Colette de Jouvenel
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Cimetière du Père-Lachaise, Tombe de Colette (d) |
| Nom de naissance |
Colette Renée de Jouvenel des Ursins |
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Antiquaire, journaliste |
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Colette Renée de Jouvenel des Ursins, plus connue sous le nom de Colette de Jouvenel, est une journaliste, résistante et féministe française, née le [1] dans le 16e arrondissement de Paris et morte le à Créteil[2].
Elle est la fille de l'écrivaine Colette (qui la surnommait « Bel-Gazou »[3]) et du journaliste et homme politique Henry de Jouvenel.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance et adolescence
[modifier | modifier le code]Colette de Jouvenel passe son enfance, jusqu'à 9 ans, au château de Castel-Novel, près de Brive-la-Gaillarde en Corrèze[4], élevée par une nurse anglaise, Miss Draper. Elle souffrira énormément de l'absence physique de sa mère, qui lui a donné naissance à 40 ans et lui rend très rarement visite[5].
Début 1922, elle revient à Paris où, par la suite, elle entre pour quelques mois, au lycée Molière, avant d'être placée, en octobre, comme interne, dans un pensionnat de Saint-Germain-en-Laye, où sa mère ne viendra pas plus la voir. Pendant le divorce de ses parents (1923), elle est de plus en plus rebelle et subit l'échec scolaire[6].
Ses parents divorcent en 1923 et en , elle entre en quatrième au lycée Victor-Duruy de Versailles, dont la directrice, lassée de ses mauvais résultats, finit par l'exclure. En 1927, à 14 ans, elle intègre le collège de filles de la rue du Four à Paris où elle apprend la couture, le secrétariat et la sténographie, avant de passer en apprentissage dans la maison de couture Germaine Patat[7]. Mais elle préfère l'indépendance, vivre dans la nature, nager, danser, dessiner, peindre, écouter de la musique ou fumer en cachette.
À 18 ans, elle cherche sa voie et s'exerce à diverses activités. C'est ainsi qu'elle va entrer dans le monde du cinéma.
Le cinéma et la décoration
[modifier | modifier le code]En , elle débute comme assistante de la réalisatrice Solange Bussi pour le film La Vagabonde. Puis Yves Mirande lui propose d'intégrer la Paramount. Mais la société ne veut à aucun prix d'une assistante femme… Elle devient finalement assistante de réalisation pour des films scénarisés par sa mère : Lac aux dames de Marc Allégret (sorti en 1934), puis Divine de Max Ophüls. En , elle part pour Conakry, via l'Algérie et la Côte d'Ivoire, pour connaître la vie des planteurs.
Le (à 22 ans), elle épouse un médecin de 32 ans, Camille Dausse, qu'elle quitte deux mois plus tard et dont elle divorce en pour « horreur physique »[8]. Ce choc sera suivi d'un second, celui de la mort de son père en octobre de la même année. Elle sait désormais qu'elle préfère les femmes et, jusqu'en 1939, elle sera décoratrice d'intérieur[9].
Résistante pendant l'Occupation
[modifier | modifier le code]La Seconde Guerre mondiale éclate et en , Colette de Jouvenel part s'installer en Corrèze, dans le château de Saint-Hilaire de Curemonte, autre château de famille. Elle se rapproche très vite des antifascistes, dont les Videau, couple d'instituteurs, et de Berthe Vayssié, qui tient le café-bar-épicerie du village. Elle commence par mettre en place un circuit de ravitaillement efficace, puis participe de plus en plus à des activités de résistance. Elle se met au service de l'Œuvre de secours aux enfants (principalement juifs) par l’intermédiaire de sa belle-sœur ; il s’agit de mettre à l’abri des enfants dont les parents ont été arrêtés ou déportés. En 1943, elle fréquente André Malraux, et sa compagne Josette Clotis, Emmanuel Berl et sa femme, la chanteuse Mireille qui ne peut plus travailler, parce qu'elle est juive. Elle est chargée de missions précises dans les rangs de l’opposition active au STO ; elle s’implique dans l'aide aux résistants, réfugiés ou pourchassés.
Durant cette période, Colette de Jouvenel vit deux histoires d'amour : d'abord avec Simy Wertheim, puis avec Jocelyne Alatini, qui lui permettent de trouver un peu de joie dans cette période agitée[10],[11].
En , elle se rend à Oradour-sur-Glane, le village martyrisé deux mois plus tôt, et ce qu'elle y voit ne cessera de la hanter. Au début d', elle est nommée présidente du comité social et sanitaire de Brive, et, en , désignée comme adjointe au maire de Curemonte[11].
Après la guerre
[modifier | modifier le code]Le journalisme
[modifier | modifier le code]Devenue gaulliste, la guerre lui a donné l'envie d'écrire et de témoigner sur ses ravages. En , son premier article paraît dans Femmes françaises, sous le titre « Travail urgent ; travail social ». Juliette Jonvaux, directrice du journal clandestin Fraternité (né sous l'Occupation), lui propose une place au sein de la rédaction. Ses articles vont faire grand bruit, dont celui du qui évoque le choc de l'arrivée à la gare de Lyon des survivantes de Ravensbrück.
Profondément marquée par ce qu'elle a vu et entendu, elle décide de partir en Allemagne et, pendant trois semaines, photographie, note les témoignages, dans le but de rendre compte de la barbarie nazie. Son reportage « Été allemand », paraît dans Fraternité en plusieurs livraisons au cours de l'été 1945. Le reportage paraît sans les photographies associées, la direction de publication craignant, en effet, un trop gros choc des images sur ses lecteurs. Ses articles interpelleront pourtant plusieurs d'entre eux, dont Louis Aragon. Elle est désormais reconnue comme une journaliste de talent et le public ne la voit plus comme uniquement « la fille de… »[12].
Le féminisme
[modifier | modifier le code]Colette de Jouvenel, dès , va aussi utiliser sa plume dans Fraternité pour défendre l'égalité des sexes, réclamer un statut plus juste pour les femmes, ainsi que la promotion des femmes à des postes de haute responsabilité. Elle rend compte, toujours dans Fraternité, des débats du premier Congrès international des femmes qui se déroule à Paris, du au , à la Maison de la Mutualité[13].
En 1948, elle reprend son travail de décoratrice et ouvre un magasin d'antiquités, rue de Verneuil. Parmi ses compagnes de l'époque, on retiendra l'actrice, réalisatrice et résistante Nicole Stéphane avec qui elle fera un voyage à Cuba[14].
Après la mort de sa mère
[modifier | modifier le code]À la mort de Colette en , elle découvre que sa mère a laissé un testament qui la désavantage considérablement par rapport à Maurice Goudeket, troisième et dernier mari de Colette, qui hérite, entre autres, de l'appartement de la défunte au 9, rue de Beaujolais.
Par l'intermédiaire d'André Malraux, elle n'obtient que la petite place située devant la Comédie-Française soit nommée place Colette[15], laquelle est inaugurée le .
En 1968, elle produit pour l'ORTF une émission intitulée Introduction à Colette, réalisée par Bernard Bertrand et écrite par Thierry Maulnier[16].
Elle lance l'idée de créer les Cahiers Colette[17], dont le premier numéro (édité par la Société des Amis de Colette) est publié en 1977.
À la mort de son beau-père, la même année (en ), elle espère pouvoir enfin récupérer l'appartement de sa mère, pour en faire le musée qu'elle souhaite lui dédier. Mais elle meurt le sans avoir pu y parvenir[18].
Lors d'une interview réalisée vers la fin de sa vie, à la question « qu'est-ce que cela a représenté, pour vous, d'avoir une mère si célèbre ? », Colette de Jouvenel répond simplement : « il faut toute une vie pour s'en remettre[19]. »
Elle est inhumée à Paris, au cimetière du Père-Lachaise (division 4), aux côtés de sa mère.
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Colette de Jouvenel et sa mère représentées par l'illutrateur Sem.
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Tombe de Colette de Jouvenel au Père-Lachaise (inscriptions).
Postérité
[modifier | modifier le code]En 1982, Gérard Bonal réunit et présente un ensemble de textes, publiés sous le titre Colette de Jouvenel par la Société des amis de Colette[20].
Sa nièce, Anne de Jouvenel[21], publie en Colette : lettres à sa fille, 1916-1953[22], à l'approche du cinquantenaire de la mort de Colette.
En 2013, à l'occasion du 100e anniversaire de sa naissance, le musée Colette lui consacre une exposition[23].
En 2021, à Saint-Hilaire-Luc en Corrèze, une journée est organisée à l'occasion du quarantième anniversaire de sa mort[24].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Archives de l'état civil de Paris 16e : acte de naissance du 3 juillet 1913, n° 711.
- ↑ Etat civil de Créteil : acte de décès du 16 septembre 1981, n° 133.
- ↑ Isabelle Martin, « Colette et sa fille », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Voir sur castelnovel.com.
- ↑ Centre d'études Colette, Catalogue d'exposition : Colette de Jouvenel, dite Bel-Gazou, Saint-Sauveur-en-Puisaye, Conseil général de l'Yonne, , 40 p. (ISBN 978-2-9503272-1-5 et 2950327214).
- ↑ Bordji Centre d'études Colette (Perrigny), p. 2013.
- ↑ Maison de couture Germaine Patat.
- ↑ Paula Dumont, Entre femmes, l'Harmattan, (ISBN 978-2-343-05470-4), p. 75
- ↑ Centre d'études Colette 2013, p. 19-21.
- ↑ « Courage et résistance - Cent Mille Milliards », sur www.centmillemilliards.com (consulté le )
- François Soustre, Colette de Jouvenel en Corrèze, , 117 p. (ISBN 978-2-84446-241-1 et 2844462413, OCLC 812569208, lire en ligne).
- ↑ Centre d'études Colette 2013, p. 28-31.
- ↑ Centre d'études Colette 2013, p. 31.
- ↑ Christine de Rivoyre et Frédéric Maget : Flying Fox et autres portraits, chapitre 5, Littérature Française, 2014.
- ↑ Centre d'études Colette 2013, p. 36.
- ↑ Introduction à Colette, réalisation Bernard Bertrand, auteur Thierry Maulnier, avec les voix de Françoise Christophe et Pierre Lafont et la participation de Maria Le Hardouin, Colette Audry, Maurice Chevalier, Joseph Kessel, Germaine Beaumont, Maurice Goudeket, Dunoyer de Segonzac, Jean-Michel Damase, Leslie Caron. Première diffusion le (BNF 38551635).
- ↑ Centre d'études Colette 2013, p. 37.
- ↑ Centre d'études Colette : « après la mort de Maurice Goudeket (qui s'était remarié), l'appartement passera aux mains de sa veuve, Sanda Goudeket. Celle-ci refusera toujours de le céder afin qu'il puisse accueillir un musée. Elle le vendra [après la mort de Colette de Jouvenel], au décorateur Jacques Grange qui en est toujours le propriétaire. »
- ↑ Voir à ce sujet : Michel del Castillo, Colette, une certaine France, Paris, Stock, , 377 p. (ISBN 978-2-234-05161-4).
- ↑ (BNF 34757856)
- ↑ Anne de Jouvenel sur data.bnf.fr.
- ↑ Colette, Lettres à sa fille : 1916-1953, Paris, Gallimard, , 535 p. (ISBN 2-07-072791-2).
- ↑ A. S., « La fille de Colette est à l’honneur au château », sur L'Yonne Républicaine, (consulté le )
- ↑ « Corrèze : le destin exemplaire de Colette de Jouvenel doit rester gravé dans les mémoires », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Ouvrages
[modifier | modifier le code]- Samia Bordji (dir.), Centre d'études Colette (Perrigny), Colette de Jouvenel, dite Bel-Gazou. Exposition, juin - octobre 2013, Saint-Sauveur-en-Puisaye, Musée Colette,
- Anne (de) Jouvenel, Colette : lettres à sa fille, 1916-1953, Paris, Gallimard, , 535 p. et 16 p. de planches (ISBN 2-07-072791-2)
- François Soustre, Colette de Jouvenel en Corrèze, , 117 p. (ISBN 978-2-84446-241-1 et 2844462413, OCLC 812569208, lire en ligne).
- François Soustre, Colette de Jouvenel, courage et résistance, Queaux, Cent Mille Milliards, (ISBN 9782850713316).
Articles
[modifier | modifier le code]- Clémentine Goldszal, « Le testament cruel de Colette », sur lemonde.fr, (consulté le ).