Huygens (sonde spatiale)

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Huygens

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Maquette à l'échelle de la sonde Huygens

Caractéristiques
Organisation Agence spatiale européenne
Domaine Analyse de l'atmosphère et de la surface de Titan
Masse 348 kg (dont 30 kg pour la partie restant attachée à Cassini après la séparation)
Lancement 15 octobre 1997 à 08:43 UTC
Lanceur Titan IV-Centaur
Fin de mission 14 janvier 2005
Orbite Trajet interplanétaire (1997-2004)
Orbite saturnienne (2004)
Séparation de Cassini (25 décembre 2004)
Atterrissage sur Titan (14 janvier 2005)
Index NSSDC 1997-061C
Site ESA

Huygens est un module de descente de 350 kg développé par l'Agence spatiale européenne pour étudier Titan, un des satellites de Saturne, dont l'atmosphère épaisse intrigue depuis longtemps les astronomes. Il a été transporté jusqu'aux abords de Saturne par la sonde spatiale Cassini de la NASA lancée en 1997 et, après une phase de mise en sommeil de près de 7 ans, a été largué près de son objectif en décembre 2004. Huygens a atteint Titan le 14 janvier 2005. Après avoir pénétré à environ 20 000 km/h dans l'atmosphère dense du satellite protégé par un bouclier, il a déployé successivement à compter de l'altitude de 180 km plusieurs parachutes avant d'effectuer un atterrissage en douceur sur le sol.

Ce 14 janvier 2005, la sonde Huygens, baptisée du nom de l'astronome Christian Huygens qui a découvert le satellite Titan en 1655, devient l'objet de construction humaine posé le plus loin dans le Système solaire.

Mission prévue[modifier | modifier le code]

La mission de Huygens est de réunir des informations sur la composition de l'atmosphère de Titan, mesurer les vents et les températures, déterminer la nature du sol du satellite et sa topographie. À cet effet la sonde dispose de 6 instruments mis en œuvre durant la phase de descente d'une durée de 2 heures et continuant, si possible, leurs mesures durant un laps de temps équivalent après l'atterrissage jusqu'à l'épuisement des batteries.

Description[modifier | modifier le code]

La sonde Huygens avant son lancement. Cette photo permet d'avoir une idée de sa taille.
Éclaté de la sonde Huygens

La sonde Huygens est conçue pour entrer et freiner dans l'atmosphère de Titan et parachuter un laboratoire robotisé jusqu'à la surface. Lorsque la mission a été planifiée, personne ne connaissait la topographie du lieu d'atterrissage ; chaîne de montagnes, plaine, océan,... ; l'analyse des données de Cassini devait permettre de répondre à ces questions (sur la base de photographies prises par Cassini à 1 200 km de Titan, le site ressemblait à un rivage). Le site pouvant ne pas être une surface solide, Huygens est conçue pour survivre à un impact avec une surface liquide (ce qui aurait été le premier contact d'un objet terrestre avec un océan extraterrestre). La sonde ne possède que trois heures d'autonomie électrique procurée par des batteries, dont la plus grande partie devant être utilisée pendant la descente. Les concepteurs n'espéraient pas plus de 30 minutes de données après l'arrivée sur le sol.

La mission Huygens est composée de la sonde elle-même de 318 kg descendant sur Titan et de l'équipement de soutien de sonde (probe support equipment, PSE), resté attaché à Cassini. Le bouclier thermique de Huygens a un diamètre de 2,7 mètres ; après l'éjection du bouclier, la sonde fait 1,3 m de diamètre. Le PSE inclut l'électronique nécessaire au suivi de la sonde, à la récupération des données enregistrées pendant la descente et à leur distribution à Cassini, chargée ensuite de les transmettre à la Terre.

La sonde n'est activée, pendant les six années du trajet interplanétaire, que pour des vérifications semestrielles. Ces vérifications suivent des scénarios de descente préprogrammés et leurs résultats sont transmis à la Terre pour analyse.

Juste avant la séparation de Huygens et de Cassini le 25 décembre 2004, une dernière vérification est effectuée. L'horloge interne est synchronisée avec l'heure précise à laquelle doivent être activés les systèmes de la sonde (15 minutes avant son entrée dans l'atmosphère). Huygens est ensuite détachée de Cassini et navigue dans l'espace pendant 22 jours avec un seul système actif : l'alarme destinée à la mise en route.

La mission principale consiste en une descente en parachute à travers l'atmosphère de Titan. Les batteries de Huygens sont conçues pour une durée de mission de 153 minutes, correspondant à une durée de descente de 2,5 heures et au moins 3 minutes à la surface de Titan (voire une demi-heure, ou plus). L'émetteur radio de la sonde est activé tôt pendant la descente et Cassini reçoit les signaux Huygens pendant trois heures, soit la phase de descente et la première demi-heure après l'atterrissage. Peu de temps après cette fenêtre de trois heures, l'antenne à haut gain de Cassini est détournée de Titan et pointée vers la Terre.

Huygens touche la surface de Titan par 10° 17' 37" S, 163° 10' 39" E à 12:43 UTC.

Les plus grands radiotélescopes terrestres captent également la transmission de 10 W de Huygens par interférométrie à très large bande (VLBA). À 10:25 UTC le 14 janvier, le télescope de Green Bank (GBT) de Virginie occidentale détecte le signal porteur de la sonde Huygens. Le GBT continue par ailleurs à détecter ce signal bien après que Cassini arrête de le faire.

La puissance du signal reçu sur Terre est comparable à celle reçue par le VLA en provenance de la sonde atmosphérique de Galileo et est donc trop faible pour être détectée en temps réel à cause de la modulation induite par la télémétrie informatique (alors inconnue). Des enregistrements sont donc réalisées sur une large bande de fréquence. Après l'envoi de la télémétrie de Huygens par Cassini, ces enregistrements seront traités, permettant de déterminer la fréquence exacte du signal de la sonde, cette technique devant permettre de connaître la vitesse du vent et la direction de Huygens pendant la descente, ainsi que son lieu d'atterrissage avec une précision d'1 km.

Composants[modifier | modifier le code]

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Application de l'isolant thermique multicouche lors de l'assemblage final. La couleur de l'isolant est due à la lumière qui se réfléchit sur la couche d'aluminium située au-dessus des couches ambrées de Kapton.

Entry Assembly (ENA)[modifier | modifier le code]

L'Entry Assembly (ENA) est l'enveloppe externe de Huygens. Elle prend en charge l'interface avec la sonde Cassini durant le trajet jusqu'à Titan, réalise la séparation avec la sonde Cassini, assure le transport des instruments, sert de protection thermique lorsque Huygens pénètre dans l'atmosphère de Titan, et ralentit la sonde à l'aide de ses parachutes jusqu'à la libération du module de descente (Descent Module DM).

Après l'entrée de Huygens dans l'atmosphère de Titan, l'ENA est larguée par le module de descente.

Descent Module (DM)[modifier | modifier le code]

Le module de descente ( Descent Module DM) comprend toute l'instrumentation scientifique de la sonde Huygens. Composé d'une coque d'aluminium et d'une structure interne sur laquelle sont fixés les instruments, il comporte en outre le parachute[1] de descente ainsi que les appareils de contrôle de rotation.

Probe Support Equipment (PSE)[modifier | modifier le code]

L'équipement de soutien à la sonde (Probe Support Equipment PSE) est constitué de la partie conçue par l'ESA qui ne s'est pas détachée de Cassini. Pesant au total environ 30 kg, elle sert au suivi de la sonde et la récupération de ses données.

Construction[modifier | modifier le code]

Huygens est construite sous maîtrise d'œuvre d'Aerospatiale dans l'établissement de Cannes, en France (désormais partie de Thales Alenia Space). Le bouclier thermique est construit sous la responsabilité d'Aerospatiale près de Bordeaux (désormais partie de EADS SPACE Transportation).

Martin-Baker Space Systems est chargée des parachutes et des composants structurels, mécaniques et pyrotechniques contrôlant la descente de la sonde sur Titan. IRVIN-GQ travaille sur la définition de chacun des parachutes de Huygens.

Instruments[modifier | modifier le code]

Huygens possède six instruments de mesures complexes pour réaliser une large série de mesures après l'entrée de la sonde dans l'atmosphère de Titan.

Aerosol Collector and Pyrolyser (ACP)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aerosol Collector and Pyrolyser.

L'Aerosol Collector and Pyrolyser (ACP, « collecteur et pyrolyseur d'aérosols ») est destiné à récupérer des aérosols dans l'atmosphère par l'intermédiaire de filtres, chauffant les échantillons dans des fours (en utilisant un procédé de pyrolyse) afin de vaporiser les composés volatils et de décomposer les molécules organiques complexes. Les produits sont ensuite transmis par un conduit au GCMS pour leur analyse. Deux filtres sont employés pour récupérer des échantillons à différentes altitudes.

Descent Imager/Spectral Radiometer (DISR)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Descent Imager/Spectral Radiometer.

Le Descent Imager/Spectral Radiometer (DISR, « imageur de descente / spectroradiomètre ») réalise une série de photographies et d'observations spectrales à l'aide de plusieurs capteurs et angles de vue. En mesurant le flux de radiation ascendant et descendant, il établit une mesure de l'équilibre des radiations de l'atmosphère de Titan.

Des capteurs solaires mesurent l'intensité lumineuse autour du Soleil provoquée par la diffraction de sa lumière par les aérosols de l'atmosphère, ce qui permet un calcul de la taille et la densité de ces particules en suspension.

Deux imageurs (l'un dans le visible, l'autre dans l'infrarouge) observent la surface à la fin de la descente et, alors que la sonde tourne lentement sur elle-même, réalisent une mosaïque d'images autour du site d'atterrissage[2]. En outre, un imageur placé sur le côté prend une vue horizontale de l'horizon et du dessous de la couche nuageuse. Afin de réaliser des mesures spectrales de la surface, un phare est allumé peu de temps avant l'atterrissage.

Doppler Wind Experiment (DWE)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Doppler Wind Experiment.

Le Doppler Wind Experiment (DWE) utilise un oscillateur ultra-stable afin d'augmenter la qualité des transmissions de Huygens en lui donnant une fréquence porteuse extrêmement stable. Cet instrument mesure également la vitesse du vent dans l'atmosphère de Titan par décalage Doppler de la fréquence porteuse. Le mouvement de balancier de la sonde sous son parachute à cause de propriétés de l'atmosphère peut également être détecté.

Les mesures débutent à 150 km de la surface de Titan, alors que Huygens est secoué par des vents atteignant plus de 400 km/h, données cohérentes avec les mesures de la vitesse des vents situés à 200 km d'altitude réalisées les années précédentes par télescope. Entre 60 et 80 km, Huygens est frappé par des vents fluctuant rapidement, probablement des bourrasques verticales. Au niveau du sol, les mesures indiquent des vents légers (quelques m/s), cohérentes avec les prédictions.

Les mesures de cette expérience sont transmises par l'intermédiaire du canal A de communication, canal perdu suite à un problème logiciel. Cependant, les radiotélescopes basés sur Terre réussissent à récupérer suffisamment d'informations pour les reconstruire.

Gas Chromatograph and Mass Spectrometer (GCMS)[modifier | modifier le code]

Le Gas Chromatograph and Mass Spectrometer (GCMS, « chromatographe à gaz et spectromètre de masse ») est un analyseur chimique destiné à identifier et mesurer les composants de l'atmosphère de Titan. Il est équipé d'échantillonneurs remplis à haute altitude. Le spectromètre de masse construit un modèle des masses moléculaires de chaque gaz et une séparation moléculaire et isotopique plus poussée est accomplie par le chromatographe.

Pendant la descente, le GCMS analyse les produits de la pyrolyse réalisée par l'ACP. Enfin, le GCMS mesure la composition de la surface de Titan, accompli en chauffant l'instrument juste avant l'impact afin de vaporiser la surface au moment du contact.

Huygens Atmospheric Structure Instrument (HASI)[modifier | modifier le code]

Cet instrument se compose d'une série de détecteurs capables de mesurer les propriétés électriques et physiques de l'atmosphère de Titan. l'accéléromètre évalue les forces auxquelles est soumise la sonde, selon les trois axes, durant sa descente à travers l'atmosphère. Les caractéristiques aérodynamiques de la sonde étant connues, la densité de l'atmosphère de Titan peut ainsi être évaluée et les rafales de vent détectées. La sonde a été construite dans l'éventualité d'un amerrissage sur une surface liquide, et ses déplacements dus aux vagues auraient pu également être déterminés. Des thermomètres et des baromètres mesurent les propriétés thermiques atmosphériques. Le composant d'analyse des ondes électromagnétiques et de la permittivité électrique quantifie la conductivité atmosphérique électronique et ionique des particules chargées positivement, et recherche une éventuelle activité ondulatoire électromagnétique. À la surface de Titan, la conductivité et la permittivité du matériau de surface sont mesurées, comme le rapport de la densité du flux électronique produit par l'intensité de la force du champ électrique. Le sous-système HASI dispose également d'un microphone, capable d'enregistrer tout événement sonore au cours de la descente et de l'atterrissage de la sonde : c'est la seconde fois, dans l'histoire, que des bruits audibles d'une autre planète peuvent être enregistrés, la première étant Venera 13.

Surface Science Package (SSP)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Surface Science Package.

Le SSP se compose de différents capteurs destinés à préciser les propriétés physiques de la surface de Titan au point d'impact, qu'elle soit solide ou liquide. Un sonar surveillant l'altitude en permanence durant les 100 derniers mètres de la descente, contrôle la vitesse de chute et la rugosité de la surface (recherche de l'existence de vagues, par exemple). Au cas où la surface aurait été liquide, cet instrument était prévu pour que le sondeur évalue la vitesse du son dans cet "océan" et puisse observer le relief immergé en profondeur. Pendant la descente, la valeur de la vitesse du son donne des informations sur la composition et la température de l'atmosphère, et un accéléromètre enregistre les variations de la décélération à l'impact, indicateur de la dureté et de la structure de la surface. Un clinomètre composé d'un pendule dont l'oscillation est mesurée durant la descente est aussi prévu pour indiquer l'inclinaison de la sonde après son atterrissage ; il n'a pas montré d'ondulations qu'auraient provoqué des vagues. Si la surface s'était avérée liquide, d'autres capteurs auraient mesuré sa densité, sa température, sa réflectivité, sa conductivité thermique, sa capacité calorifique et ses propriétés de permittivité et conductivité électrique.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Source : ESA [1]

Les heures indiquées correspondent à l'instant où les signaux des événements ont été reçus sur Terre, c'est-à-dire 67 minutes après la tenue de ces événements (le temps qu'il faut à un signal pour parcourir la distance séparant le système saturnien de la Terre).

  • 25 décembre 2004, 02:00 UTC : séparation de Huygens et Cassini
  • 14 janvier 2005 :
    • 10:13 UTC : Huygens entre dans l'atmosphère rouge orangé de Titan, à 1 270 kilomètres d'altitude au-dessus de sa surface.
    • 10:17 UTC : déploiement du parachute pilote (2,6 m de diamètre) alors que la sonde, qui n'est plus qu'à 180 kilomètres de la surface, se déplace à 400 m/s (1 440 km/h). Une des fonctions de ce parachute est d'enlever la protection thermique arrière de la sonde. En 2,5 s, cette protection est enlevée et le parachute pilote est largué. Le parachute principal (8,3 m de diamètre) est alors déployé.
    • 10:18 UTC : largage du bouclier thermique avant à environ 160 km de la surface. Il était important d'éliminer ces deux boucliers car ils pouvaient être une source potentielle d'exocontamination à la surface de Titan. Ouverture des orifices d'entrée des instruments GCMS et ACP, 42 s après le déploiement du parachute pilote. Déploiement de perches pour exposer les HASI alors que le DISR photographie son premier panorama. Celui-ci continuera à prendre des images et des données spectrales tout au long de la descente. Mise en route du SSP afin de mesurer des propriétés de l'atmosphère. Début de la transmission de données vers la sonde Cassini, distante de 60 000 km.
    • 10:32 UTC : largage du parachute principal, déploiement d'un parachute secondaire plus petit (3 m de diamètre). À cette altitude (125 km), le parachute principal aurait trop ralenti la sonde et ses batteries n'auraient pas tenu assez longtemps pendant toute la descente.
    • 10:49 UTC : à 60 kilomètres d'altitude, Huygens détermine elle-même son altitude en utilisant une paire d'altimètres radar. La sonde surveille en permanence sa propre rotation et son altitude.
    • 11:57 UTC : activation du GCMS, dernier des instruments à l'être totalement.
    • 12:30 UTC : allumage d'un phare alors que Huygens est à proximité de la surface, afin d'aider à déterminer la composition de la surface de Titan.
    • 12:34 UTC : contact de Huygens avec une surface solide souple à une vitesse de 5 à 6 m/s (une vingtaine de km/h). Le SSP continue à recueillir des informations après le contact.
    • 14:44 UTC : Huygens disparaît derrière l'horizon de Titan, vue depuis Cassini. Fin de la collecte de données.
    • 15:14 UTC : Transmission des premières données à la Terre par Cassini.

Les problèmes rencontrés[modifier | modifier le code]

Voir

Un défaut de conception dans l'équipement de communication[modifier | modifier le code]

Bien longtemps après le lancement, quelques ingénieurs opiniâtres découvrent une anomalie critique dans l'équipement de communication de Cassini, pouvant provoquer la perte de toutes les données transmises par la sonde Huygens.

Comme Huygens n'a pas la taille nécessaire pour émettre directement à destination de la Terre, il est prévu qu'il transmette ses données télémétriques au cours de sa traversée de l'atmosphère de Titan, par radio à Cassini les relayant vers la Terre à l'aide de son antenne principale de 4 m de diamètre. Des ingénieurs, notamment Claudio Sollazo et Boris Smeds employés par l'ESA à Darmstadt, sont troublés par, à leur avis, l'insuffisance des tests en conditions réelles de ce mode de transmission, avant le lancement. Smeds réussit, avec quelques difficultés, à convaincre ses supérieurs de réaliser de nouveaux tests pendant le vol de Cassini. Début 2000, il émet des données télémétriques simulées, avec des puissances d'émission et des décalages Doppler variables, depuis la Terre vers Cassini. Cassini s'avère incapable de relayer les données correctement.

En voici la raison : quand Huygens descend vers Titan, son mouvement sera accéléré vu depuis Cassini, provoquant un décalage Doppler de son signal radio. De ce fait, les circuits du récepteur de Cassini sont prévus pour tenir compte du décalage de la fréquence de réception ... mais pas son microprogramme : le décalage Doppler n'affecte pas seulement la fréquence porteuse mais aussi la durée qui sépare chaque bit de données codé par une clef de décalage de phase, et transmis à 8192 bits par seconde, et cela la programmation du système n'en tient pas compte.

La reprogrammation du système étant impossible, la seule solution fut un changement de trajectoire. Huygens a été largué avec un mois de retard, en décembre 2004 au lieu de novembre, et s'est approché de Titan d'une manière lui permettant d'émettre sa télémétrie vers Cassini perpendiculairement à sa trajectoire, réduisant de manière importante le décalage Doppler de ses émissions[3].

Cette modification de trajectoire a compensé la faille de conception et a permis la transmission des données bien que l'un de ses deux canaux d'émission ait été perdu pour une autre raison.

La perte du canal A[modifier | modifier le code]

Huygens était programmé pour transmettre ses données télémétriques et scientifiques à Cassini en orbite, les relayant à destination de la Terre, au moyen de deux émetteurs-radio redondants en bande S, dénommés canal A et canal B. Le canal A était la seule voie de transmission pour une expérience de mesure des vitesses des vents par l'étude de petits changements de fréquence provoqués par le déplacement de Huygens. Dans une volonté délibérée de redondance, les images de la caméra de descente furent scindées en deux lots de 350, chacun transmis par un canal.

Mais il s'avèra que Cassini, à cause d'une erreur du logiciel de commande, n'ouvrit jamais le canal A. Le récepteur de la sonde en orbite ne reçut jamais la commande de mise en marche, selon la communication officielle de l'ESA qui annonça que l'erreur de programmation était de leur fait, la commande manquante faisant partie d'un logiciel développé par l'ESA pour la mission Huygens et que Cassini avait exécuté tel qu'il avait été livré.

La perte du canal A a réduit à 350 au lieu de 700 comme prévu, le nombre d'images disponibles. De même toutes les mesures de décalage radio par effet Doppler furent perdues. Des mesures de décalage radio de Huygens, moins précises que celles que Cassini aurait faites, ont été obtenues à partir de la Terre ce qui, ajouté aux mesures des accéléromètres de Huygens et des repérages de la position de Huygens par rapport à la Terre réalisés par le VLBI, ont permis de calculer les vitesses et directions des vents sur Titan.

Bilan de la mission[modifier | modifier le code]

Malgré la perte d'un des deux canaux de communication, Huygens a permis de collecter de nombreuses informations scientifiques sur le satellite de Saturne. Le module qui a touché le sol dans une région nommée Adiri a envoyé des photos des collines sans doute composées de glace d'eau et traversées de « rivières » formées de composés organiques. Des signes d'érosion sont visibles, indiquant une possible activité fluviale. La surface est composée d'un mélange d'eau et de glace d'hydrocarbures.

Les résultats[modifier | modifier le code]

Source : Martin Tomasko - ESA

L'atterrissage lui-même pose quelques questions. La sonde devait sortir de la brume à une altitude comprise entre 50 et 70 km. En fait, Huygens a commencé à émerger des nuages à 30 kilomètres seulement au-dessus de la surface. Cela pourrait signifier un changement dans le sens des vents à cette altitude.

Les sons enregistrés lors de l'atterrissage permettent d'estimer que la sonde s'est posée sur une surface plus ou moins boueuse ou du moins très souple. « Il n'y a eu aucun problème à l'impact. L'atterrissage a été beaucoup plus doux que prévu. »

« Des particules de matière se sont accumulées sur l'objectif de l'appareil photo à haute résolution du DISR qui pointait vers le bas, ce qui suggère que :

  • soit la sonde a pu s'enfoncer dans le sol.
  • soit l'atterrissage a vaporisé des hydrocarbures à la surface dont certains ont atteint l'objectif. »

« Le dernier parachute de la sonde n'apparaît pas sur les clichés après l'atterrissage, aussi la sonde n'est probablement pas orientée à l'est, où nous aurions vu le parachute. »

Quand la mission a été conçue, il a été décidé qu'une lampe d'atterrissage de 20 watts devrait s'allumer 700 mètres au-dessus de la surface et illuminer le site au moins 15 minutes après l'atterrissage. « En fait, non seulement la lampe d'atterrissage s'est allumée à exactement 700 mètres, mais elle a continué à fonctionner plus d'une heure après, tandis que Cassini disparaissait au-delà de l'horizon de Titan pour continuer sa mission autour de Saturne » a encore indiqué Tomasko.

Le spectromètre de masse embarqué à bord de Huygens et qui sert à analyser les molécules de l'atmosphère a détecté la présence d'un épais nuage de méthane, haut de 18 000 à 20 000 mètres au-dessus de la surface.

D’autres indications transmises par le DISR, fixé à l'avant pour déterminer si Huygens s'était enfoncé profondément dans le sol, a révélé ce qui semble être du sable mouillé ou de la terre glaise. John Zarnecki, responsable du « Gas Chromatograph and Mass Spectrometer (GCMS) » chargé d'analyser la surface de Titan, a déclaré : « Nous sommes surpris mais nous pouvons penser qu'il s'agit d'un matériau recouvert d'une fine pellicule, sous laquelle se trouve une couche d'une consistance relativement uniforme comme du sable ou de la boue. »

Les données préliminaires confirment que la région visée était située près du littoral d'un océan liquide. Les photos montrent l'existence de chenaux de drainage près du continent, et ce qui apparaît être un océan de méthane avec ses îles et sa côte enveloppée de brume. Des indices laissent supposer l'existence de morceaux de glace d'eau épars sur une surface orange, en grande partie recouverte d'une brume de méthane. Les détecteurs ont révélé « un nuage dense ou un brouillard épais de 18 à 20 km d'altitude » qui représente probablement la majeure partie du méthane en surface. La surface se présente comme une argile « un matériau de consistance uniforme recouvert d'une fine croûte ». L'un des scientifiques de l'ESA a décrit la texture et la couleur de la surface de Titan comme une crème brûlée, mais il a reconnu que cette dénomination ne pourrait être reprise dans les publications officielles.

Le 18 janvier il fut annoncé que Huygens avait atterri dans la « boue de Titan » et que le site d'atterrissage estimé devait se trouver dans le cercle blanc sur la photo de droite. Les scientifiques de la mission ont aussi montré un premier "profil de descente" qui décrit la trajectoire de la sonde au cours de sa descente.

Cinq années plus tard, en janvier 2010, l'établissement de Cannes, célèbre la moisson mirifique de données recueillies[4].

L'environnement de Titan[modifier | modifier le code]

Première image du sol de Titan, prise par la sonde

Le module scientifique de surface (SSP) révèle qu’à cet endroit, sous une croûte dure et mince, le sol a la consistance du sable. Les paysages de Titan présentent des similitudes avec ceux de la Terre, a expliqué Martin G. Tomasko, responsable du DISR, l’instrument qui a pris les images. Brouillards, traces de précipitations, érosions, abrasion mécanique, réseaux de chenaux de drainage, systèmes fluviaux, lacs asséchés, paysages côtiers et chapelets d’îles : « les processus physiques qui ont façonné Titan sont très proches de ceux qui ont modelé la Terre. Les matériaux, en revanche, sont plus “exotiques”, Martin Tomasko de l'ESA. Puisque l'eau (H20) y est remplacée par du méthane (CH4), qui peut exister sous forme liquide ou gazeuse à la surface de Titan. Quand il y pleut, ce sont des précipitations de méthane mêlées de traces d'hydrocarbures, qui déposent sur le sol des substances provenant de l’atmosphère. Des pluies seraient d’ailleurs tombées « dans un passé peu éloigné » précise encore Martin Tomasko, le 21 janvier 2005.

D'après ces informations, Titan possède donc bien une atmosphère uniforme faite de différents gaz (méthane, azote, ...) et, au sol, une activité cryovolcanique, des rivières et de l'eau en abondance. Sur son sol gelé à -180 °C (mesuré sur place), se trouvent d'innombrables galets de glace parfois aussi volumineux que des automobiles...

La contribution des astronomes amateurs[modifier | modifier le code]

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La mission Huygens a profité, plus que toutes les autres missions spatiales précédentes, de contributions d'amateurs. Ces contributions ont été possibles grâce à la décision du Imaging Science Principal Investigator Marty Tomasko de rendre publiques les images brutes du DISR. Les différentes petites images à faible contraste devaient être assemblées en mosaïques et panoramas de la zone d'atterrissage. Cet assemblage est un procédé long, mais des fans de science spatiale tout autour du monde commencèrent à relever ce défi. Seulement quelques heures plus tard, les premières mosaïques de la zone d'atterrissage de Huygens ont été publiées, créées par Daniel Crotty, Jakub Friedl et Ricardo Nunes. Christian Waldvogel a publié une version améliorée et colorisée des panoramas. Un autre amateur, René Pascal, très impliqué dans les travaux d'imagerie liés à Huygens et à l'origine d'une méthode pour supprimer les erreurs des instruments de photographie dans les images, a créé une mosaïque complète de la région maintenant appelée Adiri.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Depuis qu'elle s'est posée sur Titan le 14 janvier 2005, la sonde Huygens détient le record d'une construction humaine posée le plus loin de la Terre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Dominique Lancelot, « Huygens : sous le capot... des parachutes supersoniques », dans Revue aerospatiale, n°109, juin 1994
  2. Un clip vidéo a été créé reprenant cette suite d'images. Il est disponible sur Youtube vidéo de l'atterrissage de Huygens sur Titan en images réelles (prises par la sonde)
  3. IEEE Spectrum article for the full story
  4. Jean-Pierre Largillet, « Cannes : Thales Alenia Space fête les 5 ans de la "première sur Titan" », dans WebTimeMedia, 18 janvier 2010, en ligne www.webtimemedias.com

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 3 Wows and Woes 1997-2003, Springer Praxis,‎ 2012 (ISBN 978-0-387-09627-8)
    Description détaillée des missions (contexte, objectifs, description technique, déroulement, résultats) des sondes spatiales lancées entre 1997 et 2003.
  • Guy Lebègue (aerospatiale/satellites), « Huygens : Un voyage de 7 ans ! », dans Revue aerospatiale, n°76, mars 1991.
  • Marie-Dominique Lancelot, « Huygens : sous le capot... des parachutes supersoniques », dans Revue aerospatiale, n°109, juin 1994.
  • Guy Lebègue (Sénior AAAF), « Cassini-Huygens, le long voyage; Huygens, l’arrivée sur Titan », dans La Lettre AAAF du Groupe Côte d'Azur, n° 137 spécial Huygens, mai 2005, publiée sur [archive-host.com lire en ligne] [PDF], reprise dans La Lettre AAAF, N° 6, septembre 2005, (ISSN 1767-0675), [Site web 3AF lire en ligne] [PDF].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]