Phoenix (sonde spatiale)

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Phoenix

Description de cette image, également commentée ci-après

La sonde Phoenix sur Mars (concept)

Caractéristiques
Organisation NASA
Domaine Observation de Mars
Masse 400 - 500 kg
Lancement à 09:26:34 UTC
Lanceur Delta II
Fin de mission
Programme Programme Mars Scout
Index NSSDC 2007-034A
Site http://phoenix.lpl.arizona.edu/
Principaux instruments
Robotic Arm bras robotisé
Robotic Arm Camera Caméra du bras robotisé
Surface Stereo Imager imageur stéréo
Thermal and Evolved Gas Analyzer analyseur de gaz
Mars Descent Imager caméra de descente
Microscopy, Electrochemistry, and Conductivity Analyzer analyseur microscopique et électrochimique
Meteorological Station station météorologique

Le , Phoenix est le sixième engin à se poser en douceur sur le sol de la planète Mars (tous sont américains[1]) mais c'est le premier à le faire dans une région polaire, en l'occurrence à proximité de la calotte polaire Nord, dans la région de Vastitas Borealis (68° de latitude nord et 233° de longitude est) où de vastes stocks de glace ont été détectés sous la surface par les sondes orbitales. Il s'agit d'une plaine totalement dépourvue de blocs rocheux et dont la température avoisine les –100 °C.

Phoenix reprend plusieurs composantes de la sonde Mars Surveyor dont le programme avait été annulé en 2001 à la suite de l'échec de la mission Mars Polar Lander (d'où son nom qui fait référence au Phénix, l'oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres) mais elle est la première d'un nouveau programme appelé Scout, qui se caractérise d'une part par le coût modéré des sondes[2], d'autre part par le fait que chacune d'elles répond à un objectif scientifique principal. En l'occurrence, l'engin a pour mission de trouver des traces d'eau sur Mars à l'état de glace. De fait, le , il a confirmé la présence d'eau gelée dans le sol, grâce à l'analyse d'un échantillon prélevé[3].

Alors que la durée de sa mission avait été fixée à trois mois, le dernier contact établi avec la Terre date du 2 novembre, soit plus de cinq mois après l'atterrissage.

Objectifs scientifiques[modifier | modifier le code]

Panneau solaire de la sonde Phoenix et bras robotique de l'atterrisseur avec un échantillon dans le godet.

Dirigé par l'Université d'Arizona, le programme s'inscrit dans la ligne des priorités de l'agence spatiale américaine pour l'exploration de Mars : rechercher de l'eau ou plus exactement - selon un communiqué officiel - « enquêter sur l'histoire de l'eau liquide qui a pu exister dans l'arctique martien aussi récemment qu'il y a seulement 100 000 ans ».

À terme, ce sont les traces d'une vie microbienne qui sont recherchées, objectif mis de côté lors du programme Viking, dans les années 1970, qui était d'autant moins adapté à déceler les organismes extrémophiles que ceux-ci étaient alors méconnus. De même, à la différence de Pathfinder, en 1997, mais aussi de Spirit et Opportunity, qui sont toujours en activité en 2008, Phoenix se voit confier une mission d'exobiologie: un bras robotique doit fouiller le pergélisol jusqu'à 50 cm de profondeur, y prélever des échantillons puis les faire analyser par un mini-laboratoire embarqué à bord. Le but : déterminer si de l'eau liquide a été présente sur Mars il y a 100 000 ans et si des microbes ont pu s'y développer. Les scientifiques envisagent que des colonies microbiennes particulièrement résistantes puissent toujours exister, « dormantes » dans le sous-sol et attendant de meilleures conditions, comme c'est le cas sur Terre où l'on a retrouvé des bactéries extrêmophiles capables de rester en sommeil durant des millions d'années.

Atterrissage de la sonde Phoenix (concept)

La découverte de tels organismes ne constitue cependant pas le seul objectif de la mission. L'atterrisseur est également chargé d'étudier la météorologie de la planète en observant l'atmosphère martienne jusqu'à 20 km d'altitude.

Phoenix, vu par Mars Reconnaissance Orbiter, suspendu à son parachute pendant sa traversée de l'atmosphère martienne

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

La sonde reprend plusieurs caractéristiques de Mars Surveyor, mission projetée mais abandonnée en 2000 après l'échec de Mars Polar Lander, qui s'est écrasée sur Mars en 1999. Il embarque une série d'instruments, hérités de ces deux engins mais développés spécifiquement pour la mission.

Les composants de la sonde spatiale : 1 = bouclier thermique, 2 = Radar atterrissage, 3 = Atterrisseur, 4 = Bouclier arrière, 5 = Étage de croisière

Les modules de navigation[modifier | modifier le code]

L'étage de croisière[modifier | modifier le code]

Pourvu de deux panneaux solaires, l'étage de croisière mesure 2,64 mètres de diamètre et 1,74 mètre de hauteur. Il fournit l'énergie nécessaire aux systèmes de vol (ordinateur de bord, moteurs pour les changements de trajectoire etc.) pendant toute la durée du voyage Terre-Mars. Il est largué sept minutes avant le début de l'entrée dans l'atmosphère.

L'étage de descente[modifier | modifier le code]

L'étage de descente prend en charge la dernière phase du voyage, après le largage du parachute chargé de réduire sa vitesse avant d'arriver au sol.

L'atterrisseur[modifier | modifier le code]

L'atterrisseur se présente sous la forme d'une plateforme de 1,5 mètres de diamètre pesant 350 kg sans sa charge utile (les 55 kg d'instruments scientifiques). En forme de décagones réguliers, ses deux panneaux solaires alimentent des batteries lithium-ion. Ils sont déployés juste après l'atterrissage. L'ensemble mesure alors environ 5,5 mètres de long sur 1,5 mètre de large.

Atterrisseur : 1 = Panneau solaire, 2 = Bras télécommandé, 3 = caméra du bras, 4 = Caméra SSI, 5 = Station météorologique MET, 6 = Caméra de descente MARDI, 7 = Laboratoire MECA, 8 = Analyseur de gaz TEGA

Les instruments scientifiques[modifier | modifier le code]

D'une masse totale de 55 kilogrammes, les instruments de Phoenix sont les plus avancés jamais posés sur Mars, notamment un petit four où les échantillons sont chauffés de façon à déterminer l'évolution de leurs caractéristiques en fonction de la température.

Le bras robotisé (R.A.)[modifier | modifier le code]

Bras robotisé de la sonde Phoenix

Le bras robotisé (en anglais Robotic Arm)[4]. Instrument réalisé par le Jet Propulsion Laboratory.

Construit en aliage de titane et d'aluminium et long de 2,35 mètres, le bras robotique permet à Phoenix de creuser dans le sol jusqu'à 50 centimètres de profondeur au moyen d'une petite pelle fixée à son extrémité, d'y récolter des échantillons et de les transférer vers d'autres instruments en vue d'être analysés. Il dispose de quatre degrés de liberté, et peut exercer une force de 80 newtons.

La caméra du bras robotisé (R.A.C.)[modifier | modifier le code]

La caméra du bras robotique de Phoenix

La caméra du bras robotisé (en anglais Robotic Arm Camera)[5]. Instrument réalisé par l'Université d'Arizona et l'Institut Max Planck.

La caméra du bras robotique était montée à son extrémité. Une multitude de petites LED de couleurs permettaient de prendre des images avec un éclairage rouge, bleu ou vert. La lentille était protégée de la poussière par un cache transparent amovible. Cette caméra a réalisé des images des échantillons collectées par la pelle à partir du sol. Elle n'a finalement pas réalisé d'image des parois des tranchées creusées par le bras, ni pu être déplacée à proximité de roches voisines pour examiner leur texture.

L'imageur stéréo (S.S.I.)[modifier | modifier le code]

Phoenix Spacecraft ssi.jpg

L'imageur stéréo (en anglais Surface Stereo Imager)[6]. Instrument réalisé par l'Université de l'Arizona.

L'instrument SSI a constitué les yeux de l'atterrisseur. Héritée des sondes Mars Pathfinder et Mars Polar Lander, mais améliorée grâce à des capteurs haute résolution similaires à ceux des astromobiles américains Spirit et Opportunity, la caméra SSI a pu prendre des images stéréoscopiques en couleurs du site d'atterrissage, pratiquement à hauteur d'homme (2 mètres au-dessus de la surface martienne).

Des roues à filtres ont permis à la caméra d'observer dans 12 longueurs d'ondes différentes (du violet au proche infrarouge) le sol, le ciel et le soleil. Les panoramas réalisés ont permis de caractériser la géologie du site d'atterrissage, d'identifier les minéraux des roches et du sol, et de réaliser des cartes permettant de définir les déplacements du bras robotique. En se tournant vers le ciel, la caméra a pu étudier les nuages constitués de cristaux de glace d'eau ainsi que la poussière en suspension dans l'atmosphère martienne (en jaugeant l'atténuation de la lumière du soleil par les particules de poussière).

L'analyseur de gaz (T.E.G.A.)[modifier | modifier le code]

Phoenix Spacecraft tega.jpg

L'analyseur de gaz (en anglais Thermal and Evolved Gas Analyzer)[7]. Instrument réalisé par l'université d'Arizona et par l’université du Texas.

Cet instrument original, qui combine des petits fours et un spectromètre de masse, a eu pour tâche d'analyser les échantillons de sol et de glace collectés par le bras robotique. Le TEGA de Phoenix est similaire à l'appareil du même nom embarqué sur la sonde Mars Polar Lander, et s'est livré aux premières recherches de composés organiques depuis les sondes Viking en 1976.

Le bras robotique a commencé par creuser une petite tranchée de quelques centimètres dans le sol. Un échantillon fut prélevé, photographié par la caméra du bras robotique puis déposé dans l'un des 8 fours du TEGA (leur taille est approximativement celle d'une petite cartouche d'encre). Une diode LED a servi à confirmer qu'un échantillon de sol a bien été délivré. L'échantillon fut alors porté à très haute température (environ 1 000 °C), et ce de manière progressive. Bien qu'alimenté uniquement par des panneaux solaires, le TEGA a pu atteindre une telle température, car la masse de l'échantillon à chauffer était très faible (100 milligrammes environ).

Lors du chauffage progressif, le sol a libéré de l'eau et du CO2, ainsi que diverses substances volatiles emprisonnées dans différents minéraux. L'identification des substances volatiles s'est effectué grâce à un spectromètre de masse très sensible, qui a pu mesurer précisément la masse (et donc la nature), ainsi que la concentration des substances libérées au cours du chauffage. Une fois utilisé, un four ne pouvait plus servir. Le TEGA devait aussi jouer le rôle d'un calorimètre, étant donné que l'énergie à fournir pour porter les fours à une certaine température était contrôlée. En tout et pour tout, le TEGA devait analyser 8 échantillons de sol.

La caméra de descente (Mar.D.I.)[modifier | modifier le code]

Phoenix Spacecraft MARDI.jpg

La caméra de descente (en anglais Mars Descent Imager)[8]. Instrument réalisé par Malin Space Science Systems.

L'instrument MARDI est une caméra dont l'objectif était d'acquérir des images grand angle et en couleurs du site d'atterrissage lors de la descente vers la surface martienne, un peu comme la caméra DIMES des astromobiles Spirit et Opportunity. MARDI devait entrer en fonctionnement juste après l'éjection du bouclier thermique, et prendre 20 images de la région située en dessous d'elle. Grâce à ces données, les scientifiques devaient être à même de caractériser géologiquement le site d'atterrissage et de construire un modèle numérique en 3D de l'endroit où Phoenix allait travailler. Malheureusement, une erreur de programmation devait forcer les ingénieurs de la NASA a déprogrammer la caméra. Aucun cliché ne fut donc pris lors de la descente.

L'analyseur microscopique et électrochimique (M.E.C.A.)[modifier | modifier le code]

Phoenix Spacecraft Meca.jpg

L'analyseur microscopique et électrochimique (en anglais Microscopy, Electrochemistry, and Conductivity Analyzer) est un Instrument réalisé par le Jet Propulsion Laboratory, l'Université de Neuchâtel et l'Université de l'Arizona[9].

L'expérience MECA est un véritable petit laboratoire destiné à analyser de nombreuses propriétés du sol martien. Elle s'organise autour de trois instruments :

Le laboratoire comprenait quatre petits béchers où avaient lieu les mesures. Après qu'un échantillon de sol était collecté par le bras robotique et déversé dans le bécher, ce dernier était mélangé à une solution, puis agité, et ce durant une journée environ. Des électrodes mesuraient la présence et la concentration de différents solutés. L'expérience se terminait avec l'ajout de deux pastilles réactives. La première pastille libérait de l'acide pour détecter d'éventuels carbonates et mesurer des espèces uniquement solubles en milieu acide. La seconde pastille devait permettre de détecter des sulfates et des molécules oxydantes.

  • Le second instrument était un ensemble de deux microscopes, qui devaient étudier les particules de sol à différents grossissements.
    • Le premier microscope, un microscope optique comme il en existe dans toutes les salles de TP, possédait une résolution de 4 microns par pixel. Des diodes électroluminescentes colorées (rouge, verte, bleue et ultraviolet) éclairaient les échantillons, ce qui permettait de faire ressortir les différents constituants du sol (particules minérales, glace d'eau, etc.).
    • Le second microscope était plus impressionnant que le premier : c'était un microscope à force atomique. Contrairement aux microscopes optiques ou électroniques, un microscope à force atomique n'étudie pas la matière en la voyant, mais plutôt en la touchant. Le principe d'un microscope à force atomique est assez simple : l'appareil utilise un capteur extrêmement petit (que les spécialistes appellent des pointes) pour sentir la surface d'un échantillon et en construire une représentation en 3D très précise. Baptisé FAMARS, ce microscope à force atomique devait permettre d'étudier le sol à l'échelle nanométrique, et devait observer des particules aussi petites que 10 nm. L'instrument comportait huit petites pointes attachées à des leviers très flexibles. Si un capteur était contaminé ou endommagé durant la mesure, un autre pouvait prendre sa place. Lorsque les huit capteurs étaient utilisés, le microscope à force atomique ne pouvait plus fonctionner. FAMARS fut le premier microscope à force atomique jamais envoyé sur Mars.

Avant d'être examinés par les microscopes optiques et à force atomique, les échantillons collectés par le bras robotique étaient déposés sur un porte-échantillon d'un genre particulier : une roue mobile portant 69 substrats différents, depuis des aimants jusqu'à des plaques collantes, des plaquettes pour déterminer la dureté, des fragments de textiles et de métaux, etc. Ce système permettait de générer différentes interactions entre les particules de sol et les substrats.

  • Le dernier instrument du package MECA était une sonde permettant d'étudier la conductivité thermique et électrique du sol. Celle-ci était fixée sur la pelle du bras robotique et était enfoncée dans la tranchée creusée par le bras robotique.

L'expérimentation MECA était auparavant montée sur la sonde Mars Surveyor 2001. L'un des objectifs de cette mission était de préparer la venue de l'homme sur Mars, en déterminant les dangers potentiels de la surface martienne. Le package MECA devait notamment servir à caractériser la poussière, identifier les interactions indésirables avec les hommes et les systèmes électroniques (adhésion, abrasion, corrosion, toxicité, obstruction, radiations, courts-circuits) et permettre le design des systèmes d'habitations et des combinaisons spatiales pour les sorties extravéhiculaires (EVA). Il n'est pas certain que ces objectifs, décrits en détail ici, soient encore d'actualité, et ce malgré le projet d'exploration spatiale du président George Bush visant un retour sur la Lune et une exploration humaine de la planète rouge. Le seul objectif lié aux missions habitées semble être l'étude de la teneur en eau du sol par spectrométrie à neutrons, qui pourrait alors être extraite et utilisée par l'équipage.

La station météorologique (M.E.T.)[modifier | modifier le code]

Phoenix Spacecraft Met.jpg

La station météorologique (en anglais Meteorological Station)[10]. Instrument réalisé par l'Agence spatiale canadienne.

L'ensemble météorologique, fourni par le Canada, comprenait des capteurs de pression et de température, ainsi qu'un Lidar, un instrument similaire à un radar mais utilisant des brèves émissions de lumière laser en lieu et place de impulsions d'ondes radio. Ce fut la première fois qu'une station météorologique renvoya des données depuis la région polaire nord de Mars.

La majorité des capteurs de température étaient montés sur un mât de 1,2 mètre de hauteur. Les capteurs de pression étaient quant à eux logés à l'intérieur de l'atterrisseur. Le système météorologique recueillit également les données provenant des thermocouples rivetés sur le bras robotique.

Le Lidar se trouvait au-dessus du corps de l'atterrisseur et servi à étudier les aérosols atmosphériques ainsi que les nuages de glace. Son fonctionnement est un peu similaire à celui du radar. Il émet des impulsions d'énergie et détecte leur écho lorsqu'elles sont réfléchies par différents obstacles. Contrairement au radar, le Lidar n'émet pas d'ondes radio, mais des impulsions de lumière laser (2 500 impulsions de lumière par seconde dans le proche infrarouge). Une diode laser envoya des flashs lumineux dont le retour fut chronométré de manière à localiser et à caractériser les nuages de glace et la poussière dans l'atmosphère martienne sur une courte distance (2 à 3 kilomètres). L'objectif principal de cet instrument était de déterminer la quantité de poussière en suspension dans l'atmosphère au-dessus du site d'atterrissage.

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Le lancement et le transit vers Mars[modifier | modifier le code]

Le 4 août 2007 à 9h 26m 34s UTC, Phoenix est lancé de Cap Canaveral par une fusée Delta II[11]. La fenêtre de tir s'étendait sur 22 jours.

Le 10 avril 2008, les propulseurs de la sonde sont activés pendant 35 secondes afin de corriger sa trajectoire de sorte à ce que l'atterrissage ait lieu sur le site de Green Valley[12].

L'atterrissage[modifier | modifier le code]

Tout comme Viking 1 et Viking 2 (en 1976) mais contrairement à Mars Pathfinder (en 1997) et aux rovers Spirit et Opportunity (en 2004), Phoenix n'utilise pas d'airbags pour atterrir mais des rétrofusées.

Après un voyage de 10 mois et 679 millions de kilomètres, l'engin arrive aux abords de Mars le , à la vitesse de 5,7 km/s. Les manœuvres débutent lorsqu'il entre en contact avec les couches supérieures de l'atmosphère, à environ 125 kilomètres d'altitude. Protégée par son bouclier thermique, il met d'abord à son profit les premières frictions avec l'air pour décélérer.

Un parachute de grande envergure prend ensuite le relais, tandis que le bouclier thermique, devenu inutile, est largué. Peu après, Phoenix active son radar altimétrique pour assurer la phase finale de sa descente. A 900 mètres de la surface, il largue son parachute puis entame une chute libre qu'il freine par l'allumage de douze rétrofusées, réduisant ainsi sa vitesse à 2,4 m/s.

L'atterrissage a lieu à 23h 38 UTC (MSD 47777 1:02 AMT, 25 Kumbha 212 Darien). Le signal radio le confirmant est reçu sur Terre à 23h 53 UTC, après un délai de transmission de 15 minutes[13]. Les premières images ne sont envoyées que deux heures plus tard, le temps que les panneaux solaires rechargent les batteries de l'atterrisseur[14].

Les sondes spatiales Mars Odyssey, Mars Reconnaissance Orbiter et Mars Express ont modifié leurs trajectoires afin d'observer Phoenix au moment de son atterrissage. En cas d'échec de la mission, la présence de ces trois orbiteurs aurait permis à la NASA de récupérer suffisamment de données pour comprendre ce qui s'était passé[15],[16].

Les opérations au sol[modifier | modifier le code]

Quinze minutes après son atterrissage, le 28 mai, Phoenix déploie ses panneaux solaires. Ils lui fourniront l’énergie nécessaire à faire fonctionner ses instruments scientifiques ainsi qu’à le préserver du froid martien. Le lendemain (sol 2)[17], divers instruments sont déployés, dont le bras robotisé. Le 30 (sol 3), la caméra située à l'extrémité du mât télescopique articulé observe le sol entre les pieds de la sonde[18] : le souffle des rétrofusées ayant permis l'atterrissage a soulevé le sable, mettant à nu un matériaudur et clair, présentant localement des mini-cavités arrondies. Il s'agit vraisemblablement d'une plaque de glace.

Peu après se mettent en place le mât météorologique et la caméra stéréo, qui transmettent les premières images du site. Le paysage est le moins spectaculaire découvert sur Mars : uniformément plat, recouvert de petits cailloux et de sillons formant des structures polygonales qui s’étendent jusqu’à l’horizon. Déjà repérés par les sondes orbitant autour de Mars, ces polygones sont provoqués par l'alternance du gel et du dégel en cette région polaire[19].

Les ingénieurs ayant vérifié que tous les systèmes répondent normalement, le 2 juin (sol 5), le bras robotisé creuse une tranchée pour amener des échantillons dans les mini-laboratoires. On peut constater qu'une partie du sable reste accrochée à la pelle, ce qui laisse supposer qu'il est légèrement humide[20]. Le 6 (sol 9), Phoenix approfondit cette première tranchée (baptisée d'abord Knave of Hearts puis Dodo) et observe, au fond, une substance très claire[21]. Une deuxième tranchée (Baby bear) est ensuite creusée à droite de la première[22]. Du 8 au 11 (sols 11 à 14), l'un des huit mini-fours, couplé à l'analyseur TEGA (Thermal and Evolved-Gas Analyzer) est rempli. Le 11, le bras robotisé livre au microscope des particules. Elles ont été extraites du sol grâce à un adhésif au silicone sur lequel elles restent collées. Les premiers résultats sont publiés le 12. Le 13 (sol 16), Phoenix creuse une nouvelle tranchée près des deux précédentes, de 35 cm de long, 22 cm de large et 8 cm de profondeur. L'ensemble sera appelé Dodo-Goldilocks. La substance blanche qui affleure sous le sol pulvérulent orange est toujours présente. le 17 (sol 20), Phoenix creuse une nouvelle tranchée, Snow White, au centre de l'un de ces polygones qui caractérisent le sol.

Les 18 et 19, des problèmes de saturation de la mémoire informatique font perdre des données d'imagerie : celles concernant les résultats de la première analyse, grâce au mini-four TEGA, sont perdues. Le 20, La NASA publie deux images de Dodo-Goldilocks prises exactement avec le même angle de prise de vue et le même éclairement. Elles ont été prises respectivement les 15 et 19 juin. La substance blanche visible au fond de cette triple tranchée semble avoir légèrement diminué. Le fait qu'elle se soit sublimée au fil de ces quatre jours exclut une nature saline. Les scientifiques en concluent qu'il s'agit de glace carbonique. Le 31 juillet (sol 34), cette hypothèse est confirmée grâce à l'analyse d'un échantillon prélevé et qui émet de la vapeur au contact de la chaleur.

Durant toute sa période de vie, Phoenix creuse d'autres tranchées (La Mancha, Neverland, Cupboard, Pet Donkey...) (cf la photo de Cupboard au sol 79 [23]), ce qui l'oblige à déplacer plusieurs quantités de terre (cf la photo prise au sol 134 montrant un tas de cailloux résultant de la tranchée Pet Donkey[24]).

Ses activités se poursuivent pendant plusieurs semaines, révélant la venue d'un hiver qui va mettre fin à ses activités (cf par exemple une photo prise au sol 144 montrant le givre recouvrir la tranchée Snow White [25]). La sonde transmet sa dernière image au sol 151 : on y voit une fine couche de givre recouvrir l'ensemble du paysage[26].

La fin de la mission[modifier | modifier le code]

L'hiver martien est très rigoureux, principalement à cause d'une importante baisse du niveau d'éclairage reçu à la surface de la planète. Les panneaux solaires ne pouvant plus fournir assez d'énergie à la sonde pour lui permettre de fonctionner et d'alimenter ses systèmes de préservation (chauffage pour protéger les instruments du froid), ses jours sont comptés. Le 2 novembre, elle envoie un dernier signal à la Terre.

Elle est depuis considérée officiellement comme perdue, bien qu'un « mode Lazare », permettant de rebooter l'électronique de la sonde au terme de l’hiver martien, ait été prévu[27],[28].

Courant 2010, la sonde Mars Reconnaissance Orbiter prend une photo du site d'atterrissage de Phoenix et constate qu'elle a perdu un panneau solaire (qui a probablement cédé sous le poids de la glace) et qu'elle est totalement sombre donc probablement recouverte de poussière[29].

Résultats scientifiques[modifier | modifier le code]

Différentes photographies réalisées par Phoenix ont montré la disparition d'une matière blanche contenue dans une tranchée creusée par le bras robotisé de la sonde. La NASA a affirmé que cette matière est de la glace d'eau qui s'est sublimée à la suite de son exposition au soleil[30].

Le , la présence d'eau gelée dans le sol martien du pôle nord est confirmée, grâce à l'analyse d'un échantillon prélevé par le bras robotique de Phoenix, relevant des vapeurs dégagées par la chaleur. L'existence de cette glace d'eau était déjà connue grâce aux observations de Mars Odyssey et de Phoenix réalisées en juin 2008[3].

Sur le plan météorologique, Phoenix a permis d'observer qu'à chaque printemps, une masse importante de glace polaire se sublime et forme des nuages de glace. L'atterrisseur a fourni des données sur la formation, la durée et le mouvement des nuages, du brouillard et autres tempêtes de poussières. il a également fourni des informations précieuses sur la vitesse du vent en surface[31].

En revanche, les analyses des échantillons de sol n’ont pas retourné de résultat positif concernant la présence de matière organique[32].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Après Viking 1 et Viking 2 en 1976, Pathfinder en 1996, Spirit et Opportunity en 2004
  2. Le coût de celle-ci est de 420 millions de dollars (soit 304 millions d'euros).
  3. a et b (fr) « La Nasa confirme la présence d'eau sur Mars », sur http://phoenix.lpl.arizona.edu,‎ (consulté le )
  4. The University of Arizona: Robotic Arm (RA)
  5. The University of Arizona: Robotic Arm Camera (RAC)
  6. The University of Arizona: Stereo Imager (SSI)
  7. The University of Arizona: Thermal Evolved Gas Analyzer (TEGA)
  8. The University of Arizona: Mars Descent Imager (MARDI)
  9. The University of Arizona: Mars Environmental Compatibility Assessment (MECA)
  10. The University of Arizona: Meteorology Suite (MET)
  11. The University of Arizona: NASA Selects UA 'Phoenix' Mission to Mars, 4. August 2003
  12. « Une semaine dans l'air & le cosmos », Air et Cosmos, no 2121,‎ 18 avril 2008, p. 7 (ISSN 1240-3113)
  13. AFP Agence France-Presse : La sonde américaine Phoenix a atterri sans encombre sur Mars, le 26 mai 2008.
  14. On peut découvrir les plus importantes d'entre elles sur le site web du planétarium : http://www.espace-sciences.org/planetarium/dossiers/phoenix-s-est-pose-sur-mars
  15. La sonde Phoenix surveillée par ses consœurs pour son atterrissage
  16. Une des images les plus saisissantes de Phoenix pendant la phase d'atterrissage a été prise par MRO : http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/697/category/65
  17. Un sol correspond à un jour martien, soit 24 heures et 39 minutes
  18. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/695/category/65
  19. vue d'ensemble : http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/739/category/65; vue de détail : http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/734/category/65
  20. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/764/category/65
  21. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/820/category/65
  22. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/793/category/65
  23. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/815/category/65
  24. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/811/category/65
  25. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/785/category/65
  26. http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_images/picture.php?/728/category/65
  27. (fr) http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronautique/d/sur-mars-phoenix-est-a-lagonie-au-seuil-de-lhiver-arctique_16985/ Sur Mars, Phoenix est à l’agonie au seuil de l'hiver arctique, Futura Sciences, 11 octobre 2008
  28. (en) « Fin des communications avec Phoenix », sur http://www.nasa.gov,‎ (consulté le )
  29. http://www.jpl.nasa.gov/news/news.cfm?release=2010-175
  30. Disappearing Ice In Color, le 20 juin 2008
  31. Sur Phoenix était installé un "capteur de vent", en l'occurrence une petite balle accrochée au bout d'un fil. L'inclinaison du fil donnait la vitesse du vent, tandis qu'un miroir situé sous la balle donnait la direction du vent. Une vidéo permet de voir ce système en fonctionnement : http://orbitmars.futura-sciences.com/galerie_missions/img/wind1.gif
  32. http://orbitmars.futura-sciences.com/mars-actu-suite.php?id_news=328

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Barry Goldstein et Robert Shotwell, « Phoenix – The First Mars Scout Mission », IEEEAC,, ,, no #1579,,‎ 2008, p. 17 (ISSN 1-4244-1488-1,, lire en ligne)
    Déroulement du projet
  • (en) Mark D. Garcia et Kenneth K. Fujii, « Mission Design Overview for the Phoenix Mars Scout Mission », AAS,, ,, vol. 07, no 247,,‎ 2007, p. 15 (ISSN ,, lire en ligne)
    Déroulement du projet
  • (en) P.H Smith et all, « Introduction to special section on the Phoenix Mission: Landing Site Characterization Experiments, Mission Overviews, and Expected Science », JOURNAL OF GEOPHYSICAL RESEARCH,, ,, vol. 113, no E00A18,‎ 15 octobre 2008, p. 16 (ISSN ,, DOI 10.1029/2008JE003083, lire en ligne)
    Présentation du projet, des expériences embarquées et des résultats attendus
  • (en) Jim Taylor et Stan Butman et all, « Phoenix Telecommunications », DESCANSO Design and Performance Summary Series,, NASA/JPL,, no ,,‎ aout 2010, p. 138 (ISSN ,, lire en ligne)
    Description détaillée des équipements de télécommunications
  • (en) « Phoenix Launch Mission to the Martian Polar North », ,, NASA/JPL,, no ,,‎ aout 2007, p. 48 (ISSN ,, lire en ligne)
    Présentation pour la presse de la mission dans le cadre du lancement de Phoenix
  • (en) « Phoenix Landing Mission to the Martian Polar North », ,, NASA/JPL,, no ,,‎ mai 2008, p. 47 (ISSN ,, lire en ligne)
    Présentation pour la presse de la mission dans le cadre de l'atterrissage sur Mars de Phoenix

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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