[modifier | modifier le code]

Photographie par Nadar.

En 1928, la princesse Ghika se lie d'amitié avec la mère supérieure de l'asile Sainte-Agnès à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble. Elle récupère auprès de ses amis parisiens des fonds pour l'entretien des pensionnaires de cet institut auquel elle demeure très attachée par la suite et exprime le désir d'y être inhumée. Après la mort du prince, le 19 avril 1945 à Lausanne, la princesse septuagénaire entre comme novice dans le Tiers-Ordre de Saint-Dominique. Elle devint sœur séculière Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence[22] : le 14 août 1943, l'ancienne étoile des Folies-Bergère, la scandaleuse, prononce ses vœux au monastère d'Estavayer-le-Lac[23]. Elle est tertiaire dominicaine, donc religieuse non cloîtrée. Elle retourne plus tard à Lausanne où elle transforme une chambre de l'hôtel Carlton en cellule[24].

Elle meurt le à l'hôtel Carlton à Lausanne[25], et elle est enterrée dans l'enclos des sœurs de l'asile Sainte-Agnès à Saint-Martin-le-Vinoux (Isère).

« Elle est morte à quatre-vingt-deux ans, gardant sur son visage et dans son regard admirable les signes encore visibles de sa beauté passée. Elle avait souhaité mourir un soir de Noël ; la divine Providence a exaucé ce vœu. Elle avait désiré que nul ne suivît le cercueil de celle qui n'entendait plus être que Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence. Cette dépouille terrestre tant vantée, tant aimée, s'en alla solitaire. Liane de Pougy était bien morte[26]. »

Galerie[modifier | modifier le code]

Résidences[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Insaisissable, roman, dédié à Jean Lorrain, qui fut son ami proche
  • La Mauvaise part, roman, Paris: Librairie Nilsson - Per Lamm, successeur, 1898
  • Myrrhille, Paris: Librairie Nilsson - Per Lamm, successeur, 1898
  • Idylle saphique, Paris, 1901 (rééd. Paris, Éditions des Femmes, 1987). Le personnage d'Altesse est inspiré de son amie Valtesse de La Bigne.
  • Les Sensations de Mlle de La Bringue : roman à clef. - Paris : A. Michel, [1904]
  • Mes Cahiers Bleus, Paris, Plon, 1977
  • L'Art d'être jolie, Paris, publication hebdomadaire sous la direction de Mme Liane de Pougy, juillet 1904 à janvier 1905

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Base de données Roglo.
  2. Prénoms selon son acte de naissance (aller à la vue 60).
  3. Difficile à identifier, puisque ni dans les séries d'archives de personnel du Service historique de la Défense et de la Marine, ni dans les annuaires de la Marine vers 1885, il n'y a trace d’un lieutenant de vaisseau Henri Pourpe. On trouve à l’époque un enseigne de vaisseau Joseph Pourpe, mais ni le grade, ni le prénom, ni le nom ne correspondent.
  4. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 32
  5. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 41
  6. Marie-Thérèse GAMALERY (Alger, 1838 – Paris, 1922) dite Mme Mariquita, ballerine et chorégraphe, fut maître de ballet à l'Opéra Comique de Paris (1898- 1920)
  7. Gil Blas, 4 septembre 1891, p. 1 (BNF - Gallica en ligne)
  8. Le Temps, 16 avril 1894, p. 3
  9. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 198
  10. Paris-Parisien, Ollendorff, , p. 277
  11. Paris-Parisien, Ollendorff, , p. 27
  12. Georges Montorgueil, Les Parisiennes d'à présent, H. Floury, libraire-éditeur, Paris, 1897, p. 6
  13. Xavier Mathieu, Antonio de La Gandara, un témoin de la Belle Epoque, Librairie des Musées, Illustria, , 308 pages et 400 photos p. (ISBN 978-2-35404-021-5)
  14. Emmanuel Pierrat, Paris - ville érotique, PARIGRAMME, 2013
  15. Dans Idylle sapphique de Liane de Pougy, Annhine de Lys reçoit une jolie blonde américaine vêtue en page florentin in George Wickes, The Amazon of letters. The life and loves of Natalie Barney, Putnam 1976, p. 39
  16. Robert Greene, L'Art de la Séduction: Apprenez les lois d’un jeu impitoyable et intemporel (lire en ligne), p. 375-378
  17. Natalie Barney à Jean Chalon, automne 1963. Voir : Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 9
  18. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 153
  19. Une du New York Times le 9 juin 1910
  20. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, p. 154
  21. Lettres à Liane de Pougy de Max Jacob et Salomon Reinach, (préface de Jean Chalon), Plon, Paris, 1980
  22. Liane de Pougy écrira : "Une courtisane ne doit jamais pleurer, jamais souffrir. Elle doit étouffer toute forme de sentimentalité et jouer une comédie héroïque et continue." sur le site du Journal du Dimanche.
  23. Bernard Briais, Au temps des frou-frous : Les femmes célèbres de la Belle Époque, Éditions France-Empire, (lire en ligne)
  24. Armand Lanoux, Amours 1900, Hachette, (lire en ligne)
  25. Jean Chalon, op. cit. (en ligne).
  26. André de Fouquières, Mon Paris et ses Parisiens : Le quartier Monceau, vol. 2, Paris, Horay,
  27. « Notice no IA06000633 », base Mérimée, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Natalie Clifford Barney, Souvenirs indiscrets, Paris, Flammarion, 1992
  • Jean Chalon Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, (ISBN 978-2-08-130339-3, lire en ligne)
  • Robert Greene, L'Art de la Séduction: Apprenez les lois d’un jeu impitoyable et intemporel (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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