Mathilde de Morny

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Mathilde de Morny
Mathilde “Missy” de Morny.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Surnoms
Missy
Oncle MaxVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
YssimVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Mère
Sophie Troubetzkoï (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Charles de Morny - Père-Lachaise 01.jpg
Vue de la sépulture.

Mathilde de Morny, dite « Missy », marquise de Belbeuf, née le et morte le est une célébrité du Paris de la Belle Époque. À la fois personnalité mondaine et artiste, elle se fait remarquer par sa conduite jugée à l'époque comme extravagante. Elle affiche ouvertement ses préférences sexuelles pour les femmes et entretient notamment une relation originale avec Colette. À cette époque où les amours féminines étaient relativement acceptées, elle est pourtant attaquée avec acharnement, surtout en raison de son attitude virile. Le port du pantalon par une femme pouvait scandaliser à une période où il n'était permis qu'après l'autorisation des autorités compétentes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Colette et Mathilde « Missy » de Morny.

Dernière fille du duc de Morny, le frère utérin de Napoléon III, et de son épouse la princesse Sophie Troubetzkoï (1838-1896), Mathilde reçoit peu d'amour de ses parents[1]. Elle découvre les plaisirs de la chasse avec son beau-père le duc de Sesto en Castille où elle entretient sa première liaison féminine[1]. Elle épouse en 1881 Jacques Godart de Belbeuf, sixième et dernier marquis de Belbeuf, qui la laisse libre de poursuivre ces liaisons[2]. Elle divorce en 1903, au grand désespoir de sa mère[1].

Grâce à sa fortune, « Missy », comme elle est surnommée, entretient de nombreuses femmes à Paris, y compris Colette et Liane de Pougy, avec lesquelles elle a des relations amoureuses[3]. Colette, l'écrivaine libertine, y est encouragée par son mari Willy, endetté et infidèle[4]. Elles séjournent ensemble à partir de l'été 1906 au Crotoy dans la villa « Belle Plage ». Colette y rédige Les Vrilles de la vigne et La Vagabonde, roman plus tard porté à l'écran par Musidora.

Le , elle se présente avec Colette sous l'anagramme d'Yssim dans la pantomime Rêve d'Égypte, au Moulin Rouge. Elle joue le rôle d'un égyptologue qui réveille une momie, jouée par Colette[4], en lui donnant un baiser. Le scandale est organisé par une cabale bien préparée[1]. À la première, une claque jette des projectiles tels que tabourets et cigarettes, et provoque une bagarre générale. Le préfet de Police Louis Lépine suspend les représentations[4]. Ce scandale révèle la véritable identité de Missy. Sa famille la rejette et cesse tout soutien financier[3].

Le , « Missy » et Colette signent enfin l'acte d'achat[5] du manoir de Rozven à Saint-Coulomb en Bretagne, le jour même où la première chambre du tribunal de grande instance de la Seine prononce le divorce de Colette et Willy. La maison est meublée aux frais de Missy[1]. Lors de leur séparation un an plus tard, Colette garde la maison[6],[4].

« Missy » inspire à l'écrivain le personnage de « La Chevalière » du roman Le Pur et l'Impur, publié en 1932 et qu'elle apprécie peu[4]. Colette dira d'elle : « La Chevalière » qui, « en sombre ajustement masculin, démentait toute idée de gaieté et de bravade… Venue de haut, elle s'encanaillait comme un prince ». Colette avait pris la mesure du mal-être de son amie.

Mathilde de Morny se fait appeler « Max », « Oncle Max »[2] ou bien encore « Monsieur le Marquis » par ses gouvernants. Elle porte alors un complet veston (tenue interdite aux femmes) et caleçon d'homme, le cheveu court, fume le cigare[7],[2]. Elle subit une hystérectomie et l'ablation des seins[7].

Fin mai 1944, elle tente de se faire hara-kiri mais est sauvée. Complètement ruinée, elle se suicide un mois plus tard le en mettant la tête dans le four de sa cuisinière à gaz[7] et meurt à trois heures de l'après-midi.

Ses funérailles sont prises en charge par Sacha Guitry[4]. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (54e division).

Activité artistique[modifier | modifier le code]

Sous le pseudonyme d'Yssim (anagramme de Missy), elle fut sculpteur et peintre, élève du comte Saint-Cène[Qui ?] et du sculpteur Édouard-Gustave-Louis Millet de Marcilly.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Michel del Castillo, « Missy, le spectre de Colette », Le magazine littéraire, no 568,‎ (lire en ligne).
  2. a b et c Christine Rousseau, « Lettres à Missy, de Colette : Colette et son "velours chéri" », sur Le Monde.fr, (consulté le 5 novembre 2017).
  3. a et b « Mathilde de Morny, la Belle et la Bête ? », France Inter - Au fil de l'histoire,‎ (lire en ligne, consulté le 1er mai 2018).
  4. a b c d e et f « Colette, l'ingrate libertine », sur Le Figaro, (consulté le 25 octobre 2017).
  5. La propriétaire, la baronne du Crest, refuse la vente car la marquise est habillée en homme. « Missy » fait donc signer l'acte de propriété par sa compagne.
  6. Frédéric Maget, président de La Société des Amis de Colette dans La Marche de l'Histoire, « Colette en ses demeures », .
  7. a b et c Jérôme Garcin, « Les lettres de Colette à Missy », sur Le Nouvel Obs, (consulté le 24 octobre 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fernande Gontier et Claude Francis, Mathilde de Morny. La Scandaleuse Marquise et son temps, Perrin, 2005.
  • Fernande Gontier, Homme ou femme ? La confusion des sexes, chap. 8, Paris, Perrin, 2006.
  • Colette, Lettres à Missy. Édition établie et annotée par Samia Bordji et Frédéric Maget, Paris, Flammarion, 2009.
  • François-Olivier Rousseau, Missy, Pierre-Guillaume de Roux, , 304 p. (ISBN 978-2-36371-149-6, notice BnF no FRBNF45026449, présentation en ligne).

Lien externe[modifier | modifier le code]