Richard Descoings

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Richard Descoings
Portrait
Date de naissance
Date de décès (à 53 ans)
Profession haut fonctionnaire
Président de l’Institut d'études politiques de Paris
Précédent Alain Lancelot 1996-2012 Hervé Crès (administrateur provisoire) Suivant

Richard Jean Marc Descoings, né le à Paris et mort le à New York, est un haut fonctionnaire français. Conseiller d'État, qui fut, de 1996 jusqu'à sa mort, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris (IEP) et administrateur de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille calviniste originaire du Vaud en Suisse, Richard Descoings naît le 23 juin 1958 dans le 14e arrondissement de Paris, fils de Jean Claude Descoings et Arlette Meylan, deux médecins catholiques qui demeurent dans le 7e arrondissement. Il effectue ses études secondaires aux lycées Montaigne, Louis-le-Grand et Henri-IV, avant d'obtenir le baccalauréat en 1976.

Après une classe préparatoire littéraire, il étudie de 1977 à 1980 à l'IEP de Paris, dont il sort diplômé de la section Service public. Admis après trois tentatives à l'École nationale d'administration (ENA), il y est élève de 1983 à 1985 et, classé parmi les premiers de la promotion Léonard-de-Vinci, choisit d'entrer au Conseil d'État. Il fait partie des premiers membres de l'association AIDES, jusqu'en 1986[1], aux côtés de Daniel Defert[2]. Il découvre son homosexualité et le monde de la nuit (les bars du quartier du Marais, le Palace, le Boy's de la rue de Caumartin, plus tard le Queen's) pendant ses années d'études[3].

Famille et vie privée[modifier | modifier le code]

Richard Descoings entretenait une relation homosexuelle avec Guillaume Pepy, rencontré au Conseil d'État en 1986. Ils emménagent ensemble dans un appartement de la rue Godot-de-Mauroy, où il reçoivent leurs amis Christophe Chantepy, Olivier Challan Belval et de hauts fonctionnaires discrètement homosexuels[4]. Richard Descoings possédait avec Guillaume Pépy une maison en Provence, et une autre en Normandie, dans laquelle ses collaborateurs venaient travailler en fin de semaine[5]. Guillaume Pépy fut témoin du mariage le 28 mai 2004 à la mairie du 6e arrondissement de Paris de Richard Descoings avec Nadia Marik (de parents d'origine tchèque), divorcée en premières noces du journaliste libanais Georges Ghosn (frère de Carlos Ghosn), dont un fils, et en deuxièmes noces du publicitaire Thierry Granier-Deferre, dont deux enfants.

Son épouse, nommée par Richard Descoings directrice adjointe de Sciences-Po, a démissionné à la suite de son décès[6],[7].

En 2015 sort le livre Richie, de la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué, qui dresse un portrait privé de Richard Descoings. Elle présente d'une part ses réformes en profondeur de Sciences-Po, d'autre part sa vie privée dissolue, son autoritarisme et son rapport avec l'argent[8].

Carrière[modifier | modifier le code]

Richard Descoings est auditeur au Conseil d'État, affecté à la section du contentieux, de 1985 à 1989. Il enseigne également le droit public à l'IEP de Paris en tant que maître de conférences, où il devient en 1987 conseiller d'Alain Lancelot, puis en 1989 directeur adjoint.

En 1988, il est nommé maître des requêtes affecté aux sections du contentieux et des travaux publics, et est de 1988 à 1989 conseiller juridique du ministre de la culture, de la communication, des grands travaux et du bicentenaire. De 1988 à 1991, il est rapporteur général à la Commission d'accès aux documents administratifs. En 1991, il devient conseiller technique pour les questions d'éducation au cabinet de Michel Charasse, ministre délégué au Budget. Au printemps 1992, il devient chargé de mission dans le cabinet de Jack Lang au ministère de l'Éducation nationale et de la Culture, où il est responsable des questions budgétaires de l'Éducation nationale[9].

De 1993 à 1996, il est rapporteur général adjoint à la section du rapport et des études du Conseil d'État et participe à la mission sur les responsabilités et l'organisation de l'État, et il devient en 1995 commissaire du gouvernement près le Conseil d'État. En 2000, il est nommé conseiller d'État.

Au moment de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, plusieurs journaux ont évoqué la possibilité d'une nomination de Richard Descoings à la tête d'un secrétariat d'État où il aurait été responsable des questions liées à l'égalité des chances et à la discrimination positive.

Le 12 janvier 2009, il est chargé par Nicolas Sarkozy de mener une concertation en vue de préparer une nouvelle réforme du lycée. Il a remis son rapport le 2 juin 2009[10]. Les priorités qui se dégagent du rapport sont une amélioration de l'orientation, un développement de la voie technologique, d'équilibrer les trois filières généralistes du baccalauréat et d'axer l'apprentissage des langues vivantes sur l'oral[11],[12],[13].

Richard Descoings était membre du club le Siècle[14].

Sciences Po[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sciences-Po (Paris).

Directeur adjoint de l'Institut d'études politiques de Paris de 1989 à 1991 et membre du conseil de direction depuis 1995, Richard Descoings succède en 1996 à Alain Lancelot en tant que directeur de l'institut et administrateur de la Fondation nationale des sciences politiques.

Ses premières réformes à l'IEP (internationalisation de l'IEP, allongement de la scolarité à cinq ans, permission de redoubler la première année d'étude[15]) ne font pas débat. Les suivantes, plus controversées, font de lui un personnage médiatique auquel on prête l'intention de faire carrière en politique :

  • En 2001, Richard Descoings décide de créer une filière d'accès à l'IEP de Paris pour les élèves issus des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Cette mesure suscite un important débat sur la discrimination positive ; l'organisation universitaire de droite UNI dépose plusieurs recours devant la justice et réussit à faire annuler le 6 novembre 2003 le dispositif et à faire condamner l'IEP dans un arrêt de formation plénière. L'IEP se voit alors enjoint par la Justice de résilier l'ensemble des conventions ZEP. L'IEP est condamné à payer 1 500 euros à l'UNI au titre des frais de procédure[16]. Contrairement à ce qui a été déclaré à la presse avant le prononcé de l'arrêt de la cour[17], l'IEP ne se pourvoit pas en cassation devant le Conseil d'État. Mais, malgré cette victoire juridique de l'UNI, qui fait suite à une réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel de 2001 défavorable à l'IEP[18], le vote postérieur d'une nouvelle délibération par le conseil de direction de l'IEP fait finalement échouer la tentative de faire annuler les conventions éducation prioritaire (CEP) passées avec des lycées de ZEP.
  • En 2004, à la suite du départ de l'ENA à Strasbourg, il fait racheter ses bâtiments jusque là installés dans l'hôtel particulier du 13 rue de l'Université, augmentant les locaux de Sciences Po de 7500 mètres carrés, deux amphithéâtres et vingt salles de cours[19].
  • En 2004, Richard Descoings augmente les frais de scolarité. Les élèves dont les parents ont les plus hauts revenus devant payer jusqu'à 5 150 euros (par an en 2007/2008). À la rentrée 2005, les syndicats UNEF et IDÉE, respectivement de gauche et de centre-droit, lancent une campagne contre l'augmentation des droits de scolarité. Par ailleurs, il met en place un système amélioré de bourses d'étude.
  • Le , il reçoit Condoleezza Rice à la FNSP [Quoi ?]. Elle y prononce le seul discours de sa première tournée européenne en tant que secrétaire d'État américain.
  • Les 18 et 19 février 2005, alors que l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité, avec le soutien de François Fillon, ministre de l'éducation, une généralisation à toutes les universités et grandes écoles de la possibilité d'accompagner les élèves issus de milieux modestes pour leur permettre de mieux réussir leurs études supérieures et afin de favoriser l'ouverture sociale[20], il obtient que le gouvernement recule et fasse annuler ce vote, dans le but de maintenir le dispositif des conventions ZEP qui avait été écarté par l'ensemble des acteurs du monde de l'éducation[21].
  • 2006 marque l'année de sortie de la première promotion comprenant des élèves admis par le biais de CEP. Leur nombre augmente chaque année avec de nouvelles conventions signées avec d'autres lycées, parallèlement à une augmentation générale du recrutement.
  • Lors des élections étudiantes de , l'UNI Sciences Po lance une pétition contre la suppression du concours d'entrée à Sciences Po. Au cours du Talk-Orange-Le Figaro, Richard Descoings explique qu'aucune suppression n'est envisagée pour 2010 mais que la question se posera à l'avenir.
  • En 2011, le journal Mediapart révèle que Richard Descoings perçoit 25 000 euros de salaire mensuel tout en profitant d'un chauffeur et en jouissant d'un appartement de fonction, ce qui est une exception pour un directeur d'établissement du supérieur. En 2012, il déclare au journal Libération qu'il perçoit 27 000 euros brut de salaire mensuel[22]. Des « superbonus » sont également évoqués pour lui et tout le directoire de Sciences Po Paris (dont son épouse fait partie) ; cette révélation intervient dans un contexte de hausse importante et répétée des frais de scolarité pour les parents d'élèves (allant jusqu'à 9 800 euros en collège universitaire et 13 500 euros en master[23]).
  • En 2012, le journal Le Monde révèle certains éléments du rapport de la cour des comptes qui critique l'opacité de la gestion de l'IEP pendant la présidence de Richard Descoings, en fustigeant entre autres l'augmentation très importante des primes que la direction s'est accordée[24]. Ce rapport révèle également que la rémunération brute annuelle de Richard Descoings pour l'année 2010 était d'un montant de 537 000 euros. Ce rapport dénonce l'absence de contrôle interne :

    « la politique de développement de Sciences Po n'a pu être mise en œuvre qu'au prix d'une fuite en avant financière et d'une gestion peu scrupuleuse des deniers publics. »

Mort[modifier | modifier le code]

En déplacement aux États-Unis à l’occasion d’un colloque (« Global Colloquium of University Presidents ») organisé à l'université Columbia par le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies réunissant les directeurs de grandes écoles et universités, il meurt d’une crise cardiaque dans la chambre de son hôtel à New York, le [25] à l'âge de 53 ans. Son téléphone portable et son ordinateur portable ont été retrouvés sur un balcon du troisième étage de l'hôtel, probablement jetés par la fenêtre de sa chambre[26]. Il était accompagné de deux prostitués masculins au moment de sa mort[3].

Ses obsèques sont célébrées le 11 avril 2012 en présence de plusieurs ministres (dont Valérie Pécresse), hauts fonctionnaires et trois mille personnes en l'église Saint-Sulpice de Paris.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Procès en diffamation[modifier | modifier le code]

Le , Richard Descoings est condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers Jean-Marie Le Pen, qu'il a accusé, sur son blog d'être à l'origine de violences contre un cameraman de France 3 en marge de sa participation au forum Elle organisé à l'IEP de Paris. En le condamnant à 1 000 euros d'amende avec sursis et à un euro de dommages et intérêts, les magistrats considèrent que les affirmations de Richard Descoings ont été formulées « de manière péremptoire et fausse »[30].

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raphaëlle Bacqué, page 57.
  2. Ancien compagnon de Michel Foucault.
  3. a et b Raphaëlle Bacqué, op. cité
  4. Le Journal du dimanche, Les derniers secrets de Richard Descoings, 12 avril 2015
  5. Sophie Des Deserts, « Richard Descoings, le fantôme de Sciences Po », in nouvelobs.com, 1er mars 2013.
  6. Richard Descoings, M Thevenin ne tue pas les morts, Rue89, 9 avril 2012
  7. Nadia Marik, SciencesPo.fr, 2013
  8. Gille Martin-Chauffier, « En libres excès », Paris Match n° 3444, semaine du 21 au 27 mai 2015, page 10.
  9. Raphaëlle Bacqué, pages 73-75.
  10. Richard Descoings, « Préconisations sur la réforme du lycée » [PDF],‎
  11. Maryline Baumard, « Réforme du lycée : les propositions de Richard Descoings », sur lemonde.fr,‎
  12. « Réforme du lycée : "Ne rien faire serait explosif" », sur tempsreel.nouvelobs.com,‎
  13. « Réformes du lycée : Descoings a rendu sa copie », sur ouest-france.fr,‎
  14. « Notice de Richard Descoings » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
  15. Raphaëlle Bacqué, page 100.
  16. CAA Paris plén., 6 novembre 2003.
  17. Déclaration dans Le Monde du 24 octobre 2003.
  18. Décision no 2001-450 DC.
  19. Raphaëlle Bacqué, pages 188-189.
  20. Extrait d'un article du Monde du 19 février 2005.
  21. « Les conventions ZEP de Sciences Po ont eu chaud », dans Le Parisien du 19 février 2005.
  22. « Si je trouve que je suis trop payé, la réponse est non », dans Libération du 31 janvier 2012.
  23. Le Figaro, .
  24. Article du Monde du 8 octobre 2012.
  25. « Richard Descoings, le Directeur de Sciences Po, est mort. », Le Figaro, 4 avril 2012.
  26. [1], New York Times, 4 avril 2012.
  27. Raphaëlle Bacqué, pages 240-241.
  28. (en) « Honorary Doctorates, Prize and Awards », sur le site de l'Université Waseda (consulté le 19 septembre 2012)
  29. Voir sur ihest.fr.
  30. « Richard Descoings condamné pour avoir diffamé Le Pen », Le Nouvel Observateur, 3 février 2009.
  31. Les derniers secrets de Richard Descoings, lejdd.fr, 11 avril 2015

Liens externes[modifier | modifier le code]