Charles Gave

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Charles Gave, né le à Alep, est un économiste, financier et entrepreneur français.

Il a consacré sa carrière à la recherche économique, dont il a fait son métier en prodiguant ses conseils aux gérants de fonds.

Il est l'auteur de plusieurs essais économiques, où il tire les fruits de ses 40 ans d'expérience de financier[2], et partage les analyses qu'achètent des institutions financières du monde entier, clients de la société de recherche économique qu'il a créée, Gavekal.

Dans ces écrits, Charles Gave annonce notamment la fin du modèle de l'État-providence et la faillite de l'euro.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Il est diplômé d'économie et de gestion de l'université de Toulouse et de l'Institut d'études politiques de Toulouse (promotion 1967)[3].

Il obtient une bourse de l’université de Binghamton aux Etats-Unis, dont il sort avec un MBA de finance et gestion.

Carrière de financier[modifier | modifier le code]

Charles Gave commence sa carrière comme analyste financier dans une banque d’investissement française, la Banque de Suez.

Il crée sa première entreprise en 1974, à 30 ans, spécialisée en recherche en allocation d'actifs. Avec Cegogest, il invente le métier du conseil en investissement en se spécialisant dans la recherche économique, plutôt que dans la gestion de fonds mettant en œuvre le fruit de cette recherche[4].

En 1981, il part s'installer à Londres, au lendemain de l'élection de François Mitterrand : « pas pour des raisons fiscales, je n’avais pas un sou, mais idéologiques : je refusais de vivre dans un pays où des communistes avaient rejoint le gouvernement »[5].

Charles Gave repasse de la recherche économique pure à la gestion de fonds et la mise en application de ses propres conseils d'investissement en cofondant en 1986 Cursitor-Eaton Asset Management, à Londres. Il en est le Chief Investment Officer[4]. Vendue en 1995 à Alliance Capital, la société gère alors 10 milliards de dollars[6].

En 2001, il fonde Gavekal à Hong Kong[7], avec son fils Louis et Anatole Kaletsky, éditorialiste au Times, une société de recherche et de conseil en gestion de portefeuille, qu'il préside toujours aujourd'hui. Gavekal conseille 800 institutions dans le monde[8], et diffuse une lettre d'information quotidienne d'analyse des marchés lue par 17 000 gérants de fonds[5]. Gavekal gère aussi des fonds, pour le compte d’investisseurs institutionnels et d’investisseurs privés, pour un total d’environ 3,5 milliards de dollars [9].

Il est le président du think tank libéral « Institut des Libertés », qu'il a fondé en 2012.

Publications d'économiste[modifier | modifier le code]

Charles Gave est l'auteur de six ouvrages sur l'économie.

Amitié avec Milton Friedman[modifier | modifier le code]

Pendant vingt ans, il entretient une relation épistolaire avec Milton Friedman, le prix Nobel d'économie 1976, qu'il a rencontré à plusieurs reprises.

Friedman a préfacé le premier essai de Charles Gave, Des lions menés par des ânes[10],[11].

L'euro, monstre technocratique non viable[modifier | modifier le code]

Ce premier livre, sous-titré Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l'Euroland en général et de la France en particulier, rencontre un succès d’estime, avec 20 000 exemplaires vendus[12]. Cet ouvrage cherche à comprendre à l’aune de la logique grecque la hausse du niveau de vie intervenue d'abord en Grande-Bretagne puis en Europe à partir du XVIIe siècle, et voit la cause d’un désastre économique et politique à venir dans l’abandon de cette logique par les gouvernants[13]. Ces derniers sont les « ânes » du titre du livre, repris d'un mot qu'aurait eu Winston Churchill pendant la Première Guerre mondiale pour désigner les généraux français menant leurs soldats, et les « lions » sont les entrepreneurs français. Charles Gave écrit dans cet essai que la décision des premiers de créer l'euro allait entraîner un bouleversement des rapports de force au détriment des seconds, tout au moins en France, en Espagne en Italie[14]. Partisan de monnaies nationales (un État, une volonté commune, une monnaie), Charles Gave prédit la faillite de l'euro dans ce livre publié en 2003.

Pour lui en effet, l'euro a imposé un même taux d'intérêt (celui de l'Allemagne) à toutes les économies de la zone euro, qui est trop élevé notamment pour l'Italie, la Grèce ou la France. L'euro a aussi bloqué les mécanismes d'ajustement entre pays européens que constituaient les taux de change, une monnaie unique correspondant à des taux de change fixes. Et cela a réduit la croissance à presque zéro. En conséquence, les déficits se sont creusés et la dette a augmenté[15].

Un libéral nommé Jésus[modifier | modifier le code]

Dans Un libéral nommé Jésus, il explique qu’il voit dans l’enseignement des Évangiles le deuxième pilier de la civilisation européenne à l’origine du développement économique, inséparable du premier, la logique aristotélicienne. Il cherche à lire la morale économique contenue dans les paroles du Christ. Son message est pour Charles Gave profondément libérateur et individualiste, chaque homme étant regardé par Dieu dans une relation personnelle, étrangère à tout collectivisme[16] : « Nous serons jugés un par un, et non pas collectivement » [17]. Pour lui, notre responsabilité individuelle sera jugée en fonction de ce que chacun aura reçu et de ce qu’il en aura fait. Charles Gave lit dans la Bible une préférence marquée à ceux qui prennent des risques, par rapport notamment à ceux qui se tiennent au respect de la lettre de la loi.

L'avènement de l'économie de la connaissance[modifier | modifier le code]

Dans un essai de prospective intitulé C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Charles Gave analyse les conséquences de l'entrée dans la troisième grande révolution technologique, après celle de l'agriculture et celle de l'industrie : celle de la connaissance. Pour lui les conséquences sur l'organisation de la société sont immenses : fin de la plus-value industrielle au profit de la plus-value intellectuelle, disparition du modèle social français ; affrontement direct entre le modèle individualiste anglo-saxon et le modèle communautariste religieux islamique ; faillite de l'euro.

Le titre de cet essai reprend la réponse du duc de Liancourt à Louis XVI, réveillé le soir du 14 juillet, pour souligner l'aveuglement de ceux qui gouvernent au bouleversement à l'œuvre.

La crise financière de 2008[modifier | modifier le code]

Dans un essai publié en 2009, il cherche à analyser les vraies causes de la crise bancaire et financière de 2008. Pour lui, ce n'est pas le libéralisme qui est coupable, mais un dévoiement des systèmes bancaires et financiers, l’incompétence de certains économistes et des erreurs politiques graves dictées par la déresponsabilisation et la démagogie des instances dirigeantes, c'est-à-dire la pratique d'un capitalisme de connivence. Il y a pour lui « entre le "Libéralisme" et le "Capitalisme de connivence" la même différence qu’entre l’amour courtois et la prostitution »[18]. Ce livre s'intitule donc Libéral mais non coupable, et est préfacé par Alain Madelin.

Charles Gave considère qu'il existe trois stratégies d'investissement[19] :

  • La première, dite « du retour à la moyenne », repose sur l'analyse de la valeur auquel le titre devrait se traiter et de l'écart avec le cours de marché observé.
  • La deuxième, dite « du momentum », repose sur une analyse technique et consiste par exemple « à acheter quand une valeur casse sa moyenne mobile à la hausse ».
  • La troisième, dite du « portage » ou « carry trade » en anglais, consiste à emprunter pour placer, en pariant que le rendement obtenu sera supérieur à celui de l'emprunt.

Il considère que toute la crise bancaire de 2008 est le résultat de cette stratégie, la plus risquée, appliquée par les banques. Il dit que c'est à propos de cette dernière que Warren Buffett a eu ce mot : « c'est quand la marée se retire que l'on voit qui nageait sans maillot »[19].

La fin de l'État-providence[modifier | modifier le code]

Dans L'État est mort, vive l’état ! Charles Gave annonce « la fin du cycle historique de l’État-providence, né dans la seconde moitié du XXe siècle, et dont on peut annoncer la disparition prochaine par incapacité à se financer dans la décennie à venir »[20]. Cette perspective est pour l'auteur une opportunité, comme l'indique le sous-titre du livre Pourquoi la faillite étatique qui s’annonce est une bonne nouvelle. En effet, il voit dans la coupure de la voie de l'endettement (devenu excessif) le début de la fin du social-clientélisme, c'est-à-dire de la distribution par le personnel politique de « droits non gagnés », selon l'expression de Jacques Rueff[20]. Il voit dans ces profonds changements à venir le recul des parties administrées et la progression de la liberté, ce qui lui fait ressentir « la joie d’un Allemand de l’Est lorsqu’il s’est rendu compte que le Mur de Berlin allait tomber »[21].

Citant Charles Gave : « L'État est un peu comme la langue d'Ésope, la pire et la meilleure des choses. », Yves de Kerdrel abonde dans cette analyse, en écrivant dans Le Figaro qu'« une société sans État ne peut pas connaître de développement économique. Mais une société avec trop d'État crève. Et c'est ce qui arrive aujourd'hui à la France. »[22].

Sa vision du libéralisme[modifier | modifier le code]

Dans ses prises de position, il prône une diminution du poids de l’État, centré mais fort sur ses fonctions régaliennes.

Il y défend le libéralisme, comme doctrine juridique et non comme doctrine économique[23], considérant que « l'économie n'est pas une branche de l'astrologie ou des mathématiques mais une branche de la logique aristotélicienne appliquée aux échanges marchands entre humains »[24].

Charles Gave considère que la question centrale de l’économie est celle de la valeur : comprendre d’où elle vient, et pourquoi cette valeur monte ou descend dans le temps[25].

Chroniques[modifier | modifier le code]

Il écrit une chronique hebdomadaire dans Investir-Le journal des Finances[4], et intervient régulièrement dans les médias, notamment BFM Business[26], L'Opinion et Les Échos.

Il publie une chronique hebdomadaire sur le site de l'« Institut des Libertés ». Une sélection de ces articles est publiée en octobre 2016 sous le titre Sire, surtout ne faites rien !.

Mandats[modifier | modifier le code]

Il est membre du conseil d'administration de SCOR[27] de 2011 à 2015[4].

Il a été aux conseils de plusieurs fonds d’investissement, notamment à Londres et à Hong Kong[28].

Décoration[modifier | modifier le code]

Ordre national du Merite Chevalier ribbon.svg Chevalier de l'ordre national du Mérite.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Nouailhac, « Pour Charles Gave, c'est "l'État, non merci !" », sur Le Point,
  2. Le premier, Des Lions menés par des ânes, est publié alors qu'il a 60 ans
  3. Annuaire des diplômés : Édition du cinquantenaire 2007-2009, Association des diplômés de l'Institut d'études politiques de Toulouse, 3e trimestre 2009, 488 p.
  4. a, b, c et d Bloomberg, « Fiche Charles Gave », sur Bloomberg]]
  5. a et b Cyrille Lachèvre, « Charles Gave combat l’endoctrinement socialiste », sur L'Opinion,
  6. « Axa élargit son assise dans la gestion d'actifs », sur Les Échos,
  7. http://web.gavekal.com/
  8. « La place de Paris lutte contre son déclin », sur Le Temps
  9. http://web.gavekal.com/money-management
  10. http://www.laffont.fr/site/des_lions_menes_par_des_anes_&100&9782221099100.html
  11. http://institutdeslibertes.org/milton-friedman/
  12. Jean Nouailhac, « Économie, des lions menés par des ânes », sur Le Point,
  13. « Préface d’Un Libéral nommé Jésus, pages 7 et 8 »
  14. http://institutdeslibertes.org/des-lions-menes-par-des-anes-suite-introduction/
  15. Investif.fr, « Charles Gave, économiste », sur Investir, 201& (consulté le 13 novembre 2017)
  16. « Un Libéral nommé Jésus, page 25 »
  17. « Un Libéral nommé Jésus, page 27 »
  18. Charles Gave, « Quand Eric Zemmour confond le libéralisme avec le capitalisme de connivence », sur Atlantico, (consulté le 17 novembre 2017)
  19. a et b JDF, « Stratégies d'investissement », sur Investir, (consulté le 13 novembre 2017)
  20. a et b L'État est mort, vive l'état, François Bourin Editeur, , 192 p., Avant-Propos
  21. https://www.challenges.fr/magazine/l-etat-est-mort-vive-l-etat-de-charles-gave-francois-bourin-editeur-162-pages-19-euros_346887
  22. Yves de Kerdrel, « L'État est mort, vive l'État ! », sur Le Figaro,
  23. L'économiste Charles Gave lance un SOS, lepoint.fr, 15 juillet 2014
  24. http://institutdeslibertes.org/pas-de-probleme-de-comprehension-en-ce-qui-concerne-leconomie-gros-problemes-a-comprendre-les-economistes/
  25. http://institutdeslibertes.org/pas-de-probleme-de-comprehension-en-ce-qui-concerne-leconomie-gros-problemes-a-comprendre-les-economistes
  26. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/charles-gave-les-trois-gigantesques-conneries-qui-vont-provoquer-une-crise-considerable-756978.html
  27. http://www.scor.com/fr/le-groupe/gouvernance/conseil-dadministration.html
  28. https://www.scor.com/images/stories/pdf/Inverstors/annual-interim-reports/ra2011_fr.pdf

Liens externes[modifier | modifier le code]