Mina Loy

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Mina Loy
Image dans Infobox.
Mina Loy en 1917.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
Aspen (Colorado)
Sépulture
Aspen Grove Cemetery
Nom de naissance
Mina Gertrude Lowy
Nationalité
Domicile
Formation

St. John’s Wood School de Londres

Kunstlerrinen Verein de Munich
Activité
Période d'activité
1902-1936
Père
Sigmund Lowy
Mère
Julian Bryan Lowy
Conjoint
  • Stephen Haweis (1903-1917)
  • Arthur Cravan (janv. 1918-nov 1918)
Enfant
Oda Haweis, Joella Haweis, Giles Haweis, Fabi Cravan
Autres informations
Domaine
avant garde artistique
Arme
Conflit
Mouvement
Maître
Site web
Archives conservées par
Œuvres principales
The Last Lunar Baedeker, Insel

Mina Loy (née Mina Gertrude Lowy le à Hampstead, Londres, et morte le à Aspen, Colorado) est une peintre, critique d'art, poète, dramaturge, essayiste et romancière britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Mina Gertrude Lowy est l'aînée des trois filles de Sigmund Lowy, un tailleur de Londres d'origine hongroise et de confession juive qui avait fui les discriminations antisémites qui régnaient à Budapest, et de Julia Bryan Lowy une protestante, les sources différent sur le rite de son baptême, a-t-elle été baptisée dans une église baptiste ou méthodiste, les choses ne sont pas clairement attestées. Il semblerait que le mariage fut forcé car Julia était enceinte de sept mois lors de leur mariage, ce qui explique l'aversion qu'elle aura envers Mina. Les circonstances du mariage de ses parents restent un secret de famille, ce qui est sûr, c'est qu'à l'époque, les mariages interreligieux entre Juifs et Chrétiens étaient mal vus, et si les parents de Julia respectent Sigmund pour son intelligence, en revanche ils n'ont rien fait pour faciliter le mariage entre Sigmund et leur fille. Mina dans son autobiographie Anglo-Mongrels and the Rose (l'anglais bâtard et la rose) semble avoir eu une conscience précoce de l'union bancale de ses parents, elle a une perception de son père d'être un Mongrel autrement dit un Juif en exode qui se plie devant les volontés de son épouse britannique la rose. Julia se montre tyrannique envers sa fille, persuadée qu'il faut extirper le péché des enfants et soucieuse du qu'en-dira-t-on[1].

Dès l'âge de dix ans, alors que sa soeur Dora s'oriente vers le piano et le chant, Mina développe son gout pour le dessin, la peinture et la littérature, ce qui déplaît à sa mère empreinte des idées puritaines de l’ère victorienne. Lorsque la jeune Mina écrit un poème sur le mariage d'une marguerite avec un cousin, sa mère lui déclare qu'elle a la tournure d’esprit d'une « putain », que les jeunes filles convenables n'écrivent pas sur le mariage avant d'être elles-mêmes mariées ! Contrairement à sa mère son père la soutient et tient à ce que ses filles puissent avoir la meilleure éducation possible et les inscrit à l'une des meilleures écoles connues pour sa pédagogie : la St John's Wood Art School (en) de Londres. Sa mère s'opposera de plus en plus à Mina durant son adolescence, elle n'admet pas Mina que devienne une femme et s'habille de façon élégante, elle la traite de « mauvaise fille » et va jusqu'à la maudire elle et son père. Les injures et malédictions réitérées de sa mère plongent Mina dans un état d'anxiété où elle se demande ce qu'elle a pu faire pour déclencher de telles colères et s'évade dans l'art et la littérature, mais cela laissera des traces sur sa confiance en elle-même. Sigmund Lowy fait ce qu'il peut pour valoriser et encourager ses filles en les emmenant dans des musées, des galeries d'art, des soirées musicales, voulant ainsi compenser les exécrations de sa femme. Après avoir achevé ses études secondaires, à la St John's Wood Art School en 1899, encouragée par son père à suivre sa vocation d'artiste, mais désavouée par sa mère, Mina plutôt que de continuer ses études à la Royal Academy, préfère s'éloigner de son foyer pour se rendre à étranger, s'épargnant les humeurs de sa mère ; c'est ainsi qu'elle part à Munich pour y suivre des études de beaux arts au Kunstlerrinen Verein (association des artistes féminines) qui est liée à l'Académie des beaux-arts de Munich, où elle bénéficie notamment des cours du peintre Angelo Jank. Une fois diplômée en 1901, elle retourne au Royaume-Uni où elle suit des cours de peinture auprès d'Augustus John jusqu'en 1903. C'est pendant cette période qu'elle raccourcit son nom en Mina Loy. En 1902, elle part à Paris pour suivre des cours de peinture et de dessin à l'Académie Colarossi, Mina y étudie plus particulièrement des artistes de différentes écoles (symbolistes, orientalistes, art nouveau) comme Raphael Collin, Jean-Léon Gérôme, Louis-Auguste Girardot, Gustave Courtois, Alphonse Mucha, Christian Krohg, elle suit également des cours de dessin anatomique aux Beaux-Arts. Mina se lie avec d'autres personnes de « l'intelligentsia britannique de Montparnasse » telle que Alice Woods (en) ou Wyndham Lewis et fréquente les cafés, restaurants et autres lieu de distractions de cette intelligentsia. C'est dans ce cadre que Mina fait la connaissance d'un condisciple de l'Académie Colarossi, Hugh Oscar William Haweis, dit Stephen Haweis (en)(1878-1969)[2],[3] , membre d'une illustre famille de prêtres anglicans. Mina part à Londres en août 1903 pour annoncer ses intentions d'épouser Stephen, elle découvre que sa soeur Dora est dépressive qu'elle a perdu sa voix, qu'elle est victime de la tyrannie de leur mère Julia qui refuse qu'une autre de ses filles quitte le carcan familial. Les parents de Mina acceptent de se rendre à Paris pour rencontrer son fiancé, et enfin Stephen et elle se marient le à la mairie du XIV° arrondissement de Paris. D'un commun accord ils décident de s'installer à Paris, plutôt que de vivre sous le regard de Julia à Londres[4],[5],[6],[7],[8],[9].

Carrière[modifier | modifier le code]

Paris 1904-1907[modifier | modifier le code]

Mina et Stephen louent un studio rue Campagne-Première, Mina y peint et y dessine mais est déçue par le travail de son époux qui peint des imitations de maîtres classiques comme Watteau ou Chardin à la manière éthérée d'Aubrey Beardsley et des Pré-Raphaélites, alors que de son côté, Stephen admire l'originalité de Mina et la considère comme une génie. Tant et si bien qu'en 1904, il pense pouvoir faire exposer les dessins de Mina au Salon du Champs-de-Mars où exposeront des artistes comme Auguste Rodin, Eugène Carrière, John Singer Sargent, Maurice Denis, Aristide Maillol et Jacques-Émile Blanche. Stephen Haweis veut profiter du succès de ses photographies de Rodin[10] pour influer sur la commission de sélection du salon, et Rodin lui écrit une lettre de recommandation pour que Eugène Carrière reçoive Mina. Pendant ce temps là, Mina peint divers tableaux ayant pour thèmes les femmes. Le , Mina donne naissance à sa première enfant, mais Stephen absorbé par les expositions de ses photographies n'a pas eu la présence souhaitée par Mina. Lors du choix du prénom, Stephen choisit celui de Oda Janet probablement en hommage à la peintre norvégienne Oda Krogh l'épouse du peintre Christian Krohg. Pendant l'été 1904, Mina se soucie à nouveau de se faire exposer et finalement deux de ses tableaux sont présentés au Salon des Beaux-Arts du printemps 1905 et elle est retenue pour le Salon d'Automne de 1905, qui sélectionne six de ses tableaux. Mina Loy est présentée dans un article de la Gazette des Beaux Arts comme une peintre dans la lignée de James Abbott McNeill Whistler, mêlant les styles de Beardsley et de Rops, le critique et photographe américain Carl Van Vechten fait une recension de son tableau L'amour dorloté par les belles dames. La thématique érotique et lascive de ses toiles la place dans le mouvement du Décadentisme plutôt que dans celui du Postimpressionnisme. Après le décès de sa fille Oda Mina entre dans un épisode dépressif, époque de chagrin qui est illuminé par la proposition du Salon d'Automne de l'admettre comme sociétaire au sein de la section des dessinateurs, proposition qu'elle accepte, qu'elle vit comme une reconnaissance de ses capacités[11],[12]. Peu après, en 1906, Stephen et Mina se séparent d'un commun accord, Stephen part vivre chez sa nouvelle maîtresse et Mina, durant l'automne 1906, commence une liaison amoureuse avec le docteur Henri Joël Le Savoureux, qui la soigne pour sa dépression. Malgré les insistances de Mina, Stephen refuse le divorce, vivant l'un comme l'autre des relations extra-maritales sans avenir, ils décident de partir ensemble à Florence pour prendre du recul et se donner une seconde chance[13].

Florence l'anglaise (1907-1910)[modifier | modifier le code]

Depuis le XVIII° siècle, une communauté britannique avait élu domicile à Florence y appréciant l'architecture et les paysages de la Toscane. L’écrivain Harold Acton, qui y a longtemps résidé, écrit au sujet de Florence « C'est la seule ville d'Italie avec un fort accent anglais. », de nombreux voyageurs la cite comme « une ville intégralement anglaise », de nombreux guides touristiques font la liste des artistes, médecins, banquiers britanniques qui y résident ainsi que des églises et salons de thé fréquentés par les sujets de sa majesté. À leur arrivée à Florence, Mina et Stephen sont accueillis par Ethel Ames Lyde, une ferronnière d'art, qui les prend sous son aile pour les introduire auprès des artistes de la communauté britannique. Grâce à son aide, Mina et Stephen peuvent emménager dans un appartement à proximité du Ponte Vecchio. Mina se lie d'amitié avec les écrivaines Ouida et Violet Paget. Stephen de son côté se lie d'amitié avec le metteur en scène Edward Gordon Craig qui vient de quitter la danseuse Isadora Duncan et qui fait découvrir aux Haweis la bibliothèque Gabinetto Vieusseux qui regorge de livres étrangers traduits en anglais et les présente auprès du mécène et collectionneur d'art américain Charles Loeser (en) qui était en rivalité avec un autre collectionneur américain vivant à Florence Bernard Berenson. Dans les cercles anglo-américains on discute beaucoup sur les nouveautés spirituelles comme la Théosophie la Science chrétienne, l'occultisme, les philosophies religieuses d'Henri Bergson et de William James[14].

Durant l'été 1907, Mina et Stephen quittent leur premier appartement pour emménager dans la rue Costa San Giorgio dans le quartier de l'Oltrarno de Florence. Le , Mina accouche d'une fille, Joella Synara, le prénom de Joella est choisi par Mina en souvenir du docteur Henri Joël Le Savoureux et le second prénom en hommage à Cynara, la muse de l'écrivain Ernest Dowson. Le couple engage une nourrice pour s'occuper de leur fille, Giulia et sa sœur Estere pour faire la cuisine. Peu de temps après Mina est à nouveau enceinte et le , elle donne naissance à un garçon John Stephen Giles Musgrove Haweis, plus connu sous le prénom de Giles. La famille va pouvoir se stabiliser lorsque Sigmund Lowy leur offre un appartement qu'il a acheté sur la Costa San Giorgio, appartement assez grand pour loger la famille et établir un atelier de peinture. Malgré des conditions matérielles confortables, les tensions au sein du couple réapparaissent, Mina fait chambre à part, possède sa salle de bain individuelle et partage ses repas avec ses enfants et Giulia sans la présence de Stephen. Ces première années florentines ont été pour Mina un moment de réflexion nécessaire à sa production poétique à venir[15].

Florence 1910-1913[modifier | modifier le code]

Mina Loy se lie avec la mécène américaine Mabel Dodge Luhan qui deviendra son amie intime. Mabel et son époux, l'architecte Edwin Dodge se sont installés dans la Villa Curonia à Arcetri. Grâce à Mabel, elle fait la connaissance de Gertrude Stein[16], du collectionneur d'art Sir Arthur Acton, de Paul et Muriel Draper (en)[17], du socialiste George D. Herron (en)[18] et de son épouse Carrie Rand[19]. Comme c'était dans l'air du temps marqué par la Théosophie et l'orientalisme, on se livre dans la Villa Curonia à des séances de spiritisme, de tables tournantes, ainsi qu'à des lectures du Védanta, expériences qui étaient considérées comme des validations des écrits de Sigmund Freud[20].

Sur les recommandations de Mabel, Mina se met à étudier la philosophie d'Henri Bergson, délaissant tout production artistique, alors que son mari continue à peindre, ses tableaux obtiennent du succès et Mina vit mal son statut de femme « du charmant Stephen Haweis » qui ne lui apporte guère de satisfactions. Par défaut, elle devient la témoin discrète des extravagances de la société anglo-florentine, tandis que les relations entre elle et Stephen se détériorent au point qu'elle en vient à le détester[21].

En 1912, Stephen Haweis tombe amoureux d'Amelia DeFries qu'il a connu lorsqu'elle est venue dans son atelier pour se faire peindre son portrait, cet amour est partagé, pour Amelia c'est le grand amour et songe à l'épouser, mais auparavant elle discute avec Stephen sur comment divorcer d'avec Mina. Amelia part à Londres et supplie Stephen de venir la rejoindre, qu'il pourra y louer un nouvel atelier, renouer avec ses anciennes connaissances et qu'elle le présentera à des personnes qui l'aideront pour sa carrière de peintre. Stephen est conscient qu'il doit divorcer pour mener à bien sa relation avec Amelia. Divorce dont le principe est adopté aussi bien par Mina que par Stephen, pour Mina il faudrait, selon la loi en vigueur, qu'elle puisse faire la preuve que Stephen la trompe, alors que pour Stephen c'est chose plus aisée, il suffit qu'il dise que Mina lui est infidèle sans être obligé d'en apporter la preuve. Stephen hésite car il redoute le scandale et surtout il craint de perdre les revenus que verse Sigmund Lowy au couple. Face à l'indécision de Stephen Amelia prend les choses en main [22].

Mina comme Amelia cherchent le meilleur moyen pour que Stephen divorce, et même elles en parlent entre elles lorsque Mina se rend à Londres en 1912 pour préparer une exposition pour la Galerie Carfax. Puisque leur mariage avait été célébré en France, Mina songe à un divorce selon la loi française, pour éviter le scandale que produirait un divorce en Grande Bretagne. Lors de son séjour à Londres, Mina fait la connaissance de Pablo Casals, d'Arthur Rubinstein et du peintre Roger Fry, ce dernier organise une exposition d'art post-impressionniste qui fait connaître Cézanne, Bonnard, Matisse, Picasso et des peintres post-impressionnistes britanniques comme Vanessa Bell, Duncan Grant, Wyndham Lewis, Spencer Gore (peintre) (en) et Stanley Spencer. Mina est particulièrement impressionnée par les œuvres de Wyndham Lewis qu'elle avait connu à Montparnasse. En novembre 1912, Mina retourne à Florence où elle retrouve Stephen en plein préparatif pour s'embarquer pour l'Australie en compagnie d'Amelia, il quitte Florence en février 1913 laissant Mina et leurs enfants[23].

Les dernières années à Florence (1913-1916)[modifier | modifier le code]

Malgré qu'elle désirait de mettre fin à son union Stephen, il demeure qu'elle se sent abandonnée et ne trouve pas la force pour se mettre au travail, aussi elle consulte un jeune psychiatre Roberto Assagioli[24]. À la différence de ses confrères, ce jeune médecin respectait les femmes. Mina suit sa thérapie à base de repos, de bains chauds suivis de compresses froides avant qu'il ne commence une autre thérapie inspirée par la psychanalyse[25].

Après un voyage à New York, Mabel Dodge Luhan est de retour à la Villa Curonia en compagnie de son nouvel amant Bobby Jones, Elle reprend contact avec Mina pour l'inviter à participer à ses soirées mondaines où Arthur Rubinstein est au piano pendant que les convives échangent sur Dorothy Richardson, James Joyce et Marcel Proust. Mina vend l'atelier de Stephen à une jeune peintre américaine Frances Simpson Stevens (en) et par son intermédiaire prend contact avec les futuristes faisant partie du cercle de Giovanni Papini tels que Carlo Carrà, Ardengo Soffici, Filippo Tomaso Marinetti. Grâce à cette nouvelle amitié, Mina retrouve le chemin de la peinture et pourra faire exposer une peinture et trois dessins au Salon d'automne de 1913[26],[27].

Frances Stevens et Mina étudient de près le Manifeste du futurisme écrit par Filippo Tommaso Marinetti, parmi les onze points on peut lire « La littérature ayant jusqu'ici magnifié l’immobilité pensive, l'extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l'insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing ]...[ Nous voulons glorifier la guerre, - seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent et le mépris de la femme. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires. ]...[ Admirer un vieux tableau, c'est verser notre sensibilité dans une urne funéraire... »[28] ce manifeste loué par Antonio Gramsci proclame que l'esthétique du passé est morte, que la vérité d'hier est le mensonge d'aujourd'hui. De nombreux peintres italiens adhèrent à ce manifeste Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Luigi Russolo, Giacomo Balla, Gino Severini... Mina et Frances s'intéressent plus particulièrement à une peinture de Boccioni « La rue entre dans la maison (La strada entra nella casa) » qui, pour elles, représente le versant pictural du credo futuriste, qui au contraire du cubisme montre les objets en mouvement. Mina a l'occasion de rencontrer Marinetti, qui tente de la séduire, lui demande ce qu'elle connait de lui, elle lui répond qu'elle a lu le roman « Mafarka le futuriste  » exubérant comme à son habitude lui dit que c'est son chef d'œuvre ! Mina lui rétorque qu'il n'a pas besoin de crier qu'elle sait de quoi il en retourne. Mina finalement ne le prend pas au sérieux et s'amuse plutôt de lui tout en l'ayant en sympathie. Quand Papini se convertit au futurisme Mina se demande comment il peut supporter Marinetti ? Papini ouvre les colonne de sa revue Lacerba (it) à Marinetti, si ce dernier se réjouit de pouvoir y écrire en revanche, il méprise Papini et les florentins, leur préférant les habitants de la bouillonnante Milan[29].

Si Mina Loy apprécie le renouveau esthétique du futurisme, elle en désaccord avec leur mépris de la femme, elle a une entrevue houleuse avec Marinetti à ce sujet. Ce dernier tente de s'en sortir en lui affirmant que son mépris de la femme ne vise pas les femmes en tant qu'individu, mais l'image de la « femme fatale » véhiculée par la « culture bourgeoise », le tango qu'il juge décadent et la « musique neurasthénique  » des opéras de Wagner qui tous diffusent « le poison de efféminisation, qui transforme les hommes en gélatine ». Mina n'est guère convaincue et jouera longtemps au jeu du chat et de la souris avec lui. Quoiqu'il en soit, Mina reprend goût à la vie grâce à la vitalité du futurisme, c'est pour elle une renaissance un « risorgimento » d'énergie[30].

Cette renaissance la conduit à réorienter sa créativité artistique vers la littérature, en écrivant aussi bien de la prose que des poèmes. Mina écrit un poème « The Prototype » dans lequel elle décrit ses contradictions, ses tensions entre les idéaux chrétiens et les réalités sociales, elle le présente à Mabel Dodge Luhan pour qu'elle le publie dans le magazine progressiste The Masses, mais Mabel refuse de le publier le jugeant trop sentimental. Mina lui adresse deux autres poèmes « The Beneficiant Garland » et « Involutions », qui eux aussi ne seront pas publiés. Malgré tout Mabel envoie son poème « There Is No Life or Death » à Alfred Stieglitz pour qu'il le publie dans la revue Camera Work, poème inspiré à la fois par le sens de l'espace d'Emily Dickinson et celui de l'immédiateté de Marinetti et qui aurait pu être ponctué par Gertrude Stein[31].

En même temps que Mina s'exerce à l'écriture entre tradition et innovation, elle retrouve également la force de se remettre à la peinture. Le Friday Club de Londres, proche du Bloomsbury Group, accepte deux de ses nouvelles peintures Woman's Head et Maria con Bruno, pour une exposition qui se tient en 1914, où ses tableaux côtoient les toiles des avant-gardistes britanniques Mark Gertler (artist) (en), C.R.W. Nevinson, David Bomberg, Paul Nash et Nina Hamnett et l'un de ses tableaux est acheté par Lord Henry Bentinck le frère de l'artiste Ottoline Morell[32]. Cette reconnaissance donne un regain d'optimisme et confiance en elle-même à Mina, dans ce Risorgemento personnel, elle écrit Aphorisms on Futurism qui est un dialogue avec elle-même décrivant sa libération psychique, ses prises de conscience. Mina est une des rares femmes qui restent dans le mouvement futuriste, car le mépris des femmes affiché par Marinetti en a fait fuir plus d'une comme la française Valentine de Saint Point qui pourtant avait rédigé Le Manifeste de la femme futuriste et avait rejoint Marinetti dans son rejet du féminisme[33].

Au début de l'année 1914, Mina convainc Giovanni Pappini à peindre son portrait. Pendant les week end où elle travaille sur son portrait, elle lit l'autobiographie de Papini Un Uomo finito (traduit en français sous le titre de Un homme fini) qui l'émeut par l'aperçu que ce livre ouvre sur son âme. Elle est attirée par lui, il vient de rompre d'avec la romancière féministe Sibilla Aleramo, mais timide, il ne donne pas suite aux avances de Mina. À la même époque Ardengo Soffici, ami de Pappini, invite Mina et Frances Simpson Stevens à montrer leurs peintures à la première exposition internationale futuriste qui se tiendra au printemps 1914 à la galerie Sprovieri de Rome. Mina est prête et y représentera le Royaume-Uni, elle se rend à Rome en compagnie de Marinetti de retour d'un voyage en Russie[34].




Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Le , elle épouse le peintre Stephen Haweis, le couple donne naissance à trois enfants Oda (1904-1905), Joella Synara (1907-2004) qui épousera le peintre et architecte Herbert Bayer [35], et Giles (1909-1923)[5].

De 1936 à 1953, elle s'installe à New York auprès de ses deux filles, vivant alors des années de silence, de retrait, d'écriture. À 70 ans, elle demandait régulièrement à ses filles de lui fournir des cartes routières sur lesquelles elle se mit à peindre[36]. Le sculpteur américain Joseph Cornell vient souvent lui rendre visite[37].

Se retirant parfois à Aspen dans le Colorado, elle y meurt en 1966. Mina Loy est inhumée au Grove Cemetery d'Aspen[38].

L'une de ses filles, Jemima Fabienne Benedict Cravan, née en 1919, se suicide en 1997.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Éditions originales[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Nouvelles et essais[modifier | modifier le code]

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • (en-GB) The Autobiography of Mina Loy: "Anglo-Mongrels and the Rose" and "Colossus", Exact Change, , 224 p. (ISBN 9781878972262),

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • (en-GB) « Two Plays », Performing Arts Journal, Vol. 18, No. 1,‎ , p. 8-17 (10 pages) (lire en ligne)[40],

Traductions francophones[modifier | modifier le code]

  • Le Baedeker lunaire (trad. Olivier Apert), L'Atelier des Brisants, , 171 p. (ISBN 978-2846230018),
  • Insel ou portrait de l'artiste en tête de mort, L'Atelier des Brisants, , 167 p. (ISBN 978-2846230216),
  • La rose métisse : Poèmes II et Manifestes (trad. Olivier Apert), L'Atelier des Brisants, , 168 p. (ISBN 978-2846230490),
  • Manifeste féministe & écrits modernistes (trad. Olivier Apert), Nous, , 64 p. (ISBN 978-2913549944),
  • Il n'est ni vie ni mort : Poésie complète (trad. Olivier Apert), Nous, , 315 p. (ISBN 978-2370840424)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) Carolyn Burke, Becoming Modern: The Life of Mina Loy, Farrar, Straus, and Giroux, , 499 p. (ISBN 9780520210899, lire en ligne), p. 15-17
  2. (en-US) « Stephen Haweis Papers », sur www.columbia.edu (consulté le 16 février 2021)
  3. (en-US) « Stephen Haweis », sur Mina Loy - Navigating the Avant-Garde, (consulté le 12 mars 2021)
  4. (en) « Mina Loy | British poet », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 8 février 2021)
  5. a et b (en-US) Virginia M. Kouidis, Mina Loy, American Modernist Poet, Louisiana State University Press, , 155 p. (ISBN 9780807106723, lire en ligne), p. 2-3
  6. (en-US) John A. Garraty & Mark C. Carnes, American National Biography, volume 14, Oxford University Press, USA, 1990, rééd. 1999, 953 p. (ISBN 9780195206357, lire en ligne), p. 69
  7. « Loy, Mina (1882–1966) | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 8 février 2021)
  8. (en-US) Anne Commire & Deborah Klezmer, Women in World History, Volume 9, Yorkin Publications, , 847 p. (ISBN 9780787640682, lire en ligne), p. 736
  9. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 15-88
  10. (en-US) Stephen Haweis, « Reminiscences of Auguste Rodin | Vanity Fair | June 1918 », sur Vanity Fair | The Complete Archive (consulté le 18 février 2021)
  11. (en-US) Virginia M. Kouidis, Op.cit., p. 3-4
  12. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit, p. 89-100
  13. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit, p. 101-104
  14. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 105-112
  15. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 113-118
  16. (en) « Gertrude Stein | American writer », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 2 mars 2021)
  17. (en-US) Betsy Fahlman, « The Great Draper Woman: Muriel Draper and the Art of the Salon », Woman's Art Journal, Vol. 26, No. 2,‎ hiver 2005 / 2006, . 33-37 (6 pages) (lire en ligne)
  18. (en-US) Robert T. Handy, « George D. Herron and the Kingdom Movement », Church History, Vol. 19, No. 2,‎ , p. 97-115 (19 pages) (lire en ligne)
  19. (en) « Herron, Carrie Rand », sur TheFreeDictionary.com (consulté le 2 mars 2021)
  20. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 119-121
  21. (en-US) Carolyn Burke, Op.cité, p. 122-126
  22. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 135-136
  23. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 137-142
  24. (en-US) « The Life and Work of Roberto Assagioli »
  25. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 143-147
  26. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 147-151
  27. (en-US) Virginia M. Kouidis, Op. cit., p. 7-8
  28. (fr) Filippo Tomaso Marinetti, « Manifeste du futurisme », Figaro,‎ (lire en ligne)
  29. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 151-155
  30. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 156-157
  31. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 158-159
  32. (en) « Lady Ottoline Morrell | English patroness », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 4 avril 2021)
  33. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 159-161
  34. (en-US) Carolyn Burke, Op. cit., p. 161-164
  35. (en-US) « Paid Notice: Deaths BAYER, JOELLA (Published 2004) », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 8 février 2021)
  36. Mathieu Terence, Mina Loy, éperdument, Paris, Grasset, 2017, p. 181.
  37. (en-US) Carolyn Burke & Pam Brown, « Carolyn Burke in conversation with Pam Brown about Mina Loy Brown », sur Jacket 2,
  38. « Mina Loy (1882-1966) - Mémorial Find a Grave », sur fr.findagrave.com (consulté le 4 février 2021)
  39. (en-US) Andrew Gaedtke, « From Transmissions of Madness to Machines of Writing: Mina Loy's "Insel" as Clinical Fantasy », Journal of Modern Literature Vol. 32, No. 1,‎ , p. 143-162 (20 pages) (lire en ligne)
  40. (en-US) Julie Schmid, « Mina Loy's Futurist Theatre », Performing Arts Journal, Vol. 18, No. 1,‎ , p. 1-7 (7 pages) (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices dans des encyclopédies et manuels de références[modifier | modifier le code]

  • (en-US) John A. Garraty & Mark C. Carnes (dir.) et Virginia M. Kouidis (rédaction), American National Biography, volume 14, Oxford University Press, USA, 1990, rééd. 1999, 953 p. (ISBN 9780195206357, lire en ligne), p. 69-71. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en-US) Anne Commire & Deborah Klezmer (dir.), Women in World History, Volume 9, Yorkin Publications, , 847 p. (ISBN 9780787640682, lire en ligne), p. 734-739. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en-US) Jay Parini (dir.), The Oxford Encyclopedia of American Literature, Volume 2: William Faulkner - Mina Loy, Oxford University Press, USA, , 533 p. (ISBN 9780195156539, lire en ligne), p. 523-525. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Essais[modifier | modifier le code]

  • (en-US) Virginia M. Kouidis, Mina Loy, American Modernist Poet, Louisiana State University Press, , 184 p. (ISBN 9780807106723, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article,
  • (en-US) Carolyn Burke, Becoming Modern: The Life of Mina Loy, Farrar, Straus, and Giroux, , 536 p. (ISBN 9780520210899, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article,
  • (en-US) Laura Scuriatti, Mina Loy's Critical Modernism, University Press of Florida, , 314 p. (ISBN 9780813056302),

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en-US) Linda Arbaugh Taylor, « Lines of Contact: Mina Loy and William Carlos Williams », William Carlos Williams Review, Vol. 16, No. 2,‎ , p. 26-47 (22 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Jim Powell, « Basil Bunting and Mina Loy », Chicago Review, Vol. 37, No. 1,‎ , p. 6-25 (20 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Helen Jaskoski, « Mina Loy Outsider Artist », Journal of Modern Literature, Vol. 18, No. 4,‎ , p. 349-368 (20 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Julie Schmid, « Mina Loy's Futurist Theatre », Performing Arts Journal, Vol. 18, No. 1,‎ , p. 1-7 (7 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Carolyn Burke & Pam Brown, « Carolyn Burke in conversation with Pam Brown about Mina Loy », Jacket magazine,‎ (lire en ligne),
  • (en-US) Joshua Weiner, « Poetry : Rediscovering Mina Loy », The American Scholar, Vol. 67, No. 1,‎ , p. 151-158 (8 pages) (lire en ligne),
  • (en-GB) Peter Nicholls, « 'Arid clarity': Ezra Pound, Mina Loy, and Jules Laforgue », The Yearbook of English Studies, Vol. 32,‎ , p. 52-64 (13 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Andrew Gaedtke, « From Transmissions of Madness to Machines of Writing: Mina Loy's "Insel" as Clinical Fantasy », Journal of Modern Literature, Vol. 32, No. 1,‎ , p. 43-162 (20 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Matthew Hofer, « Mina Loy, Giovanni Papini, and the Aesthetic of Irritation », Paideuma: Modern and Contemporary Poetry and Poetics, Vol. 38,‎ , p. 219-258 (40 pages) (lire en ligne),

Biographie romancée[modifier | modifier le code]

  • (fr) Mathieu Terence, Mina Loy, éperdument: récit littéraire, Grasset, , 234 p. (ISBN 9782246862680),

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]