Voyager 1

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Voyager 1

Description de cette image, également commentée ci-après

Vue d'artiste.

Caractéristiques
Organisation NASA
Domaine Étude de Jupiter et de Saturne puis de l'héliogaine/héliopause et actuellement du milieu interstellaire
Statut opérationnel
Masse 825,5 kg
Lancement 5 septembre 1977
(&&&&&&&&&&01347036 ans, 10 mois et 18 jours)
Lanceur Titan IIIE / Centaur
Fin de mission ~ 2025
Programme Programme Voyager
Index NSSDC 1977-084A 1977-084A
Site voyager.jpl.nasa.gov/

Voyager 1 est la première des deux sondes spatiales jumelles du programme spatial Voyager de la NASA lancées en 1977 pour étudier les planètes externes du Système solaire qui n'avaient jusque-là été observées qu'au moyen de télescopes situés sur Terre. Cette mission est rendue possible par un alignement exceptionnel des planètes externes qui ne se reproduit que tous les 176 ans. L'objectif principal de Voyager 1 est de collecter des données sur les systèmes de Jupiter (planète) et de Saturne avec une emphase particulière sur la lune principale de cette dernière Titan. Voyager 1 est, avec sa sonde jumelle, à l'origine d'un grand nombre de découvertes sur le Système solaire remettant parfois en cause ou raffinant les modèles théoriques existants. Elle est, à ce titre, une des missions spatiales les plus fructueuses de l'agence spatiale américaine. Parmi les résultats les plus remarquables figurent le fonctionnement complexe de la Grande Tache rouge de Jupiter, la première observation des anneaux de Jupiter, la découverte du volcanisme d'Io, la structure étrange de la surface d'Europe, la composition de l'atmosphère de Titan, la structure inattendue des anneaux de Saturne ainsi que la découverte de plusieurs petites lunes de Jupiter et de Saturne.

La sonde spatiale fait preuve d'une grande longévité et dispose toujours en 2014 d'instruments opérationnels qui collectent des données scientifiques sur le milieu traversé. Elle a quitté en août 2012 la région de l'espace placée sous l'influence magnétique du Soleil et progresse désormais dans le milieu interstellaire. À compter de 2020, les instruments devront néanmoins être progressivement arrêtés pour faire face à l'affaiblissement de sa source d'énergie électrique, fournie par trois générateurs thermoélectriques à radioisotope en raison de l'éloignement du Soleil. Voyager 1 ne sera plus capable de transmettre de données au-delà de 2025.

Voyager 1 est une sonde spatiale de 825,5 kilogrammes (ergols compris) centrée autour d'une énorme antenne parabolique de 3,66 mètres de diamètre dont la taille est destinée à compenser l'éloignement de la Terre. Elle emporte 10 instruments scientifiques représentant une masse de 104,8 kilogrammes dont une partie se situe sur une plateforme orientable.

Le programme Voyager[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Programme Voyager.

Voyager 1 est, avec Voyager 2, l'une des deux sondes composant le programme Voyager. Ce programme spatial est mis en place par l'agence spatiale américaine, la NASA, pour explorer les planètes externes (Jupiter, Saturne et au-delà) qui n'ont jusque-là pas été étudiées du fait de la complexité technique d'un tel projet. L'agence spatiale souhaite profiter d'une conjonction exceptionnelle des planètes extérieures qui ne se reproduit que tous les 176 ans et qui doit permettre aux sondes de survoler plusieurs des planètes pratiquement sans dépenser de carburant, en utilisant l'assistance gravitationnelle des objets précédemment visités. Après avoir renoncé pour des raisons budgétaires à un projet très ambitieux, la NASA parvient à construire deux engins parfaitement adaptés à ce programme complexe, comme vont le prouver la longévité et la qualité du matériel scientifique récolté par les deux sondes. Le projet est lancé officiellement le 1er juillet 1972 et la fabrication des sondes spatiales démarre en mars 1975 avec l'achèvement de la phase de conception. Les sondes Pioneer 10 (lancée en 1972) et 11 (1973), chargées de reconnaître le parcours, apportent des informations vitales sur la forme et l'intensité du rayonnement autour de la planète Jupiter qui sont prises en compte dans la conception des Voyager.

Objectifs[modifier | modifier le code]

L'objectif du programme Voyager est de collecter des données scientifiques sur les planètes extérieures (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) qui à l'époque sont pratiquement inexplorées : seules Pioneer 10 et 11, des sondes légères développées pour servir d'éclaireurs aux sondes Voyager mais disposant de peu d'instruments, se sont jusqu'à présent approchées de Jupiter et Saturne. L'objectif principal assigné aux deux sondes est de recueillir des données permettant de mieux connaître les deux planètes géantes, leur magnétosphère et leurs satellites. Ces derniers, qui sont pour certains de la taille d'une planète, sont très mal connus. L'étude de la lune Titan, dont on sait déjà à l'époque qu'elle possède une atmosphère évoluée, est jugée aussi importante que l'exploration de Saturne, sa planète mère. Enfin, le recueil des données sur les deux autres planètes géantes du Système solaire, Uranus et Neptune, sur lesquelles on détient très peu d'informations du fait de leur éloignement, constitue un objectif majeur dans la mesure où l'étude de Jupiter et Saturne a pu être menée à bien[1].

Voyager 1, qui précède sa sonde jumelle, a pour objectif initial d'explorer Jupiter et Saturne. Elle doit achever sa mission d'exploration par le survol à faible distance de Titan, la principale lune de Saturne. Mais elle doit, pour y parvenir, effectuer une manœuvre qui lui fait quitter le plan de l'écliptique, excluant toute possibilité d'explorer une autre planète extérieure. Le survol et l'étude d'Uranus et Neptune sont donc confiés à Voyager 2[2]. Pour passer de Jupiter à Saturne, la sonde utilise l'assistance gravitationnelle de la première planète qui lui fournit une accélération importante tout en la plaçant dans la direction de la seconde.

Compte tenu de leur bon état de fonctionnement à l'issue de leur mission primaire en 1989, de nouveaux objectifs ont été fixés aux sondes spatiales après leur survol des planètes externes. La mission VIM (Voyager Interstellar Mission) a pour objectif l'étude des régions très mal connues situées aux limites de la zone d'influence du Soleil. On y distingue le choc terminal et l'héliopause avant de, une fois l'héliogaine traversée, déboucher dans le milieu interstellaire dont les caractéristiques ne dépendent plus de notre étoile[3].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Programme Voyager.

Voyager 1 est une sonde de 825,5 kilogrammes (ergols compris) dont la partie centrale est constituée par un cylindre aplati en aluminium à 10 facettes latérales d'un diamètre de 188 centimètres et d'une hauteur de 47 centimètres. Cette structure contient l'essentiel de l'électronique protégée par un blindage ainsi qu'un réservoir dans lequel est stocké l'hydrazine utilisée pour la propulsion. Une antenne parabolique à grand gain fixe de 3,66 mètres de diamètre est attachée sur le sommet du cylindre. Sa grande taille permet un débit exceptionnel de 7,2 kilobits/s[4] en bande X au niveau de l'orbite de Jupiter et compense en partie l'affaiblissement du signal au niveau de l'orbite de Saturne. Voyager 1 dispose de 16 petits propulseurs redondants brûlant de l'hydrazine et utilisés à la fois pour les modifications de trajectoire et pour les changements ou corrections d'orientation. La quantité d'ergols embarquée permet un changement de vitesse cumulé très modeste de 190 mètres par seconde sur l'ensemble de la mission. Trois perches fixées sur le corps de la sonde et déployées en orbite servent de support à différents équipements et instruments. Sur l'une d'elles sont fixés les trois générateurs thermoélectriques à radioisotope (RTG) qui fournissent l'énergie (470 watts au départ de la Terre) à la sonde spatiale. En effet l'énergie solaire disponible au niveau des planètes externes ne permet pas d'utiliser des panneaux solaires. Les instruments scientifiques sont fixés sur une perche longue de 2,3 mètres située à l'opposé des RTG pour limiter l'incidence du rayonnement émis par la désintégration radioactive du plutonium 238 sur les mesures. Les instruments de télédétection (caméras ISS, spectromètres IRIS et UVS et photopolarimètre PPS) sont installés sur une plateforme orientable avec deux degrés de liberté. D'autres instruments de mesure in situ (CRS, PLS, LECP) sont fixés directement sur la perche. Les magnétomètres sont installés sur la troisième perche de 13 mètres de long pour réduire l'influence magnétique du corps de la sonde spatiale. Enfin deux antennes de 10 mètres de long en béryllium et cuivre faisant un angle de 90 degrés entre elles servent de capteurs pour la mesure des ondes de plasma.

La sonde Voyager 1 est stabilisée sur ses trois axes, ce qui reflète la priorité donnée aux instruments de télédétection, c'est-à-dire à l'étude des planètes et des lunes[Note 1]. L'orientation de la sonde est contrôlée à l'aide de deux senseurs : un viseur d'étoiles et un capteur solaire installé sur l'antenne parabolique. Lorsque l'étoile visée s'écarte du champ de vision du senseur de plus de 0,05°, les moteurs-fusées effectuent automatiquement une correction. Pour de courtes périodes (quelques jours) le contrôle de l'orientation est confié à un ensemble de gyroscopes, par exemple lorsque le Soleil est masqué ou durant les corrections de trajectoire.

Instrumentation scientifique[modifier | modifier le code]

La sonde spatiale emporte 11 instruments scientifiques représentant une masse totale de 104,8 kilogrammes répartis entre instruments de télédétection utilisés pour l'observation des planètes et des lunes et instruments de mesure in situ chargés de caractériser le milieu traversé.

Les quatre instruments de télédétection sont :

Les instruments d'observation du milieu traversé — rayons cosmiques, vent solaire et magnétosphères de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune — sont :

Le récepteur d'ondes émises par les plasmas (PWS) et le récepteur radio astronomique de planète (PRA) sont destinés à l'écoute des signaux radio émis par le Soleil, les planètes, les magnétosphères.

Comme Voyager 2, Voyager 1, qui doit approcher dans environ 40 000 ans un système planétaire voisin, emporte de manière symbolique un enregistrement de différentes manifestations de l'humanité.

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Lancement[modifier | modifier le code]

Le lancement de Voyager 1 par une fusée Titan 3E.

La sonde Voyager 1 est lancée le 5 septembre 1977 par une fusée Titan 3E, 3 semaines après sa sonde jumelle. Des petites manœuvres de correction de trajectoire sont effectuées avec les moteurs-fusées 150 jours après le lancement et 12 jours avant l'arrivée dans le système jupitérien. Grâce à une trajectoire plus tendue et une vitesse plus élevée (15,517 km/s) elle atteint Jupiter quatre mois avant Voyager 2. Cette configuration permet aux scientifiques de disposer d'observations par les instruments des deux sondes de l'évolution de l'atmosphère de Jupiter sur une période continue de 6 mois[5].

Survol de Jupiter et de ses lunes (1979)[modifier | modifier le code]

Voyager 1 débute ses observations de Jupiter 80 jours avant le survol le 14 décembre 1978 et les premières photographies sont prises en janvier 1979 lorsque la distance permet d'obtenir des images des bandes de nuages qui encerclent la planète géante avec une définition meilleure que celle fournie par les télescopes basés sur la Terre. La sonde spatiale commence à bénéficier d'une couverture permanente du réseau d'antennes de télécommunications de la NASA 30 jours avant son survol de Jupiter. Voyager 1 passe au plus près de la planète géante le 5 mars 1979 à une distance de 349 000 km de son centre (278 000 km de sa surface). La phase principale des observations scientifiques, qui regroupe l'étude de Jupiter, des lunes galiléennes, des anneaux de Jupiter et de son champ magnétique débute le 4 mars et dure seulement 2 jours : le 5 mars Voyager 1 survole à très faible distance (18 460 km) la lune Io puis Ganymède112 030 km) et Europe à 732 270 km. Le lendemain la sonde spatiale passe à 123 950 km de Callisto. La phase d'observation de Jupiter s'achève fin avril. À l'issue de ce survol la sonde spatiale a pris 19 000 photos de Jupiter et de ses cinq lunes principales. En passant à proximité de Jupiter, la vitesse de la sonde augmente de 16 kilomètres par seconde. Environ 5 kilogrammes d'hydrazine sont utilisés pour effectuer une ultime correction de trajectoire avant que Voyager 1 se dirige vers Saturne [6],[5]

La principale découverte est celle du volcanisme de la lune Io. C'est la première fois qu'un phénomène volcanique était observé sur un autre corps céleste que la Terre. Les données collectées permirent de se rendre compte que ce phénomène a une grande influence sur tout le système jupitérien : les matériaux éjectés par les volcans sont dispersés par le champ magnétique très puissant de Jupiter et constituent l'essentiel de la matière présente dans la magnétosphère de la planète géante. Voyager 1 réalise les premiers photographies à faible distance des nuages de Jupiter qui permettent de mettre en évidence la complexité des processus à l’œuvre. La Grande Tache rouge se révèle être une tempête aux dimensions gigantesques se déplaçant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre tandis que d'autres tempêtes sont découvertes. Voyager 1 découvre et photographie les anneaux de Jupiter beaucoup plus ténus que ceux de Saturne. Au sein de ces anneaux Voyager 1 découvre deux petites lunes : Thébé d'environ 100 kilomètres de diamètre, est la plus éloignée du groupe des satellites internes de Jupiter tandis que Métis environ deux fois plus petite et la plus interne de ce groupe. Les images de Europe prises par les caméras de la sonde spatiale montrent un réseau de lignes à la surface de cette lune qui semblent d'origine tectonique. Leur résolution est faible car la sonde spatiale est passée assez loin mais les photographies prises par Voyager 2 permettront d'exclure cette origine et seront à l'origine de la théorie de l'océan gelé recouvrant l'ensemble de ce corps céleste[6],[7].

Survol de Saturne et de ses lunes (1980)[modifier | modifier le code]

Le 10 novembre 1980 Voyager 1 pénètre au cœur du système planétaire de Saturne. Le jour suivant, la sonde effectue un survol très rapproché (6 940 km) de la lune Titan, un des corps célestes les plus intéressants du Système solaire. Les scientifiques savaient avant ce survol que Titan possède une atmosphère comportant du méthane et certains d'entre eux avaient émis l'hypothèse que des formes de vie avaient pu se développer dans cet environnement créé par l'effet de serre. Mais bien avant le rendez-vous avant la lune, les photos prises permettent de constater que Titan est entouré d'une couche de nuages continue, opaque en lumière visible qui ne permet pas de distinguer la surface. Les instruments IRIS et UVS sont utilisés pour déterminer les caractéristiques de l'atmosphère. Des traces d'éthylène et d'autres hydrocarbures sont détectées tandis qu'une température sans doute trop basse pour la vie est mesurée. Après ces observations Voyager 1 survole le pôle sud de Saturne en passant à 124 000 km de son centre le 12 novembre 1980. Les anneaux et les autres satellites dont l'observation est programmée (Dioné, Mimas et Rhéa) sont tous très proches de la planète géante puisque le survol doit durer, en tout, à peine 10 heures : la plateforme orientable porteuse des principaux instruments scientifiques utilisés pour le recueil des données planétaires est programmée pour de rapides changements d'orientation à la limite de ses capacités mais parvient à exécuter les instructions pré-programmées[8].

Mission interstellaire (depuis 1989)[modifier | modifier le code]

Depuis 1989 la sonde spatiale a entamé une nouvelle mission baptisée VIM (Voyager Interstellar Mission) consistant à étudier les régions situées aux confins du système solaire et après avoir franchi les limites de la zone d'influence du Soleil d'étudier les caractéristiques du milieu interstellaire. Le 14 février 1990 les caméras ISS sont utilisées une dernière fois pour réaliser une mosaïque de 60 photos comprenant six des planètes du système solaire vues sous un angle inédit. Cette mosaïque baptisée "Portrait de famille" est notamment connue pour l'image qu'elle donne de la Terre qui apparait, compte tenu de la distance (40,11 Unités Astronomiques), comme un point bleu pâle à peine visible, qui sera une source d'inspiration pour un livre de Carl Sagan[9],[10].

Le « portrait de famille » du système solaire pris par Voyager 1 à une distance de 6 milliards de kilomètres
Position de Voyager 1 et 2 le 15 février 2009

Au cours des années suivantes des instruments et des équipements sont progressivement éteints pour faire face à la désintégration progressive du plutonium des RTG qui se traduit par une baisse de l'énergie produite de 4,2 Watts par an. Les instruments de télédétection utilisés essentiellement pour observer planètes et lunes ont été les premiers mis hors service : les caméras ISS en 1990 et le spectromètre infrarouge IRIS en 1998[11].

Aux confins de l'héliosphère (2010)[modifier | modifier le code]

Dans sa progression Voyager 1 quitte le plan de l'écliptique en prenant de l'avance sur Voyager 2 ; elle poursuit sa route vers les confins du système solaire. Le 17 avril 2010, Voyager 1 se trouve à 112,38 ua (16,857 milliards de kilomètres ou 15:38:31 heures-lumière) de la Terre. Artefact humain le plus éloigné de la Terre, elle dépasse le choc terminal, c’est-à-dire quitté la sphère d’influence du vent solaire, pénétrant dans l’héliogaine[Note 2]. Son objectif est à présent d'atteindre l’héliopause, région située à la frontière entre la zone d'influence du Soleil et le milieu interstellaire, et d’en étudier les caractéristiques physiques. En juin 2011, la sonde envoie des données indicatives sur la nature du bouclier magnétique du Soleil, aux limites de l'héliosphère, indiquant qu'à 17,4 milliard de kilomètres celui-ci est une « sorte de bulle hétérogène de grande dimension » d'environ une unité astronomique[12],[13].

Structure de la zone de l'espace influencée par le Soleil.

En décembre 2011, la NASA annonce que la sonde est désormais proche de l'héliopause. En utilisant au printemps et au cours de l'été 2011 les instruments de Voyager 1 qui fonctionnent encore, la sonde a mesuré la vitesse du vent solaire, le flux des particules énergétiques ainsi que le champ magnétique générés par notre Soleil. D'après ces mesures Voyager 1 est entré dans une zone dite de stagnation dans laquelle l'influence du Soleil est contrebalancée par celle de l'espace interstellaire : le champ magnétique du Soleil se renforce car les lignes du champ se resserrent sous la pression extérieure, le vent solaire est quasi nul tandis que les particules énergétiques émises par le Soleil se raréfient et celles issues du milieu interstellaire augmentent[14].

Dans le milieu interstellaire (depuis août 2012)[modifier | modifier le code]

Solar wind at Voyager 1.png Cosmic Rays at Voyager 1.png
Fin aout 2012 les instruments de Voyager 1 détectent une chute du nombre de particules énergétiques issus du vent solaire (schéma de gauche) et une élévation du nombre de particules du rayonnement cosmique (à droite) indices de la sortie de la zone d'influence magnétique du Soleil.

Après plusieurs échanges polémiques entre spécialistes, la NASA annonce finalement le 12 septembre 2013 que Voyager a quitté un peu plus d'un an auparavant, autour du 25 août 2012[15], la région de l'espace placée sous l'influence directe du Soleil, l'héliosphère, qui se définit comme le champ d'action du vent solaire créé par notre astre. Cet événement est survenu alors que la sonde spatiale se trouvait à une distance de 121 unités astronomiques (environ 18 milliards de kilomètres) du Soleil. En quittant l'héliopause, cette région frontière aux contours mal définis, la sonde spatiale pénètre dans le milieu interstellaire dont le contenu (particules, rayonnement) n'est plus influencé par le Soleil. Cette nouvelle phase de la mission de Voyager va permettre d'obtenir des informations précieuses sur cette région de l'espace dans laquelle l'homme n'avait jusqu'à présent jamais envoyé d'engin. La sonde spatiale va effectuer les premières mesures directes des conditions physiques prévalant dans le milieu interstellaire, lesquelles devraient donner des indices cruciaux sur l’origine et la nature de l’Univers à grande échelle. Voyager 1 va pouvoir mesurer en particulier les caractéristiques des rayons cosmiques bloqués en grande partie par l'héliosphère. C'est en se basant notamment sur l'augmentation de ce rayonnement mesurée par l'instrument PWS (Plasma Wave Science) recoupé par les mesures du champ magnétique que les responsables scientifiques de la mission ont abouti à la conclusion que la sonde spatiale avait quitté la zone d'influence magnétique du Soleil. Voyager 1 se trouve toutefois toujours sous l'influence gravitationnelle du Soleil[Note 3] et ne pourra s'en échapper que dans quelques dizaines de milliers d'années. À ce titre Voyager 1 se trouve toujours dans le Système solaire[16],[17].

Fin de mission[modifier | modifier le code]

Distance des étoiles les plus proches depuis 20 000 ans jusque dans 80 000 ans.

Voyager 1 s'éloigne du Soleil à une vitesse de 3,5 unités astronomiques (environ 500 millions de kilomètres) par an. Sa trajectoire fait un angle de 35° par rapport au plan de l'écliptique, au nord de celui-ci. Elle se dirige vers l'apex solaire, c'est-à-dire le groupe d'étoiles vers lequel se dirige le Système solaire lui-même. Dans quarante mille ans, la sonde doit passer à 1,7 année-lumière d'une étoile mineure, AC+79 3888, située dans la constellation de la Girafe et plus connue sous le nom de Gliese 445[2],[Note 4]. D'ici 2020, les instruments doivent être progressivement arrêtés pour faire face à l'affaiblissement de la source d'énergie électrique fournie par les trois générateurs thermoélectriques à radioisotope. Il est prévu que soit éteint en 2013 le dernier instrument de télédétection, le spectromètre ultraviolet UVS, qui effectuait des observations de différentes sources d'UV (étoiles…). Vers 2015, l'utilisation des gyroscopes, qui consomment 14,4 watts, ne sera plus possible. Enfin, à compter de 2020, les instruments scientifiques in situ devront soit être éteints progressivement soit fonctionner de manière alternée[11]. Voyager 1 ne sera plus capable de collecter et transmettre de données au-delà de 2025.

Statut actuel[modifier | modifier le code]

Sonde[modifier | modifier le code]


Mis à jour le 6 septembre 2013 [18]

kilomètres Unité astronomique Années-lumière
Distance du Soleil 18 752 000 000 km 125,35 ua 0,0019820 a.l.
Distance de la Terre 18 749 000 000 km 125,33 ua 0,0019817 a.l.
Vitesse
par rapport au Soleil
17,037 km/s 3,6 ua/an 0,000057 a.l./an
  • Position actuelle[19] : Table des positions jusqu'en 2015
  • Temps de transit d'une communication (aller et retour) : 34 heures, 43 minutes, 52 secondes
  • Carburant restant : 20,15 kg (environ 78 % utilisé)
  • Puissance du RTG : 260,1 W (environ 55 % de la puissance d'origine) Marge[Note 5]. : 26 watts
  • Débit moyen des communications : 160 bit/s descendant, 16 bit/s montant (avec une antenne de 34 m du Deep Space Network)[20],
  • Débit maximal des communications : 1,4 kbit/s (avec une antenne de 70 m du DSN).

Instruments[modifier | modifier le code]

En jaune et vert les instruments utilisables et utilisés sauf mention contraire.
Mis à jour le 6 septembre 2013[21],[22],[23].

Instrument Statut Remarques
CRS (Cosmic Ray System) Opérationnel
ISS (Imaging Science System) Désactivé
IRIS (InfraRed Interferometer Spectrometer) Désactivé
LECP (Low Energy Charged Particles instrument) Opérationnel
PPS (PhotoPolarimeter System) Endommagé Un filtre se trouve en position anormale
PLS (Plasma Spectrometer) Endommagé
PWS (Plasma Wave System) Endommagé Sensibilité réduite dans la partie haute des 8 canaux de réception, récepteur en bande large endommagé
PRA (Planetary Radio Astronomy investigation) Désactivé
RSS (Radio Science System) Désactivé
MAG (Triaxial fluxgate MAGnetometer) Opérationnel
UVS (UltraViolet Spectrometer) Opérationnel Sans objectif scientifique

Investigations scientifiques en cours[modifier | modifier le code]

En septembre 2013 les objectifs scientifiques de Voyager 1 portent sur l'étude du milieu interstellaire[23]:

  • mesurer la force et la direction du champ magnétique ;
  • déterminer les caractéristiques des particules électriquement chargées de faible énergie ;
  • déterminer les caractéristiques du rayonnement cosmique ;
  • mesurer les caractéristiques des ondes du plasma ;

La collecte des données s'appuie sur les instruments encore opérationnels hormis le spectromètre ultraviolet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour les mesures in situ il est préférable de disposer d'un engin spinné (tournant sur lui-même) qui permet d'observer les particules et rayonnements arrivant de toutes les directions.
  2. En quittant l'héliosphère région uniquement influencée par le Soleil, on trouve successivement l'héliogaine dans laquelle les lignes du champ magnétique du Soleil se resserrent sous l'influence du milieu interstellaire, puis l'héliopause, région à la frontière où les actions respectives du vent solaire et du milieu interstellaire s'équilibrent plus ou moins.
  3. Un objet dénué de vitesse (par rapport au Soleil) placé dans cette région est attiré par le Soleil et non par les étoiles avoisinantes.
  4. L'article de la NASA indique qu'il lui faudra 40 000 ans, ce qui peut sembler a priori être une erreur car il faut déjà au moins 75 000 ans pour franchir la distance nous séparant de l'étoile actuellement la plus proche, comme l'expose cet article-ci (en). L'explication de cette durée réduite est que Gliese 445 se rapproche du Soleil à la vitesse de 120 kilomètres par seconde et qu'elle passera donc à 3 années-lumière de notre étoile dans environ 40 000 ans. Voir aussi le graphique présent à droite du texte.
  5. Énergie supplémentaire disponible par rapport à la consommation normale des instruments et des équipements de la sonde. Lorsque la marge devient négative un instrument ou un équipement doit être désactivé (en pratique effectué avant)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) NASA - Planetary Date System, « Voyager mission. », sur Planetary Rings Node,‎ 1er janvier 2000
  2. a et b (en) JPL NASA, « Voyager : frequently asked questions »,‎ 2010
  3. (en) (en) JPL NASA, « Voyager : Interstellar Mission » (consulté le 13 septembre 2013)
  4. (en) High gain antenna
  5. a et b (de) Bernd Leitenberger, « Voyagers Mission: Jupiter und Saturn » (consulté le 13 septembre 2013)
  6. a et b (en) « Voyager : Jupiter », sur NASA/JPL (consulté le 13 septembre 2013)
  7. (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 1 The Golden Age 1957-1982, Springer Praxis,‎ 2007 (ISBN 978-0-387-49326-8), p. 323-346
  8. (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 1 The Golden Age 1957-1982, Springer Praxis,‎ 2007 (ISBN 978-0-387-49326-8), p. 363-382
  9. (en) « A Pale Blue Dot », Big Sky Astronomy Club. Consulté le 2 avril 2006.
  10. (en) « Pale Blue Dot », The Planetary Society. Consulté le 27 juillet 2006.
  11. a et b (en) JPL NASA, « Voyager : operations plan to end mission » (consulté le 13 septembre 2013)
  12. Sylvestre Huet, « Les Voyager découvrent la forme du bouclier magnétique du Soleil » sur son blog dans Libération du 11 juin 2011.
  13. (en) « A Big Surprise from the Edge of the Solar System » sur le site de la NASA le 9 juin 2011.
  14. (en) « NASA's Voyager hits new region at solar system edge », NASA, 5 décembre 2011.
  15. [1]
  16. (en) Jonathan Amos, « Voyager probe 'leaves Solar System' »,‎ 12 septembre 2013
  17. (en) Jonathan Amos, « Voyager-1 departs to interstellar space »,‎ 12 septembre 2013
  18. (en) Voyager Mission Operations Status Report # 2013-09-06 Week Ending September 6, 2013
  19. Selon la NASA, Voyager 1 est toujours dans notre système solaire; consulté le 22 avril 2013.
  20. (en) NASA - Spacecraft Overview; consulté le 13 septembre 2013.
  21. (en) Dokument der NASA; consulté le 15 mars 2009.
  22. (en) NASA – Voyager Interstellar Mission 2005; consulté le 15 mars 2009.
  23. a et b NASA/JPL : Voyager fast facts

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 1 The Golden Age 1957-1982, Springer Praxis,‎ 2007 (ISBN 978-0-387-49326-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]