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Adrienne Lecouvreur

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Adrienne Lecouvreur
Rôle de Cornélie dans la Mort de Pompée de Coypel.
Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 37 ans)
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Genre artistique

Adrienne Couvreur, dite Lecouvreur, née le à Damery et morte le à Paris, est une comédienne française.

Considérée comme la plus grande actrice du XVIIIe siècle, elle a contribué à développer un jeu plus naturel et moins stylisé. Sa vie a inspiré nombre de dramaturges, compositeurs et réalisateurs.

Fille de Marie Bouly, blanchisseuse et de Robert Couvreur, ouvrier chapelier alcoolique et violent, Adrienne Couvreur grandit à Fismes où exerce son père. Se plaisant, dès son enfance, à réciter des vers, les bourgeois de Fismes l’attirent souvent chez eux pour l’entendre[1]. En 1702, installée avec son père à Paris, rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, à proximité de la Comédie-Française, elle est confiée aux Filles de l'instruction chrétienne de la rue du Gindre[2]:11.

Elle n’a que treize ans lorsque quelques jeunes gens du quartier s’étant mis en tête de jouer la comédie et se réunissant pour répéter Polyeucte chez un épicier de la rue Férou. Adrienne jouait le rôle de Pauline. Le bruit de ces répétitions étant parvenu aux oreilles de Françoise du Gué, veuve de François du Gué, président de la Chambre des comptes de Paris, celle-ci a mis à leur disposition la cour de son hôtel de Sourdéac, rue Garancière, pour une représentation à laquelle une nombreuse assistance issue de la cour, la ville et la comédie, a été invitée par ses soins[2].

La représentation ayant été ouverte, selon l’usage, par la tragédie, Adrienne, drapée dans la robe d’une femme de chambre de la présidente, charme tout le monde par une façon de réciter naturelle et vraie[3], qui innovait grandement par rapport à la diction chantante traditionnelle, ce qui ne manque pas d’incommoder les comédiens français, alors au plus fort de leur lutte acharnée contre les petits spectacles et contre les forains, qui ont eu vent de cette représentation[4]. Très jaloux de leur privilège exclusif, ceux-ci dépêchent chez le lieutenant de police d’Argenson pour le faire rigoureusement respecter. Les comédiens amateurs s’apprêtent à commencer la représentation de la comédie le Deuil, de Thomas Corneille, lorsqu’un exempt et des archers, avec un ordre d’arrestation forcent la porte de l’hôtel de Sourdéac gardée par huit suisses[2].

Seule l’intervention immédiate de la présidente parvient à faire rapporter l’ordre fut rapporté, à condition que la comédie ne serait pas jouée[2]:12. Informé de la persécution dont les camarades d’Adrienne sont l’objet, le grand prieur de Vendôme les accueille dans l’enclos du Temple, lieu d’asile où les exempts ne pouvaient pénétrer. Ils y donnèrent encore deux ou trois représentations ; après quoi, « la partie fut rompue. »

Une tante blanchisseuse d’Adrienne, qui comptait parmi ses pratiques le comédien Le Grand, récemment revenu de tournée à la cour de Jean III Sobieski à Varsovie, et reçu sociétaire dans l’emploi des rois de tragédie, le , lui ayant parlé des dispositions de sa nièce, celui-ci la prend sous son aile, la logeant chez lui. Médiocre acteur, mais excellent professeur, il la produit sur quelques théâtres particuliers. Ces coups d’essai ayant pleinement réussi, le père Couvreur, dont la position était des plus précaires, se décide à destiner sa fille au théâtre[2]:14.

Huile sur toile de Louis de Fontaine (d).

Le Grand ajoute un article à son patronyme de Couvreur et lui donne des cours de diction[5], puis la recommande à la Mademoiselle Fonpré, sociétaire de la Comédie française, dont le mari avait dirigé le théâtre de Bruxelles en 1706 et qui, devenue veuve, venait d’obtenir la direction du théâtre de Lille, en remplacement de Desechaliers. Engagée séance tenante, après avoir récité devant elle quelques scènes du Cid, elle obtient même la permission d’emmener son père en Flandre[2]:14.

Elle joue à Lille la comédie tous les jours, même pendant le siège, même lorsqu’une bombe tombe près de la salle de la comédie pendant le spectacle, le théâtre étant aussi fréquenté qu’en temps de paix. Un jeune officier du de Picardie, le baron D., ayant distingué Adrienne, il aurait été son premier amant. En 1711, elle est alors première actrice du théâtre de Strasbourg, pour la somme considérable de 2 000 livres. Le baron D. mort, il est remplacé par le comte de Klinglin, fils du plus haut magistrat de Strasbourg, et dont elle eu une fille, Françoise Catherine Ursule, maintes fois mentionnée dans les lettres de Voltaire[2]:14.

Klinglin n’ayant pas honoré sa promesse de mariage, Adrienne quitte Strasbourg et fait son retour définitif à Paris. Son ordre de débuts à la Comédie-Française est du l’Électre de Crébillon père. Sa première apparition devant le public parisien, dans ce rôle et dans celui d’Angélique de George Dandin, le suivant, a été un succès complet. Alors âgée de vingt-cinq ans, elle s’impose aisément face à ses concurrentes, Charlotte Desmares, Mademoiselle Duclos ou Marie-Jeanne Gautier, grâce aux conseils éclairés de connaisseurs tels que Du Marsais[a], d’Argental et Pont-de-Veyle[2]:20.

Après son rôle de début, elle joue Monime, le , Bérénice, le , Irène d’Andronic de Campistron, le 12, Alcmène d’Amphitryon, le 13 et Pauline de Polyeucte, le 18, enchainant les rôles jusqu’à jouer cent dix fois dans sa seconde année. Le , la retraite de Dumirail et de Mlle La Chaise ayant rendu vacantes deux places, elle est reçue, conjointement avec Marie-Jeanne Gautier, chacune à demi-part, dans la compagnie[2]:21. Nicolas Boindin loue « sa façon de déclamer prouve qu’elle s’applique à ce qu’elle dit et qu’elle l’entend parfaitement[6]. »

Gravure de Schmidt d’après la toile de Louis de Fontaine.

Vers 1726, elle est attaquée d’une dysenterie dont elle ne réchappe que contre l’opinion des plus célèbres médecins. Depuis cette maladie, sa santé a toujours été chancelante[1]. En 1730, sa santé se délabre, et elle s’évanouit pendant une représentation. Elle fait encore l’effort d’interpréter Jocaste dans l'Œdipe de Voltaire, mais meurt peu après, d’une « hémorragie d’entrailles ». Les contemporains sont unanimes au sujet de sa mort : atteinte une première fois, en 1728, d’une dysenterie si grave que, se croyant perdue, elle a fait son testament, ne faisant plus que languir, jusqu’à ce qu’elle soit emportée par une seconde attaque de la même maladie, compliquée d’une violente perte de sang, et agravée par une dose massive d’ipécacuanha, ordonnée par un médecin ignorant.

Alors qu’elle jouait encore le mercredi , le vendredi 24, elle était morte. L’ipécacuanha fait soupçonner un empoisonnement à l’instigation de la duchesse de Bouillon. Devant la rumeur, Voltaire demande une autopsie, dont les résultats s’avèrent inconcluants[7]. Les comédiens étant frappés d'excommunication, l’Église lui refuse un enterrement chrétien, et elle doit être enterrée à la sauvette par des amis du maréchal de Saxe et de Voltaire, dans le marais de la Grenouillère[8]. Voltaire, scandalisé, exprime son indignation dans le poème la Mort de Mlle Lecouvreur :

Et dans un champ profane on jette à l’aventure
De ce corps si chéri les restes immortels !
Dieux ! Pourquoi mon pays n’est-il plus la patrie
Et de la gloire et des talents[9] ?

Adrienne Lecouvreur compte au nombre de ses amants Voltaire, dont elle a interprété plusieurs tragédies, ou encore le chanteur Denis-François Tribou[10]. Passionnément aimée du jeune d’Argental, elle s’efforce, sans succès, de le décourager[b], mais sa grande passion, celle qui a mis fin aux hasards de sa première vie, a été son amour pour le maréchal de Saxe, ce qui lui a valu la haine féroce de sa rivale, la duchesse de Bouillon, épouse d'Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne. À partir du moment où elle a aimé Saxe, malgré les infidélités dont il ne se faisait pas faute, il parait bien que celle-ci ne se considérait plus comme libre[11].

Outre Françoise, fille de Klinglin, elle eu, de Philippe Le Roy, officier du duc de Lorraine, une autre fille, baptisée Élisabeth-Adrienne à Saint-Eustache, le [c].

« La plus grande actrice du XVIIIe siècle, la plus vraie, la plus touchante[12]. »

Postérité

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Iconographie

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Littérature

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  • Dans Louis XV et sa cour, Alexandre Dumas raconte l'affaire de la duchesse de Bouillon et d'Adrienne Lecouvreur.
  • Dans Candide ou l'Optimisme, Voltaire fait référence à l'enterrement d'Adrienne Lecouvreur (sous le nom de « mademoiselle Monime »).
  • Dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus fait référence à Adrienne Lecouvreur lorsqu'il évoque l'exemple du comédien comme « homme absurde ». Après avoir expliqué que le comédien, par la multiplication des destins joués grâce à son art, par l'exagération des sentiments et l'importance du temps présent, incarne l'absurdité, Camus rappelle que c'est pour cela que l’Église condamnait les comédiens qui niaient ainsi « tout ce qu'elle enseigne ». C'est alors qu'il évoque Adrienne Lecouvreur qui « sur son lit de mort, voulut bien se confesser et communier, mais refusa d'abjurer sa profession[14]. »

La fin tragique d'Adrienne Lecouvreur a inspiré à Eugène Scribe et Ernest Legouvé une comédie-drame en cinq actes, Adrienne Lecouvreur[15], créée le au théâtre de la République[16].

Télévision

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Le souvenir d'Adrienne Lecouvreur est perpétué par une allée du 7e arrondissement de Paris, une rue du Havre et une avenue de Maisons-Laffitte.

Notes et références

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  1. Du Marsais est souvent désigné dans les lettres de la tragédienne sous le nom du « Philosophe »[2]:19.
  2. Ayant appris que la mère de d’Argental, Marie Angélique de Tencin, songeait à envoyer à Saint-Domingue, pour l’éloigner, de crainte qu’il ne tente de l’épouser, Adrienne n’hésite pas à lui écrire pour la rassurer susr intentions[11].
  3. Elle a épousé le musicien de l’Opéra François Francœur, en .

Références

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  1. a et b D’Allainval, Mémoires sur Molière, et sur Mme Guérin, sa veuve : suivis des Mémoires sur Baron et sur Mlle Lecouvreur, Paris, Ponthieu, , xliii-349 p., in-8º (OCLC 763388321, lire en ligne sur Gallica), p. 229.
  2. a b c d e f g h i et j Georges Monval (éd.), Lettres de Adrienne Le Couvreur : réunies pour la première fois et publiées avec notes, étude biographique, documents inédits tirés des archives de la Comédie, des minutiers de notaires et des papiers de la Bastille, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, , 324 p., pl. : portr. ; in-16 (OCLC 15639459, lire en ligne sur Gallica), p. 11.
  3. René Pomeau, Voltaire en son temps, t. 1, p. 135.
  4. Gustave Larroumet, « Adrienne Lecouvreur d’après sa correspondance », dans Études de littérature et d’art, Paris, Hachette, 377 p., 3 vol. in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 117-.
  5. Christiane Marciano-Jacob, Adrienne Lecouvreur : l’excommunication et la gloire, Paris, Coprur, , 219 p., 23 cm (OCLC 53878266, lire en ligne), p. 41.
  6. Nicolas Boindin, Lettres historiques sur tous les spectacles de Paris, Paris, P. Prault, , 345 p. (lire en ligne sur Gallica), p. 21.
  7. « Adrienne Lecouvreur », Figaro, Paris, 3e série, vol. 31, no 110,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne sur Gallica).
  8. Marie Laurence Netter, Du Théâtre à la Liberté : dans les coulisses des Lumières, Paris, Armand Colin, , 311 p., 24 cm (ISBN 978-2-20027-968-4, OCLC 826835536, lire en ligne), p. 95.
  9. Louis Moland (éd.), Œuvres complètes de Voltaire : précédée de la Vie de Voltaire, par Condorcet et d’autres études biographiques, t. 9, Paris, Garnier frères, , 584 p., 52 vol. ; 24 cm (lire en ligne sur Gallica), p. 371.
  10. Arthur Pougin, « Un chanteur de l’Opéra au XVIIIe siècle : Pierre Jélyotte », Le Ménestrel,‎ (lire en ligne sur Gallica).
  11. a et b « Adrienne Lecouvreur », Le Constitutionnel, Paris, no 356,‎ , p. 2 (ISSN 2418-9227, lire en ligne sur Gallica).
  12. Henry Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français, ceux d'hier : biographie, bibliographie, iconographie, t. 2. E-Z, Paris, E. Jorel, , 720 p., 2 vol. : ill., portr. ; 29 cm (OCLC 638691878, lire en ligne sur Gallica), p. 321.
  13. Gravures par Eugène Leguay dans les collections sur le site du Harvard Art Museum.
  14. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, coll. « Folio/essais », (réimpr. 2024), 190 p. (ISBN 978-2-07-032288-6), p. 114 - 115
  15. Adrienne Lecouvreur sur Google Books.
  16. Critique de Gustave Planche publiée dans la Revue des Deux Mondes en 1849.

Bibliographie

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  • Soulas d’Allainval, Mémoires sur Molière et sur Mme Guérin, sa veuve, suivis de Mémoires sur Baron et sur Mlle Lecouvreur, Ponthieu libraire, Paris (1822).
  • Pierre Germain, Adrienne Le Couvreur : tragédienne, Paris, Fernand Lanore, , 253 p., pl. : illustr. ; in-8º (OCLC 417724239, lire en ligne).
  • Christiane Marciano-Jacob, Adrienne Lecouvreur : l’excommunication et la gloire, Strasbourg, Coprur, , 219 p., in-8º (ISBN 978-2-84208-111-9, OCLC 53878266, lire en ligne sur Gallica).

Correspondance

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  • Georges Monval (dir.), Lettres d'Adrienne Le Couvreur : réunies pour la première fois et publiées avec notes, étude biographique, documents inédits tirés des archives de la Comédie, des minutiers de notaires et des papiers de la Bastille, Paris, Plon, , 302 p., in-12 (OCLC 57052445, lire en ligne sur Gallica).

Liens externes

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