Sylvia Beach

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Sylvia Beach
Image dans Infobox.
Sylvia Beach à Paris, en 1920.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 75 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Princeton Cemetery (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Sylvia Nancy Woodbridge BeachVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Reverend Sylvester Woodbridge Beach (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Archives conservées par
Paris Rue de l Odeon 12 plaque-2.jpg
plaque commémorative

Sylvia Beach, née Nancy Woodbridge Beach le à Baltimore, Maryland et morte le à Paris, était une libraire, traductrice et éditrice américaine[1].

Elle est connue pour sa librairie parisienne 'Shakespeare and Company', où elle a publié en 1922 la première édition d'Ulysses de James Joyce.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

C'est à Baltimore, Maryland, qu'Eleanor Thomazine Orbison et son mari, le ministre presbytérien Sylvester Woodbridge Beach, accueillent la deuxième de leurs trois filles, Nancy Woodbridge Beach[2].

C'est une enfant frêle et malade qui a des maux de tête fréquents. Elle ne peut pas aller régulièrement à l'école et s'instruit grâce aux livres. Sa passion pour la littérature débute[3].

Cette dernière fait son premier séjour en France en 1902 lorsque son père devient l'assistant-ministre de l’Église américaine de Paris. Adolescente de 15 ans, elle se plaint à propos de cette période « Je n'étais pas intéressée de ce que je pouvais voir de Paris à travers les barreaux de ma prison familiale ». Ils y restent 3 ans avant de s'installer à Princeton, New Jersey, en 1905[2],[4].

C'est en 1911 qu'elle décide d'utiliser le nom 'Sylvia'[2], lorsqu'elle était assistante pour le Concordance to the poems of Edmund Spenser (1915) de Charles Osgood, professeur d'anglais à l'université de Princeton.

Au début de la Grande Guerre, en 1914, elle rencontre l'éditeur Ben W. Huebsch à New York puis elle passe deux années en Espagne avec sa mère[2].

Vie parisienne[modifier | modifier le code]

Sylvia Beach arrive à Paris en 1916, et s’affranchit du puritanisme de l'Amérique en fumant et en explorant la ville non accompagnée[4]. Mais la Grande Guerre retarde ses ambitions d'étudier la poésie française et elle devient alors volontaire agricole[5].

En 1917, elle découvre 'La Maison des amis des livres', la librairie ouverte depuis 1915[2] par Adrienne Monnier au 7 rue de l'Odéon. Elle passe la plupart de son temps dans la boutique et devient la compagne de toujours de la libraire Adrienne Monnier. Elles commencent leur relation amoureuse et s'installent ensemble dans l'appartement au-dessus de la librairie[6].

Interlude en Serbie[modifier | modifier le code]

Entre 1918 et 1919, Sylvia et sa sœur Holly partent en Serbie avec la Commission Balkan de la Croix-Rouge américaine[2]. Cette expérience dévoile son féminisme et ses idées politiques socialistes[3]. Elle devint par la suite amie et grand soutien d'Hélène Brion, tout en contribuant au journal La Lutte féministe[7].

Shakespeare and Company[modifier | modifier le code]

À son retour en France, elle pense à ouvrir une librairie française à New York, mais Adrienne Monnier lui fait la suggestion de l'inaugurer à Paris. En 1919, elle suit ses conseils et ouvre 'Shakespeare and company' au 8 rue Dupuytren[5].

Sylvia crée alors un lieu intime et douillet. Elle remplit les étagères de livres qui côtoient les photographies accrochées aux murs de Whitman, Poe, et Wilde[4].

En quelques mois, Sylvia devient une figure incontournable de la scène littéraire parisienne des années folles. Sa librairie accueille dès lors les intellectuels américains et anglo-saxons de Paris : Margaret Anderson, Natalie Barney, Djuna Barnes, Janet Flanner, Ernest Hemingway, Robert McAlmon, Ezra Pound, Man Ray, Gertrude Stein, etc. ; mais aussi français : Louis Aragon, Valery Larbaud, André Gide, Paul Valéry, Jacques Lacan, etc[3].

La librairie rue Dupuytren déménagera en au 12 rue de l'Odéon (Paris 6e)[8], où une plaque lui rend hommage[9].

James Joyce[modifier | modifier le code]

L'écrivain James Joyce fut l'un des trois amours de la vie de Sylvia, avec Adrienne Monnier et Shakespeare and Company[6]. Ils se rencontrent à une fête organisée par des amis en communs en . Dès le lendemain il visite Shakespeare and Company et à partir de là naît leur relation amicale et professionnelle. Sylvia devient alors plus qu'une éditrice pour Joyce en le soutenant financièrement et en payant ses dettes[3].

En 1922, Sylvia publie la version originale de son roman Ulysses dont Adrienne Monnier publiera la première traduction française en 1929. Cette première édition fut limitée à 1000 exemplaires[10].

Puis en 1929, elle édite une collection composée d'essais critiques et de lettres ayant comme sujet le livre Finnegans Wake de James Joyce[2].

Finalement la relation entre James et Sylvia se dégrade. Elle dira à ce propos « J'ai compris que travailler avec ou pour James Joyce, le plaisir était mien, les profits étaient siens. Mais c'était tout ce que je pouvais faire pour empêcher ma librairie d'être entraînée vers le bas »[3]. La fin de leur relation professionnelle en 1931 s'accompagne de la mauvaise foi de James Joyce qui négocie derrière son dos un contrat avec Random House[11].

Difficultés et avant-guerre[modifier | modifier le code]

Dans les années trente, Sylvia Beach garde la librairie Shakespeare and Company ouverte tant bien que mal. La majorité de ses clients américains et anglais ont alors quitté Paris et ceux qui restent n'ont pas d'argent pour acheter des livres[3].

Puis en 1935, André Gide contribue à la création du groupe 'Les amis de Shakespeare et Company'. Les intellectuels du groupe participent à des lectures et soutiennent financièrement la librairie[12]. André Gide passe même un appel à l'aide dans l'European Herald le [13].

L'année 1936 c'est également l'année du Front populaire qui était un mouvement soutenu par Sylvia Beach et son amie Janet Flanner. Sa librairie Shakespeare and Company deviendra alors un des lieux fortement associés aux activistes politiques français. En effet, c'est durant les années trente qu'elle ajoute sur les étagères de la librairie de la littérature socialiste et communiste[3], tout en participant à des rassemblements socialistes avec André Gide[2].

C'est également en 1936, après un séjour chez ses parents, que Sylvia surprend l'aventure d'Adrienne Monnier avec Gisèle Freund. Cet événement entraîne le déménagement de Sylvia et la fin de leur relation amoureuse. Elles restent cependant amies et associées[12].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À l'arrivée de la guerre en 1939, de nombreux expatriés américains quittent Paris et la France, mais Sylvia n'en fera pas partie, car elle se considère Parisienne[3].

En 1941, elle refuse de vendre à un officier allemand le dernier exemplaire du roman de James Joyce, Finnegans Wake. Celui-ci la menace de confisquer ses livres. Sylvia ferme donc la librairie et stocke sa collection dans son appartement[6].

En 1943, elle est incarcérée en tant que citoyenne américaine avec d'autres compatriotes au camp d'internement de Vittel. Elle est libérée après six mois de détention sur l'intervention de Jacques Benoist-Méchin, membre du gouvernement de Vichy et ultra-collaborateur, qui avait été présenté à Beach et Monnier lorsqu'il jouait dans l'orchestre de George Antheil, qui habitait au-dessus de la librairie. Adrienne Monnier dit de lui[Quand ?] : « Aucun jeune homme ne fut autant que lui l’enfant de la maison [...] Je suis très fière de notre enfant »[14].

Après-Guerre[modifier | modifier le code]

Shakespeare and Company ne sera jamais rouvert après la guerre. Sylvia décide de devenir volontaire pour fournir aux plus démunis des vêtements, de la nourriture et du soutien[3].

En 1950 elle obtient le prix Denyse Clairouin Memorial Award pour sa traduction de A barbarian in Asia (1949) d'Henri Michaux[2].

En 1956, son livre Shakespeare & co est publié. Elle y raconte ses souvenirs de cette période d'entre-deux-guerres[6].

En , Sylvia voyage en Amérique pour y recevoir un diplôme honorifique du Doctorat en lettres de l'université d'état de New York à Buffalo. Puis à l'automne de cette même année, elle visite pour la dernière fois sa ville natale[2].

Entre 1960 et 1962 elle apparaît dans la série documentaire Les Heures chaudes de Montparnasse de Jean-Marie Drot.

Sylvia court le monde tout au long de l'année 1962. Elle assiste à la cérémonie d'ouverture du James Joyce Tower and Museum (en) à Dublin puis elle voyage en Grèce, au Moyen-Orient et en Égypte.

Elle meurt le à Paris[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Ernest Hemingway lui rend longuement hommage et lui consacre un chapitre entier dans Paris est une fête.

Djuna Barnes, qui côtoie comme Sylvia le cercle des expatriés américains[12], publie en 1928 son roman Ladies Almanack (en). Sylvia semble être le modèle d'un des personnages de l'almanach. Malgré le rejet de cette interprétation par Barnes elle-même[15], Daviel Shy dans son film The Ladies Almanack (2017) fera de Sylvia Beach une figure à part entière jouée par l'actrice Charlotte Potot.

George Whitman (en), fondateur de la librairie parisienne 'Le mistral' qu'il renomma 'Shakespeare and Company' en 1964, nomma sa fille Sylvia Beach Whitman (en) en hommage à Sylvia Beach.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1956 : (en) Sylvia Beach, Shakespeare and Company, Londres, Faber and Faber, , 230 p. (SUDOC 061062561, présentation en ligne)
  • 1956 : (en) Sylvia Beach, Ulysses in Paris, New York, Harcourt, Brace and Company, , 24 p. (SUDOC 191438480)

Préface[modifier | modifier le code]

  • 1948 : James Joyce (trad. Ludmila Savitsky et Theodore Spencer, préf. Sylvia Beach), Stephen le Héros : fragment de la première partie de Dedalus, Paris, Gallimard, , 238 p. (SUDOC 025874578)
  • 1959 : Centre culturel américain (préf. William Bird et Sylvia Beach), Les années vingt : les écrivains américains à Paris et leurs amis : 1920-1930 : catalogue de l'exposition tenue à Paris, 11 mars-25 mars 1959, Paris, Les presses artistiques, , 144 p. (SUDOC 011116633)

Traduction[modifier | modifier le code]

  • 1925 : T. S. Eliot (trad. Sylvia Beach et Adrienne Monnier), « La Chanson d'amour de J. Alfred Prudrock » [« The Love Song of J. Alfred Prufrock »], Le Navire d'Argent,‎ , p. 23 (SUDOC 065536096, lire en ligne)
  • 1949 : (en) Henri Michaux (trad. Sylvia Beach), A barbarian in Asia [« Un barbare en Asie »], New York, New directions, , 185 p. (OCLC 608868335)

Publications posthumes[modifier | modifier le code]

  • 1963 : Sylvia Beach (éd. scient. Jackson Mathews et Maurice Saillet), Sylvia Beach (1887-1962), Paris, Mercure de France, , 174 p. (SUDOC 085154245)
  • 2010 : (en) Sylvia Beach (préf. Noelle Riley Fitch, éd. scient. Keri Walsh), The letters of Sylvia Beach, New York, Columbia University Press, , 347 p. (ISBN 978-0-231-14536-7, SUDOC 145667499)

Annexes[modifier | modifier le code]

Références supplémentaires[modifier | modifier le code]

  • 1960 : Adrienne Monnier, Les Gazettes, Paris, Gallimard, coll. « L'Imaginaire », , 350 p. (ISBN 978-2070744442, présentation en ligne)
  • 2003 : Laure Murat, Passage de l'Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris de l'entre-deux-guerres, Paris, Fayard, , 376 p. (ISBN 978-2213616629, présentation en ligne)
  • 2010 : Charles Glass, Les Américains à Paris : Vie et mort sous l'occupation nazie, Paris, Saint-Simon, , 336 p. (ISBN 978-2915134391, présentation en ligne)
  • 2019 : Éric Verrax, Adrienne Monnier & Edmond Charlot, Pour l’amour des livres, avec 14 fixés sous verre de Chanath. Le Revard, Éditions du Musée du Fixé, 2019
  • 2020 : (en) Jennifer M. MacDougall, (Thèse du "Degree of Bachelor of Arts, Honours in History"), Halifax, Nova Scotia, Saint Mary's University, , 74 p. (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Sylvia Beach | American bookstore owner », Encyclopedia Britannica,‎ (lire en ligne, consulté le 6 novembre 2017)
  2. a b c d e f g h i j et k (en) The letters of Sylvia Beach, Columbia, Columbia University Press, , 347 p. (ISBN 978-0-231-14536-7, lire en ligne)
  3. a b c d e f g h et i (en) Noel Riley Fitch, Sylvia Beach and the lost generation : a history of literary Paris in the twenties and thirties, Norton & Company, , 448 p. (OCLC 9133273)
  4. a b et c (en) « Statford-on-Odéon: Sylvia Beach and Shakespeare and Company », The Missouri Review, vol. 40, no 3,‎ , p. 177-186
  5. a et b (en) Louis Atlas, « Sylvia Beach carrying despite thoughness of times », Chicago Daily Tribune,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  6. a b c et d (en) Sylvia Beach, Shakespeare and Company, Londres, Faber & Faber, , 232 p.
  7. (en) Madeleine Blaess, 320 rue St Jacques: The Diary of Madeleine Blaess, White Rose University Press, , 408 p. (ISBN 978-1-912482-13-9, lire en ligne), p. 382
  8. Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Artistes/Femmes, femmes artistes, Éditions Hazan, Paris, 2007, page 37 avec une photo de Sylvia Beach sur le pas de sa librairie.
  9. Conseil municipale de Paris, « Délibération des 20-21 décembre », Bulletin municipal officiel de la ville de Paris,‎ , p. 415 (lire en ligne)
  10. (en) James Joyce, Ulysses, Paris, Shakespeare and Company, , 741 p. (lire en ligne), vue 17 / 767
  11. (en) Edith Nalle Schafer, « Sylvia Beach and Co. », Humanities,‎ , p. 18-19 (lire en ligne)
  12. a b et c (en) Jennifer M. MacDougall, The American Expatriate Literary Community in Paris : Collective Biographies of Margaret Anderson, Djuna Barnes and Janet Flanner (Thèse du "Degree of Bachelor of Arts, Honours in History"), Halifax, Nova Scotia, Saint Mary's University, , 74 p. (lire en ligne)
  13. « Au secours de Shakespeare », European Herald,‎ , p. 14 (lire en ligne)
  14. Adrienne Monnier, Les gazettes : 1923-1945, Gallimard, (ISBN 2-07-074444-2 et 978-2-07-074444-2, OCLC 463796722, lire en ligne)
  15. « L'almanach des dames - Djuna Barnes - Librairie Ombre Blanches » (consulté le 28 novembre 2020)