Juan Branco

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Juan Branco [ˈxwan ˈbɾɐ̃ku][1], né le à Estepona en Andalousie, est un avocat, universitaire et journaliste franco-espagnol, collaborateur régulier du Monde Diplomatique[2].

L'une des figures de l'opposition à la loi « Hadopi 1 » sur les droits d'auteurs en 2009[3], il est le conseiller juridique de WikiLeaks et de Julian Assange en France et a été l'avocat de Jean-Luc Mélenchon[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Fils du producteur portugais de cinéma Paulo Branco et de la psychanalyste espagnole[5] Dolores López, il a deux sœurs et un frère[6].

Né dans la province de Malaga, en Espagne, il grandit entre l'Andalousie[7] et les 5e et 6e arrondissement de Paris dont il critique « le culte de l'entre-soi[8] » et est naturalisé français en 2010[5]. Devenu cavalier d'endurance en 2004[5], il se classe 15e aux championnats du monde de Compiègne en 2007[9].

Entré en contact avec Don DeLillo[10] et David Cronenberg[11] via son père, il donne l'idée de l'adaptation au cinéma du roman Cosmopolis.

Formation et expérience professionnelle[modifier | modifier le code]

Il fait sa scolarité dans le public puis à l'École alsacienne[12] . Admis à l'École normale supérieure (ENS) de la rue d'Ulm par la voie universitaire en 2009[13],[14], il est diplômé de Sciences Po Paris[15],[14] où il relance le ciné-club et est remarqué par le directeur de l'établissement, Richard Descoings, qui lui propose d'intégrer son cabinet[5]. Il prononce un discours au nom des étudiants lors de sa cérémonie funéraire[16].

Il suit en parallèle des études aux universités Paris-Sorbonne et Panthéon-Sorbonne, où il obtient respectivement une maîtrise en littérature moderne et des masters en philosophie politique et en géopolitique[15]. Sa thèse de doctorat, portant sur la Cour pénale internationale, est soutenue à l'ENS Ulm en 2014[17],[18] et primée par la Cour Pénale Internationale et publiée en 2015[19].

Recruté à la suite d'un stage comme collaborateur du procureur de la Cour pénale internationale, il devient son assistant spécial puis officier de liaison à l'âge de vingt ans[20],[21]. Il entre l'année suivante au Quai d'Orsay comme collaborateur extérieur du ministre français des Affaires étrangères[22],[17],[23], avant d'être retenu comme conseiller juridique de WikiLeaks et Julian Assange sous la direction de Baltasar Garzón[24]. Il représente alors publiquement l'organisation, notamment lors des révélations d'espionnage de la National Security Agency (NSA) en 2015[25],[26], et participe aux négociations avec la présidence de la République pour obtenir l'asile à Assange ; elles échouent, l'Élysée opposant une fin de non recevoir à la demande[27],[28].

Décrit par certains comme « l'homme dans l'ombre » de Julian Assange[29], chargé notamment des procédures auprès de l'ONU et de ses rapports avec les États[30], il raconte à de nombreuses reprises les difficultés inhérentes au travail auprès de Wikileaks[31], et définit l'organisation comme une « bibliothèque mondiale des appareils de pouvoir[32]. »

Devenu avocat de Jean-Luc Mélenchon, il le défend dans l'affaire OAS[33] et demande l'audition du ministre de l'intérieur Gérard Collomb[4].

Il est recruté[34] en mai 2018 par l'ONU au Centrafrique en tant qu'expert indépendant, chargé de l'élaboration de la stratégie des poursuites du Procureur de la Cour pénale spéciale[35]. Après avoir mentionné l'existence d'un massacre commis par les forces de la MINUSCA et l'impossibilité d'exercer ses fonctions de façon indépendante, il est expulsé du pays[36].

Publications et carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Proche de Julian Assange[37], édité par Alain Badiou et Barbara Cassin[37], il intervient aux côtés de Noam Chomsky[37], Jean-Luc Godard[38] et Baltasar Garzón[39] sur des problématiques ayant trait aux droits d'auteur, aux violences de masse et à la surveillance dans l'ère numérique[40]. Son premier ouvrage, Réponses à Hadopi, revient sur les législations relatives aux droits d'auteur à l'heure du numérique et défend la mise en place d'une licence globale[41].

Sa thèse, préparée sous la direction de Jean-Louis Halpérin et soutenue sous la présidence de Mireille Delmas-Marty, propose une étude critique du premier procès à la Cour pénale internationale[42], qui serait à l'origine d'un « cosmopolitisme des chefs » résultant des transformations du monde westphalien[43]. Soutenue en 2014 à l'École normale supérieure, elle est primée par la Cour pénale internationale et éditée l'année suivante par LGDJ[44].

Recruté au département de français de l'université Yale et chercheur invité à la Yale Law School[15], où il collabore au Yale Journal of International Law (en)[45], il est recruté comme Senior Research Fellow à partir de 2015 par l'Institut Max Planck de droit international[17], et invité la même année à l'université de Rome « La Sapienza ».

En parallèle à ses recherches universitaires, il publie dans Libération, Lignes et Esprit des portraits de figures et de mouvements politiques contemporains, dont François Hollande[46], Podemos[47] et Julian Assange[48].

Ses travaux, influencés par Jean-Luc Godard, Georges Bataille, Pier Paolo Pasolini, Leonardo Sciascia ou encore Serge Daney[46],[8], proposent une critique de la raison contemporaine et de son rapport au figuré[49]. Son dernier ouvrage, D'après une image de Daesh, est publié par les Éditions Lignes en 2017[50].

Militantisme[modifier | modifier le code]

Alors qu'il étudie à Sciences Po, Juan Branco milite aux Jeunes Verts, dont il coordonne la section Île-de-France et qu'il mobilise notamment contre la politique migratoire européenne et la directive retour[51],[5],[52].

En 2009, il s'engage aux côtés de la Quadrature du Net[53] et devient l'une des figures de l'opposition au projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet (dit « HADOPI ») en créant la plateforme Création, Public, Internet et en rédigeant, en , une lettre ouverte s'opposant au projet, signée par des personnalités du monde cinématographique, dont son père, Paulo Branco, Catherine Deneuve, Chantal Akerman et Christophe Honoré[54] qui provoque le rejet du projet de loi par l'Assemblée nationale après son passage en commission mixte paritaire (CMP) le lendemain, et la démission du ministre de la Culture et du secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement[55],[56].

Son livre Réponses à Hadopi, paru un an après, revient sur cet épisode et propose l'élaboration d'un nouveau système légal et financier pour l'industrie du cinéma[57]. Choisi comme directeur de cabinet par Aurélie Filippetti[58] lors de la campagne de François Hollande pour l'élection présidentielle française de 2012, il conçoit et défend une réforme radicale de l'exception culturelle française basée sur l'abrogation de la loi HADOPI et la dépénalisation des échanges culturels non-commerciaux en peer-to-peer[59],[60]. À la suite d'une campagne de lobbying provenant d'une partie des industries culturelles, sa révocation est annoncée le jour suivant l'élection, déclenchant l'abandon du plan de réformes[59],[61].

En 2010, il créé l'association Jeune République et rend hommage à Baltasar Garzón[62], avant que celui-ci soit expulsé de la magistrature espagnole par la justice [63].

Il prend dans la foulée part au mouvement des Indignés et intègre l'équipe de campagne du Partido X (en) lors des élections européennes de 2014 en Espagne[64],[65] avant de participer en tant qu'avocat au procès des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises en s'engageant auprès des familles de Zyed Benna et Bouna Traoré[66],[67].

En juin 2017, il se présente au premier tour des législatives, sous l'étiquette France Insoumise, dans la douzième circonscription de la Seine-Saint-Denis, à Clichy-Sous-Bois, et obtient 13,9% des suffrages[68].

Très investi contre le président de la République française Emmanuel Macron, Branco publie fin 2018 un document sur son blog du Monde intitulé Crépuscule[69] et l'ouvrage Contre Macron (Paris, Divergences), est prévu pour 2019.

Journalisme[modifier | modifier le code]

Il couvre la guerre du Kivu (2012) et la guerre civile centrafricaine (2013) pour Le Monde diplomatique[70] et Les Inrockuptibles[71],[72], après avoir chroniqué le procès d'Yvan Colonna pour L'Humanité (2007)[73] et enquêté comme grand reporter sur l'affaire UraMin (2015) et l'opération Sukula (2018)[74].

Publications[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation hispano-portugaise retranscrite selon la norme API. La prononciation usitée en France se rapproche plus de [bʁɑ̃ko]
  2. « Interdit d'interdire : Comment en finir avec la guerre au Yémen ? », sur francais.rt.com,
  3. Juan Branco une grosse production sur revuecharles.fr
  4. a et b Menaces de l'ultra-droite : Mélenchon demande que Collomb soit entendu par la justice sur europe1.fr, le 4 avril 2018.
  5. a b c d et e Endeweld 2013.
  6. Françoise-Marie Santucci, Le joueur des chèques, Libération, 13 mai 1999.
  7. (es) La Opinión de Málaga, « "Málaga sigue siendo un espacio cardinal para mí a nivel afectivo" », sur laopiniondemalaga.es,
  8. a et b Lefort 2011.
  9. Athlete Performance sur FEI database
  10. Don DeLillo, un entretien avec Slate: avec Cosmopolis, «mes mots ont pris une autre vie», Slate, le 25 mai 2012.
  11. David Cronenberg sur «Cosmopolis»: «le livre était prophétique, le film est contemporain», Slate, le 27 mai 2012.
  12. « Juan Branco désosse Macron | Entretiens », sur Là-bas si j'y suis,
  13. Annuaire des élèves de l'ENS
  14. a et b Clémentine MERCIER, « À seulement 26 ans, Juan Branco conseille les plus grands », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  15. a b et c CV universitaire (Max Planck Institute)
  16. Actualité Alumni Sciences Po : Richard Descoings : cérémonie à l'Église Saint-Sulpice mercredi 11 avril
  17. a b et c Notice biographique de Juan Branco.
  18. Fiche de la thèse De l'Affaire Katanga au contrat social global: un regard sur la Cour pénale internationale.
  19. Scimetrica, www.scimetrica.com - © 2018, « Prix de Thèse de l’Institut Varenne », sur www.myscience.fr (consulté le 17 novembre 2018)
  20. Tribune: ce que peut changer le prochain sommet de la Francophonie.
  21. Qui veut vraiment la paix au Congo ?, 2012-11-01.
  22. Centrafrique : ils sont devenus des tueurs, pas des monstres, Rue89.
  23. « Juan Branco, le candidat en costard de la France Insoumise », sur https://www.streetpress.com (consulté le 6 janvier 2019)
  24. Séminaire à l'ENS Ulm : La CPI et le contrat social global.
  25. Espionnage Élysée - Press Release, 29 juin 2015.
  26. (en) Alissa J. Rubin et Scott Shane, Hollande Condemns Spying by U.S., but Not Too Harshly, 24 juin 2015.
  27. Hollande ne veut pas accueillir Assange, Libération, 3 juillet 2015.
  28. [vidéo] Retour sur nos enquêtes : FranceLeaks et Wikileaks sur YouTube (Médiapart).
  29. « Juan Branco, l'homme dans l'ombre de Julien Assange - Le Supplément du 27/03 - CANAL+ - Vidéo dailymotion », sur Dailymotion, (consulté le 29 octobre 2018)
  30. Mediapart, « Retour sur nos enquêtes : FranceLeaks et Wikileaks », (consulté le 18 novembre 2018)
  31. Les invités de Mediapart, « L’inévitable radicalisation de WikiLeaks et les graves défaillances de notre société informationnelle », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  32. (en) Minna Kilpeläinen, « WikiLeaks is a Sieve », sur Minna Kilpeläinen, (consulté le 29 octobre 2018)
  33. Thibauld Mathieu, « Qui est Logan N., le cerveau présumé du projet d’attentat déjoué contre des politiques et des mosquées ? », sur Europe 1,
  34. Carole Kouassi, « Centrafrique : la Minusca expulse un expert français qui l'accuse de crimes », sur Africanews,  : « Juan Branco faisait partie du collège de trois avocats sollicités par la Mission multidimensionnelle des Nations unies en Centrafrique (Minusca) pour prêter main forte à la Cour pénale spéciale (CPS) sur les exactions commises dans le pays. »
  35. Marc Endeweld, « Un expert indépendant expulsé de Centrafrique par l'ONU », sur Marianne,
  36. (en) U.N. fires Central Africa legal adviser who accused peacekeepers of massacre sur Reuters.com, le 31 mai 2018.
  37. a b et c Durand 2016.
  38. Réponses à Hadopi, suivi d'un entretien avec Jean-Luc Godard.
  39. Notice biographique de Juan Branco.
  40. Symposium: Mass Surveillance — When Reality Exceeds The Fiction.
  41. « "Réponses à Hadopi", de Juan Branco : vive la licence globale ! », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  42. Ce soir ou jamais, « Faut-il condamner la Cour pénale internationale ? - Ce soir (ou jamais !) - 06/05/16 (4/5) », (consulté le 17 novembre 2018)
  43. Juan Branco, « Le cosmopolitisme des chefs », Revue Envers : Revue contemporaine d'arts politiques, Librairie éditions tituli, no 1, Le chef,‎ , p. 118 (ISBN 9791092653168, lire en ligne).
  44. Lettre d'information de l'Ecole normale supérieure, 2015
  45. [PDF]The Yale Journal of International Law, vol. 39, n° 1, hiver 2014.
  46. a et b Hollande ou la parole présidentielle fragmentée, Libération.
  47. Juan Branco, « Podemos : l'indignation au pouvoir ? », Esprit, no 12,‎ , p. 120–122 (ISSN 0014-0759, lire en ligne).
  48. Juan Branco, « Le spectre d'Assange », Esprit, no 1,‎ , p. 82–92 (ISSN 0014-0759, lire en ligne).
  49. « L’édito de Pierre Siankowski : pour en finir avec un certain état du monde », Les Inrocks,‎ 2016-15-03 (lire en ligne)
  50. https://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2017/02/23/livres-en-bref_5084160_3260.html
  51. Non à la directive de la honte, la suite - Les Jeunes Verts Paris Île-de-France, 2008-07-04
  52. Les Jeunes verts partent à la chasse aux 4x4
  53. Marc Rees, Création Public Internet : l'alternative à Hadopi contre 5 euros.
  54. Lettre ouverte aux spectateurs citoyens, Libération, 7 avril 2009.
  55. Astrid Girardeau, Rejet d'Hadopi: «Une immense victoire pour le cinéma et les libertés», Libération, 9 avril 2009.
  56. Christine Albanel : «Je regrette qu'une poignée d'artistes se soient laissés entraîner», Libération, 8 avril 2009.
  57. « Polémique sur le salaire des acteurs : "Il faut réformer le système de financement du cinéma" », Challenges,‎ (lire en ligne)
  58. « Génération Y: portraits de digital natives (2/2) », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  59. a et b [PDF]Vincent Truffy, L'histoire secrète du programme culturel du candidat Hollande, 7 juin 2012.
  60. Juan Branco, un anti-Hadopi auprès d'Aurélie Filippetti.
  61. Voici Filippetti, et Valois le travail, Libération, 23 mai 2012.
  62. « La démocratie espagnole contre le juge Garzón », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  63. « Garzon, un juge menacé en Espagne, adulé en France », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  64. Partido X's team.
  65. (es) Équipe du Partido X pour les élections européennes de 2014 en Espagne.
  66. Zyed et Bouna - Le procès des policiers.
  67. Mathieu Dejean, Zyed et Bouna : le procès adapté en film, 19 mai 2015.
  68. « Seine Saint Denis 12ème circonscription : Résultats des élections législatives 2017 - Les Echos.fr », sur lesechos.fr (consulté le 18 octobre 2018)
  69. Juan Branco, « Crépuscule », sur branco.blog.lemonde.fr, .
  70. Qui veut vraiment la paix au Congo ?, Le Monde diplomatique, 2012-11-01
  71. Juan Branco - Les Inrocks, Les Inrockuptibles
  72. Centrafrique : "le mot génocide était un outil de mobilisation", Arrêt sur images
  73. La vérité absente du procès Colonna
  74. « Résultats de la recherche - Le Monde diplomatique », sur www.monde-diplomatique.fr (consulté le 29 octobre 2018)